Andriamialy

Les électeurs d’Antananarivo ont-ils tout compris? #humour

En élisant Mme Lalao Ravalomanana en tant que première femme maire de la capitale de Madagascar, Les habitants d’Antananarivo ont montré qu’ils ont « presque » tout compris sur la politique malgache.

Attention, article humoristique

Oui, je n’irai pas du tout polémiquer sur le fait que les élections ont été catastrophiquement mal organisées. Je ne vais pas dire qu’il y a eu oui ou non-utilisation de fraudes (de destruction) massive dans toute l’île. Je ne serai pas du tout surpris si le H.V.M., parti au pouvoir rafle la majorité des communes de Madagascar. Cela a été toujours ainsi depuis toujours dans ce pays pour n’importe quel parti au pouvoir, AREMA, TIM, MAPAR ou HVM. Le pied de nez des électeurs, c’est surtout ce qui c’est passé à Antananarivo.

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L’Express titre que le HVM est tout près d’une razzia

D’abord en se rendant massivement hors des bureaux de votes, comme je l’ai prédit, les habitants d’Antananarivo ont bien démontré qu’ils ont mieux à faire que de voter pour un maire. Déjà, beaucoup d’entre eux ont été obligés de travailler comme ces vendeuses du centre Commercial La City qui ont été interviewé à la Télé VIVA. En effet, si la journée a été déclaré chômée et payée, les boutiques, grossistes, épiceries ont bien été ouverts partout dans la capitale. Ensuite, beaucoup n’ont pas été inscrits sur la liste électorale, comme moi. Ladite liste n’a pas été refaite et je me souviens bien que pour la précédente, je n’étais pas présent parce que j’ai été absent lors du passage des recenseurs à la maison, je travaillais. Je n’aurais pas dû, peut-être. Même si je voulais exercer mon droit, et peut-être faire un vote blanc, vu que je n’avais pas de candidat, je n’aurais pas eu le courage de saisir un tribunal afin d’obtenir une autorisation spéciale pour si peu. Enfin, beaucoup sont sûrement resté chez eux, bien au chaud, en famille, regardant un bon film ou en faisant simplement une bonne sieste et se reposer comme pendant un jour férié inattendu et providentiel. Alors, il ne faut pas s’étonner des annonces de taux de participations à moins de 35%.

Ensuite, en allant voter, quand même, malgré les difficultés, les électeurs ont montré qu’ils sont de vrais acteurs de la vie politique malgache. Que c’est drôle! Vous ne saisissez pas cette ironie tant que vous n’avez pas vécu l’intense campagne électorale précédant ce vote. Imaginez des dizaines de caravanes de voitures, minibus, 4×4 et camions remplies de militants en t-shirt et de jeunes qui trémoussent aux rythmes de musiques et de hymnes fraichement composés pour la campagne. Vous ne pouvez pas vous concentrer une heure sur votre travail sans entendre les cris, la musique et les sifflets. Imaginez des places, le Coliséum ou les stades remplis, noirs de monde, de personnes qui agitent des drapeaux, qui arborent des foulards, qui scandent des slogans hypnotisant. Mais je l’ai déjà expliqué, également, les propagandes ne sont pas des rassemblements d’électeurs. Si les politiciens ne l’ont pas encore compris, les suiveurs d’évènements de propagandes l’ont bien assimilés, eux. Démonstration avec ce petit témoignage venant de moi-même.

La veille des élections, je rentrais en bus vers 17h du soir. Il y avait dans mon bus une famille nombreuse parée de toutes sortes d’attributs aux couleurs du TIM, parti des Ravalomanana (le président et la maire). Je me suis, tout de suite, souvenu d’une conversation avec une fille dans la matinée qui se disait délaissée par son compagnon parti faire le faradoboka (bouquet final). Ces gens dans le bus en revenaient, surement, de cette dernière grande fête de propagande. Mais première chose, déjà, s’ils sont dans mon bus et qu’ils ne descendent pas avant Mahazo, c’est qu’ils n’habitent même pas dans la commune urbaine et ne vont pas pouvoir voter pour la candidate sur leurs t-shirts. CQFD. Mais continuons l’analyse. Du côté d’Ampasapito, on croise la caravane d’une candidate adversaire qui est en train de créer un embouteillage monstre et dont les gars sur les pick-up invectivaient les automobilistes qui klaxonnaient de colère. « – C’est ça des futurs dirigeants? » criait un gars de notre bus. La dame, aux couleurs du TIM commença à raconter à sa voisine des histoires sur la vie de la candidate (je ne me souviens pas laquelle c’était). Elle le citait par son prénom, comme si c’était quelqu’un de sa famille. Le ton, le vocabulaire suggéraient qu’elle en était fan. Pas comme une sympathisante devant un leader, plutôt comme une admiratrice devant une pipole. Ce qui renforça ma conclusion sur les motivations de cette famille, en fait. A quelques centaines de mètres de là, un propagandiste distribuait des mini-journaux décrivant d’une autre candidate et son programme sous la forme d’un quotidien d’information d’une seule feuille pliée. D’un geste rapide et précis, la dame a sorti son bras de la fenêtre du bus et a (quasiment) arraché des dizaines d’exemplaires de ce journal et a ensuite exhibé sa prise à toute sa famille à l’intérieur du bus tout en saluant la belle initiative de la candidate que les autres auraient dû copier, eux aussi. Les autres occupants du bus ont réussi à lui soutiré quelques exemplaires et elle a ensuite bien rangé le reste. Il ne fallait pas être malin pour deviner où iraient ces papiers imprimés dès que le besoin se ferait exprimer.

Tout de suite, après les premières décomptes des voix, les réseaux sociaux ont illustrés ce phénomène en faisant des petits montages comme ces images dans des groupes facebook malgaches :

– Élisez-moi svp, mais ne soyez pas juste là pour la fête alors que vous n’avez rien à faire de mon parti… – Sourions quand-même mais si ça se trouve, tous ces gens sont juste là pour la fête
– Alors, vous êtes juste présents pour le spectacle gratuit? … – Qui t’écoutes? Va t-en et envoie les artistes
Vous êtes tous des traîtres!!!

 

Quand même, et pour finir, l’élection de Ravalomanana, la femme, si elle est confirmée, est la vraie info de ces communales. C’est la première vraie et grande victoire du TIM depuis la fuite de son leader en 2009. C’est comme si Antananarivo a pardonné à Ravalomanana de ses erreurs passés. Même s’il nie être celui qui a donné les ordres et que la théorie du complot semble être admise par beaucoup, il a quand même été le président quand il y a eu le 07 Février 2009. Et combien on a entendu lors de son exil des accusations contre lui? Tellement qu’il a lui même demandé pardon au peuple malgache. A-t-il été entendu ou tout simplement est-ce que les habitants d’Antananarivo ont  fait la part des choses entre Ravalomanana et ceux qui l’ont succédé?  Quoi que l’on dise, cette élection de sa femme prédit bien son retour en 2017, en tant que candidat, surement; en tant qu’élu, Dieu seul le sait.

 


Madagascar : des communales à suivre #urgent #mdg2015

Le 31/07/2015, les malgaches vont élire leurs maires. Voici les raisons, les véritables enjeux pour quoi ces élections sont si importantes pour Madagascar.

1- Savoir qui domine vraiment la politique à Madagascar

Aujourd’hui, c’est flou. Le Président élu à la majorité des suffrages universelles s’appelle Hery Rajaonarimampianina. Il a un parti nommé H.V.M. mais son élection il y a quelques mois de cela n’est pas jugé comme totalement aboutie parce qu’il a été le candidat de remplacement du vrai homme fort du pays en ce temps là : Andry Rajoelina. Depuis, les deux hommes se sont retournés l’un contre l’autre. L’Assemblé Nationale, composée, au début, à majorité de MAPAR (parti d’Andry Rajoelina) a complètement été chamboulée sens dessus dessous et le HVM s’est constitué un semblant de majorité avec des indépendants versatiles. Cette situation a conduit au vote de la déchéance du président par les députés. Cette vote a été invalidé par la Haute Cour Constitutionnelle mais le président en est sorti affaibli, c’est certain. Cette élection sur tout le territoire permettra donc de dire si le HVM est vraiment le parti au pouvoir ou si le Président devra faire une cohabitation ou revoir la composition soit de l’Assemblée soit du gouvernement.

Il ne faut pas oublier le grand T.I.M., parti de l’ancien président Ravalomanana qui a repris du poil de la bête depuis que ce dernier est rentré de son exil en Afrique du Sud. On ne sait pas vraiment à quoi joue le couple Ravalomanana/Rajaonarimampianina, tantôt main dans la main, tantôt dos à dos. On les sent les doigts sur la gâchette, prêts à tirer l’un sur l’autre même si dans son discours, Ravalomanana dit soutenir la stabilité et de son côté Rajaonarimampianina est celui qui a, en quelque sorte, permis le retour de l’autre. Et il y a le reste, les pions de l’échiquier, sans vouloir les offenser, attendant d’atteindre le but pour se transformer en pièces maîtresses.

2- Connaître la maturité de l’électorat

Les élections n’ont pas commencé que déjà les alertes à la fraude se multiplient. Il y a beaucoup de types de fraude. Je dirais que si le parti, fraudeur, porte atteinte à la liste électorale ou falsifie les résultats, ce serait ignoble, injuste, impardonnable mais cela n’engage qu’eux. J’irais même jusqu’à dire que s’ils arrivent à mettre des bâtons dans les roues de leurs adversaires pendant la campagne, à coup de sabotage divers, c’est mesquin, c’est méchant mais c’est de bonne guerre. Mais si la fraude consiste à payer les électeurs 2 000, 5 000, ou même 10 000 Ariary (50 Centimes d’euro à 3 euro), même si on fait partie des pays les plus pauvres du monde, même si 3 Euro pourrait faire manger la famille pendant 5 jours, ce serait une idiotie complète. Si on gagne des élections en fraudant, c’est sûr qu’on ne va pas, après, faire de la vraie politique et travailler pour le bien du peuple. Déjà, on cherchera à se rembourser et après, qui sait jusqu’où un tricheur, un arnaqueur peut aller s’il a le pouvoir?

https://www.youtube.com/watch?v=OTLClub3gn4

Les malgaches doivent déjà le savoir. 55 ans qu’ils ont retrouvé l’indépendance. Cela fait 55 ans d’expérience démocratique pendant lesquelles des élus ont plus ou moins déçu. Il y a des malgaches qui choisissent de ne plus se préoccuper de la politique, de ne plus exercer leur droit de vote. « Leom-boanana ka tsy tia zava-boribory » (fatigué de graines, il/elle en déteste tout ce qui est rond). Pour ceux qui continuent à voter, on espère qu’ils feront le bon choix. Un choix qui ne sera pas dicté par la peur, le fanatisme ou la haine de l’autre. On espère qu’ils savent, enfin, déceler les pièges, les langues de bois, les fausses promesses, les kobaka am-bava.

3- Le prochain maire de Tana sera (peut-être) le prochain Président ou du moins sa femelle femme candidate

Depuis toujours, l’électorat d’Antananarivo Renivohitra (capitale) est assez représentatif de la tendance dans toute l’île. Déjà, c’est la plus grande commune en terme de population et en plus, en tant que capitale, elle est habitée par des représentants de toutes les communautés, de tous les tribus, de toutes les confessions. Ravalomanana a d’abord été maire avant d’être élu Président. Rajoelina a été maire avant de devenir Président, non élu, de la Transition. Rien que cela suffit à faire croire que le prochain maire d’Antananarivo sera en bonne place pour devenir Président dès 2017.

Scène de propagande
Scène de propagande

Mais ni Rajoelina, ni Ravalomanana qui, tous les deux seront vraisemblablement candidats aux présidentielles de 2017 n’est en course. Ils soutiennent des femmes, en l’occurrence Lalatiana Rakotondrazafy pour le premier et sa femme Lalao pour le second. Les 2 sont jugées comme favorites à la victoire finale. Et si l’une d’elles gagne vraiment ou une autre des candidates présentes, je dirais même que ce serait une bonne stratégie de la présenter lors de des présidentielles car elle risquerait de devenir la première présidente de la République Malgache. Il y a des candidats, je veux dire mâles, sérieux, à l’instar de l’expérimenté Hery Rafalimanana, pour Antananarivo mais une femme, mère, maire, ce serait aussi cool inédit.

 

Sommes toutes, il faut accorder de l’importance à ces élections communales même si ce ne sont « que » pour les postes de maires. C’est un test grandeur nature pour connaître les positions de forces de chacun, vis-à-vis de l’électorat, en vue de la présidentielle dans moins de 2 ans déjà.


Vodiondry, le mariage traditionnel malgache

Il y a quelques jours, j’ai, pour la première fois, assisté, en intégralité à un mariage traditionnel malgache, le Vodiondry.

Celui de mon petit frère. Comme je n’ai presque pas trouvé de description de cette cérémonie en français sur le web, j’ai décidé de faire ce petit dossier.

De nos jours, le mariage traditionnel fait office de fiançailles pour de nombreux couples malgaches. Mais dans la pratique, c’est le véritable mariage malgache et si beaucoup font l’impasse sur la bénédiction divine et souvent sur le oui devant le maire, il est inconcevable de se mettre en ménage avec l’amour de sa vie sans le consentement des parents, matérialisé par la dot (vodiondry, sens litt. croupe de mouton) et officialisé par le mariage traditionnel, du même nom. Le proverbe malgache, de circonstance, prévient : « Mitari-bady tsy lasa vodiondry henatra eo amin’ny tany ama-monina”. Ce qui se traduirait par : Trainer avec une épouse pour laquelle on n’a pas encore donné le vodiondry est une honte auprès de la société.

Ce clip est un rap de Ganstabab fabriqué à partir des proverbes malgaches autour du mariage pour dissuader les jeunes filles de se mettre en ménage trop tôt et sans le consentement des parents. La fille martèle : « Je vais me marier « et le père répond « non, tu ne te marieras pas ».

Je me souviens qu’il y a déjà plus d’une décennie, j’ai aussi été fiancé de la sorte à ma femme un an avant notre mariage civil et religieux. Mais en ce temps-là, on avait un peu simplifié les choses. En effet, les 2 parties, c’est à dire les familles de la fille et du garçon peuvent, et même devraient, se voir à l’avance pour convenir des dépenses, du déroulement des festivités et surtout des fameux kabary dits am-panambadiana (lors d’un mariage).

Le kabary, un des piliers de la culture malgache est une suite de discours, prononcés en diverses occasions comme les naissances, les décès, les veillées funèbres, les mariages, etc. Il existe le kabary tsy valiana, c’est-à-dire « sans réponse » lorsqu’il est destiné à être dit par une seule personne et qu’il n’y a pas de réponse attendue. Pour le reste, il y a toujours 2 participants, au moins, presque adversaires selon les cas qui se renvoient la parole selon un code établi depuis les temps ancestraux. Véritables joutes verbales entre 2 mpikabary (professionnels ou amateurs du kabary), le demandeur et le demandé, l’attaquant et le « défendeur », le kabary am-panambadiana (kabary du mariage traditionnel) est des plus fascinants.

Pour mon mariage, on avait fait simple, mais ce n’est pas toujours le cas.

Certaines régions, certaines familles de Madagascar qui sont réputées comme étant conservatrices continuent d’exiger le respect à la lettre de toutes les étapes du kabary am-panambadiana. On dit que certains kabary peuvent durer des dizaines d’heures. Et ce qui peut compliquer l’affaire c’est que les 2 familles ne se mettent pas préalablement d’accord de l’issue des « négociations ». Il peut, donc, arriver que la famille du garçon rentre bredouille faute d’avoir « battu » l’autre partie en kabary ou faute de vodiondry (dot) satisfaisante ou faute de consentement des parents ou de la fille demandée.

Comment cela se passe normalement ?

Disons seulement qu’un garçon veut épouser une fille. Ce sont aux parents de ce garçon de demander la main de la fille à ses parents. Mais, disons que les 2 jeunes gens sont déjà des amoureux, des « mpisipa » (flirts) et sont déjà décidés à faire le grand saut. Dans la plupart des cas, donc, on aura des conversations de la sorte dans les 2 familles :

– Papa, Maman, je veux me marier.
– Mon fils, qui veux-tu épouser?
– Soa, la fille du voisin.
– Es-tu sûr de vouloir l’épouser, mon fils?
– Ah! je serais le plus heureux des hommes si je l’épouse.
– D’accord, mon fils, nous allons aller là-bas demain.

– Papa, Maman, Koto le fils du voisin et sa famille vont venir demain
– Ah oui ? Pourquoi faire ?
– Je ne sais pas trop…
– Allez, dis-nous ce qui se passe ma fille.
– Je pense que Koto veut m’épouser.
– Quel Koto ?
– Le fils du voisin.
– Et tu l’aimes vraiment?
– Euh…oui, je pense!
– Qu’ils viennent alors et on verra.

Quand la famille du garçon entre pour la première fois chez la fille, ce n’est pas tout de suite le mariage traditionnel, c’est juste le fisehoana (présentations). C’est là, donc, que les familles acceptent officiellement que les 2 jeunes gens se fassent la cour après avoir bien pris connaissance les uns des autres; puisqu’il faut élucider tous les risques et dire tout de suite si c’est le cas que « … cette fille est ta sœur et ta mère ne le sait pas… », par exemple. C’est aussi à ce moment ou plus tard que commencent les discussions sur la suite des « choses ». On fixe les différentes dates, le nombre des invités, etc.. Et c’est là que je disais que les 2 parties se mettent d’accord sur l’intensité des kabary à faire.

Pour mon cas, les kabary ont été des plus simples. On a fait juste ce qui était essentiel. Ainsi, pour le cas de mon frère, c’était vraiment inédit pour moi d’assister à un mariage traditionnel pendant lequel tout a été fait et respecté à la lettre selon les coutumes malgaches sans pour autant en faire trop. Je n’avais pas apporté un dictaphone ou une caméra, alors je ne me souviens pas de tout. Je ne suis pas spécialiste, non plus, alors je m’excuse déjà si je fais quelques erreurs, mais je me suis un peu renseigné pour compléter cette description.

Le jour du mariage traditionnel, en résumé, il y a les étapes suivantes :

Étape 1

D’abord, les membres de la famille du garçon, généralement les plus proches, arrivent et restent debout dehors sans rien dire jusqu’à ce qu’on les invite à entrer et ne s’assoient pas avant qu’on les invite à s’assoir. C’est la politesse.

La fille à marier n’est pas présente. C’est vrai qu’elle est la raison de toute la cérémonie, mais elle ne doit pas savoir ce qui se passe là. Elle va attendre sagement que son père la cherche. Si cela n’arrive pas, c’est que ça ne s’est pas bien passé. Et si, par bonheur, on vient la chercher, elle ne saura pas (jamais) comment ( et combien) elle a été négociée. Voilà pourquoi la fille ne doit pas être présente au début.

Étape 2

Tout de suite le mpikabary de la famille du garçon, le mpangataka (demandeur, seuls les 2 mpikabary prendront la parole tout le long de la cérémonie) se présente et offre une première enveloppe contenant une certaine somme en tant que « mbay lalana » (demande courtoise de parole). L’enveloppe n’est pas obligatoire. Il expose les raisons d’une telle réunion de famille. Bien entendu, on est là pour un mariage traditionnel. Ensuite, il demande des nouvelles à la famille de la fille.

Étape 3

La famille de la fille, c’est-à-dire son mpikabary, le mpamoaka (celui qui « sort » [la fille]) répond, donc, qu’elle va bien. Il accepte aussi le « mbay lalana », c’est-à-dire qu’il permet au demandeur de parler, ce qui marque la fin du préambule (Fanatsafana). Le préambule est obligatoire dans tous les kabary.

(Je me souviens d’un ami qui s’en est indigné un jour lors d’une présentation de condoléances. En effet, lors des kabary de condoléances, il est de coutume aussi de se saluer de la sorte : – Comment allez-vous? – Nous (en) sommes là! – On vient présenter les condoléances – Merci beaucoup. Pour lui, c’est idiot, voire mesquin de demander « comment allez-vous? » puisqu’on sait déjà qu’il y a un mort dans la maison. Alors, il est juste entré et a dit, à la surprise générale : « On vient présenter nos condoléances s’il vous plaît! »)

Étape 4

Ensuite, vient l’autre partie obligatoire dans tous les kabary, le ALA-SARONA (enlever le couvercle), ALA-TSINY (enlever les fautes) ou AZAFADY (enlever les tabous). Il y a d’autres noms possibles.

Dans tous les kabary, l’orateur doit demander la permission de parler à tout le monde et à chacun. Aux personnes âgées parce qu’ils sont plus expérimentés, aux mères qui nous ont portés dans leur ventre, aux femmes parce qu’elles sont les princesses du ciel et la parure de la Création, aux jeunes parce qu’ils sont la force de la société, etc.

Étape 5

Une fois cette partie effectuée, le mpikabary s’estime en droit de poursuivre la parole. C’est seulement là qu’il effectue les salutations à tous les niveaux. Believe it or not*, après avoir remercié Dieu tout puissant, Andriamanitra Andriananahary, tout le monde pourrait y passer selon le bon vouloir du mpikabary : à commencer par le président de la République Malgache, l’homme le plus honorable de l’île, même s’il n’est pas présent, le premier ministre, les ministres, les députés, les généraux, tous les militaires, les religieux surtout si un prêtre ou un pasteur est présent, le peuple malgache, les femmes, les hommes, les personnes âgées, les jeunes, tout le monde à qui il souhaite paix, prospérité, santé et succès.

Étape 6

Le demandeur, appelons-le ainsi, va ensuite présenter le prétendant qu’il peut mettre en exergue en le sortant de la foule. Il présentera ses parents, ses origines et il demandera à la famille de la fille de se présenter également afin qu’une fois encore, il n’y ait aucun malentendu.

Maintenant, Il va faire les louanges du garçon. Un peu. Beaucoup. Passionnément! Presque à la folie! Il va utiliser des expressions comme

« Ce monsieur est à la fois du taviny et du volony« .

« Taviny » se traduit par le gras, parce qu’autrefois dans la culture africaine et asiatique, le gras était synonyme de richesse. Le « volony », je ne sais pas comment le traduire parce que « volo » a plusieurs sens : cheveux et équivalents (poils, plumes, etc.), couleur et sens figurés (figure, météo, etc.). Disons qu’il fait comprendre de manière subliminale que ce garçon est à la fois beau et riche. Il dira que ce serait une perte pour la fille et sa famille de ne pas accepter ce garçon comme époux, gendre. Mais, en bon malgache qu’il est, il va tempérer en disant que ce n’est pas pour autant qu’il est sûr et certain que l’autre partie va accepter. De toute façon, la fille, telle qu’il en a entendu parler n’est pas non plus une laide, une moins que rien que la famille veut se débarrasser. Et ce n’est pas toujours vrai que « demandes et tu recevras ».

https://www.youtube.com/watch?v=DaV_kJ8tuQQ

Exemple de mariage traditionnel malgache (Vodiondry)

Étape 7

Le mpikabary de la famille de la fille, le « sorteur » si vous aimez cette appellation, va prendre la parole. Si vous suivez bien, la seule fois où il a ouvert la bouche auparavant c’était pour répondre aux salutations il y a 30 minutes ou une heure de cela.

Donc, il va aussi être « obligé » de passer par les azafady et les arahaba (salutations), étapes 4 et 5, lui aussi. Une fois qu’il a obtenu son droit de discourir et salué présidents, ministres, députés et petit peuple, il va demander les fameux « tokim-pitiavana » (preuves/promesses d’amour).

Moi, mes promesses d’amour, je les ai dits moi-même, mais, dans le cas de mon frère, il a délégué cette tâche au mpikabary. Les deux cas sont possibles, mais le sorteur pourra exiger que des mots sortent de la bouche du prétendant. Mon frère, lui, on lui a demandé d’affirmer ses preuves d’amour, prononcées par son mpikabary, par un hochement de tête convaincu.

Étape 8

Ah, les tokim-pitiavana! C’est une source intarissable d’inspiration pour poètes et auteurs. Peut-être que les amoureux se sont déjà dit tout ça en se promenant dans les bois, mais les dire à haute voix devant tout le monde, c’est une autre paire de manches. Et pourtant, il le faudra. Et il y a plusieurs styles. Il y a ceux qui promettent Soleil, Lune et étoiles, monts, vallées et plaines et ceux qui se contentent de promettre amour, respect et bonheur. Il y a ceux qui comparent leur amour à tout et n’importe quoi.

« Je t’aimerai comme on aime une fleur,
car tu en as le parfum et la beauté.
Je ne t’aimerai pas comme on aime les portes,
on les aime, mais on les (re)pousse.
Je ne t’aimerai pas comme l’argent,
car si jamais j’ai faim je pourrai le troquer contre de la nourriture.
Je t’aimerai comme un potiron,
encore frais, j’en mangerai,
déjà sec, j’en ferai une calebasse
et même cassé j’en ferai des pièces pour ma valiha (instrument de musique)
dont je jouerai tous les soirs. »

En tout cas, le demandeur va tout faire pour rassurer la famille sur les capacités du garçon à bien s’occuper de la fille. Il va promettre qu’il va la protéger et lui donner tout ce dont elle aura besoin dans la vie. Ce garçon ne sera pas seulement un mari, mais deviendra aussi membre de la famille de la fille où il fera ses adidy** (obligations) avec entrain et responsabilité. De la même façon, la fille sera reçue dans sa belle famille comme une nouvelle sœur, fille.

Étape 9

Après, et comme pour matérialiser ces preuves d’amour, on offre le vodiondry (dot).

Donc, autrefois partout à Madagascar et aujourd’hui dans certaines familles et régions, il faut vraiment offrir la dot qu’il faut pour espérer avoir la fille. Vodiondry signifie littéralement croupe de mouton, la partie jugée la plus succulente et grasse parce qu’il y a eu un temps où la coutume était d’offrir un mouton comme dot et la partie avant allait à la famille du garçon tandis que la croupe allait à celle de la fille.
On dit que du temps d’Andrianampoinimerina, notre Salomon, Roi Soleil à nous, il a été décidé d’uniformiser la valeur du vodiondry en la changeant en une pièce de monnaie appelée Voamena (litt. : pièce en or au milieu) appelée aussi solom-bodiondry (en remplacement d’une vraie croupe de mouton). Cette pièce n’existant plus, certains offrent des exemplaires de tous les billets et pièces de monnaie qui existent : les billets de 10 000, 5 000, 2 000, 1 000, 500, 200 et 100 ainsi que les pièces de 50, 20, 10, 5, 4, 2, 1, 0,40, 0,20 c’est-à-dire exactement en ariary 18 892,60 s’il trouve encore une pièce de 4 ariary à la banque ou sur les escaliers d’Ambondrona. Mais, les mpikabary préviennent qu’actuellement le cours du vodiondry se situe au minimum vers Ariary 50 000 (environ 15 euros).

Alors, n’insultez pas la famille de la fille avec moins que cela. Il faut marteler lorsqu’on le donne et qu’on le reçoit que ce n’est pas la preuve d’amour parce que la fille n’est pas du tout à vendre, mais c’est le voninahitra ifanomezana (la gloire, l’honneur qu’on se donne). Mais on continue encore à donner du bétail, des terres, des maisons, des voitures, des millions d’ariary pendant des vodiondry aujourd’hui.

Étal d'un vendeur de pièces.
Étal d’un vendeur de pièces (pour les touristes, collectionneurs et futurs mariés)

Étape 10

On peut donner le vodiondry en une seule fois, une seule enveloppe. C’est ce qu’on a fait il y a des années de cela pour ma femme. Mais, on peut le donner en plusieurs fois (plusieurs enveloppes).

On l’appelle, alors, « maro rantsana » ou « maro sampana » (à plusieurs branches). Pour cela, on donne des « Ala fady » (levés de tabou) aux membres mâles de la famille de la fille : son oncle, son frère ou son cousin préféré. Cette « Ala fady » a été depuis longtemps surnommée à tort « Tapi-maso » (œillères), si vous voyez ce que ça veut dire.

Non? si vous ne voyez pas, j’explique le tapi-maso
Les frères ou oncle ont peut-être déjà vu les amoureux se fréquenter auparavant et Dieu sait si les hommes malgaches sont jaloux de leurs sœurs/filles. Si on ne les amadoue pas, ils sont capables de vous « casser la gueule » avant de dire quoi que ce soit. Pour payer leur silence, on offre le tapi-maso.

Ce n’est pas le but de l’Ala fady car là, on est censé être, déjà, au moment du mariage, quoique traditionnel. Là, on est en train de marquer le transfert entre l’amour fraternel/paternel que la fille a toujours partagé jusque-là avec les membres de sa famille vers l’amour envers le mari qui est une tout autre chose. Donc, le « Ala fady » est un vodiondry mais le tapi-maso se donne avant même de fréquenter la fille. Mais comme le mariage traditionnel est devenu les fiançailles malgaches, on a confondu les 2.

Ensuite, on donne des vodiondry, des parts, à la famille de la mère et du père de la fille avant de donner l’enveloppe pour la fille à ses parents. Ce qui fait au total combien d’enveloppes? L’oncle, le frère, la famille du père, de la mère, et les parents de la fille : 5 enveloppes, mais les possibilités sont infinies.

Une fois les enveloppes données, le mpikabary demandeur espère que c’est suffisant et demande maintenant que la fille se montre pour la suite de la cérémonie.

Étape 11

Recevoir cette (ces) enveloppe (s) n’est pas seulement une joie pour la famille, c’est vraiment un honneur. Le mpikabary, le sorteur, va alors faire les remerciements et va dire que vodiondry ou pas, la famille avait déjà accepté de donner leur fille, vu le garçon et sa famille, si belle et respectable et entendu les tokim-pitiavana prononcés tout à l’heure. Ils acceptent les vodiondry, jamais comme le prix de leur fille, mais plutôt comme preuve de cet honneur partagé.

Étape 12

Et c’est seulement là que le père cherche sa fille qui va être conduite au milieu de l’assemblée, auprès de son fiancé. Il arrive que la famille de la fille propose d’abord d’autres filles célibataires qui vont défiler devant le garçon. On demande au garçon si c’est la fille qu’il est venu chercher et il répondra non à chaque fois.

Bon, vous imaginez bien qu’en 1 000 ans de mariages malgaches, il y a bien eu des cas où le garçon tombe amoureux d’une belle petite sœur ou cousine de sa petite amie et qu’il change d’avis à ce moment précis. Alors, cette manœuvre, un peu taquine de la famille de la fille n’est pas sans risque. Mais quand le père arrive avec la fille, la bonne, le garçon ne peut qu’être émerveillé devant cette beauté, bien préparée et parée pour la grande occasion.

Étape 13

On expose à la fille tout le tenant et aboutissant des pourparlers. On lui dit :

« Fille, on a reçu ces gens qui sont venus te chercher. Ils ont parlé, ils se sont présenté, ils ont présenté ce beau et charmant garçon. Il a donné des preuves d’amour et il a offert le vodiondry en bonne et due forme. Tes parents ont accepté de te donner, ma fille« .

Oh, quelle joie pour la fille!

Mais, oui, il est déjà arrivé dans l’histoire que la fille dise non à ce moment précis. Peut-être que le garçon qui est là n’a jamais été son amoureux et qu’elle ne l’aime pas. Dur, dur pour le garçon! Normalement, ce n’est pas les parents qui décident à la fin. Mais il est vrai, aussi, que les cas de mariages forcés passent par ces vodiondry.

Pour le cas de mon frère, j’avoue qu’après quelques heures de discours, j’étais content que l’issue fût favorable, car même si c’était convenu d’avance, les kabary étaient tellement élaborés … et longs que cette finale en apothéose où la fille a répondu « oui » à la question fatidique, est-ce que tu acceptes ? était digne d’une grande pièce de théâtre.

Étape 14

Maintenant, on fait la cérémonie de la bague de fiançailles. C’est le mpikabary demandeur qui la conduit. « Que fait une bague dans une cérémonie traditionnelle? »; diront certains puristes. C’est vrai que les Malgaches ne connaissaient pas l’utilisation de bagues lors des mariages auparavant et après le vodiondry, on passait tout de suite au repas. C’est le repas qui scelle l’union. Mais depuis l’utilisation de la bague de fiançailles, puisque le mariage traditionnel est assimilé à des fiançailles, on procède comme suit :

Le garçon offre un bouquet de fleurs à la fille. La fille fouille le bouquet pour trouver la bague et le garçon le lui met. Il est possible que la bague ne s’y trouve même pas et c’est le garçon qui va le sortir de sa poche ou l’épingler près de son cœur. Ici, le garçon peut dire, en enfilant la bague sur le doigt de sa promise, encore des promesses d’amour.

Il est aussi de coutume pour la fille qui s’est mariée avant une sœur ainée de lui offrir, à ce moment, un saronankarona (coffret en osier, contenant un cadeau).

C’est ici que les kabary se terminent. Pendant le mariage de mon frère, ils étaient 2 mpikabary amis, membre de l’association des mpikabary de Madagasikara qui se sont affrontés.Ce qui explique le haut niveau des débats.

Si vous voulez contacter l’un d’eux, il s’appelle Rado ANDRIANANTENAINA et il a le numéro 00 261 33 14 255 24 ou 00 261 34 16 214 99. Ce n’est pas pour faire de la publicité gratuite, mais le jeune monsieur a tellement bien fait les choses et il délivre même un Certificat pour l’accomplissement d’un mariage traditionnel en bonne et due forme et que peut-être vous aurez besoin d’un mpikabary parce que vous voulez vous marier avec une Malgache, un jour. Je pense que les jeunes mpikabary professionnels ou apprentis, et ils sont nombreux, sont des gages pour la perpétuation de nos us et coutumes.

Étape 15

Enfin, car les ventres commencent à gargouiller, on passe à table. C’est le sorteur qui formule l’invitation. Mais attention, le repas de fêtes est la partie la plus importante de toutes. On l’appelle le « tsy hanin-kahavoky fa nofon-kena mitam-pihavanana« . C’est-à-dire que ce n’est pas un repas pur vous rassasier mais un morceau de viande qui scelle le fihavanana.

Le fihavanana est l’autre pilier de la société malgache qui fait que tous les Malgaches sont une même famille.

Quand c’est possible, on tue un zébu, sinon, il faut un bon repas. Au moins, il faut quelque chose à manger! Parfois, lorsque le couple ne veut pas de période de fiançailles, on offre le vodiondry rapidement le matin avant d’aller à la mairie, avant d’aller à l’église. C’est dans ces cas que du jus et des biscuits ou des bonbons suffisent pour marquer le moment, car le festin attendra les autres cérémonies.

Banquet de mariage
Banquet de mariage

Étape 16

Pendant le repas, on procède à la cérémonie du gâteau. Là, encore, je précise que les Ntaolo (Malgaches d’autrefois, les ancêtres) ne mangeaient pas de millefeuilles ou d’éclairs au chocolat. Il faut faire l’analogie avec le vary tondrahan-dronono sy tantely. Cette recette me fait penser aux petits déjeuners des jeunes Français. Allez! Donnez-moi les fonds et j’en fais le Corn Flake du futur. On cuit le riz avec du lait et du miel en un mélange pâteux, c’est tout. Et on le partage avec tous les invités présents. Mais bon, un bon gâteau aussi c’est pratique.

Je vais parler un peu de la jeune feuille de banane. Autrefois, dit-on, on mangeait sur des nattes à même le sol, comme les Asiatiques que nous sommes. On utilisait des couverts en argile. Mais le riz au lait et au miel, là, on le mettait sur de jeunes feuilles de bananes qu’on a durcies au feu. Après la cérémonie, les mariés emportent la feuille qu’ils ont partagée en guise de contrat de mariage.

Et voici pourquoi le mariage traditionnel est devenu les fiançailles de nos jours.

Les mariés d’autrefois, après cette cérémonie, avaient le droit de se séparer, sans problème tant que la feuille était verte. Ce n’est pas pour autant qu’il y avait des divorces puisque se marier était, vous l’avez compris, assez fastidieux et cher payé. Mettons cela en scène. Les mariés sont, après la cérémonie, partis dans leur maison pour vivre leur nouvelle vie. Mais après quelques mois, il y a une grande dispute ou mésentente. Celui ou celle qui se sentira lésé(e) va, alors, sortir la feuille de banane en témoin et dire « cette feuille n’est même pas sèche que déjà tu me trompes avec un (e) autre« , par exemple. Le souvenir de la cérémonie, évoqué par cette feuille fera réfléchir l’autre, sinon, il y aura séparation.

De la même manière, de nos jours, on peut rompre des fiançailles et c’est beaucoup moins préjudiciable tant qu’il n’y a pas eu de mariage civil et religieux.

Voilà, c’est le déroulement, en moyenne, je dirais, d’une cérémonie de mariage traditionnel malgache, plutôt de ma tribu. Je m’excuse (azafady) si j’ai fait des erreurs ou omissions. Je rappelle que je n’en suis pas spécialiste. C’est sûr qu’il y a des variances dans toutes les régions, familles et confessions. C’est aussi certain que cela va évoluer encore plus dans le temps. J’espère que ça ne va pas se rallonger. Ce qui est sûr c’est que le prix du vodiondry augmentera en valeur, alors, je vais devoir travailler dur pour marier mes 5 fils. N’y pensons pas tout de suite quand même. La bonne nouvelle, c’est que cette coutume perdurera pour longtemps encore.

* Believe it or not : Croyez-le ou non
** la société malgache est régie par les 3 pierres qui forment le foyer (du feu) : le fihavanana, c’est-à-dire la famille, tous les Malgaches sont une même famille, les adidy, les obligations et les fady, les interdits.


Air Madagascar, les employés ont (re)pris le pouvoir

Après plusieurs semaines de grève, il semble que les employés d’Air Madagascar ont gagné leur combat.

Cette grève a été initiée par des syndicalistes parmi les employés de la compagnie aérienne nationale après la constatation, selon eux, de la mauvaise gestion de l’entreprise par ses dirigeants. Il y a eu des choix contestables sur la gestion de la flotte, par exemple, lorsque la compagnie a décidé de vendre ses appareils pour en louer de nouveaux. Est-il possible que l’exploitation des vieux (?) ATR-42 puissent être plus lourde que la location des ATR-72? Je ne sais pas. D’autre part, on sait que l’entreprise n’a pas versé des cotisations à la Caisse des retraites alors que les salaires des employés en étaient toujours prélevés. L’implication, trop forte de l’Etat dans la gestion de la compagnie a aussi été évoquée. L’Etat Malagasy est, rappelons-le, le principal actionnaire de cette société mais elle reste une entreprise privée. Ces problèmes transmis à l’opinion publique lors du bras de fer entre la direction et les grévistes sont peut-être la partie immergée de l’iceberg. On ne sait pas ce qu’il y a vraiment, à l’intérieur de cette boîte de pandore. En mettant fin aux hostilités, grévistes, Direction Générale et Etat Malagasy ont peut-être évité le pire.

Quoi qu’il en soit, il y a eu grève et pendant plusieurs semaines. Il y a eu des hauts et des bas. On tirait sur la corde qui penchait d’un côté puis de l’autre, un vrai roman. Des jours et des jours pendant lesquels les recettes ne sont pas rentrées; les clients ont été déçues, les fournisseurs n’ont pas pu être payés. Un être vivant ne peut pas sortir indemne d’un si long jeûne et une entreprise est comme un animal avec une tête pensante, des membres travailleurs et divers organes qui le font fonctionner. Mais ce qui ne tue pas rend plus fort. N’est-ce pas?

Ainsi, la grève est finie. En même temps, Madagascar se dit prête à entrer dans l’Open Sky. Ouvrir le ciel malgache à la concurrence, cela doit être bénéfique pour le client. Est-ce aussi bien pour Air Madagascar? Peut-être. Déjà, il y a les soit-disant nouvelles compagnies malgaches, des sous-marins aux torpilles activées, des oiseaux lugubres qui rôderaient autour de la compagnie nationale. Car ainsi, le complot a été présenté dans les rumeurs : Madagascar Airways, une nouvelle compagnie, voudrait détruire Air Madagascar pour se faire sa place au soleil. Alors, il faut se poser la question : Madagascar possède-t-elle un marché assez vaste pour une libre concurrence?

De manière générale, on a mis du temps avant de mettre en libre concurrence certains secteurs clés de l’économie malgache. Chez les distributeurs de carburant, cela a, semble-t-il bien marché et on ne regrette pas feu SOLIMA (ancien pétrolier monopolisant le marché à Madagascar plusieurs décennies) même si l’on sait que l’Etat continue à imposer des directives et que les pétroliers aussi font bloc pour imposer leurs idées et qu’à la fin, les hausses des prix de carburants sont toujours d’actualités.  En matière de téléphonie mobile, on a vu que la limite est actuellement de 3 opérateurs. Les autres ont coulé (Telecel, Madamobile,…) et deviennent des souvenirs. Pour la JIRAMA (Eaux et électricité) et Air Madagascar, entre autres, la question de concurrence semble toujours tabou.

Pour moi, il faut voir les deux faces de la pièce. D’un côté, la concurrence est toujours bon pour le client, moi y compris. Hum! Ne pas subir comme ça les augmentations de tarifs de la JIRAMA par exemple, puisqu’on n’a pas le choix, ce serait très bien! De l’autre côté, ces entreprises, semi-privés, sont des portes drapeaux nationales. Ce sont les fiertés de notre pays. Ils font vivre des milliers de foyers. Alors, il ne faut pas se risquer à les détruire. Et ce n’est pas la concurrence qui peut tuer Air Madagascar. Si, des compagnies aériennes nationales ont déjà fait faillite et en partie à cause de la concurrence (Sabena, Swissair, Allitalia, etc…) mais je veux dire que la concurrence doit être un moteur et non  un frein à l’expansion d’une entreprise. Madagascar Airways ne serait pas la première seconde compagnie malgache de l’histoire de Madagascar. L’Open Sky ne sera peut-être pas pire que l’exploitation intensive des destinations phares par Air France et les compagnies low cost qui jusqu’à maintenant n’a pas eu raison de la compagnie nationale. Je ne crois pas que l’on doive tuer Air Madagascar pour que  les autres puissent vivre. Ce qui peut tuer Air Madagascar, c’est elle même.

Je ne connais pas tout d’Air Madagascar. J’ai juste effectué quelques stages et travaux « occasionnels » chez eux. Et je suis aussi, de temps à autre, un client. Et oui, plusieurs membre de ma famille et des amis y travaillent. Un peu comme beaucoup de malgaches ont de la famille ou un ami chez Air Madagascar. Donc, je n’ai aucune légitimité et aucun intérêt à critiquer la manière dont les dirigeants la dirige et les employés travaillent ou ne travaillent pas. Mais les malgaches disent bien : « ny hitsikitsika tsy mandihy foana fa ao raha » (le faucon ne danse pas [ne plane pas au-dessus d’un même point] pour rien, il y a quelque chose [dessous]). Il y a eu ces dissensions parce que quelque chose clochait vraiment. Quelque chose de bien grave! Je le redis, ce qui pourrait tuer Air Madagascar, c’est bien elle même : dirigeants, employés et actionnaires ensemble.

Peut-être que c’est bien pour éviter ce suicide qu’il y a eu cette grève, comme un sursaut de lucidité devant un précipice. Le gouvernement a montré sa sagesse en écoutant les revendications des employées. Maintenant que les grévistes ont eu gain de cause, à eux de démontrer qu’ils n’ont pas été juste des enfants boudeurs. A eux et aux nouveaux dirigeants de transformer la perte de quelques semaines en essor continu. Les malgaches, enfin, moi et certains d’entre nous, on espère qu’Air Madagascar se reprenne, vraiment, et redevienne de nouveau l’une des meilleures compagnies au monde.

 

 

 

 


Aïd-El-Kebir et Aïd-El-Fitr fériés pour les musulmans à Madagascar

Le décret est un additif mais pour la 3e année consécutive, deux grandes fêtes musulmanes sont déclarées fériés pour les musulmans cette année 2015 à Madagascar.

De la place de l’islam à Madagascar

« PRÉAMBULE
Le Peuple Malagasy souverain,
Affirmant sa croyance en Andriamanitra Andriananahary, »

Tels sont les premiers mots de la Constitution de Madagascar. Alors, que personne n’ose affirmer que Madagascar est un pays chrétien ou musulman ou autre chose encore puisqu’il n’est pas question ici de YHWH, Christ ou Mahomet ou Siddhartha ou Ramahavaly. Mais qui est Andriamanitra Andriananahary?

Andriamanitra a permis aux Malgaches de traduire le mot Dieu. Pourtant, littéralement, cela signifie « prince parfumé ». Et cela renvoie à la mort d’un Malgache de sang noble (Andriana). En effet, les Malgaches veillent leurs morts et lorsque cela prend du temps, le corps commence à pourrir et à devenir nauséabond. Mais personne n’a le droit de dire que le roi ou la princesse sent mauvais. Il ou elle est « manitra » (sent bon). Andriana+manitra = Andriamanitra. Andriamanitra est le mot qui affirme la présence du culte des ancêtres à Madagascar. Alors, désolé cher malagasy monothéistes, mais si vous voulez interpréter cette préambule comme l’affirmation de l’attachement du pays à votre religion, le contraire est tout à fait démontrable. Surtout, il y a le 2nd nom Andriananahary qui est un qualificatif, et cela peut sous-entendre qu’il y a d’autres dieux dans la croyance malagasy actuelle, des sampy.

Andriananahary. Vous connaissez déjà Andriana (Prince ou Princesse) et le reste du nom est Zanahary (Izay nahary =celui qui a créé, le créateur). Zanahary a peut-être coexisté au début avec d’autres dieux de la mythologie malgache, héritée de la culture austronésienne avec le culte des ancêtres. Mais musulmans, juifs et chrétiens l’ont tout de suite identifié à Allah ou Jehovah pour faire accepter ces derniers aux Malgaches.

Il y a très longtemps (dès le VIIe siècle), les Arabes ont apporté la culture arabe, peut-être une forme de l’islam mais aussi des idoles et ont constitué le « foko » (la tribu) Antaimoro, berceau du papier malgache Antaimoro, du sorabe (Grandes Lettres) la première écriture du malgache proche de l’arabe, des chiffres, des jours de la semaine, d’un calendrier lunaire, de certaines sciences et de nombreux rituels apparentés à l’islam ancien. Lors des prémices du royaume de Madagascar, les idoles de toute l’île ont été « capturées » par les merina (tribu du centre et des quelques rois et reines de Madagascar au 19e siècle). Ikelimalaza (le petit mais renommé), sampy des Antaimoro a été jugé comme le plus puissant de tous et déclaré sampy royal. Les Européens, Anglais et Français, en influençant puis en colonisant Madagascar ont changé la vision de Dieu. Le catholicisme, qui a maintenant le plus d’adeptes dans la Grande Île a vite été accepté en faisant l’analogie entre Zanahary et le Dieu catholique, les ancêtres (razana) et ses saints, intercesseurs auprès de Dieu, les sampy et ses statues et grottes sacrées.

Les musulmans sont, à Madagascar, composés des communautés orientales, proche-orientales, africaines, de personnes originaires des Comores et des Malgaches traditionnellement musulmans ou convertis. Si les Antaimoro sont dans le Sud-Est, à cause de la route des navires dans l’Océan Indien dans les siècles passés, les régions considérées comme à forte densité musulmane depuis le siècle dernier sont le Nord et le Nord-Ouest du fait des échanges avec le continent et les îles Comores. Mais dernièrement et comme partout dans le monde, cette religion offre une alternative attirante au christianisme et les conversions sont nombreuses. Le prosélytisme des musulmans à Madagascar est aussi assez fort. Je me souviens de cette fille qui distribuait des tracts sur les marches d’Antaninarenina il y a quelques mois. Mais il suffit de comptabiliser les très nombreuses écoles islamiques partout sur le territoire pour se rendre compte de l’essor de cette religion à Madagascar. Lors de notre voyage vers Fénérive-Est de l’année dernière, on a fait cette remarque en voyant les centres et écoles par dizaines sur la route. Avant, c’était les « Jesosy Mamonjy » (Jésus sauve), les mormons, les « Vahao ny oloko » (libère mon peuple), maintenant ce sont des mosquées et des écoles islamiques. Ce n’est pas pour comparer des églises et de sectes à l’islam mais ce sont sur le bord des routes nationales qu’on peut voir les nouvelles « tendances », faute de statistiques sérieuses.

Alors, si les fêtes musulmanes sont fériées, je dirais que c’est tout à fait normal. Mais pourquoi, « diable », le gouvernement l’a-t-il réservé seulement aux musulmans?

Franchement, comment considérez-vous le message du gouvernement lorsqu’il attribue ces 2 jours de congé aux musulmans?

C’est une reconnaissance, c’est déjà ça. La reconnaissance que la communauté musulmane à Madagascar est de plus en plus influente dans les affaires, dans la politique, dans la vie sociétale. Les musulmans ont des radios, des émissions télévisées et sont de mieux en mieux compris par la population. Ce n’est pas, non plus, même si cela ne doit pas compter, la communauté la plus pauvre du pays.

C’est un message de tolérance, aussi. Les Malgaches se disent chrétiens et ont, comme le monde entier, peur de l’islamisme radical et du terrorisme. Il y a les rumeurs d’existence de camps d’entraînement à Mada ou de recrutement de combattants islamistes parmi les jeunes Malgaches. Je dis bien « rumeurs ». Mais les rumeurs font plus peur que la réalité (voir Boko Haram dans les commentaires de l’article dans ce lien). C’est, donc, une bonne communication pour signifier que l’Etat malagasy est aux côtés des musulmans lors de ces grandes fêtes.

Malheureusement, en réservant ces jours de fête aux seuls musulmans, l’État est en train de les marginaliser. C’est peut-être une vision qu’ils n’ont pas eue lors de leur décision, mais dans la pratique, c’est le cas. Déjà, dans les bureaux, lors de la lecture du décret, on se regarde les uns les autres pour savoir qui aura le droit ou non de ne pas travailler 2 jours de plus. Comment savoir qui est musulman et qui ne l’est pas? Faut-il une lettre de l’imam ou un badge où il est écrit « Musulman »? J’ai fait cette blague : »je suis circoncis et je ne mange pas de porc, je peux, donc, rentrer ? ». Et quand Farid et Akmar travailleront parce qu’ils sont baptistes bibliques, par exemple, ne vont-ils pas recevoir des remarques de la part de leurs collègues comme : « On vous croyait silamo vous! ». Excusez-moi, mais malgré les bonnes intentions, lorsqu’on divise comme ça la communauté, c’est idiot.

Et puis, accorder deux jours fériés aux musulmans, c’est bien. Mais, pourquoi ne pas avoir accordé un jour férié aux Malgaches qui remercient Andriamanitra Andriananahary d’une nouvelle année lors de l’Alahamadibe (Nouvel An malgache) par exemple?  Le Nouvel An malgache n’est même pas un rituel païen, c’est une fête traditionnelle malgache. Même si pour faire du chichi, je pourrais dire que question d’adeptes, la religion traditionnelle a encore plus de pratiquants que toutes les autres, mais on les dénigre tellement qu’ils n’iront pas faire du lobbying. Excusez-moi, mais il faut être logique dans la vie. J’ai déjà parlé de l’exemple de Singapour où toutes les fêtes de toutes les communautés sont fériées pour tout le monde. C’est ce qu’il faut appliquer à Madagascar, pour marquer l’unité du peuple, le fameux fihavanana tant que l’on considère que les musulmans sont aussi malgaches à part entière.

Bref, trois ans que les deux fêtes les plus importantes de la religion musulmane sont fériées à Madagascar, mais seulement pour les musulmans. Vivement le temps où l’on pourra aussi faire la fête avec eux.


Vive les vacances à Madagascar

Le mois de juillet, ce sont les vacances scolaires qui commencent à Madagascar, sauf pour les classes d’examens dont les CEPE, BEPC et BAC sont programmés jusqu’en mois d’août cette année. Que faire? Où aller? Entre partir en vacances et rester à Antananarivo, c’est un dilemme cornélien pour les petitsTananariviens sans écoles pour 3 mois.

En fait, il y a 3 endroits pour passer des vacances à Madagascar, pour un petit Malgache : Antananarivo, la campagne et la côte.

La côte

Plage de Foulpointe
Plage de Foulpointe, à l’est de Madagascar

Madagascar est une île, elle est entourée de plages infinies. Alors, si par « habitude », on parle d’aller sur la côte, c’est en réalité l’embarras du choix. Les destinations phares restent la plage de Foulpointe (Mahavelona) à l’est et de Mahajanga à l’ouest du fait de leur relative accessibilité et de la présence des plages aux eaux calmes.Il nous arrive d’y aller, mais en décalant nos vacances parce qu’on n’apprécie pas trop les bains de foule par rapport aux bains d’eau de mer. Mais c’est chacun son choix. Il y en a pour qui vacances riment avec rencontres. Ces « stations balnéaires » offrent plus de choix en termes de logement, de restauration et d’activités.

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Toamasina (Tamatave), sur la côte Est

La mer, la plus proche d’Antananarivo, par la route est Vatomandry qui a connu ces dernières années une transformation après que le tronçon de 45 km la reliant à la route nationale a été goudronnée et reçoit de plus en plus de visiteurs. Donc, si vous suivez mon raisonnement, on allait beaucoup à Vatomandry avant que la route ne soit refaite. On parcourait ces 45 km en une demi-journée ou plus. Sinon, les autres destinations sont Morondava, Mahanoro, Tuléar, Fort-Dauphin, Ambanja, Antalaha, Sambava, Diégo, Nosy-Be, etc. Je ne connais pas tout ça. Il faudrait être riche et prendre l’avion ou être riche et patient pour passer une ou plusieurs journées entières sur les routes. J’ai quand même cela quand j’étais petit grâce aux colonies de vacances et aux camps. En ce temps-là, j’ai déjà effectué les 3 jours de voyage vers Fort-Dauphin (Taolagnaro). Pour voir la mer, c’est quand même cher payé. Heureusement, la diversité des paysages et les sites touristiques font de chaque région de Madagascar une destination unique.

La campagne

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Vers Anjeva, à l’est de Tana

Quand un citadin parle de « sa » campagne, c’est pour désigner la bourgade d’origine de lui-même ou des ses parents ou grand-parents. En effet, à cause de l’exode rural, Antananarivo reçoit des centaines de milliers de nouveaux occupants chaque mois. Chaque grande occasion, comme les fins d’années, les fêtes religieuses, les mariages, les enterrements et les vacances sont des moments où on descend dans « sa » campagne. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Il y a quelques uns qui, comme nous, n’ont pas de campagne. C’est soit parce qu’on habite Tana depuis trop de générations ou parce que notre campagne était trop proche et a été incluse à la ville.

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Sur la route du Sud, vers Antsirabe

Les vacances à la campagne, lorsqu’on n’ a pas de maison comme moi, c’est chez les autres. C’est rester dans une maison souvent sans eau ni électricité, à ne rien faire de la journée, au son d’une radio à pile nasillarde. Avec les gadgets chinois, c’est de moins en moins le cas. Aujourd’hui, le courant arrive loin grâce à de petits panneaux solaires, de petites éoliennes et on peut entendre de gros sons fournis par des ampli-baffles radio/lecteurs USB. Sinon, quoi faire? Faire la sieste, sans le bruit des voitures, faire des randonnées, regarder les gens qui s’affairent autour des animaux et des champs, les aider un peu. Juste un peu mais pas trop. C’est-à-dire que trop souvent, on nous traite comme des citadins que nous sommes, et comme des princes que nous ne sommes pas. C’est parce qu’on croit que les gens de la ville vivent dans le luxe et qu’à la campagne, on vit trop simplement. Alors que c’est le contraire qui est vrai.

Rester à Antananarivo

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Vue d’Antananarivo depuis Andohalo

Cela paraît bizarre et pourtant, Antananarivo reçoit beaucoup de vacanciers. Venir dans la grande ville permet aux petits « campagnards » de découvrir plein de « choses » qu’ils n’ont pas l’habitude de voir. Le parc zoologique, les palais, les musées, les parcs d’attractions, les magasins, etc. Rien que le fait d’avoir une télé avec une dizaine de chaînes, c’est déjà un dépaysement assuré. Alors, souvent, on a un cousin, une cousine ou des amis qui viennent passer les vacances à Tana.

Dans la pratique, personne de nos jours, ou presque, ne va en vacances pendant 3 mois. Partir une semaine ou 2, une ou 2 fois pour les plus aisés et les plus chanceux d’entre nous peut-être. Mais le reste du temps, il faudra encore rester à Tana. Pour « tuer » le temps, voici quelques propositions pour vos enfants.

Faire des cours de vacances

cours de piano

Les vacances, ce sont les moments pour s’améliorer sur les matières dont on n’a pas eu de très bonnes notes pendant l’année scolaire. Mais, pour ne pas blaser vos enfants avec les matières scolaires, c’est aussi le temps pour explorer ses talents. On peut l’inscrire pour des activités artistiques comme la danse, la musique, la peinture, le dessin. On peut l’inscrire pour faire du sport. On peut même choisir des matières qualifiantes comme les langues, la conduite, les travaux manuels dans ces nombreuses écoles qui proposent des certificats après juste 2 ou 3 mois de cours. Il faut seulement bien choisir parmi les plus sérieuses. Malheureusement, les grandes vacances se passent en hiver à Antananarivo, alors, pas de piscine à Tana sauf si elle est chauffée.

Faire des découvertes

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Maki (Lemur Catta) du zoo de Tsimbazaza

Dans Tana et dans les alentours, il y a des lieux à visiter gratuitement ou avec un petit prix d’entrée. Je pense aux palais royaux, aux musées, aux parcs, aux jardins.

 

Même juste pour se balader, il y a des coins sympa comme la ville haute, le zoo, les centres commerciaux (La City, Zoom, Smart Tanjombato, etc.), pourquoi pas Behoririka le Chinatown de Tana ou Tsaralalana le Little India, Les arcades d’Analakely, Antaninarenina, le by-pass, etc.

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Parc de loisirs éphémère du By-pass en 2013

Rester à la maison

Les enfants peuvent s’amuser et s’instruire en restant à la maison. Pour cela, les parents doivent un tant soit peu encadrer leurs activités. Il faut leur proposer des alternatives saines aux longues heures devant la télévision. Et puis, quoi de mieux que de passer quelque temps avec eux? Bricoler, construire une cabane, voir un film ou jouer. Ce sont des moments de partages en famille qui peuvent devenir inoubliables.

Justement, je me souviens que lorsque j’étais petit, ma famille adorait jouer aux jeux de société. Et on en avait à la maison. Des jeux de plateaux aux jeux de cartes en passant par le loto (bingo) et tous les autres. On mettait en jeu des biscuits et des bonbons comme lots à gagner puisqu’on nous avait interdit de jouer avec l’argent. Et on passait des heures entre les jeux de l’oie, des serpents et des échelles, du dada, des dames, par exemple. C’était le temps d’avant les consoles de jeux et les tablettes, c’est sûr. Et il faut dire qu’on avait ces jeux-là, qu’on nous a offerst ( des Ravensburger), alors que la majorité des petits malgaches ne pouvaient pas se les acheter. Heureusement, les jeux de plateaux gasy (malgache) peuvent être créés à même le sol avec des traces sur le sol, des graines ou des petits cailloux. Il s’agit des fanorona et du katro par exemple.

Et pourquoi pas faire vivre à nos enfants la joie des jeux de société en famille?

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Tableau initial du fanorona à 9 colonnes

Vos enfants gasy ou zanatany ou même étrangers, ne devraient-ils pas connaître les règles des fanorona et du katro. Fanoron-3 (à 3 colonnes) ressemble beaucoup qu tic-tac-toe. Les fanorona 5 et 9 sont de vrais jeux de stratégie. Et le katro est un héritage commun avec les autres pays africains.

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Jeu de scrabble classique

Les jeux classiques sont maintenant vendus dans la rue de Tana pour une valeur 5 000 à 25 000 Ariary. Il s’agit des scrabbles, 1000 bornes, échecs, dames et autres. Des produits fabriqués sous licence, surement.

Et si vous voulez l’authenticité et la modernité, il faut jouer aux nouveaux jeux que les petits Malgaches ne connaissent pas forcément encore. Ils sont vendus chers dans les magasins spécialisés et les grandes surfaces. Il y a aussi des endroits qui les proposent à la location sur place comme dans certains restaurants ou à emporter chez soi comme chez Smartana Games, par exemple.

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Cliquer sur l’image pour accéder à la page Facebook de Smartana Games

En effet, il y a beaucoup de nouveaux jeux qui sont à découvrir pour les petits Malgaches. Mais côté parents, il peuvent être jugés trop chers pour un investissement à long terme. Personnellement, vu les tonnes de jouets et de jeux que mes 5 garçons amassent, abiment et éparpillent, j’ai depuis longtemps décidé de ne pas trop investir dans ces produits-là. Le fait est que les jouets sont à profusion dans les rues de Tana de nos jours et les enfants s’en lassent un peu trop vite. Et puis lorsqu’on leur achète des jouets plus chers de chez Vtech ou équivalents, ils s’y intéressent, mais cela ne fait pas longtemps le poids face aux dessins animés et autres jeux sur tablettes. C’est pour cela que ce système de location de jeux me semble intéressant.

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Jeux du catalogue de Smartana

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Bref, l’idéal serait des vacances en famille à la campagne, puis sur la côte, et entre les deux des activités sur Tana agrémentéés de moments de partage et de jeux. Évidemment, on ne peut pas tout avoir. Ceux qui ont les moyens n’ont pas forcément les êtres aimés avec qui s’amuser. Ceux qui veulent bien n’ont pas toujours les possibilités. C’est à chacun de mesurer et s’adapter afin que tout le monde, surtout les enfants puissent se ressourcer avant de repartir à l’assaut des salles de classe.

Moi, je suis d’avis que les meilleures vacances sont celles que l’on passe avec ceux qu’on aime, qu’importe l’endroit, qu’importe ce qu’on fait du moment que c’est quelque chose qui nous permet de nous évader et nous recharge les batteries pour revenir au travail avec, toujours autant la flemme, mais avec de bons souvenirs dans la tête. Alors, bonnes vacances!!!