Andriamialy

Légendes de Madagascar : les monstres

Dans les contes et légendes de Madagascar, il y a plein de monstres. Comme les animaux et les plantes de cette ile continent, la plupart de ces êtres sont endémiques mais certains sont des espèces importés d’Afrique, d’Asie et d’Europe.  Bon, après le fanany et le tanalasosa de mes articles précédents, j’ai décidé de ne plus les citer un par un mais de faire ce long dossier pour en dire le plus possible de ce que je connais sur les créatures qui peuplent nos cauchemars les plus fous.

Juste le pauvre fosa

Madagascar n’a pas la réputation de paradis terrestre uniquement à cause des belles  plages, des sites touristiques époustouflants, de la végétation hors du commun et des filles angéliques. C’est aussi une île continent où il n’y a presque pas d’animaux dangereux.

Le seul animal potentiellement mortel qui se trouve en nombre actuellement dans beaucoup de régions de l’île est le crocodile malgache. Ce cousin éloigné du Crocodile du Nil pullule dans certaines rivières et fait aussi l’objet d’élevages intensifs pour son célèbre cuir. Mais dans ce cas précis, l’adage malgache s’applique très bien : « Izay milomano ihany no maty an-drano » (Seuls les baigneurs se noient).

fosa
photo : wikipedia

Si on reste sur la terre ferme, on ne risque pas grand chose. Le plus gros prédateur est le timide fosa. Ce carnivore, ni félin ni canin aurait évolué du tenrec comme beaucoup de petits mammifères malgaches. Mais il est presque impossible de l’apercevoir dans la nature tellement il est craintif. Il y avait autrefois des lémuriens carnivores mais ils n’ont pas survécu à l’arrivée des humains, tout comme l’hippopotame nain de Madagascar et l’oiseau géant Æpyornis. Ces animaux, survivants ou éteints et peut-être aussi un hominidé de type Homme de Florès dont certains chercheurs supposent l’existence mais que personne  n’arrive à en découvrir les preuves peuvent expliquer les monstres de nos légendes, nos fantasmes et de nos mystères irrésolus. Enfin, si vous êtes chercheur, étudiant ou seulement passionné par la découverte de nouvelles espèces, sachez que des parties de la Grande Ile sont encore « vierges » et les missions d’exploration de ces régions immaculées apportent annuellement une dizaine de nouveautés par an à la diversité biologique de Madagascar.

Animaux et Cryptozoologie

Imaginez-vous prendre part au premier débarquement des premiers malagasy venant d’Asie. Imaginez-vous découvrir un pays abritant l’oiseau le plus massif ayant jamais existé, des lémuriens aussi petits que des souris qui dorment dans les feuilles et d’autres atteignant 200 kg. Des trucs que tu crois que c’est de gros insectes alors que c’est des mini caméléons. Cinq siècles plus tard, faut-il en pleurer? 90% de tout ce qu’il y avait a disparu, et il ne reste que les légendes.

photo wikipedia

Lalomena

Ce serait un grand animal, robuste, qui vit dans l’eau. Il est de couleur rouge (mena) et pourvu de deux grandes cornes. Il parle et il chante. S’il sort de l’eau, chacun de ses pas est un tremblement de terre et s’il siffle ça fait un nuage. On le chasserait pour ses cornes qui sont de très beau matériaux pour faire des bijoux.

Ici, un conte en malgache sur le lalomena.

C’est ce lalomena que les chercheurs rapprochent de l’hippopotame nain. Les fouilles archéologiques ont confirmé l’existence de l’hippopotame nain à Madagascar cohabitant avec les premiers malgaches jusqu’à leur extinction. Dans les autres légendes, on lui attribue le nom de soavalindrano (cheval d’eau).

omby
photo : Ladiras81

 

Le songomby

Il s’agirait d’un bœuf (omby=zébu), d’un cheval ou d’un mulet agressif et mangeur d’hommes qui vit dans les grottes et dans les forêts. D’autres textes le rapprochent du dragon. D’autres encore le confondent avec le lalomena. L’hippopotame étant assez dépendant de l’eau, cette dernière théorie est très discutable. Je pense plutôt au zébu qui revient très vite à l’état sauvage lorsqu’il se perd en forêt. Sauf que s’il est vraiment carnivore, c’est peut-être autre chose. Un lion naufragé? Enfin, certains le comparent aussi au centaure qui fait partie des bibiolona (mi-homme mi-animaux) que je vais aussi développer plus tard.

 

fanany
photo : wikipedia

 

Le Fanany

Le fanany, dont je vous ai déjà parlé c’est le grand serpent à 7 têtes. Cette légende est surement importé d’Asie et elle est liée à la croyance de la réincarnation. En effet, on pense que lorsqu’une personne meurt elle peut se réincarner en cet animal. Un petit fanany n’a qu’une seule tête et les 6 autres poussent avec l’age. Lorsqu’un fanany arrive près d’un village. Il faut lui demander son nom et il répondra par des hochements de têtes. Ceci fait, on l’enduit d’huile, on tue un bœuf en son honneur et on lui offre du miel. Il portera bonheur à celui qui le découvre.

Ici, un conte en malgache sur le fanany.

Dans les légendes urbaines actuelles, on attribue aux fanany des missions à l’instar des fantômes des séries modernes. On dit que ce sont des personnes ayant eu une mort subite qui reviennent achever une tâche ou se venger de leur meurtrier. Ces histoires fabuleuses sont périodiquement relayés par les grands quotidiens malgaches. Il s’agit par exemple d’un bébé qui serait constamment suivi par un gros serpent et que ce serpent serait la mère morte à l’accouchement et qui veille sur son enfant. D’autres fois c’est la famille d’un jeune homme dans un village reculé qui voit tout le temps un gros serpent menaçant roder autour de la maison. Après avoir interrogé tout le monde, il s’avère qu’un jeune homme aurait tué quelqu’un par accident et se serait enfui. Il aurait fallu demander pardon au fanany pour qu’il arrête de menacer les gens ou plus dramatiquement on aurait offert le fautif pour que le fanany le mange afin de lever la malédiction sur la famille.

bibilava
photo : jerryoldnettel

 Maroandavaka

C’est un petit serpent malgache dont le nom signifie « beaucoup dans le même terrier ». Surement à cause de l’hiver rude dans certaines régions de l’île, les serpents de cet espèce se regroupent parfois mais les malgaches leur confère de ce fait une vie sociale comme celle des abeilles.

La légende dit que la personne qui tue un maroandavaka ne doit pas être vue par un autre de ses congénères ou bien il doit demander pardon à toute la famille de maroandavaka en offrant un sacrifice. Sinon, en effet, le maroandavaka témoin irait ameuter ses colocataires et tous vont pourchasser le meurtrier. Ce dernier verrait alors des petits serpents partout et, pour se défendre, va en tuer de plus en plus. Mais plus il en tue, plus il y en a d’autres jusqu’à ce que qu’il se fasse dévorer par des milliers de maroandavaka en mission de vendetta. Les cadavres qu’on retrouve désossés dans la forêt alimentent cette légende proche de celle du fanany.

photo : wikipedia
photo : wikipedia

Les autres serpents

Parmi les autres serpents, il y a le manditra, un boa qui est réputé venimeux même si les boas ne le sont jamais. Les légendes parlent d’un gros serpent, qui serait ce manditra, qui viendrait la nuit dans le lit d’une femme qui allaite. Il écarterait doucement le bébé de sa mère et téterait le sein de celle-ci qui ne se doutera de rien, croyant que c’est son bébé. Ce n’est qu’au matin que l’horreur et l’effroi vont envahir le mari en voyant ce gros serpent repus de lait maternel gisant dans le lit et sa femme inerte à côté. Mais bon, c’est peut-être juste un reptile attiré par la chaleur humaine puisque lui, il a du sang froid. La femme est juste tombée dans les pommes. Ou c’est juste un parabole?

Le  fandrefiala est un petit serpent inoffensif mais quand on était petit, les plus grands nous racontait ça : dans la forêt, le promeneur non averti se repose sous un arbre. Une feuille tombe sur sa tête, puis une deuxième, puis une troisième. Soudain, le fandrefiala, « raide comme une saillie » comme J. Brel dirait tombe sur lui, tête la première et le transperce de part en part. Donc, méfiez-vous car les feuilles qui tombent sont des avertissements du fandrefiala et si vous ne bronchez pas, il vous prendra comme une menace. Aujourd’hui je me dis que le fandrefiala de cette légende est peut-être un serpent planeur méconnu. Mais de l’autre côté, il doit être très intelligent pour savoir compter jusqu’à 3 et puis s’il est aussi une Épée de Damoclès, il est redoutable, tellement que ce n’est pas plausible. Mais dans cette histoire, si le fandrefiala est juste au mauvais endroit au mauvais moment, qu’est-ce qui a transpercé le monsieur de part en part?

Les bibiolona (Humanoïdes, et mi-homme mi animal)

Ne croyez pas que l’Homme a découvert Madagascar quand les européens sont venus pour la première fois. Ne croyez pas non plus que les asiatiques situés à des milliers de kilomètres auraient pu devancer les africains à juste 400 km. Et peut-être que les premiers africains qui sont venus ont été reçus par des gondwanais qui sont restés là depuis que l’Afrique a laissé Madagascar voyager seul il y a des millions d’années…qui sait. Du moins, il y a des légendes qui font réfléchir.

sirène
photo : Azumi79 sur pixabay

 

Zazavavin-drano (sirène)

Malgré cette image libre de droit que j’ai utilisé pour illustrer, la sirène malgache n’est pas mi-humain, mi-poisson. On dit que sous l’eau vivent des gens comme nous, hommes, femmes et enfants. Ils travaillent parmi nous, ils boivent, ils mangent et le soir ils rentrent chez eux … sous l’eau.

Un jour, mon grand père aurait pêché au bord d’une rivière accessible par un chemin qui se termine justement au bord de la rivière. Il était caché derrière un bosquet, donc, on ne le voyait pas. Lui, il a vu quelqu’un descendre sur le chemin. Un monsieur, normal, bien habillé approchait derrière lui mais il était distrait quelques secondes par une prise. Il s’est ensuite retourné pour saluer le nouveau venu mais ce dernier a disparu.

Ce genre de récit est commun surtout chez ceux qui font de la  pêche. Les coups de soleil peut-être.  La légende « officiel » dit que le peuple de l’eau est très riche, les femmes sont très belles, très aimantes, dévoués et elles acceptent de se marier avec les humains. Les hommes de l’eau seraient très méchants et très jaloux aussi. Si quelqu’un se marie avec une femme de l’eau, elle lui apportera tout ce qu’il voudra mais il doit juste respecter un interdit. Selon les contes, l’interdit serait pour le mari de manger du sel ou de dire un mot bien précis sous peine de perdre sa femme sirène et toute la richesse qu’il en a obtenu. Quelquefois, des témoignages de personnes se disant appartenant au peuple de l’eau ou ayant eu comme conjoint l’un d’eux alimentent notre presse à sensations.

 

photo : wikipedia

 

Bobel le centaure

Le centaure Bobel est une créature récente dans le folklore malgache. Il a été l’un des héros des séries de bandes dessinés KODITRA dans les années 80 dans lesquelles il dévorait les méchants. Aujourd’hui, c’est la description typique du bibiolona (mi-homme, mi-animal). Un blogueur malgache fait remarquer qu’il remplace à merveille le vazaha (étranger) qu’étaient les français de la colonisation. En effet, on attribuait à ces européens des pouvoirs magiques, des humeurs sanguinaires et des mœurs de cannibales voleurs de cœurs.

On dit que parfois la nuit, vers minuit ou 1 heure du matin, on entend dans les rues de certains quartiers de Tana des bruits de sabots accompagné de râlements et suivis de cris d’horreur. Le lendemain, on découvre le corps éviscéré d’un malheureux. Car, tout le monde le sait, les bibiolona sont des voleurs de cœurs, eux aussi.

Ces histoires ou des variantes sont aussi relayés par la presse avec cet article en malgache par exemple où un monstre mi-homme mi-cheval avec les yeux qui brillent d’une lumière bleue violeraient des femmes du côté de Mananjary.

 

Wikipédia Commons
Wikipédia Commons

Vazimba

Le Vazimba est masina (sacré) et je ne suis pas prudent de le qualifier de « monstre », c’est peut-être fady (interdit). Le vazimba est un humanoïde de petite taille. Les descriptions sont pléthores mais jamais consensuelles. Voici justes quelques exemples : grand yeux, grosse tête, longs bras,  longs doigts, longues ongles, etc. Beaucoup s’accordent à dire actuellement que les vazimba sont les premiers habitants de l’île. Ils ont été soit chassés et exterminés soit incorporés par les nouveaux arrivants (des malgaches actuels se disent descendants de vazimba) et de ce fait n’existent plus en tant que groupe à part. Les différentes descriptions font penser à des pygmées ou à des hominidés atteints de nanisme insulaire à l’instar de l’Homme de Florès.  Leur disparition, l’absence de documents ni même de tradition orale assez fiable à leur sujet ainsi que l’imagination débordante des malgaches ont fait de ce « peuple » de véritables divinités olympiennes anonymes.

Ainsi, actuellement, les endroits dites « où il y a un vazimba » sont sacrés : les rivières, les lacs, les bois, les tumulus, les grottes, des régions entières, etc. Ces places sont réputés interdit de porc, mort ou vivant, d’oignon, d’alcool, et de gros mots. Et surtout il est interdit d’avoir un acte sexuel complet dans ces endroits aux risques de subir un penis captivus garanti.

Et voilà que les légendes contemporaines en rajoutent. Quelqu’un a pissé sur la tombe d’un vazimba, son sexe a grossi à l’extrême amenant l’opprobre sur sa tête – Des jeunes ont pique-niqué avec de la mortadelle de porc au bord d’un lac de vazimba et ont bu de l’alcool avant de faire une balade en pirogue (le porc et l’alcool ainsi que l’ail sont fady aux vazimba); bilan 4 morts – Un couple adultère a fait l’amour derrière un tombeau de vazimba (c’est un tumulus et on suppose que c’est un tombeau de vazimba) et vous connaissez la suite (coïtus captivus) – un homme a violenté un passant, c’était un vazimba déguisé et l’homme a eu le cou qui s’est tordu tout seul.

Les sceptiques vont me dire que le sexe qui enfle c’est éléphantiasis, le naufrage des jeunes ivres c’est un accident, le cas de « captivus » c’est à cause du stress et du sentiment de culpabilité et le cou qui se tord est une crampe. Vous avez peut-être raison mais si vous passez des vacances chez nous et que vous visitez un endroit à vazimba, n’essayez pas de faire le malin.

Lémurien aye aye - photo : wikipedia
Lémurien aye aye – photo : wikipedia

 

Kalanoro

Etymologiquement, Kalanoro c’est « la fille qui s’appelle Noro » et Noro qui se lit comme Nour est peut-être lié à ce prénom arabe masculin qui veut dire « lumière »; le Kalanoro étant un mâle et il a des pouvoirs de divinations et de magie. Ceci dit, c’est juste une opinion personnelle.

Le kalanoro est un humanoïde, de très petite taille, le corps recouvert par sa chevelure (ou par des poils?), il a de longs doigts et de longs ongles très durs. Il a une voix de petite vieille au nez bouché. Certains le confondent avec le vazimba lui même. D’autres le présentent comme un hominidé, une espèce humaine qui a peuplé la région du Betsileo avant l’arrivé des sapiens sapiens (la page de ce lien est en français 🙂 ). Enfin, certains croient que Kalanoro est un lémurien nocturne proche de l’Aye Aye (photo) ou l’Aye Aye lui-même dont la morphologie est tellement horripilante qu’il doit faire très peur la nuit.

Si on arrive à en attraper un, le Kalanoro est un génie malin, un croisement entre le génie de la lampe et un gremlin. Il exauce tous les vœux de son propriétaire ou bien il lui ramène  de l’or, des pierres précieuses ou du mercure comme dans ce lien d’un site d’informations sérieux de Madagascar. Par contre, il ne doit jamais être vu par une autre personne que son propriétaire. Il dictera aussi les autres fady (interdits) à son propriétaire ainsi que ses désidératas qui, dit-on,  irait du miel jusqu’au sacrifice humain. Aujourd’hui, dès qu’un malgache réussit, très vite, la rumeur va dire qu’il élève un Kalanoro chez lui.

Bon, on dira que ces histoires ne sont que des affabulations. Tant de fois, des escrocs ont filoutés de pauvres gens en se cachant derrière un lambahoany (tissu) et en dictant des idioties et des demandes de paiement d’argent en se pinçant le nez. Toutefois, si la croyance du Kalanoro a émergé et a subsisté jusqu’à nos jours, ce n’est peut-être pas un hasard.

Ci-dessous un vidéo d’imitation de Kalanoro

 

image cliparteles
image cliparteles

Tanalasosa

C’est le mort vivant. dont je vous ai déjà parlé aussi. Il a 7 vies. Dans ma région, on l’appelle « lolo vokatra », c’est à dire à peu près « le fantôme qui sort de terre ». Chaque « ethnie » malgache possède ses propres relations avec la mort. Pourtant, toutes les régions vénèrent les mêmes ancêtres (razana). Le coin nord-est de la maison malgache est appelé « zoro firarazana » (coin pour honorer ancêtres) peut-être à cause de l’origine asiatique commune à tous les malgaches. Et globalement, on suit les même rituels pour l’enterrement avec des variantes selon les régions. Partout, on fait, entre autres, une veillée funèbre pour permettre aux familles et aux amis de venir présenter leurs condoléances. Mais aussi, la veillée funèbre permet de s’assurer que le mort ne se relèvera pas. Dans le sud, pays d’où vient la légende du tanalasosa et dont les habitants sont de grands éleveurs de zébu, cette veillée dure jusqu’à ce que le dernier zébu du défunt soit tué et mangé par les « convives »; car c’est comme une grande fête. C’est à dire que s’il était riche, ça peut durer en semaines ou en mois. Ceux qui y ont déjà assisté disent que le mort commence à pourrir sur place. On a à ce sujet un proverbe qui dit « ny anongotsongoina ny maty hono dia tahotra ny handevim-belona » (On pince les morts pour éviter d’enterrer un vivant).

On sait que le vaudou vient d’Afrique et si les haïtiens savent fabriquer des zombies, qui dit que les malgaches, tristement célèbres pour l’utilisation de la sorcellerie à tous les étages, n’ont pas aussi hérités de cette technique de leurs ancêtres africains? Je rappelle que le zombie en Haïti est une personne qui a été endormi profondément grâce à un produit chimique maintenant identifié (la totrodotoxine) qui simule la mort. Elle est enterrée par ses proches qui la croient décédée et c’est après que l’enchanteur la récupère dans la tombe en lui administrant l’antidote et un autre drogue de soumission la rendant apathique et obéissante. Aujourd’hui, les rumeurs qui circulent à Madagascar racontent qu’on aurait ouvert un caveau pour inhumer un mort et qu’à la stupeur général, les restes de celui qu’on a enterré en dernier se trouvaient derrière la porte. C’est parmi les pires morts, si c’est vrai. D’autres fois ce sont des résurrections miraculeuses qui sont relayés par la presse. Il s’agit de personnes déclarées mortes par le médecin qui reviennent à la vie pendant la veillée funèbre.

S’il y a des morts vivants à Madagascar, on pourrait peut-être l’expliquer par la science mais je pense que certains mythes ne doivent pas être brisés de peur de briser la société qui les a créé.

 

photo : OpenClips sur pixabay
photo : OpenClips sur pixabay

 

Les fantômes

Le tanalasosa ou lolo vokatra n’est donc pas un fantôme puisqu’il est fait de chair et d’os … enfin ce qu’il en reste. Est-ce que les fantômes existent? je ne le crois pas mais je sais que les gens ont vu, entendu, senti des choses…

Ambiroa (double)

Les malgaches considèrent le dédoublement comme une chose normale et non comme un pouvoir spécial. Lorsque quelqu’un pense à un endroit ou à une personne, qu’il est dans la lune, c’est à dire qu’il se perd dans ses pensées, qu’il est dans cet état que les connaisseurs appellent auto-hypnose, on dit  en malgache que son ambiroa (double) est parti (lasalasa ambiroa). Son esprit voyage alors à l’endroit ou près de la personne de son rêve éveillé sous la forme de … lui même. C’est à dire qu’il est en deux endroits en même temps. Grâce au téléphone ou à internet, le transport de son double est parfois vérifié lorsque la personne qu’il a visité dans son rêve appelle dans la foulée pour dire : « J’ai cru t’apercevoir dans la rue tout à l’heure, alors je t’appelle pour avoir de tes nouvelles » – « Ah oui, je pensais justement à toi » – « Ah, c’était ton ambiroa que j’ai vu alors »

Juste pour le fun, une chanson jazzy titré « lasalasa ambiroa » de Lalatiana

https://www.youtube.com/watch?v=82KcC5j4z8c

 Angatra, lolo, matoatoa, avelo

Ce sont les fantômes de gens morts. Il y a peut-être des nuances entre ces trois désignations. Les occidentaux eux ont « fantôme, revenants, esprits frappeurs, etc ». Je dirais que dans les expressions on dit d’une maison hanté que c’est « une maison abritant un lolo ». Lorsqu’on menace quelqu’un que « si je meurs je reviens te hanter », on dit « hanangatra aho ». Si on voit un fantôme on dit souvent qu’on a vu un « matoatoa » ou un « avelo ».

Pour finir, une note d’humour pour vous éviter de faire de mauvais rêves après avoir lu cet article. Figurez-vous les improbables homonymes malgaches lorsque « lolo » veut dire à la fois fantôme et papillon. Pire, angatra signifie à la fois fantôme et blennorragie. Alors, précisez bien le contexte lorsque vous dites « J’ai un fantôme chez moi », de peur que l’on ne comprenne pas quelque chose d’autre…un papillon par exemple 🙂 .

 


Contes et légendes : le Tanalasosa

Je vais vous parler du tanalasosa, l’équivalent du vampire ou du zombie ou encore du mort vivant dans certaines régions d’Odag. J’ai découvert ce mot de la bouche de notre prof de malagasy, une grande dame, qui agrémentait souvent ses cours d’histoires fabuleuses qu’elle « aurait personnellement » vécue.

Elle disait que dans un village, lorsqu’un homme mourait, on l’enterrait (c’est à dire qu’on ne l’incinérait pas ou qu’on l’envoyait pas suivre la rivière jusqu’à l’océan sinon la suite de l’histoire ne collerait pas). Au bout d’un certain temps…

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Contes : Fanany, le roi des animaux

Dans tous les continents, les animaux ont leurs rois ou prince qui les régit : le lion dans la savane, le tigre dans la jungle, le grand cerf dans la forêt. C’est ainsi, que dans le pays d’Odag, il y a très longtemps, les animaux ont tenu cette réunion pour élire leur nouveau roi des animaux. Il y avait bien sûr Railovy*, le roi des oiseaux, Maki**, le roi des lémuriens, ainsi que tous les animaux qui existent sur ce pays, continent.

-Mais avant toutes choses, dit Railovy*, quel régime voulons-nous? Car sous un seul roi, on sera sous un même commandement et nous avancerons comme un seul animal : « ny biby tsy manan-doha, hono, tsy mandeha » (un animal sans tête n’avance pas)

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Dago saigne

Dago gît au bord du Canal et ses yeux hagards regardent l’eau rougir, rougir de son sang. Mais puisqu’il faut tout raconter depuis le début, quittons d’abord cette scène et revenons au commencement de l’histoire.

Enfance difficile

Dago était une petite fille malheureuse. Séparée très tôt de sa mère Gondwana, elle a appris toute seule à être indépendante. Il faut dire qu’elle avait du potentiel : une beauté parfaite, un cœur d’or et beaucoup de volonté. Mais un jour, des vazaha (étrangers) sont venus. C’était des femmes en manque d’enfants venus pour « adopter » un petit africain. Malheureusement,  des adoptions par les étrangers, certaines se passent bien et ce n’était pas le cas pour Dago.

Voilà donc la pauvre Dago devenue officiellement la fille de Mme Marianne mais dans la réalité, elle était son esclave. Comble de la cruauté, Marianne l’exploitait, la maltraitait, la battait souvent mais exigeait toujours qu’elle l’appelle « Reny malala » (Mère chérie).

Dago souffrait, mais dans son cœur il y avait toujours ce courage, cette joie de vivre qui ressortait sur son visage avec ce sourire éternel. C’est aussi une vraie battante est c’est en se rebellant pour la énième fois qu’elle a obtenu son indépendance. Car oui, son indépendance, c’est bien Dame Marianne qui la lui a offerte. Cette dernière, voyant sa « fille » devenue une grande personne ne voulait plus être vue comme une mère acariâtre et dominatrice. Néanmoins, elle n’a rien voulu lâcher des avantages qu’elle pouvait tirer de la gosse. C’est ainsi qu’elle lui donne un peu d’argent de poche, quelques beaux vêtements déjà utilisés, des petits voyages contre l’assurance qu’elle reste, toujours, à son entier service.

Une, ou plutôt plusieurs fois, Dago s’est faite courtisée. Quelle joie pour cette pauvre petite de se sentir comme une princesse emprisonnée dans une tour par sa marraine, voyant des princes charmants se battre pour la libérer. La pauvre, ces soi-disant princes n’avaient rien de charmant mais étaient des profiteurs qui ne faisaient que prendre ce qu’elle avait de plus précieux et la laissait dans sa pauvreté et son dénuement.

Aujourd’hui

Revenons à notre scène du début. C’est donc une jeune fille, belle mais en haillons et toute sale qui gît, sanguinolente. Dago saigne et fait rougir le Canal. Les badauds se réunissent mais regardent de loin, de l’autre côté du canal ou de plus loin encore.

Les médecins qui sont en train de la tâter, la consulter avec les protections de la tête au pied sont formels. L’un dit : « C’est une fièvre hémorragique ». L’autre lui répond : » Je suis d’accord…mais de là à dire que c’est Ebola, Chikungunya,   Marbourg, ou je ne sais quoi! Tu sais, on dirait que la forêt alentour est maudite ». « Mais, aidez-là, elle souffre! » s’écrie une voisine qui est aussi empathique que apeurée… »Est-ce contagieux? ».

Le médecin, bizarrement, s’est mis à faire un cours de médecine en expliquant que ce genre de maladies vient très vite sans que l’on s’y attende. En quelques temps, le corps est attaqué de l’intérieur. La belle chevelure tombe et il n’y a plus qu’une tête dégarnie et déserte. La peau décrépit. Les organes se corrompent et ne fonctionnent plus très bien et la phase mortelle de la maladie est l’hémorragie, tout s’en va : le sang, la force, la matière grise.

– « Mais, aidez-là, elle souffre! »

–  » Non, elle ne souffre plus. » dit le médecin

– « Est-elle…??? »

– « Non, rassurez-vous ».

Il continua alors son cours. « Voyez-vous? cette maladie, on ne sait pas de quoi il s’agit. C’est simple, il n’y a que Dame Marianne qui le sait ». « Non! pas Mère chérie, elle ne m’a pas aidé, elle m’a laissé mourir ici.  » chuchote Dago. Mais a-t-elle chuchoté ou bien a-t-elle uniquement parlé dans sa tête?

Le médecin continuait: « Mais ce n’est plus nécessaire de le savoir. C’est très fulgurant, certes, mais au bout de quelques temps, ça guérit tout seul si par chance ça n’a pas tué. »

Les yeux de Dago ont bougé, ils ne sont plus seulement fixés dans le vide mais semblent attendre la suite de ce que le médecin va dire. « Dago a beaucoup souffert, elle est déshydratée, elle est exsangue, elle est fatiguée mais, heureusement, elle a tenu le coup ». « C’est vrai, c’est une courageuse », dit un des voisins. C’est une courageuse, elle est forte et elle est surtout très joyeuse.

Dago, entrainée par tant de bonnes nouvelles veut déjà bouger! Elle n’y arrive pas encore mais ça vient, ça se voit que c’est pour bientôt. C’est comme lorsqu’on va chez le médecin pour une bonne grippe et qu’en sortant du cabinet, on se sent guérir sans avoir encore pris un seul médicament. C’est ça l’espoir, c’est ça l’envie, c’est ça la survie.

Alors, lèves-toi et marche. Ce qui ne te tue pas te rend plus forte.

Mais ton histoire, Dago, Madagascar, mon île, n’aura pas un happy end. Enfin, j’espère plutôt que tu deviennes éternelle. Mais as-tu compris? Ton sang, c’est ton peuple. Ta force, ce sont tes jeunes. Ton cerveau, ce sont tes intellectuels. Ta beauté c’est la nature et tu es riche; si tu savais comme tu es riche!

English version here.

Amin’ny teny malagasy ato.

betsiboka
« Dago saigne et fait rougir le canal » , image du fleuve Betsiboka se déversant dans le Canal du Mozambique



Top 05 des accents malgaches dans la langue française

Cet article va parler des accents que les malgaches ont quand ils parlent le français. Et puis, je dis bien « les accents » car il n’y a pas qu’un seul accent malgache. Enfin, je précises que je ne suis pas linguiste, ni orthophoniste …

N°1 L’accent « officiel »

Cet accent, que j’appellerais « officiel » c’est celui qui serait l’accent naturel des malgaches. Notre langue contient beaucoup de lettre « a ». Presque tous les mots se terminent par cette voyelle et toutes ces terminaisons sont des voyelles muettes. Donc, lorsque les français ont le « e » muet, nous on a le « a » muet à la fin des mots. Si les français ont l’interjection d’attente « euh… » entre les mots, nous on a le « aaa… ». D’autre part, notre « r » se roule avec la langue comme en espagnol. Ainsi, chez nous, c’est celui qui crache son « r » en raclant le fond de la gorge comme un français qui est taxés péjorativement d’un « m-roulé r ».

Donc, théoriquement, l’accent  malgache s’obtient en ajoutant un « a » à la fin des mots et en remplaçant les euh… par des aaahh…et en roulant les « r » avec la langue.

« Il y a assez à faire de regarder ce qui cuit dans sa marmite sans aller regarder ce qui cuit dans celle du voisin » devient ( lire doucement) :

Il y a-aah assez à fairrre-aaahh de rregarrder-aaahhh ce qui cuit-aaahh dans sa marrrrmite sans aller-aaahhh rregarrder ce qui cuit-aaahhh dans celle du voisin.

Mais, rassurez-vous, vous ne rencontrerez généralement cet accent que chez les humoristes.

 

N°2 Turlututu

Allez un peu de dénonciation.

Turlututu est un mot qui ne contient que des « u », une lettre qui n’existe pas dans la langue malgache, eh oui! Imaginez, alors, une jeune personne, une fille car bizarrement cet accent est majoritairement féminine. On lui dit que le « u » en français, la « voyelle fermée (ou haute) postérieure arrondie »,  se prononce en arrondissant ses lèvres (grosses lèvres, parfois) et en reculant la langue dans sa bouche comme ça : « uuuh ». La personne, la jeune fille en l’occurrence, sera obnubilée par ce « u » qu’elle voit pour la première fois de sa vie et pour bien faire, se préparera en tout temps à le prononcer, même à tort.

D’où, ces malgaches qui parlent français avec la bouche en cœur. Exercice de phrases avec des u :

– Tu n’es pas tout nu. Tu n’eu pas tout nu
– Il dénoue ses souliers. Ul deunoue seu soulieu
– Lucie a mal au pouce. Luçue a mal au pouce
– C’est le début de l’opus douze. C’eu le deubut de l’opus douze

 

N° 3 Je m’en moque

Et en N° 3 de notre classement, il y a celui qui, comme précédemment est confronté au bizarroïde, incompréhensible « u » de ces français et qui décide que « votre u, je m’en … fiche ». Donc, votre phrase là, voilà ce que j’en fais :

Tu n’es pas tout nu. Ti n’es pas ti ni
Lucie a mal au pouce. Licie a mal au pouce
C’est le début de l’opus douze. C’est le débit de l’opis douze

Donc, pour ce N°3, bon malgache, le u n’existe toujours pas, il n’y a que le  « i » qui compte.

 

 N° 4 Expert

A part le u, d’autre sonorités mettent à mal la volonté de nos élèves. La consonne « C » que l’on n’a pas, avec le ch qui en découle par exemple. Ce qui fait que beaucoup d’entre nous zézayent. Mais attention, ce n’est pas un zézaiement classique, ce n’est même pas un vrai zézaiement…en fait c’est difficile à dire mais c’est intervertir tous les sons de cette manière : les s en ch et inversement, les z en j et inversement. Et vous pensez déjà aux « virelangues » c’est à dire aux « phrases difficiles à prononcer » :

Un chasseur, sachant chasser sans son chien, sait chasser devient

Un sacheur, chassant sachet chant chon sien, chez sachet

Les chaussettes de l’archi-duchesse, sont-elles sèches ou archi-sèches ? devient

Les sauchettes de l’arsi-dusèche, chont-elle chèsses ou arsi-chèsses?

Je vous assure, nous avons de véritables champions dans cette catégorie. Même si vous leur dites de parler aussi vite qu’ils le peuvent, ils parviendront à intervertir ces sons, de toute manière.

Et dans l’intimité, ça donne  :

Ze t’aime ma Chujeanne série, auzourd’hui et pour touzours!

(Je t’aime ma Suzanne chérie, aujourd’hui et pour toujours)

 

N°5 Trop fier de mon accent, essayez de me comprendre

Oui, l’important c’est de s’exprimer et de se faire comprendre.Et dans ce cas, il faut juste parler sans se soucier de l’accent, sans exagération non plus et sans avoir peur du ridicule.

Donc, si vous avez souri après ce top 05 ne croyez pas que je me moque de mes compatriotes mais au contraire j’en suis très fier.


Top 10 des « sauvageries » malgaches

Nous les Malgaches, nous avons déjà une civilisation plusieurs fois centenaire, peut-être même millénaire selon la définition de « civilisé ». Malheureusement, dans les films, et la trilogie Madagascar n’a pas aidé du tout. Il suffit de dire Madagascar pour remplacer « le bout du monde », « le monde sauvage ». Alors, jouons à ce jeu et découvrons ensemble nos sauvageries qui perdurent en ce XXIème siècle. Car oui, vous êtes peut-être très loin de tout savoir.

école1- La langue
Commençons en douceur. Même si Madagascar est membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et malgré le rapprochement avec l’anglais qui est de plus en plus présent, les malgaches continuent encore d’utiliser quotidiennement le malgache. Oui, c’est ce malgache incompréhensible à l’oral et illisible à l’écrit, que 99,9% d’entre nous parle tous les jours tandis que seulement 20% de la population est vraiment francophone.

 

Voanjobory_Bambara_Groundnut_Madagascar2- La nourriture

Oui, le Malgache mange de tout avec du riz.: du riz avec de la viande, du riz avec des brèdes ou du riz avec des féculents (comme sur la photo : riz avec du voanjobory, un gros pois malgache) Mais le saviez-vous ? L’un des plats nationaux est le riz, bien sûr, accompagné par du ravitoto, des feuilles de manioc pillées. C’est notre apport en cyanure, heureusement en très petite dose. Et si le plat est trop sec, il peut être accompagné de bouillon clair d’anamamy, plante de la famille de la belladone, oui, le poison, mais en moins dangereux. Aujourd’hui, quand-même, les malgaches hypertendus évitent d’en prendre. Et dans certaines régions, on en mange d’autres produits plus dangereux encore.

NDLR: Si vous entendez parler de Malgaches qui consomment de la viande de brousse  (chauve-souris, reptiles, lémuriens), c’est surtout à cause de la pauvreté, sinon, c’est une pratique marginale dans le pays.

 

640px-Antandroy_traditional_dancing3- La musique et la danse

Il y aurait plusieurs ethnies malgaches mais la génétique a démontré qu’il n’y aurait qu’une seule « origine » malgache. Et c’est aussi pareil pour la musique. Le rythme malgache fondamental est, à mon avis, le salegy. Aux oreilles de profanes, c’est juste un son rythmé et répétitifs comme partout en Afrique et c’est une musique à classer parmi toutes les autres dites « exotiques », mais nous, on l’entend. Donc, du lent Ba-gasy au très rapide kilalaky, en passant par le tsapiky, le basesa ou même le Sega des Mascaraignes (La Réunion et Maurice), il y a toujours cette syncope et cette répétition envoutante, hallucinante caractéristiques.

 

4- Le Tromba (possession)

Et justement, c’est avec cette musique qu’on invoque les tromba. Ce sont des rituels de possessions par des soit-disant ancêtres (razana) et surtout d’anciens rois que les Malgaches consultent en cas de conflits ou de projets de vie. Ce sont des rites impressionnants ou amusants pour les touristes mais, aujourd’hui encore, les plus grandes décisions sont prises par certains patrons et certains politiciens d’après les recommandations des Razana (ancêtres) élevés au rang de dieu.

 

fanasinana5- Le polythéisme

En effet, dans la mythologie malgache, le dieu Zanahary est le seul dieu créateur. Il y a aussi d’autres dieux sous forme d’idoles qui sont plutôt des dieux importés comme Ikelimalaza, par exemple. Mais le plus intéressant lorsqu’on est Malgache, c’est que lors de la mort, on pourrait, dit-on, choisir de bénir les vivants en tant que « razana », équivalent d’un petit dieu. D’où l’adage « Raha razana tsy hitahy, fohazy hiady vomanga » (Si le razana ne veut pas bénir, réveillez-le pour qu’il travaille à récolter les patates douces). Vous comprendrez alors pourquoi le catholicisme avec son culte des saints a tellement de succès dans ce pays.

 

Photo :Hery Zo Rakotondramanana
Photo :Hery Zo Rakotondramanana

6- Le famadihana (Retournement des morts)

Et donc, un razana peut se manifester à un de ses descendants dans son rêve ou dans un tromba en lui disant qu’il a froid. Il promet en contrepartie de bénir ses descendants dans leur vie quotidienne. C’est ainsi que les Malgaches rouvrent les tombeaux et remplacent les tissus qui recouvrent les restes de leurs morts. C’est l’occasion de fêtes monumentales, de danses et de beuveries. Pourtant, le fait de vouloir toucher les reliques comme porte bonheur (encore comme les catholiques) augment les risques de transmission de maladies.

 

Wikipédia Commons
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7- La tradithérapie

Passons à une autre série de sauvageries, celle des remèdes traditionnels. A part les amulettes et les incantations, il y a surtout les plantes par milliers que tout le monde, ou presque utilise pour soigner du petit bobo au pire cancer. Régulièrement, un tradipraticien a son heure de gloire après avoir soigné, selon les rumeurs, un cancéreux ou un sidéen. Je ne mets aucun lien à cette section car je ne veux pas faire de publicité à un potentiel charlatant. Pourtant, je connais deux ou trois guérisseurs qui ont réussi à curer de vraies maladies graves parmi mes proches. Et ce n’est pas un secret, les clients de ces guérisseurs viennent des quatre coins du monde.

Poison ivy, www.public-domain-image.com
Poison ivy, www.public-domain-image.com

8- Sorcellerie

Mais les plantes ne servent pas qu’ à guérir. A Madagascar, l’ensorcellement est d’abord synonyme d’empoisonnement. Les malgaches connaissent tous au moins une plante mortelle. Et tout le monde connaît une personne de la famille ou des amis ou une connaissance qui est mort subitement après avoir obtenu un diplôme, un poste haut placé, un voyage à l’étranger ou la main d’un belle femme.

Sinon, plus communément, les sorciers malgaches sortiraient la nuit, tous nus, recouverts d’huiles pour faire peur au couche-tard et pour se réunir quelque part dans leur Sabbat rituel.

9- Le Hasoavana (circoncision)

Voilà les deux dernières sauvageries. Pourquoi les Malgaches se font circoncire? Personne ne peut vraiment répondre. Cette pratique, les détracteurs l’apparentent à de la mutilation génitale malgré les avantages cités en nombre par les organismes de santé : hygiène, protection partielle contre les IST et le Sida, etc.. Elle ne se fait ni à la naissance comme les juifs ni à adolescence comme chez les arabes, ni lorsque le médecin le décide comme en France. En fait, c’est un rituel de passage pour le garçon afin de quitter l’enfance. C’est aussi un rite d’intégration tant que la majorité ou presque la totalité des mâles de toute l’île est circoncis.

Poucet10 cannibalisme10- Cannibalisme

Et donc, Madagascar est un des seuls pays où l’on pratique encore le cannibalisme sans se cacher et sans utiliser le congélateur. Mais rassurez-vous et enlevez de votre tête toutes ces images sortant de Cannibal Holocaust ou du Petit Poucet qui hantent vos esprits. En effet, il ne s’agit « que » du rituel qui consiste au grand-père ou au père d’avaler le prépuce enlevé lors de l’hasoavana (circoncision) expliqué ci-dessus. Question de cannibalisme, certaines personnes en avalent plus que cela en d’autres occasions.

 

Alors, sauvageries ou non, c’est selon le point de vue de chacun. En effet, si certaines de ces pratiques peuvent être choquantes pour un étranger, de Madagascar, on aurait la même réaction vis-à-vis des rites, us et coutumes des autres pays. Le plus important est de se connaitre, se comprendre et d’être tolérants les uns envers les autres.