Andriamialy

10 régions pour sentir le froid à Madagascar

Madagascar est une île tropicale de l’Afrique et de l’Océan Indien. Mais il est possible en cette période, pour vous amateurs du froid et des tremblements, de passer de bons moments à vous geler les oreilles. Il suffira de visiter les endroits de cette liste.

Photos : layandri

1-ANTANANARIVO

Pour ceux qui débarquent à Antananarivo en mois d’hiver pour la première fois, cela peut être un choc. Si le vol arrive avant l’aube ou au petit matin, la température est alors en dessous de 10°C. Les records tournent autour de 3-5°C le matin et rarement au-dessus de 20°C au plus chaud de l’après-midi.
Les touristes restent souvent en escale de quelques heures pour ensuite continuer vers les plages ensoleillées des cartes postales. Mais Antananarivo, elle est perchée à plus de 1200m d’altitude. Imagine seulement que tu es à la plage et que le Palais de la Reine est à 1km au dessus de ta tête : cela explique son climat tempéré. Mais en plus, elle est entourée de chaînes de montagnes qui bloquent tout vent chaud venant des côtes. Nous allons en parler plus tard.

2-ANTSIRABE

A la météo, la 2ème ville de l’ancienne province d’Antananarivo est toujours la plus froide. On dit même que dans ces régions, il y a de la neige, très très très rarement.
Cette ville d’eau possède tout ce qu’on recherche autour de cet élément vital : source chaude, eau naturellement gazeuse, lacs, rivières, usines de limonades et de bières. Mais pour y séjourner en hiver, il faut vraiment aimer le froid.

Photo : madacamp

3-AMBATOLAMPY

Les 3 villes ou villages qui suivent sont des étapes où certains voyageurs rentrant sur Tana s’arrêtent pour manger ou parfois dorrmir.
Ambatolampy, depuis le Sud, entre Antananarivo et Antsirabe est, à mon avis la plus froide des 3 sauf qu’elle n’est pas citée à la météo. J’y ai dormi une nuit d’hiver. C’était la plus froide que j’ai jamais vécu. Je n’ai pas bougé d’un poil car le moindre mouvement pouvait me mettre en contact avec des parties glacées de mon lit.
Pourtant, la visite de cette ville est incontournable dans le circuit Sud car elle abrite les artisans du métal et elle produit nos marmites et ustensiles de cuisines. Ses artisans sont capables de créer même des copies interdites et illégales de pistolets.

4-AMBANITSENA

C’est plutôt un village qu’une ville sur la route de l’Est. Il marque la fin de l’ascension vers la capitale. Il est célèbre pour ses petits restos pour les voyageurs. Le matin, dans le brouillard glacial, il propose la soupe de riz au brèdes accompagnée de saucisses, de kitoza (viande de zébu boucanée) ou d’omelette.
Une fois, dans les années 90, on est monté à Tana à bord d’un taxi-brousse, vieux 4×4 réaménagé, dans lequel je n’avais pas de place pour mes jambes et le chauffeur nous a imposé une pause de 4 heures là pour éviter d’entrer à Tana la nuit. C’était 4 heures d’enfer pour nous qui n’aimons pas le froid.

Photo : layandri

5-MANERINERINA

Maintenant c’est la route de l’Ouest. Le nom de ce village signifie « visible car haute et dégagée ». Et c’est bien le cas, c’est froid et venteux comme pas possible. On vient aussi de finir de gravir le versant Ouest du plateau et il est salutaire d’y faire reposer son moteur. Si on vient de Majunga, et on est passé par la cuvette de Maevatanana, record en terme de chaleur, le choc est évident. Je dirais que s’il fait 15°C, le ressenti doit être à 5°C.

6-TOAMASINA

C’est le chef-lieu de la région Est, ancienne capitale de province, actuelle capitale économique. C’est le plus grand port de Madagascar mais c’est quand-même une ville prisée par les vacanciers. Comme presque toutes les villes côtières, il y fait chaud même en hiver. C’est mon avis d’habitant d’Antananarivo. Par contre, ceux qui habitent là-bas disent qu’ils ont froid. Là encore, il s’agit de ressenti. Peut-être qu’après quelques années, on sentirait bien la différence de température entre les saisons.

Photo : layandri

7- TAOLAGNARO

Je disais que presque toutes les grandes villes côtières ont chaud en hiver. Mais j’ai déjà eu très froid à Taolagnaro ou Fort Dauphin selon l’ancien nom, ville sur la pointe australe de l’île. Il y a là-bas un vent sec et glacé venant du Sud, le Tioka Atimo (souffle du Sud). C’est désolant de se dire que le tropique du Capricorne n’est qu’à quelques kilomètres et que tu es là à contempler une plage dite « Liban » (Libanona), mais qu’il fasse trop froid pour s’y tremper.

8 -9-10 MORAMANGA,MANTASOA,ANDASIBE OU AUTRES

On revient à l’Est qui baigne dans un climat d’hiver « froid et humide ». Il ne fait pas si froid mais c’est surtout humide. Il s’agit de sortir de la maison sous un crachin abondant et froid et le moindre souffle de vent suffit à vous glacer les os. Ce sont surtout les régions boisées et dans le forêt ou dans la campagne, c’est beau. Mais dans la boue des villes c’est juste infernal.

Photo : layandri

 

Voilà, si vous avez marre de la canicule du mois de Juillet en Europe ou en Amérique, sachez qu’à Madagascar, vous pourrez toujours vous les geler jusqu’en Août.


Le hublot du 787 et le nouvel ordre mondial

J’ai enfin voyagé à bord d’un Dreamliner, un avion de Boeing qui a opéré une fracture technique et technologique dans la production d’aéronef. Je vais vous parler de mon voyage en classe économique et particulièrement du hublot hi-tech du 787.

D’abord, je dois dire que le constructeur n’a pas menti sur le confort amélioré. Il y a moins de bruit même si l’avion le plus silencieux que j’ai pris était, il y a une vingtaine d’années, un Fokker avec les deux moteurs à l’arrière. . L’avion a une meilleure pressurisation et son air ne provient pas des moteurs, pas de risque d’inhaler du carburant. La sensation en générale est différente, sans compter l’ambiance que procure le neuf.

Il y a plus de place ou c’est juste une impression. En effet, la rangée de chaise devant n’a pas de pied au milieu, un petit plus pour les jambes. un gros écran plein de médias et d’applications est là pour occuper ses yeux et son cerveau. J’ai fait la veille 5 heures dans un autre avion plus ancien et j’avais des courbatures et des crampes. Après 6 heures dans le Dreamliner, je me sentais bien. L’hôtesse, affolée, m’a pourtant demandé si j’allais bien. J’avais les yeux rouges, elle disait. 6 heures avec un écran à moins d’un demi-mètre se son nez, ça ne pardonne pas.

La sensation d’espace est aussi accentuée par le grand hublot sans volet. C’est un hublot dont la luminosité est réglable grâce à 2 boutons. La lumière intérieure n’est plus simplement blanche mais de différentes couleurs qui permettent soit de reproduire l’ambiance externe, soit d’en créer une artificiellement. Par exemple, une petite lumière violette ressemble à une nuit en plein jour à condition que tous les hublots soient réglés au plus sombre, quasiment opaque. 

 hublot
Photo : BoramLee

Et voilà! Le Chef de Cabine, à 14h de l’après-midi, après avoir débarassé le couvert du déjeuner veut offrir une sieste avec une ambiance vol de nuit, il appuie sur un bouton. Là, moi, assis près du hublot, je le vois s’assombrir et mes appuis frénétiques sur les boutons ne peuvent rien y faire.

Finalement, ces hublots haute technologie, c’est comme la plupart des innovations. C’est joli, cela promet plus de possibilité, de facilité, de convenance. Au final, ça sert à mieux nous contrôler.


Ils ont suspendu la réunion pour regarder le match du Sénégal

Le premier match du Sénégal dans le mondial 2018 en Russie s’est déroulé le 19 juin contre la Pologne. Je l’ai regardé ici, par chance, au pays des Lions, puisque les organisateurs ont décidé que notre réunion était suspendue pour cause de match.

Ils ont fait la remarque que ce n’étaient pas les Sénégalais mais les autres qui ont le plus insisté. Ce n’était peut-être pas totalement vrai puisqu’on sentait déjà les sénégalais plus concentrés depuis longtemps. Mais on peut comprendre que tous les Africains et afrophiles étaient derrière l’équipe représentant le dernier espoir de victoire du continent dans ce premier tour.

Début de rêve

Lorsque j’ai rejoint la salle de la télé, j’ai compris que ce sont toutes les réunions du complexe hôtelier qui ont été mises en veille. Il y avait nous, francophones en général mais de plusieurs pays différents, et il y avait les autres, qui font leur réunion en anglais dans la salle d’à-côté, sans oublier les clients de l’hôtel. Les Sénégalais ont squatté les premiers rangs de la salle de projection improvisée.

On voyait tout de suite que les Lions de la Teranga pouvaient gagner. La lenteur qu’ils affichaient à chaque prise de balle n’était pas de la nonchalance mais plutôt du calme. La preuve c’est qu’ils explosent facilement et mettent à mal la défense polonaise. Et fatalement, c’est un défenseur polonais qui a dévié un tir sénégalais et qui a trompé son gardien pour le 1er but du Sénégal. Les français l’appelleraient « coup de billard » ; les malgaches le qualifierait de taim-baolina (but résiduel ?) ; mais en tout cas, il est valable et il amène la joie dans tout un pays, tout un continent.

L’euphorie

Bien entendu, toute la salle s’est levée pour applaudir ce but. Une salve d’applaudissements que les joueurs n’ont surement pas entendu mais taper des mains est un moyen humain d’exprimer la joie, l’approbation, l’admiration ou l’enthousiasme.

Enthousiasme ? Non, j’ai dit euphorie. Surtout chez ce grand Sénégalais qui a pris place devant moi. Je dois dire que je n’ai rien vu du second but. J’ai entre-aperçu un joueur polonais faire une passe en retrait hasardeuse, puis un attaquant sénégalais courir disputer la balle devant et puis j’ai vu des dos en chemises, costards et boubous trépigner puis sautiller de joie. J’en ai déduit que c’était but pour le Sénégal.

À partir de là, tout était sujet à applaudissements. Le ralenti montrant le but et… applaudissements. La rediffusion de la célébration du buteur et… applaudissements. La réaction du sélectionneur = applaudissements. Une petite remarque des commentateurs soi-disant qu’on n’a pas vu l’attaquant adverse toucher le ballon = applaudissements. Tiens! Son Excellence monsieur le président de la république du Sénégal apparaît à l’écran = applaudissements même s’il n’a pas vraiment participé au dernier but. À 2-0 contre la Pologne, fallait croire que la messe était dite… ou presque.

Une fin de match tendue

Mais il ne fallait pas vendre la peau de l’ours. Pas encore! En effet, la Pologne a réduit l’écart vers la 86e minute. Et faut-il rappeler qu’un match de foot dure 90 minutes plus le temps additionnel ? Dans notre salle, on sentait l’inquiétude. On se souvient des autres équipes africaines battues avant le Sénégal. Y avait-il une malédiction en cours ? Certains se rassuraient à haute voix : « Non, ça va aller !. Et si chaque action polonaise était accompagnée de « ouille » et de « fiuuu » (sifflements), chaque arrêt ou récupération par le Sénégal était célébré comme un but.

Sur le terrain, les joueurs sénégalais sont toujours aussi calmes. Ou sont-ils fatigués ? Je ne sais pas mais l’essentiel est qu’ils ont tenu jusqu’à la fin. Une fin de match sur une victoire 2 à 1 donc. Ce n’est pas un score rassurant mais j’espère qu’une équipe africaine ira loin dans ce Mondial.

Bref, bon match mais peut et doit mieux faire pour le Sénégal et pour l’Afrique. Quant à moi, je m’en vais retourner à mes travaux, finalement, raison de ma présence ici.


Théorie sur la malgachisation du mot four

Je me suis levé ce matin et j’ai eu cette reflexion en sortant mon pain du four : « mais pourquoi? ». Pourquoi le mot four est devenu « lafaoro« ? Mais pour y répondre, il faut d’abord voir comment se sont malgachisés les autres mots français. C’est à la fin que j’exposerais ma petite théorie.

Si on se cantonne au royaume merina du 19è siecle qui s’est autoproclamé Royaume de Madagascar, il y a eu principalement deux nations européennes qui ont apporté leurs influences : l’Angleterre et la France. Il y a beaucoup d’autres européens comme les norvégiens ou les italiens ensuite et bien avant tout cela, il y a les portuguais. On pense par exemple que le nom de notre devise Ariary viendrait du Real.
Mais ce sont les langues anglaise et française qui ont apporté le plus de vocabulaires ces derniers siècles. Et il est facile, en cherchant les racines des mots, de comprendre quelle civilisation nous a apporté un objet, un animal, un nom, une idée.

Gisa = Geese

Fiara
= Fiacre

Seza
= Chaise

Rajaonisaona
= Johnson

Raserizà
= Sergent

Indrindra
= In deed

Baiboly
= The Bible

En parlant de Bible, on a d’un côté une protestante dont les noms des personnages sont inspirés de l’anglais et une catholique avec des noms français malgachisés. Exemples :

Petera vs Piera

Mosesy
vs Moizy

Jesosy
vs Jeso(Zezo)

Mais le sujet de cet article ce sont des mots français. Certains gardent leur article « la ».Cela donne des mots malgaches qui commencent par « la ». Exemple :

La table = latabatra
La croix = lakroa
La bougie = labozia
La France = Lafrantsa
La vanille = lavanilina

Il y a peu de mots masculin qui gardent leur article « le ». Le son « le » n’existant pas, il serait malgachisé en « lé » qui est déjà proche de ‘lay, l’article malgache utilisé dans le titre de ce blog. Ainsi, « le comorien » devient « lekaoma« . Cela devient bizarre si on utilise lay devant (‘lay lekaoma). La plupart du temps, le mot masculin vient sans son article.

On dit bien « le four » mais pas « la four ». Si c’était « la four », la logique aurait été d’obtenir « laforo » et garder la prononciation. Mais non, on a « lafaoro » qui sonne comme « la fort ».

Voici mon avis :  « four » n’avait aucune chance de rester comme il est dans notre langue parce que sa prononciation est trop proche du mot qui signifie « vagin ». Toutes ces expressions cuisinières seraient devenues ambigues :

– prechauffer le four
– mettre au four pendant 20 minutes
– etc.

Si je n’ai pas tort, ce serait donc la pudeur légendaire des malgaches qui a créé l’exception « lafaoro« .


Difficile de passer de la tradition orale à l’ecrite

Beaucoup de proverbes malgaches sont le sujet de débats. Cela concerne l’orthographe et par conséquent le sens des mots et des expressions.

Au lieu d’essayer de résoudre ces débats, je vais faire une illustration en remettant en cause une proverbe bien connu.

Quelques exemples

Voici déjà quelques exemples de proverbes dont l’ecriture ne fait pas l’unanimité :

« Mamerina indroa manantitratrantitra » ou « mamerina indroa manana ny antitra »

Est-ce que passer une couche c’est radoter ou bien ça permet d’avoir une couleur plus vive (peinture)?

« Ady voamangan’i Kirijavola » ou « Adin’i Vaomanga sy Ikirijavola »

La suite est « ny masony no tindronina aloha »(tout de suite, il crève l’oeil ». Mais est-ce une image de la façon dont Kirijavola déterre la patate douce (voamanga) ou bien sa technique de combat contre Vaomanga? (Un boxeur traditionnel ou pourquoi pas un coq).

« Tendrom-po » ou « tendrim-po tsy mba namana? »

Dans les 2 cas, on ne peut pas s’y fier. Mais s’agit-il des « pointes du cœur » ou des « choix du cœur »? Ma grand-mère ôtait par précaution un bout du cœur des animaux qu’elle préparait en cuisine.

Et des expressions et adages ambigus  il y en a pléthore en malgache. Mais nous allons faire notre démonstration avec un proverbe bien établit.

Notre cobaye

« Ny adala no toa an-drainy »

Littéralement, il se traduit par « l’insensé est celui qui est comme son père ». Communément, il est admis que ce proberve signifie que celui qui ne réussit pas à dépasser son père, à faire mieux que son prédecesseur ou se contente de reprendre ses activités est un insensé. Mais cela est vrai, seulement si on accepte cette façon d’ecrire la phrase.

En effet, « toa » est un mot qui signifie « pareil ». Il est logique de comprendre que dans une société malagasy où l’on promeut le travail et la possession, on exhorte les garçons à devenir plus riches que leurs pères. Dans certaines régions, les parents ne laissent aucun héritage mais tout ce qu’ils possèdent sont dilapidés pendants les funérailles et s’ils avaient 100 têtes de zébus, 100 paires de cornes orneront leur tombeau. Cela fait que l’enfant repart de 0 pour faire mieux que ses prédécesseurs.

Puis, même si l’expression « toa an’i » est utilisé comme comparatif, c’est rare. À la place, on dit « ohatra an’ialahy ihany izaho » (je suis comme toi). Ou bien, on dit « toy » mais pas « toa ».

  1. En effet, « toa », en général, signifie « on dirait ». Par exemple, « toa matory ianao izany » se traduirait par « on dirait que tu dors ». Et de ce fait « Ny adala no toa an-drainy » devient « C’est l’insensé qui est on dirait son père ». 
  2. Et puis, « an-drainy » si on enlève du contexte signifie à 99% « à son père ». Ce qui donne   « on dirait que l’insensé est à son père ».
  3. Il y a aussi les homonymes de « toa ». En premier, il y a « to » qui est la racine de « mankatò » (obéir). Ce qui nous donne : »ny adala no tò an-drainy » ou « L’insensé obéit à son père ». 
  4. En second lieu, il y a « toha- » , contraction de « tohana » (obstacle) qui nous permet d’obtenir « ny adala no tohan-drainy » ou « l’insensé est un frein pour son père ».
  5. Enfin, avec l’altération des siècles qui passent, on pourrait penser que l’original aurait pu être « ny adala no tohin-drainy » qui signifie l’insensé fait suite ou succède à son père.


    Vous voyez qu’une différence minime à l’écrit peut transformer radicalement le sens tout en restant à peu près potable. C’est pour cela qu’il est difficile de se mettre d’accord sur l’écriture de certains proverbes anciens.


    Il y a 100 façons de s’interpeller en malgache

    En anglais, il y a « you ». En français, il y a déjà « tu » et « vous ». Mais en malgache, il y a une infinité de façon de s’appeler, comme il y a autant de relations humaines.

    D’abord, ianao (tu, toi) est le pronom personnel à la deuxième personne du singulier dans la langue officielle. C’est le pronom à utiliser normalement, pour être courtois, neutre, sans équivoque, sans arrière-pensée. Il est aussi passe-partout puisqu’il va entre parent et enfant, patron et subordonné ou dans un couple.

    Certains veulent utiliser le pronom au pluriel ianareo (vous) comme dans la langue française mais, à mon avis, cela a un effet péjoratif. En effet, cela sonne toujours comme un « vous » inclusif. Oui, c’est comme « toi et ton espèce » ou « dans ta famille », « toi et tes semblables ».

    Si deux personnes se parlent en utilisant ianareo, et si ce n’est pas une convention dans la famille pour marquer le signe de respect, cela indique une certaine distance. Il se peut que la discussion qui commence par des ianao dégenère en dispute avec des ianareo, ialahy, ‘ndri ou pire (voir plus bas) car la personne devient « tsy fanao ianao » (ne mérite pas le ianao).

    Dans certaines régions, cependant, ianareo peut marquer une grande pudeur. En effet, si la personne n’est pas mariée, ianareo (vous) peut signifier « toi, tes parents et toute ta famille ». Si elle est mariée, c’est « toi et ton époux(se) ». Et on ne dit pas « Manao ahoana ny vadinao ? (comment va ton époux(se) ?) mais « Manao ahoana ny ao aminareo ? » (comment va celui (celle) qui est chez vous ?).

    Dans le langage familier, le tutoiement se traduit par ialahy pour les garçons et indri [indji] ou ‘ndri pour les filles. De ce fait, on peut facilement deviner la nature d’une relation en écoutant comment deux personnes s’appelent :

    • Deux personnes qui se disent ianao : relation respectueuse,
    • Deux garçons qui se disent ialahy et deux filles qui se disent ‘ndri : amitié,
    • Une fille et un garçon qui s’appellent par ialahy : amitié, intimité voire plus,
    • Une fille et un garçon qui s’appellent par ‘ndri : flirt, amour,
    • Deux filles qui se disent ialahy ou deux garçons qui se disent ‘ndri : gang, intimité douteuse ou carrément gai.

    Puis, il y a ise ou ‘se [sé] qui, dans l’usage, est un équivalent sans genre de ialahy et ‘ndri. Je me souviens même que tout petit, à l’église, et surtout dans les patrouilles de la jeunesse, on nous préconisait d’éviter les trop familiers ialahy et ‘ndri car trop souvent, la culture colonisatrice pseudo-chrétienne démonise les mots malagasy authentiques pour les remplacer par les traductions en langue étrangère (comme tay devient kakà et amany devient pipi, par exemple). A mon avis, ise est juste la malgachisation de l’anglais « sir ». C’est pour cela qu’il persiste chez les andriana (clan des princes). Et actuellement, c’est devenu, dans certains couples la contraction du français chéri(e) puisque le son ch n’existe pas dans la langue malgache. Chéri, en phonétique malgache devient « ‘se ‘ry » (chéri(e) là-bas).

    Vous avez remarqué que tous ces mots commencent par un « i ». Cette lettre doit être mise devant un mot pour dire que c’est un nom ou un prénom. Ainsi, en malgache :

    • Marie devient i Marie
    • Pierre = i Pierre
    • Président = i Prezidà
    • Sergent = i Serizà
    • etc.

    Maintenant, dans le langage hautain voire vulgaire, on a les appelations qui anonymisent, voire vont jusqu’à chosifier une personne :

    • i anona : untel, quelqu’un, quiconque
    • i zavatra : chose, machin, truc

     

    • lery (‘lay iry) : littéralement celui qui est là-bas
    • leity (‘lay ity) : littéralement celui qui est ici
    • etc.

     

    • i tena : ce corps (humain)
    • ‘ty : ça

    Pour les 2 premiers, on a anona qui est très utilisé lors des disputes comme par exemple : –Dia haninona ianao ry anona a ? (Alors, qu’est-ce que ce quelqu’un va me faire ?). Aujourd’hui, chez certain(e)s ami(e)s, c’est devenu une appellation affective. Mais Anona et Zavatra sont surtout utilisés par des personnes qui ont ou font semblent d’avoir une mauvaise mémoire des noms. Parfois, c’est assez agaçant.

    • Avia hoe i… zavatra aty. (Viens un peu ici… machin-chose)

    Lery, Leity, Leisy, Legona, Leanona, Leaza, etc. sont des appellations viriles entre hommes dans les bars, sur les terrains de foot, etc. Mention spéciale pour lery qui est devenu le pronom pour désigner le héros d’un film ou d’un B.D. qu’on raconte.

    • Naharesy i lery tamin’ny farany (il (le héros) a gagné à la fin)

    ‘ty et tena sont l’apanage des endroits qu’on appelle « bas-quartier ». Ayant grandi à Dakar dit Manjakaray, j’ai côtoyé ces mots tous les jours. Là-bas, ce ne sont pas de gros mots et ils sont utilisés par tous, petits et grands. Les plus gros mots et insultes existent aussi et sont utilisés. Par exemple, certaines personnes là-bas s’appellent pénis (tab*), couilles (voatab*), vagin (kind*), incestueux (vadin*), fesses (vod*), face de (tavan*), sodomite (lel*), etc.

    Face à ces abominations verbales, ‘ty et tena sont devenus plus acceptables. Et puis, grace aux échanges, aux B.D. ou films, ces mots sont sortis des bas-quartiers et sont utilisés dans d’autres groupes. Pour l’avoir entendu plusieurs fois, je sais que des hommes respectables d’Antananarivo qui ont aujourd’hui autour de la soixantaine se parlent entre eux en utilisant ‘ty. C’est assez déroutant de voir 2 papys (disons que le premier est un Chef de Département, l’autre un élu de la ville) se rencontrer et se dire :

    • « Ahoana r’ty, elaela ‘ty tsy hita an!? »  (salut, ça fait longtemps que je t’ai pas vu !).

    Mais ‘ty et tena gardent toujours ce côté tabou. Les scientifiques disent que les gros mots impactent plus profondément le cerveau que les autres mots. Comme ‘ty et tena sont du côté obscur, alors, ils ne peuvent vraiment pas être utilisés de manière innocente. Quand j’étais jeune, j’étais chez une amie mariée de ma jeune tante. Comme il n’y avait pas encore de sms, son mari lui a envoyé une missive enflammée en mode ‘ty et tena. Il n’y avait rien d’obscène dans les mots sauf que tena a tout changé. Justement, l’utilisation de ces mots rend une phrase nettement plus ambiguë, disons plus intime que ialahy et ‘ndri. Par exemple, la phrase « tu verras bien quand tu rentreras ce soir » est vraiment différente entre ces 3 traductions :

    • Ho hitanao tsara rehefa mody eo ianao rahariva. (inquiétant)
    • Ho hitandri tsara rehefa mody eo ‘ndri rahariva. (encourageant)
    • Ho hitan-tena tsara rehefa mody eo tena rahariva. (carrément sexy)

    Pour finir, comme cet article parle de 100 façons de s’appeler chez les malgaches, il faut dire qu’il y en a, en vérité, une multitude et qu’on continue encore d’en créer. La langue malgache est une langue bien vivante et les malgaches aiment bien inventer des mots entre eux pour faire des liens dans les groupes. Parfois, ces mots sortent des familles, des écoles, des quartiers, des régions pour alimenter le quotidien de tous les malgaches. La fin de cet article est une liste de quelques-uns ces mots :

    Rams (diminutif de Ramosé) : Monsieur
    Razoky : Grand frère
    Zandry : petit frère
    Zama : tonton
    ingahy : Monsieur
    ikala : fille
    Pata : diminutif de patron
    toi : utilisation du français. Par exemple « manao ahoana toi? » (comment tu vas?)
    etc.