Andriamialy

Où sont les internautes gasy ? – Conseils de navigation

 » L’incroyable succès de mon dernier papier m’a pris au dépourvu. Il s’agit sans doute du billet que j’ai écrit le plus rapidement ces derniers mois. Un coup de sang. Assez peu travaillé, finalement. « 
Je m’excuse de reprendre cette introduction du Causeur.fr. Et pourtant, c’est exactement la même histoire que j’ai vécue avec le guide humoristique pour les cybernautes malgaches. Mais là où le Causeur parle de 45 000 lectures pour son article, je ne peux malheureusement avancer que quelques centaines de clics.Vous allez dire que je radote, mais pourquoi écrire si on n’est pas lu ? Pourquoi crier lorsqu’on n’est pas entendu ? Où sont les internautes gasy?

Les statistiques officielles parlent de 15 utilisateurs Internet pour 1000 habitants en 2008 à Madagascar. Donc, en étant pessimiste, si je considère que ce chiffre n’a pas bougé et qu’il y a 20 millions de Malgaches, potentiellement, il y a 300 000 internautes dans l’île. Et si l’article a eu 300 lecteurs malgaches les premiers jours, ça représente bien un taux de 0, 1 % de lecteurs atteints par un article qui les intéresse en premier.

Encore une fois, je ne remets pas en cause le succès de ce guide. Pas moins de 1000 lecteurs d’un coup c’est comme si tu étais prof dans un collège public malgache, c’est-à- dire que tu n’a d’habitude « que » 60 élèves et puis tu te lèves pour écrire un petit truc au tableau, tu te retournes et tu te retrouves par magie dans un des grands amphis de l’université d’Antananarivo et ses 200 étudiants qui essaient de déchiffrer ce que tu as écrit depuis le premier banc jusqu’au fond situé à 30 ou 40 mètres. Le vertige !

Ces internautes bornés

Mais aujourd’hui, je vais dénoncer où vous êtes tous, internautes gasy, histoire de vous titiller un peu de là où vous êtes et pour vous dire que peut-être, il y a des choses intéressantes ailleurs.

Les facebookeurs (les) exclusifs

Ce sont les plus nombreux. Lorsqu’on entre dans ses cybercafés qui disposent leurs PC afin que tout le monde voie ce que fait l’autre, on peut vite s’apercevoir que 9 surfeurs sur 10 ont les yeux rivés sur le grand bleu du thème de Facebook. Alors, on détourne les yeux pour ne pas avoir à regarder les filles qui posent, les messages privés et les autres idioties qu’on aime bien y faire… c’est la vie sociale moderne. Même dans le bus, à l’heure de rentrer, chacun sort son smartphone et consulte sa page, répond à ses messages. Souvent, je me demande si je dois d’abord lever ma tête de mon écran pour vérifier si le mec à qui je chat n’est pas dans le même bus.

Mais les facebookeurs exclusifs le revendiquent :

– Salutfacebook
– Salut
– Cava?
– wi et tw
– cava
newz?
– bof bof, au boulot, et tw
– fb
– fb et?
– non, juste fb

Voilà, c’est le (la) facebookeur (se) exclusif. Les fournisseurs d’accès les ont déjà ciblés avec les offres de « forfait Facebook« , c’est-à-dire, des mégaoctets à bas prix valables uniquement sur ce réseau social.

Les porn addicts

Ils sont pires en termes d’addiction. Ils ont toujours besoin de leur dose quotidienne. Ils sont aussi parfois au cyber, mais seulement dans les établissements qui fournissent des box plus ou moins discrets. Malgré tout, dès qu’on entre, ils te lancent un regard de surprise accompagné d’un mouvement du dos visant à mieux cacher l’écran. C’est une manne, si je peux me permettre déjà exploité par des gestionnaires de sites ou de blogs. C’est ainsi que des contenus malgaches pullulent. Ce sont des sites et des blogs où y il a des filles et des bouts de garçons malgaches ou de gens pouvant passer pour des Malgaches plus ou moins consentants (… oui, j’ai déjà vu). Je ne vais, bien sûr, pas mettre un seul lien ici sachant que le peu que j’ai dit incitera déjà quelques-un (e) s d’entre vous à googler « filles malgaches« . Les résultats sont étonnants. Je vous assure, même en recherchant « blog gasy« , les blogs d’actualité ou d’humour ne font pas le poids.

Maintenant, rien qu’avec du bon sens, on imagine mal l’un d’entre eux, perdu dans ces images tellement répréhensibles se dire : « Tiens, et si je lisais Lay Corbeille après ça pour me détendre un peu ». À la limite, je ne préfère pas.

Les forumistes

Ces gens-là passent leur temps dans les forums. Ils peuvent être aussi facebookeurs et /ou porn addicts ou bien passionnés cyberpar leur truc à eux. Les forums ont plusieurs thèmes et donc, ils peuvent toujours y trouver leur compte : fitiavana (amour), fiara sy moto (véhicules), resa-behivavy (entre filles), fitaizana (éducation des enfants), etc.

Là, la seule différence est qu’ils peuvent poster anonymement. De ce fait, on y trouve parfois des histoires et des récits rocambolesques. Je soupçonne même certains  » malades  » de créer tout seuls des conversations entières. Alors, les forums malgaches ont aussi des modérateurs qui suppriment des messages à bout de bras et à longueur de journée. Mais un vrai forumiste, c’est celui qui va écrire  » pourquoi on a supprimé le sujet, qui veut raconter son expérience ? S’il vous plaît ? «  Ou bien il s’adresse au modérateur :  » Attention, ce mec est un troll, car il a déjà raconté ce truc qu’il aurait fait ici et aussi ici « .

Arcade_gamerLes nouvelles tendances

Si vous avez bien compris, ce que je considère comme dommage, c’est de ne pas diversifier sa navigation sur le net.

Avec l’accélération de la vitesse de connexion à Madagascar, il y a de nouvelles tendances. Il y a ceux qui aiment les images : la mode, l’esthétique en général. Il y a aussi ceux qui préfèrent la vidéo : les films et surtout les clips. Il y a, bien sûr, les gamers cloués malgré eux devant une partie interminable comme l’a souhaité le développeur. Et puis, il y a ceux qui downloadent (font du téléchargement) du matin au soir et du soir au matin, etc.

 

Mes conseils

Pour mieux profiter du web, il faut le considérer comme une grande ville, un grand continent inconnu, une jungle immense. C’est bien d’y avoir ses repères, mais il faut aussi progresser à l’intérieur pour conquérir et s’approprier de nouveaux territoires, poser ses marques et avancer encore. Et plus on avance, plus on découvre aussi.

Faites des recherches.

Vous faites des recherches pour trouver quelque chose dont vous avez besoin, c’est vrai. Donc, si vous n’avez pas de besoin particulier, googl1créez-vous-en au lieu d’abandonner Google et consorts. A propos de recherches, je sais bien que  » photos Cristiano Ronaldo  » ou   » Miley Cyrus nue  » sautent aux yeux comme des évidences, mais savez-vous qu’il y a aussi  » propulsion magnétohydrodynamique, crop circles saison 2014 ,  recette mousse au chocolat, accidents en wingsuit vidéo,  chercher Chuck Norris « , etc. Osez n’importe quoi, comme on dit en malgache   »  rien n’est amer avant qu’on y goûte « .

 

Cliquez, Cliquez, Cliquez

C’est bien pour cela que ça s’appelle  » la Toile « , tout est interconnecté. Donc, il ne faut pas hésiter de cliquer sur les liens proposés. Au début, on tombe une fois sur deux sur du contenu publicitaire ou périmé, mais avec l’habitude, on arrive à chaque fois à se créer un parcours, une aventure qui nous amène quelque part où l’on se perd parfois, mais d’une enivrante perdition. Après, lorsqu’on a fini d’admirer une page incroyable, on ne se souvient plus comment on est arrivé là, mais on veut refaire cette expérience de découverte encore et encore.

Revenez

Enfin, comme je l’ai dit, il faut marquer son territoire. On peut ajouter une page qu’on aime en  » favori  » ou si besoin, s’inscrire dans une discussion intéressante, souscrire aux flux RSS et pourquoi pas noter ses adresses préférées quelque part afin de pouvoir y revenir plus facilement la prochaine fois. Le web est si grand que c’est parfois frustrant de ne plus retrouver une page qui vous a déjà séduite. Imaginez que vous ne vous souveniez plus que ce blog s’appelle Lay Corbeille par exemple, une horreur!

PARTAGEZ

partageEt ainsi de suite, une fois revenu dans une page familière, cliquez pour aller ailleurs ou faites une nouvelle recherche. Et même si vous n’êtes pas obligé de le faire, vous pouvez  » partager  » un contenu qui vous a plu, c’est-à-dire le diffuser par mail, par Facebook, Twitter ou autre à vos amis et contacts. A cet exercice, il y a de véritables accrocs. Moi, je suis partisan du fait que c’est mieux  « partager » en accord avec ses principes et ses valeurs.

Voilà, donc, si cet article vous a plu, les liens de sorties vers les autres articles de ce blog sont en haut, au milieu et en bas de cette page. Les boutons de partage sont en dessous de chaque article et un ensemble de boutons flottent à votre gauche en cas de besoin. Je vous souhaite un bon voyage en notre compagnie.

 

 


Entretien avec Randy Donny

A l’occasion du mondoactivism, quelques blogueurs se sont penchés pendant le mois de Juin 2014 sur les médias dans leurs pays respectifs. Pour ma part, je me suis entretenu avec un journaliste bien connu à Madagascar, Randy Donny, pour évoquer ce métier dans notre pays.

Bonjour Randy Donny, vous êtes actuellement un journaliste « freelance » mais dans votre parcours vous avez déjà travaillé avec des quotidiens malgaches, à la radio et à la télévision aussi. Vous avez même été un temps Rédacteur en Chef. C’est pour dire que vous connaissez bien le monde du journalisme à Madagascar. En plus de cela, vous êtes aussi un blogueur  .

Mais tout d’abord, c’est quoi un journaliste freelance ?

Un freelance est celui qui n’appartient pas à un organe de presse spécifique, mais qui travaille pour différents organes suivant un système de piges (indemnité suivant le travail accompli). Un freelance peut être un journaliste, mais aussi un photographe. D’ailleurs, pour ce dernier, on parle plutôt maintenant de journaliste reporter d’images (JRI).

Et que pensez-vous du métier de journaliste à Madagascar ?

Qu’est-ce que j’en pense ? Bonne question. Je dirais simplement que le journalisme est un métier passionnant, mais que cette passion tend à manquer aux jeunes. Je ne vois plus la course aux infos, au scoop que l’on tend maintenant à confondre avec information à scandale, pour se contenter d’une promenade dans les conf’ presse. Ceci a des répercussions sur la qualité des des articles.

Alors, quelle est, selon vous, la place des médias à Madagascar ?

Les médias ont leur place à Madagascar. Ou du moins, ils doivent avoir leur place car comme dans toute démocratie digne de ce nom, il est nécessaire d’avoir un 4è pouvoir pour contrebalancer les 3 autres pouvoirs classiques qui, on le sait, sont complaisants et dominés par l’Exécutif à Madagascar.

Merci pour ces réponses franches, sans détour sur la situation de la presse à Madagascar. Cette fois-ci, parlons de blogging car vous êtes aussi blogueur. A quoi vous sert ce blog? Et que pensez-vous des blogueurs non journalistes qui relatent, traitent et analysent l’actualité, un peu comme les journalistes?

En fait, auparavant, en 1998, j’ai commencé par sortir les articles que j’écrivais dans la presse écrite sur le site web d’un ami pour leur donner une envergue internationale. A l’époque, même les journaux n’avaient pas de site web. Puis, plus tard, avec l’apparition des blogs, je me suis mis à en ouvrir un car c’est plus pratique et je gère moi-même le contenu et la fréquence des publications. D’autre part, dans mon blog, je publie aussi d’autres choses que les articles que j’ai écrit. Je peux y publier des coups de cœur perso, voire reprendre des articles écrits ailleurs. Il faut savoir qu’actuellement, un peu partout dans le monde, des journalistes ont leur propre blogs où ils parlent des coulisses de l’info.

Maintenant, qu’est-ce que je pense des blogueurs non journalistes? Et bien c’est une bonne chose. Avec les nouvelles technologies, l’accès aux infos n’est plus l’apanage des seuls journalistes. Chaque témoin d’un événement peut le rapporter en public et chaque citoyen peut exprimer ses opinions librement dans les nouveaux médias. Parfois même, ils deviennent des sources pour le journalisme classique. Mais il ne faut pas oublier le fait que ce ne sont pas des journalistes et que leurs publications doivent donc toujours être recoupés et mis dans leur contexte. les blogueurs non journalistes ne s’embarrassent pas des sources et peuvent devenir des caisses de résonances à des informations erronées. il est vrai qu’un journaliste peut aussi faire les mêmes aberrations. Dans ce cas, il sera sanctionné, d’une façon ou une autre. Tandis qu’un blogueur restera tranquille dans son coin et peut même brandir son statut de non journaliste en guise d’excuse. Ceci dit, un blogueur peut devenir un bon freelance après une formation de journalisme.

Autre chose : un blog est souvent un espace pour exprimer un opinion tandis qu’un média classique sert surtout à publier des informations qui, comme on le sait, sont sacrées tandis que les commentaires sont libres.

En fait, nous mondoblogueurs, recevons des formations en ligne et aussi lors des séances de formations annuelles où nous sommes sensibilisés sur les méthodes journalistiques : vérification des informations et des sources, recoupement, interprétation des données, etc. Je suis totalement d’accord que même un blogueur peut se discréditer en diffusant des contenus non vérifiés.

Justement, par rapport à la mutation technologique que connaît le monde actuel, comment voyez-vous votre métier dans le futur proche ?

L’avenir du journalisme est dans la nouvelle technologie. La tendance mondiale va vers un déclin de la presse écrite. C’est valable aussi bien à l’étranger, où des médias classiques ont décidé de n’exister que sur la toile, qu’à Madagascar avec la multiplication des abonnés à internet.

Un dernier message?

Soyez toujours connectés, ,ne lâchez jamais l’affaire ! Mais sachez aussi que le respect de l’éthique et de la déontologie n’est pas pour les seuls journalistes. Il y en a aussi sur le net.

Merci Randy Donny, et bonne continuation.

Je profites pour inciter mes lecteurs et mes lecteurs malgaches à Madagascar et ailleurs dans le monde, journaliste ou non, à participer au concours Mondoblog 2014 avant le 10 Août 2014 car c’est une bonne expérience pour allier blogging, journalisme et les autres passions.


Nouveau guide humoristique pour les cybernautes malgaches non cybercriminels

Tous les Malgaches, en particulier les cybernautes malgaches, se sentent menacés par cette nouvelle loi dite : Article 20 de la loi 2014-006 du 25 mai 2014 sur la cybercriminalité à Madagascar.

L’homme est toujours effrayé par l’inconnu. Et la majorité des Malgaches redoute la prison. Madagascar n’a pas de centre pénitencier à étoiles, au contraire. Alors que le web gasy s’affole, je me permets de rassurer tout le monde en proposant ce nouveau guide pour éviter, justement, de devenir la cible de cette nouvelle loi.
Crédit photo : Jinthai

 

Voici d’abord le texte polémique : « L’injure ou la diffamation commise envers les corps constitués, les cours, les tribunaux, les forces armées nationales ou d’un État, les administrations publiques, les membres du gouvernement ou de l’Assemblée parlementaire, les fonctionnaires publics, les dépositaires ou agents de l’autorité publique, les citoyens chargés d’un service ou d’un mandat public, temporaire ou permanent, les assesseurs ou les témoins en raison de leurs dépositions, par les moyens de discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par le biais d’un support informatique ou électronique, sera punie d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans et d’une amende de 2 millions à 100 millions ar ou l’une de ces peines seulement ».

Et depuis, on devient tous paranos. Chaque article, chaque publication, chaque tweet est lu et relu avant envoi. Et les questions dans les groupes et les forums sont pléthore.

Donc, ce guide s’adresse au cybernaute gasy lambda qui n’a jamais eu de mauvaises intentions, mais qui a l’habitude de naviguer en toute liberté et sans souci. Il peut intéresser aussi le monde entier car le web est mondial. Désormais, pour éviter la prison ou l’amende de 20 à 1 000 fois votre petit SMIC à cause d’un clic malheureux, adoptez les nouvelles attitudes suivantes :

1- Changer votre mode d’expression.

Un discours trop cru ou trop direct, même s’il reflète le fond de vos pensées peut être nuisible. Adoptez la diplomatie en usant d’euphémismes et de litotes à gogo.

Exemple :

Ne dites pas : « Cette élue est une pute » mais plutôt « C’est une femme libérée ».
Ne dites pas : « C’est un gros con » mais plutôt « Il n’est pas très avisé ».

2- Adoptez l’autocensure

En effet, vous ne choquerez plus personne si vous prenez le temps de vous relire et de vous corriger vous même.

Exemples dans les textes ci-dessous :

Le gouvernement d’incapables qui est en place depuis belle lurette depuis une année déjà n’a rien foutu pas encore fait ses preuves dans le domaine économique et social. Au contraire, le fascisme les mesures de répression contre la liberté d’expression la cybercriminalité semblent aujourd’hui plus importantes dans son calendrier.

– Qu’est-ce que tu penses de la nouvelle loi sur la cybercriminalité?
– Bah, que c’est une grosse fout****!

Vous voyez, ça passe très très très bien.

3- Utilisez des codes

Pas besoin d’élaborer des algorithmes hyper compliqués ou de hacker des codes sources gouvernementaux, il suffit de se faire comprendre par son interlocuteur sans nommer quelqu’un en particulier et risquer des poursuites de sa part.

Exemple

– Tu crois que c’est une idée de Beloha? (Grosse tête)
– Je ne sais pas mais on n’aurait pas vu ça du temps de l’autre là!

4- Revoyez vos listes de contacts et ceux qui peuvent vous lire

En effet, nombreux sont ceux qui créent, transfèrent et répondent à des messages sur les réseaux sociaux pensant qu’ils sont en privé alors qu’ils sont lus et suivis par des dizaines « d’ami(e)s ». Ensuite, à coup de « j’aime » et de « partage » ils deviennent lisibles par les amis des amis et les amis des amis des amis et les amis des amis des amis des amis, soit tout le pays.

Ceci est encore excusable, mais les fautes bêtes aussi existent. Donc, si vraiment dans votre tweet vous éprouvez le besoin impérial de traiter un membre du gouvernement de noms d’animaux puants, évitez de le citer ou de mettre des hashtags évocateurs comme ça : « vous êtes des putois atteints de gastro cc @rakoto , @rasoa, #gouv #unedesministere »

5-  Apprenez le mandarin

L’avantage avec le mandarin c’est qu’il n’est compris que par quelques Malgaches.

你是真正的卑鄙。

Problème : Si vous avez, comme moi utilisé Google translate pour écrire ce presque outrage afin de frimer un peu, car en fait vous n’y comprenez rien du tout en chinois, sachez que l’opération inverse est tout aussi facile pour traduire ce que vous avez proféré. Et puis c’est une langue à la mode et avec l’immigration massive chinoise actuelle, il se peut que bientôt, il soit une langue courante à Madagascar. Dans ce cas, il reste le swahili, le wolof, le otjihimba ou à l’instar des GI du débarquement, le navajo qui n’est pas encore dans Google translate.

6- Déguisez-vous

Vous n’êtes pas armé de mauvaises intentions, mais vous n’êtes pas trop sûr que ce que vous écrivez et ce que vous faites est légal ou non, déguisez-vous! Je ne veux pas dire que vous devez surfer sur le web avec un grand manteau, un chapeau et des lunettes noires. Je veux dire que vous devez cacher votre I.P. et votre identité. Si ce n’est pas possible avec votre matériel ou votre compétence, allez dans les cybercafés hors de votre quartier et utilisez des comptes anonymes. Mais attention, les gérants de cybercafés sont des espions potentiels pouvant vous dénoncer. Combien de fois j’ai été interpellé à la sortie de ces établissements par des : « Monsieur, ne fouillez plus dans les dossiers de nos PC s’il vous plaît ». Et avec cette rumeur qui dit qu’on va les faire payer les droits d’auteurs si leurs clients visitent Youtube, ça ne va pas s’arranger.

7- Expatriez-vous

C’est facile, Madagascar est une île, donc, si vous avez fait quelque chose de répréhensible et que vous êtes poursuivi, vous pouvez difficilement vous enfuir. Les frontières aériennes sont surveillées. Celles marines sont plus permissives, mais vous ne pouvez pas facilement nager ou ramer 400 km pour atteindre l’Afrique. Alors, préparez votre coup. Expatriez-vous ou mieux, expatriez-vous et changez de nationalité. Après quand vous serez tranquillement à Blagovechtchensk en train de siroter de la  vodka, le passeport américain dans votre poche, ouvrez votre navigateur et injuriez-les comme bon vous semble. Voyez quand même un peu les accords en matière d’extradition entre Madagascar et votre pays d’adoption car on ne sait jamais, l’autre pays ne va peut-être pas rire de vos petites bêtises comme on le penserait.

8- Combinez les techniques

N’hésitez pas à combiner les différentes astuces ci-dessus et pensez à en créer de nouvelles. On compte sur vous!

Voilà, j’espère que ce guide vous sera utile. Bien entendu, je tiens à rappeler aux lecteurs, surtout s’ils sont des policiers du net, des espions du gouvernement…sans oublier la NSA bien sûr, que ceci est simplement un guide. Ne tenez pas en compte les exemples qui ne sont là que pour illustrer. Mais enfin, puisque vous êtes là, j’ai quand même un message de paix à vous transmettre : je suis contre les crimes et les délits, mais pour la liberté et l’échange entre les peuples et Internet en fait ça sert à ça.

 


Madagascar : Andrebabe, le village invisible et autres Mikea

En l’an 2014 après Jésus-Christ, toute l’île de Madagascar est occupée par les Malagasy. Toute? Non! Car un village peuplé d’irréductibles vazimba résiste encore et toujours à l’envahisseur
Ce village, Andrebabe, résiste à l’envahisseur grâce à l’invisibilité.

Et arrêtons là l’analogie avec le village d’Astérix dont vous avez peut-être reconnu les phrases d’introduction. En effet, l’ambiance qui doit prévaloir dans votre tête en lisant cette article n’est pas la joie de vivre et l’humour des gaulois du village d’Armorique. Au contraire, pensez à un village où les malgaches ne voudrons jamais vous emmener en visite car rien qu’en évoquant le nom, ils seront terrifiés.. Pensez aux histoires effrayantes dans lesquelles tous sont partis … et aucun n’est revenu.

Entre légendes…

Andrebabe, c’est d’abord un montagne couverte de forêt dans l’Est de Madagascar. C’est aussi un village qui est censé exister dans cette montagne mais que personne ne peut voir car il est invisible. Beaucoup de témoignages anciens ou nouveaux alimentent cette légende. Certains parlent d’expéditions pendant lesquelles on entend de voix, de bruits, de plus en plus près sans jamais atteindre l’endroit d’où ça provient. Je me souviens aussi de notre prof qui racontait qu’ils sont montés dans la forêt par un chemin et que le guide leur a dit de retourner sur leurs pas. Soudain, au retour, le même chemin avait un autre aspect et ils virent à gauche et à droite des bornes bien rangées comme s’ils venaient de quitter une ville civilisée. On leur aurait expliqué alors que ce n’était qu’un aperçu; qu’une village existe vraiment mais n’est pas visible à tout le monde. Et puis, il y a les disparus, beaucoup de disparus qui auraient suivi des sentiers, ou des voix ou une jolie fille et ne sont plus revenus. Parfois aussi, on dit que les moteurs des camions s’arrêtent aux abords de cet endroit, que les instruments de bord des avions s’affolent.

Quant à l’origine de l’invisibilité de ce village, on parle d’un puissant sort qu’un magicien aurait prononcé. D’autres supposent aussi que ce sont les vazimba qui se réfugient là-bas. D’autres encore rapprochent cette légende avec celle du peuple de l’eau.

La première histoire (lien en français, voir la partie Analogie entre le Christ et Olivier) relate  l’histoire d’un chef de village Ratanibe qui aurait caché son village entier des colons en utilisant la magie. Il faut savoir que cette partie de Madagascar, l’Antsihanaka c’est à dire le pays des Sihanaka est réputée pour l’utilisation de la magie. Cette réputation est parfois préjudiciable pour les sihanaka car on les accuse souvent de sorcellerie. Pourtant, nombre d’entre eux revendiquent leur savoir faire dans les sorts et les potions : philtre d’amour, ambalavelona, etc.

Quand aux vazimba ou les sirènes, c’est à peu près la même histoire. C’est toujours dans le but de se cacher de la civilisation. Pourquoi les sirènes d’abord? Parce que la région est lacustre. Les hommes ont toujours été fasciné par l’eau et ses profondeurs et le malgache l’est encore plus. De ce fait, les légendes malgaches sur le peuple de l’eau ou d’autres créatures foisonnent. Donc, ce peuple de vazimba ou sirènes se cache dans ces montagnes pour fuir et se protéger des humains. Pourtant, certains interagissent avec nous de temps en temps. Dans cet article de presse( lien en malgache), par exemple, une femme se serait fait enlevée par un homme du peuple de l’eau et séquestrée à Andrebabe pendant des années. La femme raconte qu’au moment où un magicien, payé par son mari faisait son œuvre, elle a entendu un voix. Elle aurait suivi la voix et elle serait passé à travers un miroir ou une brume avant de se retrouver sur une route qu’elle connaissait pour rentrer chez elle.

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pochette du film Andrebabe III

…et réalité, il y a …

Mais voilà, personne ne l’a jamais vu, ce village. Vous me direz que c’est parce qu’il est invisible. Mais le concept d’invisibilité est d’exister sans être vu. Donc, pour moi, il faut d’abord que ça existe vraiment.
Moi, je rapprocherais cette histoire à celle des peuples invisibles de l’Amazonie. Ce sont des gens qui se cachent, qui se camouflent et qui fuient devant la civilisation et ses contraintes. Andrebabe abrite peut-être tout un village ou même une ville entière mais pas au sens de village et de ville que nous connaissons. Au pied de cette montagne il y a le village au nom similaire Andrebakely (petit Andreba, contrairement an Anrebabe, grand Andreba). Des personnes de ce village se disent en contact avec ceux d’Andrebabe, D’autres personnes témoignent qu’ils sont eux même des habitants du village invisible et qu’ils sont des être humains normaux sauf qu’ils ne doivent rien dire de leur demeure.

Je me souviens des premiers documentaires sur les Mikea dans le Sud aride de Madagascar. Les groupes, puisqu’on peut pas dire tribu ou peuple,  Mikea ont fasciné les malgaches et les étrangers. Inconnus, insaisissables…invisibles  eux aussi, ils hantent depuis toujours les forêts du Sud et se rassemblent de temps à autres pour des rites mystérieux. Moi, qui croyait que Madagascar était totalement « conquis », étais bien étonné de l’existence de ces êtres.

foret d'epinesOn les a pressenti, eux aussi,  pour être des vazimba, des pygmées, des sauvages. Et pourtant, au milieu du désert, on a vu des nomades qui utilisent des seaux, des marmites et d’autres ustensiles achetés à nous autres civilisés et qui sont habillés de nos t-shirts et nos shorts. Dans les documentaires, ils expliquent le concept de Mikea comme une rébellion contre la civilisation, une fuite devant la modernité et ses contraintes, un retour aux sources. C’est à dire que c’est plutôt une mode de vie.

…d’autres mystères….

C’est peut-être un pêché de rapprocher les Mikea et Andrebabe. Mais si je devais donner une explication rationnelle, j’irai dans ce sens que : ce sont des gens à l’écart, de gré ou par la force des choses, de notre civilisation parce ce qu’ils ont une mode de vie incompatible avec le nôtre. Les Mikea existent…enfin des mikea existent et leur existence n’est plus un mystère et peut-être que le village d’Andrebabe aussi de la même manière est réel mais qu’on attend de découvrir ce qu’il en est.

Sauf que,  les Mikea, dans leur culture ont peur du Koko, le petit nain noir poilu. Et on dit que les mikea qui sillonnent les forêts d’épines ne sont pas les vrais « mikea » et qu’ils craignent ces derniers. De la même manière, même si les reporters, les évangélistes, les étudiants et les téméraires sont déjà allés à Andrebabe sans avoir rencontrés de vrais dangers, la peur de cet endroit est toujours présente et bien forte dans l’esprit des malgaches.

Et si on s’est trompé de Mikea et d’Andrebabe?

 


Contes de Madagascar, le petit d’Antsaly

A Madagascar, un vieux troubadour, qui n’avait plus toute sa tête est là. On entend le bruit de la mer et il nous raconte ses voyages avec mélancolie. C’était au siècle dernier et je m’en souviens très bien ; de mon frère qui était fasciné en lui demandant : c’est vous qui avez composé telle et telle chanson?
Les gens comme lui tombent dans l’oubli même si ses chansons se font découvrir par les plus jeunes, encore et toujours.
Peut-être, savait-il que sa fin était proche mais il nous a raconté cette histoire.
Dans la province d’Odag, il y avait un oiseau chanteur nommé Antsaly. Il demanda une progéniture aux dieux parce qu’il devenait vieux et les dieux lui accordèrent un petit d’Antsaly.

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Contes et légendes de Madagascar : les personnages

Dans les contes de Madagascar, il y a de nombreux personnages. Il y a les Rakoto, les Rasoa, les Rabe quelque chose (les noms les plus communs à Madagascar) et les autres mais il y en a qui sont de véritables stars dans le pays, à l’instar du Chaperon Rouge, de Pinocchio ou des 7 nains en France. Je vais vous les présenter dans cet article.

Trimobe l’ogre mangeur d’enfant

Trimobe est riche et a beaucoup de vivres dans sa grande maison au milieu de la forêt. « Trimo » est le vrai nom et « be » est un qualificatif qui signifie « gros » ou « grand ». Il a justement un gros voix qui s’entend de loin. Il a un très bon flair et sa phrase culte est « maimbo olombelona » (ça sent l’être humain).

Les chercheurs disent que Trimobe représente en fait le Tigre (wikipédia)  et que le personnage a été importé d’Asie par  les  austronésiens (Trimo : T-rimu : tigre). Il tient le rôle du grand méchant qui dissuade les enfants à s’aventurer tout seul dans la forêt à l’instar du grand méchant loup ou l’ogre européen. Pourtant, il n’est pas dit qu’il préfère les enfants aux plus grands. Il a logiquement évolué pour devenir le pendant malgache de cet ogre européen dans des adaptations malgaches du « Petit Poucet » par exemple. D’un autre côté, le fait que les enfants osent ou doivent parfois affronter et tuer Itrimobe pour lui voler toutes ses richesses indique qu’il peut représenter les difficultés de la vie auxquelles les enfants doivent faire face pour réussir dans la vie, une sorte d’initiation.

Ifaramalemy sy Ikotobekibo

Ils sont des inséparables sœur et frère. Ils sont souvent confrontés à Trimobe et parfois à certaines sorcières ou un monstre. Ils doivent affronter cet ennemi car ils sont pauvres, perdus, affamés, abandonnées à eux-mêmes.

Ikotobekibo, dont le nom signifie « Koto au gros ventre » est le frère ainé. Il est costaud et gourmand mais un peu niais et peureux. Sa force lui permet de prendre soin de sa sœur Ifaramalemy qu’il porte souvent sur son dos et à détaler devant le danger mais il ne se bat pas. Toutefois, dans plusieurs contes, c’est lui qui tient le rôle du grand frère et qui dirige la fratrie.

En effet, Ifaramalemy est comme son nom l’indique, est « la cadette qui est paralytique ». Mais elle n’est pas forcément handicapée, parfois elle est représentée comme jolie mais maigre et fragile. Elle est souvent la plus intelligente mais dans d’autres contes elle est aussi faible d’esprit. Voilà un bon exemple de la polysémie dans la langue malgache car « malemy » selon le contexte peut vouloir dire : paralytique, fragile, faible, molle, douce, etc.

Les deux ensembles représentent la complémentarité entre la force et l’intelligence, le courage et la peur, entre la femme et l’homme. Les récits anciens qui mettaient Faramalemy dans le rôle de leader sont plus proche de la réalité matriarcale de la société malgache.

Ce sont ces deux là qui remplacent le Petit Poucet et ses frères et sœurs dans la version malgache (lien en malgache). Ils triomphent de Trimobe, l’ogre, et ramène la richesse à leurs parents qui les ont abandonnés dans la forêt à cause de la pauvreté.

Ifaramalemy et Trimobe

Dans certains contes récents, Trimobe garde Faramalemy en otage pour la manger plus tard. Trimobe ne veut pas déguster la fillette maigrichonne et veut qu’elle soit plus dodue avant de la manger . Cette évolution de  Faramalemy n’est plus seulement une enfant du genre « le Petit Poucet » mais se rapproche plutôt du « Chaperon Rouge » (lien en français)… enfin pour ceux qui comprennent. Trimobe dans ce cas n’est plus avide de chair et de sang mais de bien plus encore. Certaines interprétations sont plus explicites en parlant de mariage entre Trimobe et Faramalemy.

Voici un autre conte (en français) sur Trimobe qui le présente en un seigneur très laid qui s’en prend aux enfants (lien en français).  Même si dans ce récit il garde son flair et son intelligence, on est loin de l’image originelle du tigre mangeur d’homme…ou plus près? je me perds…

Rapeto le géant et sa femme Rasoalao
Rapeto et sa femme Rasoalao sont des vazimba, dans le sens où les vazimba ne sont pas des êtres mystiques mais seulement ceux qui ont précédés les malgaches actuels dans le peuplement de Madagascar. Ils sont les seigneurs d’un comté près d’Antananarivo. Les vazimba sont réputés être de petite taille, pourtant, Rapeto est un géant très fort. Sa tête toucherai le ciel et chacun de ses pas l’emportait à des dizaines de lieues. C’est simple, il cuisine sur une colline, se retourne et mange sur une autre.
Si l’existence historique de Rapeto est très plausible, les exagérations sur sa taille et sa force sont assez amusantes. Un gros trou dans une roche et c’est la trace du pied de Rapeto. Tout ce qui ressemble à un outil, un meuble, une ustensile géante, par paréidolie, et c’est la chaise  de Rapeto,
Cela me fait penser à l’histoire du Goliath de la Bible ou à Heraclès. Ils ont existé, peut-être mais leurs exploits sont sujets à controverse. Les vazimba étaient  un peuple de petite taille. Rapeto, le plus grand d’entre eux, devait être une curiosité ou même une légende vivante. C’était le moyen-âge malgache et beaucoup de choses circulaient de bouche à oreille. C’est si facile par ce biais d’amplifier l’information, la déontologie du journaliste n’était pas applicable.
Ibotity
C’est le philosophe de la liste. C’est un jeune homme qui se dit le plus fort parmi tous. Un jour, il était sur un arbre que le vent a fait pencher. Il en est tombé et s’est brisé la jambe (lien en malgache, lien en anglais). Il dit alors que seul  l’arbre est plus fort car l’arbre a brisé la jambe d’Ibotity. Mais c’est le vent dit qu’il a fait penché l’arbre, donc, il est le plus fort. Et ainsi de suite pour la montagne qui a dévié le vent, la souris qui a creusé dans la montagne, le chat qui mange la souris jusqu’à Dieu créateur.
Le monothéisme des malgaches date de longtemps. Les arabes ont d’abord apporté Allah mais on croît que les juifs ont aussi prêché Yaweh avant que les premiers missionnaires chrétiens ne viennent. Pour ces derniers, l’histoire d’Ibotity si elle a existé avant a dû être une aubaine pour expliquer que ce Dieu si fort est le Dieu chrétien lui-même.
Imbahitrila, Silakolona, Iboniamasoboniamanoro
Imbahitrila et Silakolona sont deux personnages qui ne font qu’un. En effet, ils sont tous les deux  à moité homme, à moitié arbre comme leurs noms l’indique. Ce personnage montre que l’intelligence permet de surmonter le handicap physique. Ils parviennent à battre leurs grands frères dans un tournoi, ou bien un ennemi ou une sorcière selon le conte en usant de magie et d’intelligence et héritent ainsi du royaume ou du bien de leurs parents.
Ibonia-quelque-chose (lien en français) que l’on contracte en Ibonia (c’est déjà assez dur pour les francophones) est juste un simple prince mais qui a à peu près la même histoire que Imbahitrila et Silakolona, le handicap en moins. Au contraire, il est vif, intelligent et très fort.
Le prince Imbahitrila (ou Isilakolona ou Ibonia) utilise la magie.Toujours, c’ést pour semer ses ennemis. Et comme dans tous les contes malgaches, il transforme une tige de bois en forêt, un œuf en lac et une pierre en montagne. Je ne vais pas chercher la signification de ces sorts mais la formule magique utilisée est « raha andriandray aho, raha andrian-dreny » – Si je suis fils de andriana (prince) et fils de andriana (princesse). Ce qui signifie que le fait d’être andriana de sang pur lui conférait tout son pouvoir.
Ces contes datent de la période des royaumes à Madagascar. Il y avait la caste des andriana (prince) qui régnait sur le reste. Comme souvent, les contes et légendes ont été un moyen de véhiculer des propagandes afin de mieux déifier les dirigeants. Jusqu’à aujourd’hui, beaucoup de malgaches vénèrent les anciens andriana comme des saints, leur demandant aide et protection et en leur offrant des sacrifices. Beaucoup craignent encore les andriana, enfin … leurs descendants, du fait qu’ils soient « masina » (sacrés) et de ce fait tout mal fait sur eux n’est jamais impuni, dans cette vie et dans l’au-delà.
Tsingory le danseur
Tsingory est un jeune homme qui danse tout le temps(lien en français) et il est très bon danseur. Mais en malgache on dit « qu’un chant sans accompagnement n’est pas beau et une danse sans musique n’est pas bon ». Quand il a su que le roi avait un oiseau chanteur des plus talentueux, il n’a pas résisté à la tentation de le voler en pleine nuit. Malheureusement, dans sa précipitation, il tue l’oiseau. Le roi l’a découvert au matin. les gardes lui ont rapporté que c’est Tsingory le coupable et ce dernier s’est enfui. Le roi envoya son armée pour arrêter Tsingory alors que ce dernier a été caché par sa mère dans une natte. Le roi fit alors jouer son orchestre sachant que Tsingory n’allait pas résisté à son envie de danser. Et il avait raison car après s’être retenu du mieux qu’il pouvait, Tsingory bondit hors de sa cachette pour executer le plus beau solo de danse qu’on ait jamais vu.

 Ikotofetsy et Imahakà

Je vous ai réservé le meilleur pour la fin. Ce sont les mystérieux Ikotofetsy (Ikoto le rusé) et Imahakà (Celui qui rend hagard). Ce sont les héros d’une série d’aventures et de mésaventures (lien en français) durant lesquelles les deux compères usent et abusent de leur intelligence ou plutôt ruse, leur mesquinerie et leur fourberie pour tromper, voler, dévaliser les gens. Plus c’est injuste, mieux ça marche.

Cela commence avec la rencontre entre les deux personnages. L’un attrape un corbeau, le met dans un panier et va au marché pour le vendre en tant que poulet bien gras. L’autre de son côté façonne une bêche en terre cuite qu’il peint en couleur métallique. Se croisant sur la route, les deux décident de faire du troc, ce qui était la transaction la plus courante en ce temps là. En découvrant, chacun chez soi, qu’il s’est fait roulé, les deux se sont cherché pour se féliciter l’un l’autre et s’associer. Et c’est ainsi que commença toute l’histoire.

Ce sont les personnages préférés des malgaches. On en fait des livres, des bandes dessinées, des séries dessins animés, des chansons, à quand le film?

Le succès de ces deux personnages m’intrigue toujours. La cruauté de leurs actes ainsi que l’impunité dont ils bénéficient jusqu’à la fin indique que les valeurs malgaches sont loin des « bien mal acquis ne profite jamais », « qui sème le vent récolte la tempête » des français ou des valeurs bibliques apportées par les chrétiens. Est-ce qu’au fond, cela signifie que les malgaches ont réussi à garder de leurs propres valeurs malgré la colonisation et l’évangélisation?

Cette valeur dont je parle c’est dans l’adage « ny hery tsy mahaleo ny fanahy » – la force ne l’emporte pas sur l’esprit. Le malgache est intelligent, enfin … il le croit. Il est surtout rusé. il suffit de compter les mot « intelligence » de cet article pour comprendre que c’est ce qui est inculqué aux petits enfants malgaches.

Ce que je déplore c’est que malheureusement, l’intelligence des malgaches est égoïste. Faites attention si vous êtes étrangers dans ce pays ou si même si vous changez de région, il y a plein de Ikotofetsy. Le prix affiché de 1 000 Franc Malgache deviendra 1 000 Ariary (5 fois) pour le vazaha (étranger);  le smartphone que tu achète dans la rue se transformera en savon taillé sous la housse de téléphone; 5 kilos de riz sur la balance sera 4,5 kilos à la maison.

Heureusement, il n’y a pas que le fanahy -esprit. Il y a aussi le fihavanana – les relations ; le tsiny  – les fautes etc… car ne croyez pas qu’il n’y a que des Ikotofetsy chez nous.

Trimobe, Ikotobekibo, Ifaramalemy, Isilakolona, Ibahitrila, Ibonia, Ibotity, Rapeto, Ikotofetsy, Imahakà, et les autres ne se sont battus que pour eux-même ou au plus pour leurs familles. On manque d’un héros national.

Voilà, ce sont les personnages les plus célèbres que je connaisse. Je n’ai pas encore parlé des animaux. Peut-être une prochaine fois. Mais il y en a d’autres qui sont moins connus par tout le monde et surtout par moi-même et c’est à vous de les découvrir.