Andriamialy

3 techniques malgaches de commerages furtifs

Médire sur quelqu’un, dans beaucoup de culture, est, généralement, un mauvais comportement. C’est le cas à Madagasikara. Il est assez mal vu de faire du fosafosa (commerages) et les pratiquant(e)s de cette activité doivent souvent s’isoler. Mais c’est dur, pour un(e) adepte des on-dits de ne pas pouvoir dire la chose qui le ou la démange quand ça lui démange. Alors, voici quelques techniques malgaches pour pouvoir, quand-même, verser son poison sans y paraître.

Dire qu’on ne dit rien

« Tsy mifosa aho akory fa… ». Littéralement, cela signifie qu’au moment où la personne va délivrer son scoop, elle prévient en disant « je ne fais pas la commère mais on m’a dit… ». Est-ce qu’elle est, donc, en train de médire? Techniquement, oui mais comme elle a dit qu’elle ne le faisait pas, elle ne le fais pas. Simple et efficace comme technique.

D’autres variantes sont :

– Tsy aiko aloha izay tena marina fa … = je ne connais pas la « vraie » vérité mais …

– Tsy izaho no niteny an’ity an … = Ce n’est pas moi qui dit ce qui suit …

– Izany hono hoe … = Il se dit que …

Etc.

Demander des nouvelles

Demander comment va quelqu’un, à priori, ce n’est pas une mauvaise chose. Insister sur certaines facettes de sa vie, cela devient suspect. Mais ce sont des commerages masqués quand les questions en disent plus que les réponses. Exemple :

– Bonjour, ça va ?

– Bonjour, oui merci.

– Et la famille, ça va ?

– On ne se plaint pas.

– Et comment va ta soeur ?

– Elle va bien

– Toujours à Tamatave, c’est ça ?

– Oui

– Toujours célibataire ?

– Toujours

– Mais elle est toujours avec Jean, non ? Il va bien ?

– Oui oui

– Et elle est toujours employée dans cette même société ?

Etc. Etc.

Technique de l’authentification poussée

C’est la meilleure des techniques en termes de furtivité. Elle consiste à demander confirmation que l’on parle bien de la même personne. Et comme c’est l’autre qui a commencé la conversation, c’est totalement, ou presque, innocent.

Le sujet de départ peut être anodin comme de raconter qu’on a croisé la personne par exemple. Cela donnerait :

– J’ai vu Charlotte tout à l’heure.

– Quelle Charlotte ?

– Bah, Charlotte…

– Non, c’est Charlotte la brune ou la blonde ?

– La brune

– Tu veux dire la soeur de Jacques ? Et de Marthe ?

– Oui

– Ah, celle qui habite à Isotry,

– oui oui

– Taille fine, teint clair, toujours en mini ou jean serré

– Oui, Charlotte quoi

– L’ex de Rija, c’est ça ?

– Oui, je suppose

– Ah bon ! Tu parles bien, donc, de Charlotte… celle qui aurait avorté …

– …

– et que c’est pour ça que Rija l’a quitté…

– …

– C’est ça ? Non ? Tu sais, Charlotte avec les cheuveux long. Par trop moche. Et qui aurait couché avec un gars qui s’appelle Hery pendant une fête et c’est comme ça qu’elle est tombée enceinte. C’est cette Charlotte.

– Bah, peut-être !

– Oui, c’est elle c’est sûr ! Alors … Elle va bien ?


Covid-19 : Madagascar et les plantes

La polémique gronde sur l’utilisation, fortement recommandée par le gouvernement malgache et fermement déconseillée par les scientifiques et l’OMS, de la tisane Covid-Organics pour protéger ou soigner les malgaches du coronavirus. J’ai envie de parler de mon expérience personnelle avec les tisanes si cela peut vous éclairer un peu sur le pourquoi ça risque de marcher dans la Grande Île.

Quelques étrangers avec qui j’ai déjà eu des échanges à propos des remèdes traditionnelles m’ont entendu, sûrement, dire ces phrases :

— « Un vrai Malgache connaît et utilise au moins une plante médicinale alors qu’une grande partie des Malgaches doit, assurément, en connaitre beaucoup. »

— « Un vrai malgache (histoire de le prévenir) connaît, au moins, une façon d’empoisonner quelqu’un. Alors, fais attention ! »

Pas besoin d’études approfondies pour comprendre pourquoi. J’ai vécu quarante ans dans ce pays et je peux vous raconter mon expérience.

D’abord, les plantes sont là.

Même ici, en plein Antananarivo, entre le goudron et le béton, des herbes, des fleurs, des arbres endémiques ou importés arrivent à croître. Dans notre cour, par exemple, on a décidé de ne plus arracher les plantes qui arrivent à y pousser. Et on a vu apparaître la célèbre pervenche malgache entre autres herbes ou arbres médicinales. Donc, avant hier, 21 avril 2020, un de nos voisins est venu quémander quelques feuilles d’un arbrisseau dans notre cour. J’ai juste demandé à quoi cela lui servirait et il a indiqué que ça soigne les eczémas. Ce qui me rappelle un autre voisin qui nous a pris, l’an dernier, du tanatanamanga afin de soigner la foulure de son fils.

En effet, le savoir se transmet ainsi, de bouche à oreille, de génération en génération. Je me souviens quand on habitait à la campagne, j’etais impressionné par la connaissance, par mes compagnons de jeux qui n’allaient pas à l’école, de toutes ces plantes et de leurs effets, bénéfiques, mortels ou autres. Et cela ne concerne pas que les plantes endémiques, mais tout ce qui est tendance dans le monde, eucalyptus, goji, noni, artémisia, est très vite adopté, partagé et utilisé.

Le fait est que ça marche, souvent.

Pendant cette période de mon enfance, donc, du côté Nord de Tana, j’avais profité de cette belle époque où l’on jouait dehors toute la journée à rien faire que courir, sauter, explorer bois et rivières. Et quand je m’écorchais je genoux, je devais prendre une feuille de « satriko aza maratra » (un nom masochiste qui signifie j’aime me blesser). Je machais la feuille et j’appliquais la mixture sur la blessure et cela arrêtait et le sang de couler et mon genou d’avoir mal.

Et on a, comme beaucoup de Malgaches, je pense, des expériences dans le passé avec des remèdes pour guérir des maladies ou pour améliorer la santé. Car si on est tous amateurs de plantes, on a aussi des professionnels dont certains vivent en fabriquant, en prescrivant ou en vendant des plantes médicinales et d’autres parviennent, à coups de succès retentissants, à s’enrichir très vite. J’en ai vu un sur une des routes nationales qui provoquait des embouteillages avec les patients qui attendaient leur tour. J’en connais un autre dont les malades arrivent à 4 heures du matin essayer d’avoir une place de consultation, atteints de maladies allant jusqu’au cancer.

Et comme le monde entier le connaît maintenant, on a des laboratoires et des instituts comme l’IMRA qui a déjà fourni quelques molécules à la pharmacopée mondiale. Autre exemple, Homeopharma, je pense, fait autant ou même moins de chiffres d’affaires sur les produits homéopathiques (l’homéopathie est de plus en plus contestée dans le monde) que sur les huiles essentielles, les tisanes et sirops que les Malgaches s’arrachent, localement ou à l’étranger. Je le sais parce qu’à chacun des mes voyages en Europe j’ai toujours la famille ou les amis qui me demandent du Vahona, Mandavasarotra, Phyto-foie ou autre.

Quelques réflexions sur le COV-Organics

Si on en revient au COV-organics, il faut aussi comprendre les constatations personnelles suivantes. Il y a peut-être eu des études mais je vais simplement dire mes idées selon mes réflexions personnelles, à prendre au sérieux ou non :

1. Il ne faut pas dire ou penser que les Malgaches sont trop pauvres pour accéder à la médecine occidentale. C’est un choix. Et il faut aller dans les réunions de familles « riches » pour les entendre discuter de tels remèdes ou telles tisanes comme on discuterait vins ou people. On a eu des urgences médicales pendant nos vacances, à des centaines de kilomètres de notre médecin traitant, qui ont été prises en charge. Et dans les Centres de Santé de Base, on peut avoir une consultation, des soins et des médicaments avec 2000 Ariary (50 centimes d’euro).

2. Les Malgaches font autant et parfois même plus confiance aux plantes qu’aux comprimés. Ils le diront souvent : il vaut mieux éviter les comprimés !

3. La médecine occidentale et celle traditionnelle sont parfois complémentaires. Par exemple, j’avais entre 15 et 25 ans des problèmes récurrents de douleurs a l’estomac et je prenais (trop souvent) des médicaments pour me soulager, mais je souffrais vraiment pendant mes crises. Et c’est le médecin de famille de ma femme (que j’ai épousée justement à mes 25 ans) qui nous a donné le remède naturel (une cuillerée de sirop d’aubergine à jeun pendant quelques jours) et je n’ai plus jamais fait de crise. Parfois, des gens utilisent des plantes et la maladie s’aggrave quand même. Et à la fin, parfois trop tard, ils viennent consulter un spécialiste à l’hôpital… D’autres fois, c’est le spécialiste qui s’avoue vaincu et le malade se tourne vers les guérisseurs.

Mais il est établi que certaines maladies sont mieux traitées à l’hôpital (opérations chirurgicales, cancers, etc) et d’autres sont les spécialités des guérisseurs (brûlures, transes, etc.).

Ainsi, je pense que, comme le COV-Organics a été presenté sous forme de tisane, les Malgaches, sans considérer les informations contradictoires, recommandations, mises en gardes des uns et des autres, risquent d’accepter en masse ce remède.

Description de cette image, également commentée ci-après

Le ravintsara nous vient également de Madagascar. Image : Wikimédia Commons.

Est-ce que moi j’en prendrai ? Je ne peux pas répondre. Je ne connais pas la composition du truc. D’un autre côté, je suis un Malgache et, avant l’IMRA, on avait déjà créé notre recette d’eucalyptus, raventsara, pervenche et ingrédients secrets en inhalation contre le coronavirus. J’ai chez moi des feuilles et des fioles d’huiles essentielles. J’ai un inhalateur d’huiles essentielles dans mon sac pour ma sinusite. Et j’ai une tradipraticienne qui nous donne parfois des compositions dont elle ne révèle jamais les ingrédients. Je ne serais pas objectif dans mon choix.

Il y a peut-être d’autres enjeux. Il y a peut-être de la politique, de l’argent, de l’influence, de la souveraineté en question. Je ne sais pas et je ne comprends pas à mon niveau. Mais dans tous les cas, s’il fallait faire prendre un médicament à la majorité des Malgaches, l’idée d’une tisane était la bonne.


Top 5 des signalisations à mettre en place si on légalise certaines pratiques des conducteurs à Tana

Je conduis depuis relativement longtemps. J’ai roulé dans plusieurs capitales et chef-lieux et je peux dire que Tana est vraiment spéciale. Et qu’il faut du temps pour s’y acclimater. Surtout, certaines pratiques des conducteurs sont peu communes, voire uniques au monde. Et si, par folie ou par pure génie on décidait de légaliser ces pratiques, on aurait besoin de créer les signalisations suivantes…

1-

Litt. ‘Ne donne pas !’, c’est-à-dire « ne pas laisser passer »

C’est une plaque qui serait bien utile afin de dissuader certains égoïstes qui pensent qu’ils sont plus malins que tout le monde et qu’ils ont le droit de rouler sur la file de gauche quand il y a un embouteillage. On interdirait ainsi aux automobilistes de leur donner la place au risque de se faire amender. Beaucoup de bouchons ne seraient plus aggravés au point de bloquer complètement les routes dans les deux sens.

Litt. « Donne un peu ! »

Mais puisque l’exception fait la règle, il y a bien des axes où faire deux files est tellement logique et indispensable que tout le monde accepte de le faire même la police. Alors, il faudrait même contraindre les gens à laisser passer pour que plus personne ne se fâche.

« Sens interdit sauf quand le policier te dit de le prendre »

Je sais que ceci n’est pas l’apanage d’Antananarivo, l’ayant observé dans d’autres capitales. Il faudrait juste la signaler aux endroits où cette pratique aurait une quelconque bénéfice. En effet, il faut éviter les situations incongrues quand le policier intime au conducteur l’ordre de ne pas respecter le sens interdit ou la priorité alors que le conducteur hésite par peur d’un piège ou par excès de civisme :

– ffffriuuut, avancez monsieur !
– mais… c’est sens interdit!
– qu’il est con!… Monsieur, c’est moi qui vous laisse passer, avancez parce que vous créez un embouteillage… Allez avant que je ne vous verbalise !

« Sens interdit à des heures précises… consultez Facebook ! »

Cette signalisation m’a été inspirée, justement, par un post dans les réseaux sociaux qui disait qu’une portion de route à sens unique allait être ouverte au double sens à certaines heures. En vrai, je pense que d’autres moyens de communications ont été utilisés comme un décret, l’annonce dans les médias ou l’inscription sur la plaque. Mais quand la plaque a été volée par les ferrailleurs et que tu as raté toutes les annonces, même sur Facebook, tu seras fautif car « nul n’est censé ignorer la loi ».

Litt. « Un à un »

Enfin, cette signalisation est à mettre sur les carrefours où aucune règle habituelle de la priorité n’est, actuellement, appliquée. Par contre, on y applique le 1 sy 1 (1 à 1 ou l’un après l’autre). Le principe est simple : tu laisses une voiture passer et tu passes toi-même et ainsi de suite. Personne ne déroge à ce principe et personne ne sera fâché.


À 40 ans, j’ai appris à relativiser – top 10 humoristique

En ce début d’année, j’ai voulu faire un bilan de l’année précédente. Et puis, en se rendant compte que j’ai dépassé la quarantaine, j’ai plutôt choisi de vous présenter combien je suis devenu mature, presque relativiste. Je vous ai choisi 10 phrases qui vous le prouveront.

J’avoue, il n’y a aucun bilan à faire sur ce blog pour 2019 sauf qu’il n’y a eu aucun article publié. Il y a eu quelques brouillons mais aucun n’a abouti à une publication. Je pense que je deviens un peu perfectionniste.

1- Pourtant, il n’y a rien sur cette Terre qui soit parfait. Rien. Et c’est la première blague que je vous raconte. Au début j’etais d’accord quand on m’a dit que rien n’est plus beau, plus vivifiant que le rire d’un bébé. C’est vrai, rien n’est plus joyeux que le rire d’un bébé sauf vers minuit quand tu dors et que ta femme n’est pas là…et que tu te rends compte que vous n’avez pas encore de bébé.

2- Mais le contraire est aussi vrai. Vous connaissez l’expression « avoir les boules ». Cela signifie être très énervé. Et personne n’est attirant quand il a les boules…sauf le sapin de Noël. Comme quoi, rien n’est à priori mauvais.

3- Même la morale est relative. Par exemple, un homme marié ne peut pas du tout avoir des relations sexuelles avec une femme, qui est, elle aussi, mariée…sauf si c’est sa propre femme.

4- C’est pareil pour l’éducation civique. Dans le bus, s’il y a de la place, tout le monde peut s’asseoir. Mais si le bus est plein et que tu vois monter une personne âgée, qui ne tient plus debout et est, de surcroît aveugle, tu dois, à tous les coups, lui céder ta place…sauf si tu es le chauffeur.

5- Le handicap est un sujet qui me touche particulièrement. On me dit de relativiser car ça pourrait être pire. Et c’est vrai, au pays des aveugles, les borgnes sont rois…mais au pays des sourds, les manchots sont aussi muets.

6- Le souci, c’est qu’on remarque plus facilement les différences. Pourtant, si on sait relativiser, on saurait par exemple que le point commun entre une bouteille d’eau et un chien est que tous les deux sont en plastique…sauf le chien.

7- Un jour, une femme a dit à son mari : « tu sais? Le concierge m’a dit que notre voisine a couché avec tous le hommes de l’immeuble sauf un ». Le mari repondit : « Ah bon? Et c’est qui? ». Comme quoi, parfois être l’exception pourrait te sauver de la mort.

8- Attention, le relativisme est un (ou plusieurs) courant de pensée qui dit que tout est relatif, rien n’est absolu. À ne pas confondre avec la relativité d’Einstein qui lie l’espace avec le temps. Cette théorie dit que l’écoulement du temps est ralenti par la gravité. Par exemple, le temps serait ralenti au voisinage d’un trou noir. Pour nous, sur le plancher des vaches, une heure dure toujours une heure…sauf quand il faut charger le téléphone.

9- Enfin, il faut toujours se souvenir que tous les blagues te seront drôles…sauf quand la blague c’est toi.

10- Ah oui, en fait, tous les tops 10 contiennent 10 éléments…sauf celui ci.


Démenti : Lay Corbeille n’est pas Mamy Z. et ne fait pas campagne dans les élections

Au moment où vous lisez cet article, les faits qui y sont décrits ne sont peut-être plus d’actualité. Mais au moment où j’écris, il y a un inconnu qui utilise ma photo de profil mondoblog pour illustrer le profil de sa chaîne  youtube dans laquelle il fait campagne pour un candidat à la présidentielle malgache de 2019. Et ce n’est pas moi.

J’écris cet article parce que le signalement que j’ai fait à Youtube et mon message privé vers ce compte n’ont, visiblement pas, aboutis. Et avant que ma « bogossité » (d’antan) ne soit trop pesant sur les résultats du second tour, je préfère vous déclarer, officiellement, que je ne fais pas campagne pour le candidat Andry Rajoelina.

Youtube

D’abord, je n’ai pas (encore) de chaîne youtube mais cela arrivera plus tôt que je ne le pense. Les idées, j’en ai : musique, arrangements musicaux, covers musicaux, etc. Jamais, o! grand jamais, je ne m’amuserais à partager des contenus politiques. Et je n’utiliserai pas la photo d’un autre comme masque. Faire de la politique peut-être, la vraie, celle que je fais déjà un peu dans mon travail, dans les associations ou sur le jeu en ligne massivement multijoueur où je gouverne une cité virtuelle.

Nostalgie

Cette photo est facilement visible sur internet. Elle a été prise par ma femme avec un appareil photo « bridge » dans la lumière orangée du soleil couchant alors que les plantes étaient jaunis par la sécheresse. Et elle est (très) flatteuse. Je l’ai utilisé pour illustrer mon profil mondoblog en 2013 et c’est, au moins, la 3ème fois qu’elle a été « piratée » sur divers réseaux sociaux. C’est, malheureusement, un des revers d’internet. On ne peut pas croire ni faire confiance à tout ce qu’on y lit.

Je précise que je ne fais pas, non plus, campagne contre Andry Rajoelina. Je ne le connais pas personnellement et je ne veux pas juger, ni lui ni son adversaire, puisque je crois que si la vie ne juge pas toujours un homme, moi y compris, Dieu le fera en son temps.

J’ai, quand même déjà eu l’occasion de lui dire bonjour une fois. C’était en 2005 quand je profitais de quelques mois, rares, de chômage et j’accompagnais ma femme à son travail. On était passé devant l’INJET  (Société d’impression numérique appartenant à Andry Rajoelina) quand lui et sa femme entraient dans leur voiture et nous ont salué. On était 2 jeunes couples sans soucis et pas encore (trop) célèbres. Il a, ensuite, murmuré quelque chose à sa femme qu’on n’a pas entendu mais j’imagine qu’ils nous comparaient à des connaissances (ou nous ont pris pour d’autres). J’aimais cette période mais je ne peux pas y revenir, les enjeux ont trop changé.

Les élections

Malheureusement, le choix des malgaches pour le 2nd tour des présidentielles du 19 décembre prochain se limite à deux anciens dirigeants. C’est une mauvaise chose pour le vrai changement mais, au moins, on peut baser son choix sur l’expérience qu’on a eu avec l’un ou l’autre. Je ne suis pour aucun d’eux en particulier mais je sais comment je vais voter. Et c’est aussi mon conseil pour tous ceux qui ne savent pas encore choisir : demandons-nous ce que l’élection de Marc R ou de Andry R. apportera, réellement, dans ma petite vie et dans la tienne.

La réponse est en partie connue : mon futur dépend de moi et de mes choix, d’abord. Le prochain président aura le pouvoir de me faciliter la tâche ou de me mettre des contraintes. En effet, nous sommes tous connectés les uns aux autres et pouvons nous influencer, certains plus que d’autres. Donc, le choix devra dépendre de ce qu’on pense que l’un ou l’autre candidat fera pour nous, notre business ou contre nous et notre liberté.

Après la proclamation des résultats, peut-être que certaines personnes comme Mamy Z. gagneront une pactole si le candidat pour lequel il travaille si dur gagne. Peut-être qu’il gagne déjà des sous en faisant ce qu’il fait. Si ce n’est pas le cas (qu’il n’est pas sous contrat), et qu’il agit par pure fanatisme, j’espère au moins qu’il sera « heureux », dans son coin, de voir son idole devenir l’homme le plus puissant du pays. Ou, si son poulain perd, j’espère qu’il ne se jettera pas dans l’Ikopa. Pour moi, peu importe le président si je peux toujours faire librement ce que j’aime faire : mon travail, ma foi, ce blog, etc. et que je puisse toujours m’améliorer. Ce sont mes briques pour l’émergence de ce pays.

C’est pour tout cela que je ne vais pas vous partager le lien vers ce compte youtube qui a 1 seul abonné (moi pour lui envoyer le message privé), aucun contenu (il se contente de partager des vidéos à foison) et qui est peut-être un robot. Évitons le buzz. Je n’ai pas plus besoin de défendre quoi que ce soit. Et pour nous les malgaches et amoureux de cette île, utilisons nos cerveaux et allons voter, oui, mais surtout continuons à  servir le pays comme on le peut. Masina ny tanindrazana (la terre des ancêtres est sacrée).

 


Madagascar : j’ai quand même pu voter, puis j’ai compté les voix

Le 7 novembre 2018 s’est tenu le premier tour de l’élection présidentielle malgache. Malgré des soucis d’organisation, j’ai quand même pu voter. Dans l’élan, j’ai même accepté de compter les voix.

Cette élection était décriée depuis longtemps. On a critiqué sa tenue en saison de pluie, la liste électorale, les bureaux de vote et le reste… et pourtant, dans notre quartier tout s’est à peu près bien passé.

Il faut dire que, le matin, je ne pensais pas aller voter. Pendant deux semaines, on a fait des allers-retours au bureau du fokontany (plus petite représentation territoriale dans l’administration malgache). On nous a dit qu’on n’avait pas de carte à nos noms. On nous a même dit qu’on n’était pas dans la liste. On nous a suggéré de venir tôt le jour du scrutin et de vérifier dans les bureaux de vote alentours si on était inscrits dans l’un d’eux. Je n’avais pas le courage.

On a donc passé la journée fériée à faire nos « adidy » (tâches sociales). Les bureaux de vote ferment à 17 heures, et à 16 heures, on a décidé d’aller voir même juste pour que le chef du fokontany voit combien on est frustrés.

Arrivés là-bas, dans le collège public qui faisait office de bureau de vote, le chef du fokontany nous a dit de chercher nos noms, nos cartes électorales ou les deux dans une salle, où des dizaines de gens dans notre cas farfouillaient déjà, certains depuis des heures. Heureusement, j’ai une experience de caissier et j’ai décidé de feuilleter rapidement les milliers de cartes éparpillées là sans propriétaire. Et on a rapidement trouvé nos cartes et on a voté. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde vu les milliers de cartes sans preneurs.

Après le vote, une connaissance nous aborde nous demandant si on veut faire partie des quatre compteurs de voix qui sont des témoins volontaires et citoyens nécessaires pour valider les votes du bureau. J’ai accepté car je pensais que cela faisait partie des adidy et que ce serait amusant.

Amusant, oui, fatiguant aussi. Il fallait remplir à l’identique et signer des dizaines de fiches et de procès verbaux. Pour compter les voix, il fallait d’abord être d’accord entre les membres de la commission indépendante CENI, les délégués présents et les observateurs du nombre de votants qu’ils ont vu passer toute la journée. Ce chiffre devait correspondre au nombre de bulletins dans l’urne. Et c’est après qu’on a vraiment compté les voix de chaque candidat.

Comme on a pris du temps dans cette préparation, on entendait dans les bureaux adjacents des acclamations quand les compteurs y annonçait tel ou tel candidat. Mais nous avons pu commencer doucement à la lumière d’une ampoule neuve dont la salle de classe du collège public a été équipée spécialement ce jour là.

Les résultats de ce petit bureau de moins de 400 votants sont anecdotiques. Il y avait surtout Ravalomanana en tête, Rajoelina en suivant et Dama en 3ème position. Les autres, sans en citer un(e) étaient étonnement beaucoup à 0,00%… oui, même lui. Cela invalide, pour notre bureau, la théorie selon laquelle un grand nombre de candidats allaient biaiser les choix des électeurs. Les résultats finaux montreront si cela a vraiment eu beaucoup d’influence. Attendons pour savoir.

Avec notre retard, notre bureau faisait partie des derniers à faire le comptage. Bientôt, tous les curieux, les partisans, les passionnés qui ont quitté les autres bureaux ont envahi nos bancs pour « animer » cet acte citoyen. On s’organisait de telle sorte que 2 d’entre nous sortaient les bulletins et les identifiaient pendant que j’inscrivais au tableau et qu’un dernier me surveillait. J’étais, malgré moi, au centre des attentions. Mon collègue d’un soir criait un numéro, 25 ou 13, et on entend comme dans les stades de foot des « ouéééé » ou des « ouuuuh ». Je traçais une ligne et on me disait « reste de ce côté mon grand! » ou « économise la place, ça va déborder » ou bien « Oh, on dirait que Razoky (Grand-frère) squatte cette partie du tableau ». De temps en temps, on entendait un numéro exotique et on entendait d’autres commentaires du genre : « c’est qui ça? » ou « revérifie! » ou « ça doit être sa famille qui a voté! ».

Et comme chez des supporters de foot, il y a eu des piques de part et d’autre mais dans une ambiance bon enfant. J’ai l’espoir que les Malgaches ont, désormais, assez de maturité pour accepter les résultats des urnes sans violence.

Ce qui est malheureux, c’est qu’il existe toujours des votants qui font des erreurs dans l’utilisation du bulletin unique. Il y en a qui ne cochent pas dans la case prévue. Il y en a aussi qui signent au lieu de mettre une croix. Il y a toujours le travail d’éducation et d’information à faire mais je pense que ces gens là existeront toujours.

Après avoir dépouillé, on est restés encore plusieurs dizaines de minutes pour finaliser les PV. Je pense que si un candidat a un délégué dans chaque bureau de vote, il pourra s’assurer de la véracité des résultats. Dans le notre, par contre, il n’y a eu que 4 délégués sur les 36 candidats. Ce qui nous a évité quand même 32 signataires en plus, mais, surtout, cela montrait quels candidats étaient les plus sérieux.

Donc, je suis rentré un peu tard avec le sentiment d’avoir accompli mon devoir d’électeur, malgré tout. Et même, cette fois-ci, j’ai l’impression d’avoir vraiment participé au processus.