-18, âmes sensibles, ne lisez pas : les Malgaches sont devenus fous

Article : -18, âmes sensibles, ne lisez pas : les Malgaches sont devenus fous
13 novembre 2014

-18, âmes sensibles, ne lisez pas : les Malgaches sont devenus fous

Fuyez, prenez vos affaires, ce que vous pouvez emporter et allez vous-en. Ce pays est devenu fou. Les Malgaches sont devenus fous. Si vous croyez encore que ce sont des gens sympathiques, accueillants, hospitaliers et dévoués, annulez votre expatriation, reportez vos vacances. Ou si vous insistez, venez et sauvez-moi, sauvez-nous de nous mêmes.

Il y avait quand même des craintes en moi. J’ai entendu parler depuis longtemps des dahalo (voleurs de zébu) qui ont changé de méthode en tuant, en prenant des otages et en violant. Mais dans ma tête, c’était parce que les victimes habitaient la brousse ou la jungle, comme dans les films. Je voyais aussi les voleurs à la tire (mpanendaka) et les pickpockets (mpangarom-paosy) comme de pauvres gars obligés de voler pour survivre, que c’est pareil partout dans le monde et qu’il faut juste faire attention. Aujourd’hui, je n’ai plus de doute, les Malgaches sont capables du pire.

Je vais vous les dire et vous les raconter, comme je les connais et à ma manière, ces faits divers, mais j’ai décidé de ne pas mettre d’illustration ni même de lien. Vous me comprendrez. Mais vous pourrez les trouver dans les journaux en ligne malgaches comme Midi Madagasikara par exemple.

D’abord, il y a les coupeurs de routes. On rapporte des histoires rocambolesques. Une fois, il y avait ce taxi-brousse. C’est comme ça qu’on appelle les bus entre 14 à 27 passagers qui transportent les gens entre des villes éloignées. Il voyageait de nuit et était à la queue d’un convoi, d’une caravane improvisée comme on fait d’habitude par peur des bandits. Dans ce journal que j’ai gardé, un des passagers raconte comment ils ont été distancés par les autres voitures et comment ils sont tombés dans l’embuscade de coupeurs de route. Ils auraient été détroussés puis sommés de sortir à tour de rôle, 4 par 4 vers les bosquets pour se faire violer, hommes, femmes et enfants.

Il y a aussi les enfants volés. Une petite fille a été retrouvée décapitée. Un petit garçon a été retrouvé sain et sauf à des kilomètres de chez lui. Un bébé de 2 mois a été arraché à sa nourrice en pleine rue puis emporté par un 4×4. Aujourd’hui, les écoles redoublent leur sécurité pour éviter qu’un enfant soit confié par erreur à un inconnu. Et puis, il y a cette personne qui a failli être lynchée par la foule car accusée d’être un voleur d’enfants.

Car oui, le lynchage des malfaiteurs avérés ou présumés, c’est aussi devenu monnaie courante. Le cas des vazaha de Nosy-Be d’il y a plusieurs mois déjà a été relayé de par le monde. Mais c’est tous les jours, ou presque que des bandits et des innocents se font massacrer sans procès dans les rues de Madagascar. Tenez, cette semaine, c’est récent, il y a eu dans les journaux le cas des bandits qui ont été brulés vifs. Dans d’autres cas, les présumés malfaiteurs sont tabassés à mort.

Apprêtez-vous maintenant à être choqués, à vomir ou à vous évanouir. Sinon, arrêtez de lire le reste. Il y a le cas de ce chauffeur, a priori, ce n’est donc pas un bandit. Mais il a renversé des gens sur la route lors d’un accident et à l’heure qu’il est ses victimes sont mortes. Mais ce chauffeur n’a pas survécu longtemps, les témoins de l’accident l’ont charcuté sur place à la machette et il n’en restait pas grand-chose après quelques minutes. Il n’a pas voulu fuir, mais faire face à sa responsabilité. Il a trouvé une mort horrible. Il y a quelques temps, il y avait aussi ce petit couple. La fille a été violée et abandonnée dans la rue et le garçon a été emmené par leurs assaillants. Son corps a été retrouvé quelques jours après, roué de coups et jeté dans le fleuve.

Car le viol aussi est devenu « à la mode » chez les bandits. On viole les femmes, les filles, les fillettes, les garçons, les vieilles, les bébés. Ce n’est pas comme dans les séries policières lorsque le profileur explique qu’un voleur est un voleur et un violeur est un violeur. Ici, les hold-up, les cambriolages, les accidents sont des « occasions » pour violer. Tenez en exemple ce que la presse locale a qualifié de sordide, c’est le cas de cette femme d’une trentaine d’années. Elle aurait été renversée par un train et en a eu une jambe arrachée. Des témoins l’ont ensuite vu se faire violer par 4 gars… sans sa jambe, donc, avant d’être achevée à coups de couteau.

Voilà, il y a deux jours, je voulais déjà écrire ce billet, mais à la place, j’ai expliqué les mots fitiavana (amour) et tia (aimer). Comme ça, la transition est plus abrupte. Je m’en fous si les meurtres, les enlèvements et les viols sont guidés par la mafia, la politique ou bien si seulement le fruit de notre pauvreté et des films à la télé. Je dois simplement en parler, comme ça, parce qu’en en faisant un billet, j’aurais contribué à les rendre plus invraisemblables, plus terrifiants, moins banals. Parce que je sais bien que les Malgaches sont censés être gentils et que tout ça n’est pas normal.

Oui, aujourd’hui, j’aimerais fuir, j’aimerais aller loin, si c’était possible. Mais je préfèrerais rester sans la peur pour ma vie, pour celle de ma famille et de mes amis. Ce pays est toujours un coin de paradis, mais il lui faut seulement moins de démons et un peu plus d’humanité.

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