Andriamialy

Voici Dakar

Dakar, le quartier d’Antananarivo où j’ai grandi n’a finalement pas grand chose à voir avec le vrai au Sénégal.

A partir de mes huit ans, j’ai habité juste en face de ce quartier que l’on surnomme Dakar. Les malgaches aiment bien donner des surnoms, aux gens, aux lieux ou aux choses. C’est pour cela que des villes ou des quartiers prennent des noms étrangers. Parfois, il y a une certaine logique, Toliary, par rapprochement de la prononciation devient Toulouse, par exemple. Behoririka est appelé Chinatown parce que c’est deveu le quartier des chinois. Mais en parlant de Dakar, Manjakaray, l’explication n’est pas toute trouvée.

Je me souviens, quand je quittais ma maison pour aller à Manjakaray, je devais suivre une route goudronnée. Alors, je passe par une cimetière des karàna (communauté de malgaches d’origine asiatique, venant de territoires aujourd’hui faisant partie de l’Inde et du Pakistan). Puis, j’arrive à mon église, l’Eglise Adventiste du 7ème jour Manjakaray, qui répète fièrement qu’elle a été la première église adventiste à Madagascar.

L'intérieur de l'église Adventiste Manjakaray
L’intérieur de l’église Adventiste Manjakaray

Mais quand ce n’est pas le sabbat, alors, je passe devant pour aller dans le petit marché quelques mètre plus loin. Là, j’aperçois l’église protestante FJKM Rasalama de Manjakaray. Rasalama, c’est le nom de la première martyr chrétienne de Madagascar. Elle s’était caché dans une grotte à Manjakaray, quelle idée! On a du mal a imaginer qu’en ce temps là, Manjakaray était à la campagne. Si on rajoute que l’église catholique de Manjakaray est celle qui est mondialement célèbre pour ses cloches, on a un quartier qui est une concentration de l’histoire de la chrétienté à Antananarivo. Cela ne peut être l’explication de la provenance du surnom Dakar.

Eglise Manjakaray
Clocher de l’église catholique de Manjakaray

A mon avis, Dakar était un surnom péjoratif pour dire que c’était l’Afrique. Historiquement, ce serait un fief des mainty (noir de peau) libres. J’explique l’expression « noir libre ».  Dans la tête de certains malgaches, racistes, donc têtes dérangées que la colonisation et les politiques d’après n’ont pas arrangés, il y a deux types de malgaches : les ambaniandro, à la peau clair et les andevo (esclaves) à la peau foncée. Pourtant, cela n’a jamais été comme ça. La société malgache était en tout temps très complexe et les classes étaient toujours poreuses. Tu pouvais naître esclave et mourir seigneur et l’inverse mais en aucun cas, la couleur de peau pouvait garantir une place privilégiée. Donc, Manjakaray serait Dakar parce que c’est un quartier à majorité de noirs. Mais ce n’est pas tout.

Maisons de Manjakaray
Maisons de Manjakaray

Manjakaray était un quartier pauvre, très pauvre. Une autre image que les rares émissions à la télé montrant l’Afrique en ce temps-là véhiculait. Il y avait, il y a encore des bidonvilles cachées derrières les maisons en premier plan, comme un peu partout à Antananarivo, malheureusement. Avec la misère, il y a l’insécurité. Manjakaray est un de ces endroits qu’on a toujours appelé « zone rouge ». Je me souviens qu’il y avait un temps où l’on se réveillait, habituellement, avec les « au secours! » et « à l’aide! » de passants et de passantes dépouillés, violentés, agressés. Ceci est presque vrai : les malfrats évitent de s’en prendre aux habitants du quartier. C’est logique, sinon, ils seraient presque obligés de « faire taire » ces témoins gênants et cela compliquerait leur tâche. On s’est fait cambrioler, une fois. Donc, on n’a pas pu voir les malfaiteurs. Pour le reste, on n’a pas eu de problème. Les visiteurs, par contre, les gens qui viennent de la campagne, à pied ou qui débarquent des taxi-brousse, étaient souvent attaqués.

Ce serait, donc, un surnom caricatural pour dire que Manjakaray serait comme le Dakar du début des années 1990 avec le conflit d’avec Nouakchott et comme l’Afrique, en général, comme le pensait la plupart des malgaches : la pauvreté, l’insalubrité et l’insécurité. En ce temps-là, comme il n’y avait que la radio pour la majorité des malgaches, juste le fait d’entendre à la radio qu’il y avait des échauffourées à Dakar aurait pu faire croire que c’était comparable à ce qui se passait à Manjakaray.

Panneau montrant Manjakaray en tant que frontière au Nord de la ville
Panneau montrant Manjakaray en tant que frontière au Nord de la ville

Aujourd’hui, j’ai quitté ce quartier qui n’est plus une banlieue pour m’éloigner encore du centre-ville. Quand je reviens à Manjakaray, c’est devenu différent. Au bord des rues, il y a de grandes maisons, modernes et belles. Il y a toujours ces petites ruelles, ces vielles maisons centenaires et ces autres en tôles et en sacs plastiques. Il y a des gens, beaucoup de gens, du matin au soir, et jusqu’à tard le soir. C’est bizarre comme la richesse et la pauvreté, la propreté et la saleté, la beauté et la laideur se sont encore plus mélangés : les grands buildings qui cachent en deuxième plan les taudis, les ruelles mal famées d’où sortent de rutilantes 4×4, les commerçants, les bacs à ordures pleines, les jolies filles, les soulards, les bandits, les jeunes désœuvrés, les écoliers, et le reste.

Et puis, comme par magie, je me retrouve à Dakar, le vrai. C’était un voyage sur Air Mondoblog et c’est comme un rêve. A vrai dire, il fallait que je ramène le sujet de ce texte à mon pays. Je m’en excuses. Mais, d’autres part, une semaine à Dakar, c’est trop insuffisant pour avoir une opinion un tant soit peu objective de cette immense ville quand une dizaine d’année à Dakar, le quartier de Manjakaray m’en fait un spécialiste.

Tout ce que j’ai vu au Sénégal m’a impressionné et cela restera dans ma tête comme toutes les villes du monde que j’ai déjà visité.

Et je proclame solennellement que Manjakaray n’a rien à voir avec le vrai Dakar. Ou presque!

Et pour le confirmer, je vous montre cet album de photos de Dakar, du beau Dakar. Bon voyage!


Nous sommes la classe moyenne de Madagascar (top 10)

Ces derniers temps, on nous ressasse notre place de pays parmi les plus pauvres du monde. Si on dit que la classe moyenne n’y existe plus, aujourd’hui, j’aimerais vous dépeindre cette partie de la population de Madagascar que, moi, j’appellerai la classe moyenne malgache.

En termes de richesse, ou de pauvreté, les indicateurs sont divers, mais celui qui fait le plus de tort à des pays comme Madagascar c’est le fameux PIB. Il place simplement Madagascar au 5e rang des pays les plus pauvres de la planète avec un taux à 392, 6 dollars. Ce qui veut dire qu’en moyenne, un Malgache vit avec un peu plus d’un dollar par jour, disons dans les 3 000 ariary. J’ai déjà expliqué combien c’était très relatif tant qu’un dollar reste beaucoup d’argent à Madagascar. Alors, les gens que je vais décrire vivent peut-être avec un dollar ou moins, mais vous jugerez s’ils sont pauvres ou si j’ai raison qu’ils ne sont pas riches mais dans la classe moyenne :

TOP 10 : NOUS SOMMES LA CLASSE MOYENNE MALGACHE

1- On vit dans une maison,

Plutôt un appartement ou parfois même une chambre, avec ou sans le confort. Soit, on loue, soit on est 4 ou 5 familles dans la maison des grands-parents. Bref, on n’est pas à la rue!

2- On a une moto,

au moins, ou une voiture des années 1970-2000, achetée d’occasion ou héritée des parents.

3- On travaille tous,

ou presque, dans la maison, à partir de 16 à 25 ans. Du travail dans les bureaux, dans les champs, dans les ateliers, à l’usine, une profession libérale ou du bizna (business) ou bien du petit commerce plus ou moins formel. Mais on travaille même s’il y a toujours un petit frère ou une petite sœur qui n’arrive pas à se décider à entrer dans la vie active et reste à la maison aider maman.

4- Sinon, on a un enfant,

un petit frère, une petite sœur, un neveu, une nièce ou autre qui est en train de faire ses études à l’étranger et qui habite, gratuitement, chez une tante, un oncle, un cousin ou une grande sœur ou un grand frère qui est établi là-bas depuis un certain temps. D’ailleurs, c’est le même bienfaiteur ou la même bienfaitrice qui envoie parfois de l’argent pour aider en cas de besoin.

5- Les jeunes enfants vont dans des écoles privées

du genre « Les anges », « Les petits diables », « Les génies », « Euclide », ou d’autres noms les plus originaux possible. Mais à la première occasion, ils doivent rejoindre les collèges ou lycées publics. Après le bac, c’est l’inverse, ils doivent réussir un concours pour les bonnes filières des universités de l’État : agronomie, médecine, polytechnique, science sociale, informatique et statistiques par exemple. Sinon, ils vont aller dans les instituts privés du genre ISSIT, IUMA, ESSEG (acronymes fictifs, à vous de chercher) en parallèle à une filière moins prestigieuse de l’université comme la gestion, l’économie, les lettres, etc., et avec une autre filière encore mais en télé-enseignement. Il faut dire que le gasy moyen est plus que les autres impliqués dans l’éducation de leur progéniture tant ils sont conscients que les diplômes peuvent être une clé pour leur avenir.

6- Justement, ces enfants sont les véritables rois

inavoués dans la maison du gasy moyen. On ne leur refuse pas grand-chose : jouets, goûter, télé, tennis, costumes de carnaval, tablettes, téléphones, consoles, etc. Par exemple, à la veille du Carnaval annuel, il faut aller dans les boutiques de costumes et déguisements pour voir les parents chercher LE costume Barbie, fée, Batman, Spiderman, Zorro à 50 000 ou 80 000 ariary (entre 45 et 80 euros) qui ne servira, théoriquement qu’une seule fois. On emmène aussi les enfants pendant les fêtes dans ces parcs improvisés des villes ou des grands villages. On va y dépenser 10 000 ariary par enfant (moins de 3 euros) pour une dizaine de manèges.

7- Et une fois par an, on les emmène en vacances,

à la plage ou dans la campagne (de préférence à la plage). Une plage moins fréquentée comme Ambila, Morondava, Fort-Dauphin, Nosy-Be, Ambanja. Mais souvent, c’est la fréquentée Mahajanga ou la surpeuplée Foulpointe. La campagne, c’est un premier choix, quand on en possède une (la campagne, c’est la contrée d’origine des citadins)

8- Les parents s’amusent avec presque rien :

sortir le vendredi soir ou le week-end avec la petite voiture, aller au resto/karaoké ou s’installer aux endroits branchés, boire, manger et beaucoup parler.

9- Chaque soir, après le boulot, tout le monde regarde les chaînes malgaches,

entre 2 à 12 chaines privées, par ville. Ou depuis quelques temps, ils lorgnent sur les chaînes du satellite ou de la TNT, devenues marques de l’appartenance à cette classe moyenne car la pub dit bien « ne pas avoir ça** c’est comme ne pas avoir de télé »

10- Tout ça c’est bien, diriez-vous, mais si jamais on a une dépense imprévue,

une réparation urgente de la maison, la courroie crantée qui a lâché et un moteur à remplacer, quelqu’un qui tombe très malade, c’est la catastrophe.

Oui, souvenez-vous qu’on vit avec un peu plus d’un dollar par jour. On voit bien qu’on n’est pas comme beaucoup d’autres Malgaches qui survivent aujourd’hui avec 500 ariary (15 centimes d’euro) par jour. On n’est pas, non plus, comme ces, pas moins nombreux, riches, nouveaux riches, étrangers, expatriés qui vivent dans l’opulence des villas, des 4×4 et des vacances à l’étranger. Mais moi, je trouve, personnellement, qu’on vit bien, quand même; qu’on n’a pas trop à se plaindre. Votre avis, je ne sais pas. Certains seront d’accord en disant que nous sommes riches, sans le savoir; riches de produits bio, de nature généreuse, de climat clément, d’articles bon marché, de moramora, de manger à notre faim et du reste. Certains penseront que la plupart d’entre nous sommes, en fait, vraiment pauvres.  Notre soi-disant classe moyenne ne serait que du paraître. Et si le débat se posait, nous-mêmes, on ne se mettrait pas d’accord. Nous, la classe moyenne malgache.

 


Madagascar – Masina ny tanindrazana (la matrie est sacrée)

Une petite analyse de l’expression « Masina ny tanindrazana », cet adage partagé ici et là sur les réseaux sociaux à Madagascar ces derniers temps.

Masina, le sacré et le saint

Les débats pour différencier le sacré et le saint sont nombreux. En malgache, ils ne devraient pas avoir lieu puisqu’on utilise le même mot « masina ». Pourtant il y a la racine « hasina » (sainteté, sacré) qui est proche de jina (hasina d’un objet), jiny (colère, esprit malin) et tsiny (faute, censure, blâme).

Ainsi, on peut dire qu’il y a deux « masina » distincts. Celui qui correspond au sacré, c’est-à-dire, tout ce qui touche à Dieu ou aux dieux. Le divin est lui-même sacré et tout ce qui le concerne aussi. Dans le judaïsme, Jéhovah a dit à Moïse de lui construire un temple pour qu’il demeure au milieu d’eux, conférant à ce temple le statut d’endroit le plus sacré de la Terre. Les musulmans disent que le lieu préféré d’Allah sur Terre est la mosquée. Les chrétiens savent que leurs églises sont sacrées puisque Jésus a dit que là où 2 ou 3 personnes se réunissent en son Nom, il sera au milieu d’eux. Ce sont des exemples. Mais à Madagascar, on croit autant à Dieu, aux dieux qu’aux ancêtres. De Dieu, les Malgaches reconnaissent l’omniprésence en disant « Ne regarde pas la vallée silencieuse mais Dieu au-dessus de ta tête ». Mais certains endroits sont reconnus comme sacrés à cause des « vazimbas ». Ces êtres mystiques, morts ou vivants, ou les deux, dans l’esprit des malgaches suscitent crainte, fascination et intérêt. On dit des endroits où il y a des « vazimbas » qu’ils sont « masina » ou « manan-jina » (qui a du jina). Je dirais que les vazimbas correspondent aux ancêtres, nobles, puissants, déifiés de la mythologie malgache.

De l’autre côté, ce qui correspond le plus à la sainteté, c’est le « masina » dans sa définition de « consacré ». Les endroits où les dieux ou les ancêtres se sont manifestés sont sacrés, mais l’Homme a le pouvoir de désigner un lieu, une chose, un animal, un bout de bois ou une pierre comme saint après quelques petites ou grandes cérémonies (manasina). C’est fascinant comme parfois ce geste peut être anodin, comme jeter une pièce, verser un peu d’alcool ou du miel et pourtant il change complètement le statut d’une chose. Notez la différence entre le pavé d’une rue et une pierre tombale, par exemple; ou entre ma chaise de cuisine et la chaise, de même facture mais qui est derrière le pupitre (autel) de l’église. De la même façon, les lieux, les choses, les personnes « masina » sont différents du reste du monde.

Conséquences

Justement, que confère ce statut de saint, de sacré aux hommes, aux lieux, aux choses ?

D’abord, il y a les pouvoirs spéciaux. Un « masina », si c’est un être humain, vivant, ou si c’est un objet inanimé est craint par la société. Un héritage des temps passés, par exemple, procure à une partie de la population malgache, les andriana, des pouvoirs de « masina »  pouvant bénir ou apporter le malheur. Si la plupart des gens ne croit plus à cela, il y a des endroits où on est surpris par l’attitude des gens envers les supposés descendants d’andriana. Parfois aussi, on entend des ainés qui disent à leurs fils : « Ne maudis jamais personne car tu es masimbava (bouche sacrée) ». Et il y a ceux qui s’intronisent « masina » eux-même. Toutes les semaines, les « masina », modernes ont un article ou une publicité dans les journaux malgaches pour promouvoir leurs « pouvoirs » auprès de la clientèle. C’est pareil pour les choses inanimées, les rivières pour s’immerger, les rochers à embrasser ou à nourrir de miel, et les autres qu’il faut respecter d’une certaine manière.

En effet, le « masina » signifie aussi qu’il y a des obligations à respecter à son égard et surtout des interdits. Il faut flatter le « masina » pour qu’il exauce les prières. Il faut parfois suivre des règles, des privations. Les transgressions, les péchés (ota) ou plus précisément les « ota fady » (transgression d’un interdit) envers un masina est source de malheur.

Est-ce que le tanindrazana est masina?

Le mot tanindrazana (terre des ancêtres) n’a pas d’équivalent dans la langue française. Il y a la patrie, ou la mère patrie (matrie) que j’ai choisi dans le titre de l’article mais qui se réfère plutôt au mot malgache « firenena » avec la racine « reny » (mère). En fait, on peut comprendre « tanindrazana » comme terre des ancêtres, c’est-à-dire, la terre sur laquelle les ancêtres ont vécu et qui leur appartenait mais aussi comme « terre d’ancêtre » dans la mesure où ils sont morts et sont devenus cette poussière que l’on foule à nos pieds. Dire que la matrie est sacrée n’est donc pas anodin. Cela renvoie, encore une fois, aux croyances malgaches que les ancêtres sont saints, qu’ils peuvent bénir mais aussi maudire.

D’autre part, beaucoup de religions ou de mouvements à Madagascar cherchent les raisons pour lesquelles ce pays serait masina. On dit, par exemple, que l’Eden d’Adam et Eve aurait été sur cette île, qu’elle abrite les mines de Salomon, qu’elle aurait été une terre d’asile pour des juifs, etc. Le fait qu’elle ait été juive, par exemple, expliquerait la circoncision et pourquoi manger du porc est interdit dans de nombreuses régions. Et, donc, manger du porc serait « manota fady » (une transgression).

Peut-être que les militaires, les politiciens, les citoyens qui ponctuent à chaque fois leurs discours d’un « Masina ny tanindrazana » n’y pensent pas de la même manière. Mais pour beaucoup, la matrie qui est sacrée approuverait la réaction de certains malgaches du web face à l’actualité car ce sont nos pêchés envers elle qui conduit à nos malheurs.

Conclusion

Les notions de sacré et de saint restent du domaine des croyances et de la foi. S’il est vrai que certaines manifestations sont inexplicables et peuvent être appelées miracles, c’est souvent l’Homme lui-même qui choisit et qui consacre un de ses semblables, un être imaginaire ou un objet comme masina. Mais, malgré tout, rendre une chose masina la transforme réellement, surtout dans le comportement de l’humain face à elle. Et de ce fait, si les malgaches disent « masina ny tanindrazana », ils devraient agir conformément à cette sacralité. Ils devraient aussi prévenir le monde entier que ce pays est sacré et qu’il ne faut pas le brûler, le piller, le souiller. Si les Malgaches pensent que le malheur qui survient à untel ou à untel provient de graves agissements envers Madagascar, ils sont peut-être superstitieux. Mais s’ils avaient raison ?


Écouter Antananarivo sur RFI avec Lay Corbeille

Tous les matins, Ranaivoson Andriamialy traverse sa ville Antananarivo. Il envoie de la musique dans ses écouteurs. Mais pas trop fort ; il veut entendre les récits qui se déroulent à chacun de ses pas : les receveurs du bus crient les noms de stations, les polisseurs d’or vantent en boucle leur produit à l’aide d’un mégaphone, les vendeurs de piège à souris aussi. Les prêcheurs disent leur sermon et les enfants sortent de l’école, jouent et trainent dans les rues…

Écouter Antananarivo et lire l’article en entier ici…


Madagascar-France : des îles éparses qui font tâches

Les îles éparses risquent-elles d’envenimer les belles relations entre la France et Madagascar? Voici quelques informations sur ce litige de plus de 40 ans qui revient aujourd’hui  au devant de la scène.

Première partie : les chroniques

Il y a quelques millions d’années, selon les scientifiques, il y a quelques milliers d’années ou jamais selon les chrétiens, une île qu’on appelle aujourd’hui Madagascar s’est séparée d’un super continent initial appelé Gondwana. En ce temps là, et pour des millions d’années, les lémuriens et les oiseaux et peut-être des hominidés ancêtres de Kalanoro, Kokolampo et Vazimba divers régnaient sur cette vaste île. Leur règne, le reste de leurs exploits et tout ce qui s’est passé en leur temps, ne sont-ils pas écrits dans certaines grottes, sur le flanc des montagnes et dans certaines de nos légendes? Mais en s’éloignant du Gondwana, Madagascar a laissé sur la route des bouts de Terre appelés aujourd’hui les Comores, les îles Éparses et d’autres centaines de petites îles, ilots ou bancs de sables.

On dit que Madagascar a été visité par des arabes, des juifs, des africains. Et plus tard, elle a reçue des immigrations venant de l’Asie du Sud. Leur règne, le reste de leurs exploits et tout ce qui s’est passé en leur temps, ne sont-ils pas écrits dans les livres en papier antemoro et sorabe, sur certains stèles et rochers et dans la littérature orale? Et tout ceci s’est déroulé des années bien avant qu’un européen n’ait jamais jamais mis les pieds dans cet endroit.

Quand les européens sont arrivés, ils ont amené comme voandalana (souvenir de voyage) leurs notions d’appartenance géographique et de souveraineté territoriale, selon leur conception du monde. En effet, sur la Grande île et les petites alentours, il y avait déjà pleins clans, de tribus, de royaumes qui cohabitaient ou se faisaient la guerre. A l’instar du célèbre Chaka Zulu, le roi merina Andrianampoinimerina avait même des velléités d’unification sous une même bannière. Les européens, à la fin de leur sombre moyen-âge, ont profité d’un avantage divin (quasiment) avec des découvertes scientifiques conduisant à un essor technologique et industriel très marqué par rapport au reste du monde. Pour eux,il suffisait, alors, de se partager le monde et s’il y avait une discorde c’était entre leurs empires tandis que les autochtones ne présentaient que très peu de danger. C’est ainsi qu’il a été décidé que Madagascar, dont les Comores et les îles éparses étaient une colonie française. Les français ont régné ici pendant plus de 60 ans entre la fin du 19è siècle et 1960. Leur règne, le reste de leurs exploits et tout ce qui s’est passé en leur temps, ne sont-ils pas écrits dans les livres d’histoires qu’ils ont eux même écrits?

Deuxième partie : fin de la colonisation mais îles éparses gardés par la France

Je ne vais pas faire un cours sur la décolonisation.Mais en 1946, les Comores réunis administrativement à Madagascar sous la colonisation lui ont d’abord été dissociés  et quand les européens ont été « obligés » de lâcher, du moins en surface leurs colonies, la France a pu garder Mayotte, sur vote de ses habitants et les îles éparses. Elles ont beaucoup d’intérêts de par leurs emplacements et récemment à cause des possibilités de leurs sous-sols. Il reste à l’ancien Madagascar que la Grande île et les îles proches comme Nosy Be et Sainte Marie (Remarque : Très près géographiquement de Madagascar, les Comores, même en ayant des rois d’origine malgaches n’ont jamais été malgaches).

La décolonisation, nous le savons déjà a toujours été de façade. Madagascar est et restera encore longtemps sous l’emprise de la France. On a parlé de néo-colonisation puis de francafrique malgache. Mais il suffit de regarder les chiffres pour comprendre que les intérêts de la France à Madagascar restent très nombreuses; que la France détient de grosses parts dans les secteurs clés comme la finance, les infrastructures, les transports aériens, etc. Mais du point de vue des malgaches, la coopération avec la France est tout à fait infructueuse. Si la France est toujours dans le G8, Madagascar est dans les 8 pays plus pauvres de la planète. Ce sentiment d’échec provient de la comparaison vite faite avec les pays pauvres du Commonwealth. Les pays anglophones d’Afrique s’en sorte mieux que les pays francophones. Et mieux encore, les pays qui ont lâché la France comme Maurice ou le Rwanda se portent beaucoup mieux qu’avant.

Revenons aux îles éparses. L’histoire des revendications malgaches sur ces territoires est longue mais surtout elle est pathétique. On sait que géographiquement, ces territoires sont à Madagascar. Mais de force, ou politiquement, Madagascar ne peut rien faire pour se les réapproprier. C’est pour cela qu’elle dit vouloir négocier. Mais aujourd’hui, si le Président Malgache dit qu’il œuvre je ne sais quoi sur ces îles, la France se conduit comme pour affirmer sa souveraineté. De toute façon, une occupation malgache de ces territoire est voué à l’échec. Et même si, par miracle, on obtient la rétrocession des îles, Madagascar n’a pas la capacité d’exploiter les richesses éventuelles qu’elles renferment. Même sur la grande île, les gisements sont exploités par les pays riches dont la France.

Et c’est là la seule balle à jouer pour Madagascar. Même en étant moins que rien, Madagascar reste intéressant pour la France et le reste du monde. Elle a besoin d’aide mais elle a aussi beaucoup à offrir. Pour moi, le moment est bon, lorsque Madagascar s’apprête à recevoir la famille francophone en 2016 et que l’accord cadre de 1973 est remis en question, d’affirmer notre détermination à grandir en tant que pays et de vouloir clarifier notre relation avec la France pour un intérêt vraiment commun. Les îles éparses forment un litige mais ce n’est qu’un des points saillants d’un gros iceberg qui pourrait refroidir les eaux entre les deux pays et même d’amener le naufrage de leur bonne relation.

 


5 incohérences sur cette affaire

Pour ma part, sans jugement, j’ai juste relevé dans cette affaire 5 incohérences à partir de la vidéo qu’on a vu.

Cette affaire fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire qu’elle fait écho à plusieurs mois pendant lesquels nos héros n’ont pas brillé ni dans l’efficacité ni dans la publicité. Les protecteurs du peuple et de leurs biens sont les sujets de moqueries, de théories diverses et même d’alertes et demandes d’enquêtes.

1- La vue à la 3ème personne

Il y a jeux dits FPS (first person shooter), c’est à dire les jeux de tir à la première personne et les jeux TPS (third person shooter) ou jeux de tir à la troisième personne. Les joueurs connaissent bien que pour le second, la caméra suit derrière le héros (genre Tom Clancy) ou reste sur un point pour visualiser la scène en entier (Resident Evil 3). Dans cette affaire, la caméra suit les héros, c’est un TPS, et c’est du jamais vu à Madagascar. La différence c’est que dans les jeux, la caméra est immortelle. Alors, dans cette affaire, soit le caméraman était blindé ou bien il avait une confiance aveugle envers les héros. Vous diriez que c’est déjà une chance qu’une caméra était à proximité. Si c’est une chance.

2- Les non-téléspectateurs

La télévision permet, comme son nom l’indique, de visionner à distance. Le téléspectateur peut donc rester au chaud dans son salon pendant que la caméra, elle voyage dans les airs, dans la forêts, sur les mers, dans les manifestations ou dans les guerres. Le bizarre dans cette affaire c’est que le téléspectateur peut voir dans le film qu’il y a des spectateurs à envier qui sont eux au cœur de l’action, s’ils ne sont pas juste un peu trop près.

3- Le petit informateur

Dans les mauvaises et les bonnes séries policières, l’informateur est souvent un petit délinquant bien informé qui se fait souvent tuer ou malmené par les uns et les autres. Dans cette affaire, le petit informateur est un enfant qui court devant les héros pour montrer où se trouve l’endroit.

4- Les téméraires

Ceci devient plus logique. Contre les méchants, armés jusqu’au dents, pourquoi le héros se protègerait-il, se mettrait-il à couvert si derrière lui il y a, rappelons-le, des petits qui montrent le chemin, des spectateurs et un caméraman. Le bilan lui donne raison : tous les méchants sont tués et aucun blessé côté héros et pas de dommage collatéral.

5- Le Morvit

Morvit c’est le nom d’un complément alimentaire dont le nom, inventé par les anglophones (on entend « more vitamins ») devient inapproprié en français (on entend « mort vite »). Et c’est dans les mauvais films qu’on voit les méchants mourir si vite alors que le héros, lui, survit avec une balle dans son corps. Et que dire de l’ami (noir de préférence) qui meurt dans l’action finale? Lui, avec 25 à 30 balles, réussi toujours à chuchoter quelques mots avant d’expirer. On dirait que certains ont avalé du Morvit et pas les autres. Dans cette affaire, on entend « pan! », la caméra accourt et le méchant est déjà inerte, déjà plein de boue et n’a plus une de ses chaussures. Mauvaise réalisation.

Cinéma ou réalité?

Ayant une connaissance qui a été, fortuitement, proche de cette affaire, on m’a confirmé qu’il y avait bien des bandits, armés, qui ont commis un braquage. Je pense que contrairement à ce qui est dans le journal télé, l’action s’est bien déroulée sur des heures et ce qu’on a vu est simplement un mauvais montage. Peut-être que les shérifs ont joué le jeu pour rendre la pellicule plus diffusable dans un journal. Pour moi, la question n’est pas si le film est une fiction ou non mais est-ce que les actions étaient oui ou non justifiées.

Moi, j’aime le côté héroïque dans cette affaire. L’idée que des protecteurs de la nation aient pu déjouer un sale tour des méchants m’enchante. Bien sûr, il y a les Droits de l’Homme, l’éthique, la déontologie, l’humanisme et tout ça qui pèsent contre la légitime défense, ou le cas de force majeur par exemple dans le jugement, à posteriori, de cette affaire. Et si les uns saluent ces actes en mentionnant que les méchants, eux, ne se priveraient pas de vous tabasser, violer, tuer après vous avoir dépouillé, les autres condamnent les méthodes. Et pourtant, dans les films, les héros sont souvent des rebelles, presque hors-la-loi quand ils franchissent les barrières. A la fin, on les en félicite  parce que « la fin justifie les moyens ». J’imagine que c’est cet aspect là que nos « cornes, qui protègent la gorge du zébu » veulent que les citoyens voient car les moyens, justement, manquent vraiment alors qu’en face, les méchants sont de plus en plus armés et dangereux. D’une pierre deux coup, leur détermination pourrait même dissuader des méchants en herbes qui tiennent à la peau de leurs fesses.

Le souci, bien sûr, c’est qu’en faisant face au supposé méchant, le héros prend de suite la place du procureur, des jurés et du juge. Il pourrait prononcer la condamnation à mort de la gueule de son fusil, et le risque, au pire, c’est de condamner un innocent, ou au moins le jugement pourrait ne pas être proportionnel. Alors, si le moyen existe de ne pas recourir à cette solution finale, il faut l’utiliser.