Andriamialy

Des décennies avant le rap et le slam, les malgaches ont brisé le sôva

Le Sôva n’est peut-être pas l’ancêtre officiel du rap mais lisez plutôt la suite et on verra bien.

Madagascar possède une culture orale très riche. Les formes usuelles existent : contes et légendes (Angano sy arira, tantara valamaty, etc.), proverbes (ohabolana), devinettes (ankamantatra), blagues, etc. Mais il existent beaucoup d’autres spécifiques aux malgaches comme le Kabary (forme de discours), les formes de poésies ou des jeux de mots : rija, sôva, hainteny, etc. Les étudier une à une nécessiterait au moins 3 vies. Le Rija, par exemple, sont des cantilènes betsileo utilisant entre deux vers la parallélisation, le rapprochement et la répétition qui font qu’ils ont des points communs avec les proverbes de l’Ancien Testament.

Un anneau d’or au nez d’un pourceau, C’est une femme belle et dépourvue de sens. (Proverbe 11:22)

Tsy tsara ny aomby vavy lehe mitarika sarety (une vache est bonne devant une charette)
Fa tsara ny vehivavy rehafa miaraka amin’ny zipety (mais une fille est belle avec une jupette)
(Tsivahiny in Zipety)
Une forte tradition orale de la chanson malgache

Mais je dirais que j’aime toute la culture orale malgache et je trouve qu’un bon Malgache devrait au moins écouter de temps en temps un vieux qui raconte un conte ou un jeune qui, dans la rue, s’exerce à des jeux de mots. Car heureusement, même si certaines franges de la société malgache ont déjà abandonné la tradition orale, ne permettant plus à leurs enfants de connaître les contes, les proverbes et les devinettes, il y a encore ceux qui perpétuent cette tradition et le font vivre. Oui, faire vivre la tradition orale signifie aussi que de nouveaux textes, adaptés au monde moderne, incluant des langues étrangères, surgissent, parfois même vraiment ridicules. Un exemple?

Inona ary zany (devines) : ilay sola mitsiky?

Réponse : une chauve souris, parce que sola = chauve, mitsiky = sourire, donc le chauve sourit

Pour l’humour qu’ils contiennent, les  jeux de mots m’attirent plus que les poèmes ou les histoires. Pour moi, un kabary intéressant doit en contenir de très bons et très recherchés. Et que dire des rija et des sôva si ce n’est que ce sont des mots arrangés très intelligemment et très souvent pleins d’humour?

 

Avant, des joutes verbales opposaient les chanteurs

Aujourd’hui, ces formes de poésies subsistent surtout sous des formes musicaux dérivées. Mais dans les temps anciens, il y avait de vraies joutes verbaux dans lesquels les gens se défiaient et s’affrontaient vraiment. Dans certaines parties de Madagascar, ces tournois s’appellent « mampiady karajia » où Karajia signifie « jeux de mots »suivant le proverbe « Ne te mesures pas en karajia avec un vieux car un vieux est un vieux ». En exemple, voici un medley de chanson Betsileo contenant plein de rija.

 

Donc, le sôva est un genre littéraire descriptif du peuple Tsimihety sous forme de poème rythmé comme cette thèse de M. Eugène Régis Mangalaza le décrit. En théorie, le poète fait de l’improvisation sur un thème donné (un animal, un personnage, etc.) mais vu la complexité des textes et des rimes, il y a une maîtrise derrière qui fait penser à des années d’entrainement et de mûrissement sur chaque thème. Comme beaucoup de genres culturels, le sôva a été depuis longtemps disséminé et adopté dans toute l’île.

Rap et sôva : inspirations et différences

C’est avec la combinaison poème et rythme que le rapprochement avec le rap vient naturellement. Le rap est une forme d’expression vocale où les paroles sont débitées sur fond de musique répétitive. Bien sur, à y voir de plus près les différences sont nombreuses mais je me tiens aux points communs; surtout si on pense à un battle de sôva improvisé et à un battle de rap freestyle (improvisation).

Je me souviens d’une troupe de gars qui se retrouvaient souvent à chanter entre les cours dans un coin de notre campus. Je me souviens que parmi eux, il y avait de très bon freestyler qui improvisaient tout à coup des minutes de rimes sur la répétition des derniers accords de la chanson de Bob Marley ou des Mahaleo. Je me souviens combien j’étais abasourdi par leur talent, ne croyant pas possible que de tels mots et rimes pouvaient sortir à cette vitesse de leurs cerveaux.

Ah, j’aurais aimé assisté à une bataille de sôva, aussi. Et j’aurais aimé vous en présenter ici dans le blog mais en recherchant dans le net, je n’ai pas trouvé beaucoup de choses.

Comme je l’ai déjà dit, le sôva subsiste surtout en tant que style musical. On parle de vakisôva que les Mahaleo expliquent par « Vaky ny sôva ka lasa hira » (le sôva a été brisé pour devenir des chansons). Le refrain de cette chanson « Vakisaova » est un mini sôva sur la pleine lune. Les Lolo sy ny tariny aussi ont créé des chansons inspirés du sôva comme Fibata qui décrit les bus des années 1970 ou Metimety qui, ici,  est a capella.

Et le sôva, en tant que style musical a eu un essor dans les années 1980 en s’identifiant avec la classe populaire malgache. Par exemple, on peut voir dans le clip du groupe « Ny hazo Midoroboka » tous les symboles de la révolution socialiste des années 70-80. Aujourd’hui, des groupes faisant le style sôva font surtout des prestations dans des veillées funèbres où ils pastichent des chansons célèbres en ajoutant d’autres rimes dans le style sôva.

 

https://www.youtube.com/watch?v=0DFeNA2G-Fw

 

Cela n’a pas empêché d’autres groupes de variétés de faire quelquefois des titres avec ce genre musical. Et là, il faut citer les Ny Nanahary qui ont, justement été les premiers à faire le lien sôva/rap. Je citerai les 2 titres. Bemangovitra (Paludisme) d’abord qui est une description de cette maladie. Noter la partie conversation a capella avec le petit garçon en pensant que lorsque cette chanson a été diffusée, la majorité des malgaches n’a jamais entendu de rap de leur vie.

Il y a eu aussi le diptyque « Odoie » et « Horera » (horreur) qui décrivent deux mots nouveaux utilisés par les jeunes. Puis est venu « Tosi-drà » (tension artérielle) qui décrit la dégradation de l’environnement (dont, déjà de réchauffement climatique) qui impacte la santé des malgaches. Mais cette chanson qui est un genre de sôva est accompagné par du … beat box… faisant de ce titre soit un rap soit une parodie de rap. Alors, à tous les  18,3, Diosezy ou Bogota, on pourrait bien dire le premier groupe de hip hop malgache étaient les Ny Nanahary, n’est-ce pas?

Mais les autres artistes malgaches ont déjà compris que sôva et rythmes nouveaux ne peuvent que se rapprocher et se compléter. Donc, parmi les essais de fusion, voici, déjà « Vaky ny sôva » de DJ Denis et Tax Bouta avec les Rakoto Frah junior

Moi, j’ai envie de finir cet article avec le morceau qui se rapprocherait peut-être le plus de l’ambiance d’un battle de sôva d’antan. On n’entend que le rythme du lamako frappé avec les mains et les rimes des poètes s’enchainent à tour de rôle. Voici « Aza misy miteniteny » (que personne ne parle). Répétez ce refrain avec les chanteurs!

Et voici la version réactualisée et plus tranchante de l’humoriste Gothlieb

 

 


Top 5 des (vrais) avantages d’être (mondo)blogueur

Voici un top 5 subjectif sur ce que, moi, je pense être les véritables avantages d’être blogueur en général et mondoblogueur en particulier. Donc, mes top 5 commenceront tous par « Pas seulement…mais aussi… »

1- Pas seulement bloguer mais bloguer sur une plateforme

Un blog c’est un outil pour s’exprimer et peut-être aussi assouvir certains besoins refoulés. Comme c’est personnel, on peut pratiquement faire ce qu’on veut, dans la limite du légal : écrire, dessiner, chanter, faire des photos, faire du son, faire des vidéos, etc. Mais quand j’ai commencé à bloguer en 2009 sur la plateforme unblog, j’ai été chaudement reçu par les autres blogueurs déjà présents : commentaires, partages, pingback, messages privés, etc.. Cela m’a d’abord étonné mais j’ai compris que cela faisait partie du jeu de se lire, se partager afin de mettre son site en avant.

Rejoindre Mondoblog permet aussi de s’adonner à cette passion qu’est le blogging. Sur cette plateforme, si on perd un peu de liberté car on doit suivre des règles et respecter une charte, on gagne en visibilité puisqu’un réseau comme Mondoblog essaie toujours de pousser le blogueur vers le haut.

Justement, il y a un cercle vertueux qui fait que plus les blogueurs fournissent de bons articles, plus Mondoblog gagne en notoriété ; et plus Mondoblog attire les lecteurs, plus les blogueurs gagnent en visibilité. Bloguer sur une bonne plateforme donne de la crédibilité.

2- Pas seulement réussir des concours mais recevoir une formation gratuite

Bloguer peut se faire gratuitement, sur n’importe quelle plateforme parmi les milliers de plateformes qui existent. Les blogs sont en majorité sous WordPress. Moi, j’ai débuté chez unblog.fr, un site francophone que WordPress m’a suggéré dès que j’ai voulu ouvrir un blog avec leur logiciel. J’ai rapidement eu du succès car j’ai obtenu un prix aux BOMBS (Best of Malagasy Blogs) dès la première année.

Rejoindre Mondoblog se fait après participation à un concours. Ainsi, être reçu comme mondoblogueur et pouvoir ouvrir son blog sur le réseau est une fierté. Si, en plus, on fait partie de la liste de ceux (une quarantaine de sélectionnés) qui reçoivent la formation de 10 jours dans une capitale africaine, c’est une joie immense. On va croire qu’on est un super blogueur, remarquable et tout… mais croyez-moi, l’important dans tout ça c’est la formation.

Sur Mondoblog, la formation commence dès qu’on crée son blog. Mais la plus grande partie de cette formation se fait en ligne (par échange de mails) pendant les 6 mois qui suivent. Il y a donc des échanges de mails mais ce qui est vraiment génial ce sont les tutoriels. Tous les tutoriels sont disponibles en ligne et gratuitement accessibles à tous, même ceux qui ne sont pas mondoblogueurs !

Moi, j’ai blogué pendant 5 ans avant de rejoindre Mondoblog mais je peux vous assurer que j’avais besoin de la formation et mon blog a vraiment beaucoup changé entre l’avant et l’après formation. Surtout, à mesure que l’on blogue, on se rend compte de la nécessité de toujours faire mieux, jour après jour. Bloguer permet de s’améliorer.

3- Pas seulement voyager mais se faire de vrais amis

Les blogueurs sont des gens qui voyagent. Soit pour des réunions ou des invitations (demande de couverture d’événement, remise de prix, etc.), soit pour les besoins de leur blog. Mais dans ce dernier cas, seuls les blogueurs aisés peuvent vraiment se permettre de voyager loin.

Quand on est mondoblogueur, participer à la formation Mondoblog permet de passer 10 jours à l’étranger aux frais du réseau, cette année la formation a eu lieu à Madagascar.

Dans un pays comme Madagascar, voyager en avion est un véritable luxe et une marque de réussite. Ensuite, passer plus d’une semaine dans un établissement hôtelier aux frais de la princesse (façon de parler) est assez charmant. C’est normal de percevoir l’invitation à la formation annuelle de Mondoblog comme une récompense, alors qu’en réalité ce n’est pas vraiment le cas. Par exemple, moi, quand ma banque m’envoie en mission ou en formation, c’est à dire au taf, on me paie aussi mon avion, mes repas et ma chambre (que je ne partage avec personne, remarque). Je dirai donc qu’aller à la formation Mondoblog, c’est « presque » comme d’habitude.

Ce qui n’est pas habituel, c’est qu’en allant à un Mondocamp, on va non seulement à une formation mais on va aussi et surtout vers une rencontre. On est sûr et certain de rencontrer d’autres mondoblogueurs, une quarantaine de personnes totalement impressionnantes, délirantes, enthousiasmantes, et plein d’autres qualificatifs aussi… Il y a une ambiance de colonie de vacances ou de vacances en famille qui se mélange au sérieux de la formation dispensée par l’équipe de l’Atelier des Médias de la radio mondiale « RFI ». Au final, il est difficile d’oublier une telle expérience et d’oublier le groupe après ce genre de rencontre.

Il faut préciser que, dans la majorité des cas, les blogueurs qui se rencontrent physiquement pendant la formation se sont déjà connus auparavant en ligne, ils se lisent depuis des mois et sont déjà des amis virtuels depuis longtemps ! Et inversement : certains blogueurs qui se sont rencontrés grâce à la formation restent connectés en ligne ensuite, à la vie, à la mort. C’est ça la magie du web, pouvoir être en contact sans contact physique, à des milliers de km les uns des autres. Bloguer permet de nouer des liens.

4- Pas seulement être célèbre mais surtout être reconnu

Il suffit qu’un blog gagne en notoriété pour que le blogueur lui-même devienne célèbre. Il y a des blogueurs qui deviennent des stars, ils sont parfois cités à la télé ou dans d’autres médias.

Faire partie de Mondoblog peut aider à être plus connu sur le web comme en dehors du web. Même s’il est encore possible de rester anonyme quand on est mondoblogueur, il est plus courant de trouver les blogueurs de Mondoblog partout : dans les magazines, dans les journaux, à la radio, à la télé, dans les séminaires, dans les forums, dans les festivals, etc.

Il est vrai que chaque mondoblogueur peut être perçu comme l’ambassadeur naturel de la plateforme là où il est, d’où certaines invitations, d’où leur présence à des événements très huppés. En réalité les invitations, les portraits publiés et surtout les récompenses sont de véritables preuves de la reconnaissance du travail du blogueur lui-même. Bloguer donne (gratuitement) une certaine notoriété.

5- Pas seulement devenir blogueur mais devenir, plus facilement, qui on veut

Enfin, devenir blogueur n’est pas une fin en soi, bloguer est un passe-temps, une passion. Bloguer sur un réseau comme Mondoblog n’est pas rémunéré, on peut presque le considérer comme du bénévolat.

Ce qui peut arriver quelquefois c’est qu’écrire sur Mondoblog permette à des blogueurs de changer de situation salariale. Ce n’est pas Mondoblog qui leur donne ou leur trouve de nouveaux boulots, ce sont les blogueurs qui se font remarquer grâce à leurs blogs, ils sont repérés.

Dans certains cas, bloguer représente un exutoire, le blog peut parfois devenir un révélateur et créer une vraie vocation chez le blogueur : devenir journaliste, politicien, communicant etc. Moi-même, je pourrais donner une liste assez longue si je devais énumérer tous ce que j’ai obtenu ou atteint dans ma vie grâce à mes blogs : Unblog (Lay Andriamialy) et Mondoblog (Lay Corbeille). Bref, Bloguer aide à s’accomplir.

 

Quand l’occasion (le concours mondoblog) se représentera, vous pouvez postuler pour devenir mondoblogueur. Mais si vous avez compris, ces 5 avantages sont déjà accessibles à tous les blogueurs et même à de simples internautes. Il faut savoir utiliser internet et ses outils pour s’exprimer, apprendre, trouver des contacts, trouver des opportunités et d’autres choses encore. Cela ne dépend pas des autres mais de vous et de votre utilisation du web.


Gotlib est mort…

Voici mon hommage à Gotlib.

Gotlib

J’étais jeune, très jeune quand j’ai lu ma première Rubrique-à-Brac. Trop jeune, et francophone mais pas de naissance, je n’ai pas tout compris de ses jeux de mots, calembours ou contrepèteries. Bizarrement, c’était le style de dessin, dépouillé voire minimaliste, que je trouvais, pas réaliste, mais plausible. Je sentais, en lisant ces planches, la même sensation que j’éprouve en regardant des films de science-fiction quand « tout est possible ». Mais à force, j’ai été contaminé par l’amour de l’absurde qu’avait l’auteur, Gotlib. Même si j’ai toujours aimé toute forme d’humour, je n’ai jamais atteint l’orgasme du rire que dans l’absurde totale : par exemple les films parodiques comme Spaceballs, Hot Shots ou la série des Y-a-t-il me font toujours autant rire à chaque rediffusion. De même, mes humoristes préférés sont, donc, les Arnaud Tsamère, Ben, les Inconnus, etc.

Quand je dis que j’aime bien un personnage, illustre ou mal aimé, d’ailleurs, je peux être complètement fan et passionné de ses œuvres mais pas pour la personne, elle-même. Apprendre les chansons, textes, les répliques, les sketchs par cœur, oui ! Mais pas les biographies, ni la date de naissance, ni les opinions et les faits divers. Ainsi, c’était vraiment une surprise pour moi d’apprendre la mort de cet artiste. J’ai dit tout haut : « Il était encore vivant ? ». C’est dire aussi combien il était aussi discret dans ses dernières années.

Pour lui rendre hommage, j’ai, alors, posté un de ses autoportraits en guise de photo de profil de mon profil Facebook. Quand on m’a dit « le fameux Gotlib ? » J’ai répondu « Qui vient de nous quitter ». Un commentateur s’est exclamé « Herinaivo ??? »

Gothlieb

Herinaivo Randriamasinoro, alias Gothlieb est parmi les plus célèbres humoristes malgaches. Il revendique l’inspiration de son nom de scène comme provenant de Gotlib, le dessinateur. Je n’ai jamais vu un seul dessin fait par Gothlieb mais, par contre, je l’ai déjà vu ou entendu comme employé,  chanteur, humoriste en stand up, en sketch, animateur radio, animateur télé, clown, acteur, et la liste peut encore être plus longue encore. Un grand artiste en somme.

Il est impossible de rapprocher ou de comparer ces deux artistes aux modes d’expressions différents sauf que de mon point de vue, les 2 sont géniaux. Alors, pour les étrangers, je vous exhorte à découvrir Gothlieb, le malgache et pour les malgaches, je vous préconise d’en apprendre un peu plus sur Gotlib, à l’origine du nom de votre humoriste préféré.

Et donc, aujourd’hui, 12 décembre, 2016, Gothlieb n’est pas mort, et je l’espère pour longtemps encore. Et moi, qui ne croit pas que les morts puissent encore nous voir et nous entendre, quel meilleur hommage pourrais-je faire à un illustre décédé que d’affirmer qu’il a laissé sa trace dans nos vies et qu’il a inspiré beaucoup de monde. Vive tous les Gotlib de la Terre !

 

 


Mondoblog à Tana : top 5 d’un dépaysement trop parfait

La formation annuelle des blogueurs du réseau Mondoblog s’est tenu chez moi à Antananarivo pendant le Sommet de la Francophonie 2016. Une rencontre à Tana, j’en rêvais et j’avais des craintes mais finalement, c’est la sincérité des mondoblogueurs qui m’enchante aujourd’hui.

Mondoblog à Antananarivo ou Mondotana 2016 est la 3ème formation mondoblog d’affilée à laquelle j’ai assisté. Ne me demandez pas comment cela se peut car moi même je sais que c’est un miracle. Sortir un ou deux malgaches de leur île pour les amener à Abidjan ou Dakar coûte la peau des fesses plus à peu près un bras et demi alors pour faire venir 50 blogueurs à Madagascar, c’est carrément une fortune. Ainsi, Mondotana est tellement inédite qu’elle risque de devenir unique.

Dès que j’ai su que Mondoblog viendrait à Tana, j’étais assez fier et je pensais à toutes les choses que j’allais montrer, expliquer à mes collègues : l’architecture, les mots, les expressions, l’histoire, la géographie et tout le reste. J’avais aussi l’appréhension que ces étrangers pouvaient se sentir mal, inconfortables, en danger face aux multiples côtés négatifs de mon île adoré : l’insécurité, la pauvreté, etc. Quand on a dit que les autorités voulaient cacher notre misère, j’ai été indigné mais, au fond, je comprenait très bien que culturellement, le mihatsara velatsihy* est une coutume malgache. Mais embellissement ou cache-misère ou quoi que ce soit, cela a tellement marché que j’ai vraiment passé une semaine hors de Mada, ou au moins j’en ai eu l’impression.

 

Avant de lire la suite, visitez ou revisitez l’alter ego de ce top, Abidjan, top 10 d’un dépaysement presque raté.

1- On me parle en français

Mondoblog 2016 s’est passé pendant le Sommet de la Francophonie. Donc, c’est un peu normal quand on ne fréquente que les mondoblogueurs,  le Village de la Francophonie et le Centre de Conférence d’entendre presque exclusivement le français, la langue que les malgaches appellent ou surnomment :

  • teny vazaha = langue étrangère, par métonymie
  • teny baiko = langue signes (parce qu’il a été parlé accompagné de signes au début). Aujourd’hui, on comprend « teny baiko » comme « langue pour donner des ordres », et on n’emploie plus cette expression.
  • teny frantsay = langue française
  • teny français = version frangasy
  • teny faran’ny tsy hay = langue la plus inconnue (calembour)

2- Les paysages

L’hôtel indien choisi par Mondoblog pour nous loger avec les restaurants indiens qui vont avec, l’intérieur du bus, le Village de la Francophonie, le Centre de Conférence d’Ivato, voilà où j’ai passé la semaine Mondoblog 2016. Autant Abidjan ou Dakar me donnaient la nostalgie d’Antananarivo, autant ces endroits, pourtant à Tana, me donnaient vraiment l’impression d’être ailleurs.

Donc, revenons à l’embellissement ou à l’opération cache-misère qu’on a attribué au gouvernement malgache. Si c’est le cas ou pas, moi je dis de toute façon : chapeau, vous avez réussi ! Moi qui peux comparer avec Nairobi, Dakar oui Abidjan, je peux dire que « tsy nitsanga-menatra Antananarivo » (Tana s’est tenu debout, sans honte).  Et dire que même la pluie n’est tombée qu’après le Sommet, inondant de ses torrents les bas quartiers et les petites rues déjà désertés des cortèges présidentiels. Si ce n’est pas de la chance !

Et si les chapiteaux sont déjà remballés, les routes et les bâtiments vont rester et ajouteront plus durablement de la beauté à notre capitale.

3- La nourriture

Donc, on mangeait dans les restos indiens. Même à midi, le traiteur proposait la nourriture indienne, pas de riz complet, pas de riz blanc malgache, Makalioka. Ça m’a changé de mon habitude. Il y a eu une hécatombe de mal de ventre au milieu de la semaine mais je ne dirais pas comment c’est arrivé. De plus, il nous est interdit de faire de la publicité donc je n’ai pas le droit de vous recommander ni l’hôtel ni les restaurants ni le traiteur (mp). Mais déjà, les malgaches ne sont pas clients de ces établissement trop « sélectifs ». Et si vous venez visiter et que vous recherchez Madagascar, l’authentique, vous devrez surement voir ailleurs.

Il n’est pas étonnant que mon premier post dans un réseau social après la formation a été du food porn textuel décrivant mon premier repas 100% malgache depuis 10 jours.

4- Les gens

J’ai croisé beaucoup d’étrangers, partout : des blancs, des noirs, des asiatiques, on aurait dit Paris à ses heures.

Croiser des malgaches, aussi. Mais ces malgaches-là sont tous beaux, propres, bien habillés. Ils étaient à la fête, visitant les stands, applaudissant aux spectacles en mangeant pizza et glaces. Et puis, la majorité étaient des tananarivéens, de certains quartiers. Sauf si je les ai raté, il n’y a pas eu, au village des délégations des régions. Moi qui rêvait de présenter aux mondoblogueurs des malgaches de toutes les couleurs de la peau et qualités de cheveux,  j’ai encore reçu les mêmes remarques que tous les ans : « On dirait des asiatiques! ». Mais vous savez qu’il y a des malgaches vraiment noirs ? Là il n’y en a pas beaucoup mais je vous l’assure, ça existe. A quand un Mondotama, Mondojanga ou MondoNosyBe?

5-  Les mondoblogueurs

Et surtout, chaque mondoblogueur(se) de la nouvelle saison et même les anciens sont toujours de vrais pays, des continents à explorer. Ce sont tous des Shéhérazades aux milles histoires à narrer, des souvenirs et des exploits à raconter. Combien de fois je me suis perdu dans leurs récits, leurs poèmes et leurs slams?

En somme, la semaine mondotana 2016 m’a littéralement fait des vacances. Mais si moi, j’ai eu l’impression de ne pas avoir été à Tana pendant Mondoblog 2016, les mondoblogueurs n’ont rien raté de la réalité. Aujourd’hui, de chez eux, ils louent la beauté de Tana mais racontent aussi sa misère de leur regard d’étranger, sans à priori.  Même ceux qui n’étaient pas présents ont vécu la semaine d’Antananarivo à leur manière. Lisez donc leurs billets qui racontent ce Mondotana 2016 dans ma petite liste ci-dessous. Si j’en ai oublié, visitez Mondoblog et aussi le blog spécial Sommet du réseau.

Un Mondoblog Camp en Snaps

Mondoblog et Antananarivo 2016, j’y étais aussi : 1re partie

https://savanes.mondoblog.org/2016/11/26/recit-dun-voyage-a-antananarivo-tangasoa-bienvenue-a-antananarivo/

Si MondoTana m’était conté

Madagascar et moi

Antananarivo, la ville arc-en-ciel !

Antananarivo : entre splendeur et misère

Madagascar : la visite se termine par une histoire d’amour

Séjour à Antananarivo : une affaire de viande de zébu au menu

https://morceau2vie.mondoblog.org/sommet-de-la-francophonie-viens-que-je-te-raconte-tana/


SommetMada2016 : beaucoup de malentendus dans les dessins des jeunes

Exposés au village de la Francophonie pendant le sommet de 2016 à Antananarivo, les dessins effectués par des jeunes collégiens louent presque tous la solidarité, la fraternité et l’opportunité de la Francophonie. Quelques productions sortent pourtant du lot car leurs messages sont « inattendus ».

L’initiative est intéressante. Ce sont des élèves qui ont produit sur le même format en carton des œuvres pour illustrer leurs pensées, idées ou critiques sur la Francophonie et le Sommet 2016. J’ai décidé d’en publier quelques dessins avant qu’ils ne partent à la poubelle alors que les « enfants » ont fait des efforts pour s’exprimer.

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 Ceux qui ont mal compris

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Le texte est pourtant si joli : « Madagascar et la Francophonie, comme l’eau et le riz », expression empruntée du proverbe malgache « l’eau et le riz ne se quittent ni au champ, ni dans la marmite ». L’effort artistique aussi n’est pas si mal avec le collage de drapeaux en tissus colorés. La seule erreur est que le drapeau de gauche est celui de la France et non de la Francophonie. L’amalgame France/Francophonie est courant, d’autres exemples plus bas dans l’article.

Idem pour l’autre image qui dit que la Francophonie est l’ensemble des pays nouvellement indépendants et la France. L’intention n’est pas mauvaise mais cette définition n’inclut pas tous les pays membres et observateurs.

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Ensuite, il y en a qui en attendent peut-être un peu trop de la Francophonie. Le premier demande du matériel pour les pompiers de sa ville tandis que le second illustre son tableau avec un enfant victime de Kere (famine) et un simple SOS. La Francophonie, oui, c’est un moyen qui permet aux pays de se rencontrer et même de signer des partenariats entre eux. Par contre, l’organisation n’a pas l’aide directe à un pays parmi ses missions.

 

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Sur cette image, on voit une illustration de gens qui font la queue pour acheter le DVD de Marimar, la toute première telenovela diffusée à Madagascar. Elle montre que c’est la version française qui attire le plus d’acheteur, ce qui est normal dans un pays francophone. Pourtant, on aurait tendance à comprendre que l’auteur montre une compétition entre les langues internationales à Madagascar. Peut-être! Mais même si c’est le cas, je pense qu’il n’est pas nécessaire de dénigrer les autres pour dire que la Francophonie est bien.

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« Stop à la diversité linguistique ». C’est amusant mais cela me fait penser que la fille qui a fait cette affiche doit rêver d’un monde où l’uniformité et la conformité règnent. La Francophonie, avec son mouvement « Libres ensemble » prêche pourtant le contraire en appuyant que l’on peut être différents mais vivre ensemble.

Ceux qui aiment trop Madagasikara

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Quand le thème est la Francophonie et le Sommet de 2016 à Tana, que vient faire une charrette montée par 2 malgaches? Ne cherchez pas, c’est juste une affirmation de son amour de la patrie.

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Comme je l’ai dit plus haut, il y en a beaucoup qui confondent exprès ou pas France et Francophonie. On sent même parfois un peu d’ironie.

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Pour ces deux images, l’idée est la même. Cela dit que dans la compétition, c’est Madagascar qui gagne et largement contre la France. Bizarrement, les disciplines sportives utilisées sont l’athlétisme et le basketball, alors que c’est seulement en pétanque que les malgaches mettent parfois le pâté aux gaulois. J’admets, ce sont des allégories et j’espère que ces 2 jeunes feront tout pour faire de leur rêve une réalité quand ils seront grands. Ceci dit, tout cela n’a rien à voir avec la Francophonie.

Ceux qui n’aiment pas la France ou les blancs en général

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Encore une compétition où un « noir » prend le pouvoir sur le « blanc ». Vraiment, certains jeunes ont très mal compris le message selon lequel l’attribution du Sommet à Madagascar en 2016 est une victoire pour le pays ! Dommage ensuite que le titre qu’il ou elle a mis soit : « Je suis francophone »

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Celle-là illustre le principe fondamental du néo-colonialisme qui consiste à ce que les grandes puissances, en particulier, la France ici, exploitent les richesses des pays en développement, comme Madagasikara, qui n’en sont pas capables technologiquement, techniquement, etc.

Heureusement, il y a aussi les bons élèves

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La logique dans les noms de véhicules à Madagascar

Une simple liste des moyens de transports existants à Madagascar. Suivez-bien, peut-être trouverez-vous la logique.

 

Fiara (du français Fiacre)
Ceci s’appelle Fiara (du français Fiacre), c’est logique

 

 

Fiarandalamby, littéralement : fiacre sur rail
Du coup, voilà le Fiarandalamby, littéralement : fiacre sur rail

 

Et le fiaramanidina : "fiacre volant"
Et le fiaramanidina : « fiacre volant »

 

Vôtiry (du français voiture)
Puisque fiacre a été utilisé ailleurs, voici le Vôtiry (du français voiture)

 

après le fiacre, et la voiture, il reste le sarety (la charrette)
Il ne reste plus que le sarety (la charrette)

 

et le kalesy (la calèche). Crédit photo : Razanameltine Elisa Trydal
et le kalesy (la calèche). Crédit photo : Razanameltine Elisa Trydal

 

Voici un taxi
Voici un taxi

 

Taxibe
Et voilà le Taxibe (littéralement gros taxi)

 

Ça c'est un bus
Ça c’est un bus

 

Taxibe
Et ça, c’est un minibus

 

Voyagez en Boeing
Pour les longues distances ,voyagez en Boeing…

 

...en Tata
…en Tata…

 

en bâchée
…en bâchée…

 

...même en camion (regarega)
…en camion (regarega)…

 

Taxibe
… ou en Mazda … de type Toyota si ça vous chante.