Andriamialy

#madagascar , #madatondradrano #madasousleau ou #madaflood

Certains internautes malgaches viennent de lancer le hashtag #madaflood ou #madatondradrano que l’on pourrait traduire par #madainondation. En effet, depuis plusieurs semaines, la capitale Antananarivo et d’autres parties de l’île sont victimes de la montée des eaux. Ceci est, donc, une alarme à qui peut entendre.

Oui, il nous faut un « vonjy rano vaky » (litt. sauvetage sur une digue rompue, sens : aide d’urgence). Parce que le redouté tondra-drano ( #tondradrano) est en train de tuer en ce moment dans la capitale de Madagascar.

L’heure n’est pas aux accusations pour dire qui est responsable. On sait bien qu’il y a le réchauffement climatique. Mais comme on dit « Sira latsaka an-drano ka tsy himpody intsony! » (Le sel tombé à l’eau ne revient plus). Ce qui veut dire que nous, être humains avons passé beaucoup de temps à polluer notre atmosphère. Maintenant, il est temps de faire face aux conséquences. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est de définir une politique pour, d’une part, freiner ce phénomère et d’autre part, pour se protéger de ses effets néfastes. Et à Madagascar, c’est là que le bât blesse.

Tant de fois, par exemple, des personnes, politiciens, écologistes, ou simples citoyens ont dénoncés, combattus les remblayages sauvages des parties basses de la plaine d’Antananarivo. Je dis sauvage parce que, naturellement, de part le monde, l’urbanisation est un phénomène inarrêtable. Mais pour éviter les drames, il faut bien faire les choses. C’est peut-être un « vaut mieux tard que jamais » mais heureusement, les autorités commencent à mieux surveiller ce genre de travaux et même à intervenir pour les arrêter. Mais les remplayages n’expliquent pas tout. C’est une vision générale qui manque. C’est tout le projet d’urbanisation d’Antananarivo qui est à remettre en cause. Et ce projet, cette vision, doit provenir des politiques mais doivent être inculqués à tout un chacun car c’est tout le monde (façon de parler) qui construit n’importe comment, qui pollue, détruit les infrastructures, etc. Souvenez-vous que « Miriorio foana ny angidina fa any anaty rano ihany no iafarany » (La libellule volète partout mais à la fin, elle revient à l’eau).

Alors, je vais être bref pour mon article. Il est temps, comme je l’ai dit au début, de se secourir, de se donner la main. Même si on ne peut faire qu’une petite action, c’est toujours important. C’est pour cela que ces internautes que j’ai cité plus haut lancent des hashtags. Cela ne se mange pas, cela ne couvre les sinistrés pas mais c’est ce qu’ils peuvent faire. En faisant pareil, on va rendre positif l’adage « Ny erikerika mahatondra-drano » (Les crachins peuvent amener une inondation) quand de petites actions peuvent, ensemble, déplacer les montagnes.

Mais après, quand on passera en hiver austral, froid et sec, on ne fera pas de cette saison de pluie un « ririnin-dasa tsy tsaroana » (Un hiver passé déjà oublié). On ne va pas répéter toujours les mêmes ereurs et continuer à boucher les canaux, remblayer les plaines, bâtir en terre ou en bois près des digues, ne pas entretenir les murs de soutènements, ne pas entretenir les routes, et toutes ces idioties qui sont, au final, mortelles. On ne va pas condamner déjà les dizaines de tananarivéens qui mourront noyés ou écrasés par la boue ou éléctrocutés en 2016 parce qu’on ne fera rien pour changer les choses. Car, « Aleo misoroka toy izay mitsabo » (litt. Mieux vaut prévenir que guérir).


10 vidéos malgaches (et 100 autres liens) de ma liste des chansons parfaites

J’aime la musique. J’en écoute à longueur de temps : dans la rue, au boulot, parfois toute la nuit. Et j’écoute de tout et comme certains me le disent aussi, du n’importe quoi. Peut-être que c’est vrai, mais quand même, je me défends souvent en répliquant que ce que je recherche, c’est la bonne mélodie, qu’importe les paroles. Et parfois, je trouve que certaines chansons sont simplement parfaites.

Ce que j’appelle la chanson (parole et musique) parfaite, à mes oreilles, c’est d’abord celle qui commence par un thème banal ou non mais qui ensuite se développe d’une manière tellement logique que l’on devinerait presque la suite jusqu’à la fin dès la première écoute. Et oui, là, je peux faire référence à du Mozart mais je n’ai pas le temps de tout expliquer comme dans ce lien de blog . Mais, en plus, il faut qu’elle soit esthétiquement irréprochable. Je ne veux pas dire qu’il faut des structures bien carrées comme Bach l’aimerait selon la légende. J’aime, au contraire les rhapsodies. Mais même si le compositeur va dans ce sens, il faut que le tout reste beau. Et puisque de l’esthétique, il n’y a pas de loi, je dirai qu’il faut que la chanson parvienne dans les conditions optimum : haute qualité de son, chaine ou casque Hi-fi, silence complet autour, position semi-allongé, lumière tamisée, aucune pensée négative, yeux mi-clos, respiration calme…je me perds. Je disais donc, qu’il faut que la chanson, écoutée dans ces conditions parvienne à vous faire atteindre l’orgasme auditif que seuls les malades de mélomanie connaissent.

Je ne peux, pourtant pas, vous partager les 400 morceaux ou plus de ma playlist. Je dirai comme exemples qu’il y a de la musique classique comme  Miserere de Allegri, Domine Jesu Christe de Mozart, Que ma joie demeure de Bach, Habanera de Bizet que j’écouterais en boucle toute la journée sans problème (L’amour est un oiseau rebelle…). Il y a aussi de vieux morceaux comme Someone to watch over me,  Georgia on my mind, Wonderful world ou La vie en rose. Je trouve aussi que beaucoup de chansons de Brassens sont parfaitement bien écrites et Ceux qui ne pensent pas comme nous sont des cons. Et rapidement dans la même catégorie : La chanson des vieux amants, Les feuilles mortes , La bohème ou Le poinçonneur des Lilas. De l’anglophone avec Something, How deep is your love,  Hotel California, Loving You, The boxer , Morning has broken ou Bohemian Rhapsody. Je ne suis pas si vieux! Il y a aussi du Hip Hop de ma jeunesse : Changes de Tupac ou Try again de Aaliyah sont incontestablement des morceaux immortels. Mais dans mon adolescence, j’affectionnais le Ragga Muffin avec par exemple le Tease me de Chaka Demus and Pliers, Mr Loverman de Shabba Ranks, l’inusable Boom Shack-A- Lack d’Apach Indian ou le réutilisable I like to move it des Real 2 Real. J’affectionne aussi la musique sud américaine et surtout le Bossa Nova. Coisa Mais Linda ou Pecado en revassant au bord de la mer, c’est le pied. Je ne parle plus de tous les morceaux de Bob Marley ou de Michael Jackson. Et bien sûr, il y a des chansons nouvelles qui méritent d’être qualifiées (par moi) de parfaites. Vous les connaissez déjà très bien et sachez que je les écoute aussi, pour certains, les Sean Paul, Black e=Eyed Peas, Beyonce, Pharrell Williams, John Legend, Milky Chance et les autres. Ce ne sont que des exemples.

Voici, maintenant, 10 exemples de chansons malgaches qui, pour mon avis personnel, peuvent être considérées comme parfaites. Ce n’est, donc, pas un top 10 et il n’y a, je pense, pas de gloire à être dans ma liste de lecture. Je vais, en quelque sorte partir des chansons anciennes vers les plus récentes. Et la limite de 10 que je me suis imposé va faire que certaines chansons, peut-être plus belles ne seront peut-être pas listées. Je m’en excuse d’avance mais entre les vidéos, je vais mettre beaucoup d’autres liens youtube ou autres.

Notez que la chanson est chantée jusqu’à la fin puis répétée quelques tons au-dessus. Cette chanson « Nosy tanindrazako » (Mon île, terre de mes ancêtres), comme une deuxième hymne nationale est une prière pour la patrie (ou matrie en malgache). Je vous ai choisi la version avec le légendaire Ludger Andrianjaka.

https://www.youtube.com/watch?v=JNQqp0HYlZ8

Mifankatiava ihany (Aimons-nous encore, tant qu’on est vivants). C’est la chanson qui se chante dans toutes les fêtes : mariages, réunions de famille. Seul Ba-gasy de ma liste, elle représente les centaines de morceaux caractéristiques et fiertés de la musique traditionnelle malgache. Ce sont peut-être les premières compositions malgaches non religieuses à être écrites et c’est normal que beaucoup de ba-gasy montrent de la rigueur. Il suffit, alors qu’ils soient assez beau pour que ces morceaux passent les générations. Allez, cadeau ce lien vers vorom-potsy (oiseau blanc) et ses accords mineurs si mélancoliques. Voici aussi une chanson à la forme d’opérette : Adin’ankizy (querelles d’enfants).

https://www.youtube.com/watch?v=e_6zoJKZn40

Logiquement, je vais vous parler du vakodrazana . Je ne me lasserai jamais d’écouter n’importe laquelle de ces oeuvres. En effet, ce spectacle, proche de l’opérette contient une mélodie simple, répétitive et bien ornée par de la musique souvent improvisée, une jolie danse asiatique codée voire martiale,  et les paroles qui sont des récits ou des conseils pleins de leçons et d’humour visant à éduquer les jeunes et les moins jeunes. Ici, c’est le « Mpivaro-kena sy mpivaro-damba » (le boucher contre le mercier) où les chanteurs comparent tour à tour les avantages et les inconvénients pour une jeune fille d’accepter pour époux un vendeur de viande ou un vendeur de tissus.

Et donc, tout ça, à la base serait un rythme ternaire 12/8 qui est commun à l’Afrique de l’Est et aux iles de l’Océan Indien. A Madagascar, il y a une syncope provoquée par un deuxième temps qui presque partout dans le monde est faible mais dans notre musique, elle est appuyée. Ce rythme est le Salegy. Voici « Torine » (prénom tirée surement de Victorine) de Hazolahy qui est un tube à Madagascar malgré qu’il n’y ait que des instruments traditionnels. Mais bien sur, il y a beaucoup d’artistes Salegy : Vaiavy Chila, Fandrama, Jerry Marcos, Toto Mwandjani sont quelques noms déjà très connus. Ici, je peux faire un hommage à Docteur JB et Rasoa Kininike qui nous ont déjà quitté. Cette dernière, mal connue dans les villes aurait ratissé les campagnes où elle remplissait toutes les plus grandes salles et les stades et ce n’est qu’à sa mort que l’on s’est rendu compte de son extrême popularité . Mais le Salegy fait son petit bonhomme de chemin. Toto Mwandjani peut même vous donner des cours de guitare dessus. Hery Puissance avec son « Aza omena pi » (ne lui donnez pas de l’alcool) me fait toujours autant rigoler.Tsiliva avec son titre éponyme a popularisé une version très rapide du Salegy : le Kilalaky.

https://www.youtube.com/watch?v=Rab_wgQcS-8

Et comment parler de Salegy sans mentionner le roi jaojoby. Mais cette fois-ci, c’est une version ralentie de cette musique, le Malesa que Jaojoby présente dans ce vieux clip e « E! Tiako » (Eh, toi que j’aime)

https://www.youtube.com/watch?v=tVuWjV6yomQ

Tout autre chose. Voici un autre chanson que tous les malgaches connaissent : « Hanaraka anao » (Je te suivrai) de Mahaleo. Il suffit que vous voyez l’Olympia (salle de spectacle parisien) rempli à ras-bord dans le clip pour vous imaginer qu’à Madagascar, et ce depuis un demi siècle, ce groupe remplit des stades. Je ne peux pas m’empêcher de donner d’autres liens comme vers Raha manan’elatra (si j’avais des ailes) ou hay hay hay(alors donc!).

Et j’ouvre avec cela la grande parenthèse sur ce qu’on appelle ici le Folk gasy. Dans la période 1970-1990, tellement de bon morceaux nous ont bercé dans un style bien malgache mais prenant des inspirations dans la musique française (Brassens, Brel), américaine (Folk, country) et latine (tango, Bossa Nova, Cha cha cha, etc.). Ces artistes sont Lolo sy ny tariny, Tselonina, Mireille, Levelo, Ifanihy et les autres. Et les titres qui me viennent rapidement à l’esprit sont zakarandah (Jacaranda) , Any alavidavitra any (…indray mba mitady, vas donc chercher plus loin) , le « suicidaire s’abstenir » Misy kalo ,version Fara Gloum (Il y a des chansons), Iangolao vaitra (Boudes beaucoup!), Ireny saofera ireny (Ces chauffeurs),  ou Ravaomaria (c’est un nom de femme). C’est toujours sur la même vague que les chanteurs comme Eric Manana ou les Feo Gasy, Kolibera, Telo Fangady, etc. continuent de surfer. D’Eric Manana, en parlant de lui, j’aime beaucoup de morceaux dont Fitiavana Kely (Petit amour), Mila Rano (Besoin d’eau), Tsy afa-bela (…aminao, Jamais quitte de toi) et le récent Izay ratranao dia feriko (tes blessures sont mes plaies)

Le style Kaiamba a eu son essor dans cette période également. Les chansons kaiamba sont devenus aussi incontournables dans tous les playlists et les jeunes ont repris le flambeau puisque quelques jeunes sur la palissade avec une guitare, aujourd’hui, ça doit chanter du Mahaleo, du Lolo et du Kaiamba.(Oui, oui, maintenant, il y a du Félicien également, je veux dire du Théo Rakotovao). Mais revenons à nos Kaiamba. Et, au hasard, voici quelques titres incontournables : Kotrobaratra (le tonnerre) , Anjarantsika roa (notre destin à tous les deux), Afom-pitiavana (le feu de l’amour), sipa voadona (une fille traumatisée). Tiens, cela me fait penser que j’écoute aussi beaucoup de Clo Mahajanga : Fialonana (La jalousie), Tora-bato miverina (boomerang), ou Tongava mifona (viens demander pardon), sont quand même super bien faites.

Je voulais parler de Solo Andrianasolo, de Rija Ramanantoanina et de Lalatiana qui nous ont régalé pendant des années avec des morceaux jazzy. De leur temps, qui ne connaissait pas Hay ve ka nisy (…raozy nokoloinao tamiko, Je ne savais pas que tu as planté une rose en moi) ou Raha tsy ho ahy (…irery ianao, si tu n’es pas pour moi seul) de Rija? Et si aujourd’hui ces morceaux sont encore au top, c’est qu’ils sont très très bien. De Lalatiana, il faut juste évoquer Avelao (…aho , Laissez moi) ou Tsiaro anao (Souvenir de toi) et déjà les connaisseurs chantonnent.

Ici, la vidéo c’est Isaky (Chaque fois),  composition de Bessa, ce qui fait aussi le quota de Bessa (suivez le lien pour la recherche google), cet immense compositeur dans ma liste.

https://www.youtube.com/watch?v=M6bBNZdpSys

Henri Ratsimbazafy est aussi un immense compositeur malgache. Et même si j’apprécie ses ba-gasy et ses chorales, je trouve ses compositions de variétés vraiment toutes extrêmement abouties. Et c’est l’occasion d’énumérer quelques autres chansons de variétés malgaches qui traversent les années sans aucun souci et que moi, j’aime beaucoup. Il y a les tubes de Njila, Raha hiverina (…aho, Si je reviens), Ilazao (…ny famonjena, Dis-leur le sauveur), Sasa-miandry (fatigué d’attendre), et les dizaines d’autres. Personnellement, je préfère Izahay sy Malala (Moi et ma bien aimée) et Aleo izy ho any (Qu’elle reste là-bas!). Et, donc, on peut aussi citer les Poopy, Bodo, Landy, Haingo, Johary, etc. Tiens, voici le lien pour le Raha nofy (Si c’est un rêve)version Poopy et Njakatiana,ce qui me dispensera de chercher un tube du mondialement connu Njakatiana. Ah si! il faut mettre Mivoleza (Changes!) avec Parson Jacques, quelle chanson! Et Misy antony (Il y a une raison) de Haingo avec Lalatiana. Alokao de Johary est juste sublime. J’ai failli oublier la chanson d’amour du siècle dernier à Madagascar 1+1=1  (pas besoin de traduction) de Poopy, Mbolatiana et Ricky, le ménage à 3 le plus écouté en ce temps-là. Il y a avait des gars, parce qu’il n’y avait que des cassette audio de 60 ou 90 minutes, ils avaient enregistré cette chanson, rien que cette chanson, pour remplir les deux faces de la cassette afin de l’écouter en boucle toute la journée.

https://www.youtube.com/watch?v=ciSYRVY9vsU

« Eny sa Tsia » (Oui ou non) vocifère le jeune Mirado, chouchou des ados malgaches. Le rock malgache, cela vaut ce que ça vaut. Je trouve, seulement, que les morceaux de slow rock sont les meilleurs. Slow Rock, selon mon Yamaha PSR 270 (puisqu’il n’y a pas de page wikipédia dessus) est une sorte de Rock ‘n Roll au ralenti. Mais pour moi, ce sont de bon slows sur une orchestration rock ou hard rock et c’est une matière parfaitement maîtrisée par les artiste malgaches . Les exemples de liens : Mosoara (mouchoir) de Iraimbilanja, Fitia nindramina (Amour emprunté) de Kiaka, Dila (Partie) de Apost, Tsy irery ianao (Tu n’est pas seul) de Dillie, Maratra ambom-po (Fierté blessée) de Mage 4, Leo (Ecoeuré) d’Ambondrona et j’ajouterai Efa voatondro (C’est le destin) de ‘Zay puisque Zay est aussi rock qu’autre chose et l’autre chose c’est du Zay.

https://www.youtube.com/watch?v=gVTenm59h94

Terminons dans le slow avec Mahatsiaro (Se souvenir) de Stéphanie. Vous comprendrez que je préfère les chansons douces aux rythmes endiablés. Stéphanie Tsakarao est une chanteuse du Sud de Madagascar. Cette région produit régulièrement des stars comme Tsimihole, Salala ou Koike. Salala a été célèbre en reprenant a capelle le ba-gasy « Ny lanitra mangamanga » (Le ciel bleu) des Antsaly avec Olombelo Ricky mais les connaisseurs savent que leur chef d’oeuvre s’appelle Goa Naho Kepeke.

Ce clip de Stéphanie, le plus récent de ma liste est aussi le représentant de toute la nouvelle génération. Certains de ces nouveaux artistes font de belles chansons. J’avoues que je ne connais pas tout. Parfois, je me perds quand ils font de la musique occidentale, africaine ,américaine ou caribéenne en changeant la prononciation du malgache pour que cela sonne différemment. De toute façon, dans quelques années, on verra qui vont rester dans ma bouche et dans mon coeur comme ces quelques derniers morceaux : Efa eto (Je suis là) de Do Rajohnson, Rava (Détruit) de Samoela, les raps  Diam-penina (Tes écritures) de Spy-D, Tam mbola kely (Quand on était petit) des 18,3 ou Misaotra (Merci) d’Agrad.

Voilà mes 10 vidéos. Ce n’est pas assez pour vous montrer toutes les chansons malgaches qui m’ont marqué, c’est un aperçu. Je répètes, ce n’est pas un top 10 mais juste un petite reflet de ma liste de lecture. J’espère que cela vous a permis de (re)découvrir des talents malgaches.


Nouvelle : l’intérieur

Quand A’ri s’est réveillé ce matin, les yeux dans les lumières étoilés des trous de son toit, il avait l’esprit brumeux. Tout se mélangeait dans sa tête. Il se sentait perdu, sa tête tournait et il transpirait. Il lui a fallu un long moment avant que tout ne redevienne clair.

A’ri se souvient. Cette nuit n’était qu’un rêve : le tigre, les éléphants, les macaques qui le poursuivaient dans la forêt, les filles qui dansaient, les soldats qui s’entretuaient, la pirogue qui se balançait, et la pluie qui ne cessait. Pourquoi fuyait-il sans ses parents? Ses parents lui tendaient leurs mains. Mais leurs visages étaient flous et on lui a dit de courir, vite. Ses pieds étaient si lourds. Quand il s’est réveillé, il était plus fatigué que la veille. Mais c’est une journée nouvelle qui l’attendait.

A’ri est sorti de sa case. Il regarde le petit village au bord de la mer. C’était le même. C’était la même rangée de petites maisons. C’était la même façade océanique, la même épaisse forêt qui domine à l’arrière, les mêmes enfants qui jouent le matin comme il faisait dans l’Ancien monde. Mais A’ri voit plus loin, en bas, le premier campement. C’est le témoin que, A’ri n’est pas né ici. Il est parti de chez lui il y a très longtemps. C’est là qu’ils ont débarqué après des mois sur la mer quand A’ri était un petit enfant. Il voit les immenses pirogues renversées qui ont servi de toit et quelques meubles en bois pourris qui ne tiennent plus debout. C’est là qu’ils ont passé une année entière à se battre pour survivre. Il a fallu construire de nouvelles pirogues, plus petites et plus nombreuses. Il a fallu aux hommes étudier l’océan, trouver les zones de pêche, éviter les pièges. A’ri et les siens ont mal vécu cette année où ils n’ont pas mangé de riz, car il fallait créer les rizières et planter les graines qu’ils ont gardées comme des trésors. Mais ce n’était pas le plus dur.

Le danger venait de la forêt. A’ri connaissait sa forêt. Mais celle-ci était différente. Dans les arbres, des monstres énormes aux yeux des démons épiaient la nuit. Certains garçons ne revenaient pas de leur chasse, attaqués par ces monstres. Car A’ri et ses amis chassaient depuis qu’ils ont atteint l’âge de décider. Mais il n’y a avait aucun buffle, aucune antilope, aucun animal assez grand pour nourrir le village lorsque la pêche était impossible sauf des oiseaux géants. Et il fallait s’adapter pour les attraper tant ils courent vite entre les branches. Des sortes de macaques sautillaient dans les arbres. Certains étaient agréables à voir, mais il fallait toujours s’en méfier et ils ne se mangent pas. Des serpents et des reptiles énormes rampaient aussi dans le sol humide. A’ri a toujours eu peur des serpents même si, ici, ils ne semblent pas être dangereux. Dans l’eau de la rivière, il y avait d’autres monstres encore plus terrifiants que dans la forêt. Et il y avait aussi des hommes.

A’ri se souvient toujours de la première fois où il a vu l’homme de la forêt. Ce dernier tapissait dans l’ombre en train d’épier le village quand A’ri l’a vu de dos. C’était un petit homme puissant et trapu, à la peau rayée verte et noire. Il était vêtu de feuilles et avait une sagaie en bois à la main. A’ri n’a pas su quoi faire. Il avait peur, il était surpris et lorsque l’homme s’est retourné, il lui a fallu le temps d’un souffle pour disparaître sous les feuilles. Il ressemblait à l’être décrit dans les contes du vieux du village mais il semblait plus habile et plus intelligent que ce qu’il a décrit. Mais tout cela est loin maintenant. Depuis, ils ont découvert quelques villages, des campements près de la côte et à l’intérieur des terres. Ce n’était pas une île déserte comme on le pensait. Certains étaient amicaux, d’autres se sont défendus et sont devenus des ennemis. C’est pour cela que le village a été transféré plus haut et a été clôturé de la sorte. Le plus bizarre c’est que, A’ri n’a plus revu l’homme de la forêt et personne parmi les habitants de la forêt ni près de la rivière n’a pu lui donner des indices sur lui.

Près de la source de la rivière, ils ont découvert un peuple adorable. Ils sont pacifiques et ils connaissent très bien la forêt. Leur langage était inintelligible et il a fallu longtemps avant qu’ils ne sachent parler de la même manière qu’A’ri. Mais ils ont aussi donné beaucoup de noms nouveaux de plantes, d’animaux, de pierres. Depuis, les deux peuples s’entraident et par le mariage, certains sont entrés dans la famille. A’ri, lui-même a pris comme épouse une fille de ce village. S’il n’y avait pas les ennemis et les dangers de la forêt et de la mer, A’ri se serait cru dans le paradis que sa mère lui a décrit dans son enfance.

Mais ce matin, A’ri sait que c’est le grand jour. Il a entendu du peuple de la rivière que cette terre n’est pas une île. Il y aurait des personnes qui ont marché à l’intérieur vers l’Ouest pendant un mois et qui n’ont vu qu’une forêt, belle, nouvelle, immaculée à perte de vue sans jamais voir le bout de la terre. Cette information a trotté longtemps dans la tête de A’ri. Cette forêt peuplait ses rêves et ses cauchemars. L’inconnu l’attirait et le brûlait de l’intérieur comme un feu de bois et aujourd’hui, il allait assouvir sa soif et allait explorer l’intérieur du pays.

A’ri n’a jamais su pêcher. Même si son père était un grand pêcheur, ses parents étaient morts avant le grand voyage et il n’a jamais eu de maître pour lui enseigner cet art. Il sait par contre très bien chasser et il aime la forêt plus que tout autre endroit.

Mais aujourd’hui, il a l’âge de partir. A’ri sait que pour lui, c’est le meilleur choix. Ils sont quelques-uns à avoir eu cette idée. A’ri et sa femme, des amis de son village et d’autres jeunes du village de la rivière se sont réunis depuis quelques temps et ont tout préparé : les vivres, les armes, les outils, les graines de riz et tout le reste.

Bien sûr, ils ont reçu la puissante bénédiction des anciens. C’est un honneur et même une obligation de pouvoir créer un nouveau clan et cela n’est jamais arrivé depuis le débarquement. A’ri, l’orphelin comme certains l’appelaient est maintenant prêt à devenir un homme. « Ne va pas trop loin », lui dit sa tante et tutrice « et reviens nous voir de temps en temps ». Mais A’ri et ses amis ont d’autres ambitions. Ils veulent partir loin, le plus loin possible.

A’ri sait que devant lui c’est l’inconnu. Mais lorsqu’il part ce matin sans se retourner, son chemin est éclairé par le soleil. Il sait qu’il fait ce qu’il y a à faire. Il repense à la mer de forêt qu’on lui a raconté. Il s’imagine explorer cette immensité parcelle par parcelle et découvrir de nouvelles choses, des merveilles, des trésors. Il en mourra peut-être sans jamais être revenu sur ses pas et dans des siècles, personne ne saura qui il était, mais tous ceux qui profiteront de cette île, alors, seront des témoins qu’il a un jour existé et qu’il est venu sur ces terres pour trouver le bonheur.


Madagascar, pays le plus beau, le plus pauvre, le plus heureux, et puis quoi encore?

Dans le monde entier comme à Madagascar, les statistiques et les chiffres prennent le pouvoir. Sondages, classements, data journalisme, indices et autres envahissent le net, les journaux et les médias, les bureaux et les administrations. Mais que sont ces chiffres ? Faut-il leur faire confiance ? Et comment les utiliser ?

photo : Madagascar demography, wikipedia

Des chiffres accablants et des classements loufoques

Sans surprise, les classements les plus récurrents concernent la pauvreté de Madagascar. Selon certaines données, ce pays est parmi les derniers concernant le PIB et le RNB, dans le classement FIFA, etc. . D’autres données indiquent qu’il fait partie des  pays les plus pauvres. Quelle que soit la formulation, ces chiffres sont désespérants. A cela, il faut ajouter les évaluations de la sécurité, de risques sanitaires qui découragent les visiteurs. Il y a les risques élevés pour les investisseurs lorsque les statisticiens calculent les probabilités de crises politiques, sociales. Des perspectives peu reluisantes, en somme.

Mais tant de fois on a pointé du doigt cette vision basée sur des chiffres subjectifs comme le PNB ou sur des estimations basées sur des paramètres non quantifiables qui amènent à des conclusions pessimistes. Ainsi Madagascar était le deuxième pays au risque de coup d’Etat le plus élevé en Afrique en 2014, mais nous l’avons tous constaté, il n’y a pas eu de coup d’Etat. Il y a aussi des classements alternatifs dans lesquels l’île fait bonne figure.

Ainsi, Madagascar serait un pays parmi les plus « happy » de la planète. Et si on vit tous les jours avec les Malgaches; lorsqu’on les voit sourire et on les entend rire à longueur de journée, malgré la pauvreté, on se demande si ce classement n’est pas quand même un meilleur reflet de la réalité. Et voilà que les WCA (World Countries Awards) auraient décerné pour cette année tous ces principaux titres à Madagascar et aux Malgaches :

  • Pays le plus beau du monde : Madagascar
  • Capitale la plus belle du monde : Antananarivo
  • Meilleure cuisine du monde: cuisine malgache
  • Peuple le plus aimable de la planète: les Malgaches
  • Gens les plus drôles et intelligents sur terre : les Malgaches
  • Hommes les plus charmants : les Malgaches
  • Femmes les plus ravissantes : les Malgaches
  • Humains les plus humbles de la planète : les Malgaches

N’est-ce pas pathétique…

Croire ?

Moi, cela fait longtemps que je n’ai plus eu de réaction émotionnelle face aux chiffres sur Madagascar. Lorsqu’on me dit que je suis pauvre parce que je n’ai que 2 dollars par jour dans mes poches, je pense que cela peut me suffire à Madagascar. Et si au contraire, on m’assure que la vie ici est rose, je souris simplement parce qu’il n’est pas difficile de prouver le contraire. Cela fait un temps que je ne laisse plus couler plus mes larmes pour les plantes et animaux que les traitres à la nation déciment à des fins commerciales. Je ne m’étonne même plus qu’un Malgache puisse avoir dissimulé des centaines de millions d’euros en Suisse et « grâce à lui « et d’autres nous sommes à la 92e place d’un autre classement, celui de la honte.

Bien entendu, lorsqu’on fait des statistiques, le résultat est toujours une moyenne, un pourcentage, une courbe, un classement. Il est difficile d’en faire l’interprétation dans la vie quotidienne. Si 80 % des Malgaches sont pauvres, je ne peux pas l’appliquer à mon corps et dire que mon tronc et mes membres sont pauvres tandis que ma tête est riche, si ma tête fait 20 % de mon corps. Et chez d’autres Malgaches, la richesse serait d’autres parties du corps. Ce sont des études faites à partir de données recueillies sur un échantillon plus ou moins large. Aujourd’hui, j’ai 35 ans et je ne me souviens pas avoir été interrogé par des enquêteurs sur mon niveau de vie. Sûrement, il y a des moyens plus discrets de recueillir des informations, mais quand on sait qu’aucun résultat d’élection à Madagascar n’a jamais été contesté, lorsqu’on s’étonne que le gouvernement sorte un taux d’inflation à 6,1 % alors que le panier de la ménagère ne cesse de devenir de plus en plus cher, comment croire que toutes les données qui sont remontés reflètent exactement la réalité ?

Je n’irai pas à dire qu’il ne faut pas croire tous ces chiffres. Il faut savoir relativiser et aussi se dire que ce ne sont que des chiffres, la réalité offre plus de sensations.

Et aussi

Les mauvais résultats ne sont pas des fatalités. Même si, malheureusement, on a pris l’habitude d’entendre les pires chiffres sur notre pays, rien ne dit qu’ils resteront comme tels pour toujours. Alors tout ce qu’il est possible de faire est le bienvenu pour changer les choses. Le contraire, c’est-à-dire, subir la honte à longueur de temps sans broncher, sans vouloir prouver qu’on mérite mieux s’appelle du masochisme.

De l’autre côté, on ne peut pas se satisfaire de classements flatteurs quand on a le ventre vide. Je me souviens d’un ancien slogan d’une entreprise locale qui disait : « Nous n’avons pas de palace, mais notre nature est 5 étoiles ». Bah, ce n’est pas pour autant que je dormirai au milieu de la forêt vierge sans moustiquaire.

Mais on n’a pas besoin de chiffres pour savoir qu’on est bien ou mal dans sa vie. On n’a pas besoin d’envoyer une flopée de jeunes enquêteurs pour savoir que son voisin a besoin de notre aide. Et sauf si on est vraiment très riche, très puissant, il est difficile de voir plus loin qu’autour de soi-même. Alors, il faut faire ce que l’on peut. Et si tout le monde le faisait…

 


11 expressions culinaires utilisées dans la vie quotidienne à Madagascar

A Madagascar, comme partout dans le monde, on aime manger. On mange trop souvent pour survivre, hélas. Mais heureusement, il y a des occasions où l’on goûte aux douceurs de la vie.

Car, pour un malgache, la vie est aussi un grand plat qui se mange. Et c’est pour cela que j’ai choisi comme credo de mon blog que « tsy misy mangidy tsy andramana » (rien n’est amère avant qu’on y goute). J’ai, donc, choisi, comme menu du jour, 11 expressions se rapportant à la bouffe mais qui sont utilisées justement, ou parfois très bizarrement dans la vie quotidienne des malgaches.

photos : wikipedia

Les condiments

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salière, photo wikipédia

1- Mamy, telina : (mamy = doux, sucré ; telina = avalé avec plaisir)

Pour ces deux mots, il n’y a pas de mystère. C’est bien quand on aime, quand on adore quelqu’un ou quelque chose qu’on dit qu’il, elle ou c’est « mamy ». La vie est « mamy ». Rentrer chez soi est « mamy ». Un petit bébé est aussi « mamy ». Après, on ajoute que c’est « telina » lorsqu’il s’agit d’une bonne action à laquelle on exprime ses remerciements. On dit par exemple qu’on a apprécié le don de matériel pour la Commune par l’Association des Anciens Élèves. Littéralement, on dira qu’on a aimé déglutir ce geste plein de charité et de camaraderie.

2- Manisy sira (rajouter du sel)

C’est aussi, je crois, assez facile à deviner. On parle de rajouter du sel dans une conversation et surtout dans une dispute lorsque l’une des personnes, au lieu de rajouter du miel ou un peu de « mamy », rajoute du sel : des informations croustillantes, des souvenirs amers, des mots bien piquants. Ce qui a pour résultat d’envenimer la situation.

3- sakay sy maso (le piment et l’œil)

Cette expression désigne deux personnes qui ne peuvent pas se voir. Ce serait l’équivalent de « chien et chat » en France. A chaque fois que ces deux-là se rencontrent, c’est la guerre. Mais comme dans la vie courante, il est rare de voir quelqu’un se mettre du piment sous la paupière, les deux protagonistes évitent simplement de se croiser. On dit alors qu’ils sont comme le piment et l’œil.

 

Les jurons, bases de la recette

Oui, dans tous les pays, il faut connaître assez vite les gros mots et les jurons pour être vite au parfum lorsqu’ils sont utilisés.

4- Mihinana ny tsy fihinana, ny fatiny, ny amaniny, ny tainy (manger ce qu’il ne faut pas manger, variantes : son propre cadavre, ses excréments, son urine)

Au delà du dégoût que provoquerait une telle situation, manger l’immangeable n’est pas seulement une image qui est appliquée pour désigner, ou se moquer de quelqu’un qui a pris une grosse gamelle. Elle marque, même la déchéance de la personne qui est souillée par l’impureté qu’elle a ingurgitée. En quelque sorte, on ne dit à Madagascar qu’une personne a mangé sa « merde » que lorsque qu’elle a mérité ce qui lui est arrivé. Sauf si vraiment, on la déteste à mort, alors, on tendrait à la maudire à longueur de journée, ce qui est normal.

5- Kendan’ny taolana (étouffé par un os)

L’os, dans cette expression, désigne une trop grosse difficulté. Les autres morceaux : le gras, les muscles et même les tendons peuvent être avalés après une bonne mastication. Mais gare à toi si tu essaies d’avaler un os, même une petite arête de poisson. Et c’est comme ça dans la vie, il y a des choses qu’on ne peut pas combattre.

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Crevette, photo wikipédia

6- Mitsako tsy misy (mâcher du vide)

Cette expression se rapporte à déception. Lorsqu’une personne fait des calculs, des prévisions et qu’elle espère un gros bénéfice, le malgache lui dit de ne pas trop espérer pour ne pas mâcher du vent. Cela me fait penser au crocodile qui ouvre grand sa mâchoire pour attraper sa proie. Sa mâchoire est difficile à rouvrir à cause des dents crochues alors, il n’a qu’une seule chance lors de son attaque et s’il rate, ses dents se referment sur…rien.

7- Patsa iray tsy omby vava (une crevette trop grosse pour la bouche)

Cette expression désigne, bizarrement, la fatalité, un accident imprévisible. Il n’est pas rare de voir des articles de journaux avec cette expression. Cela donne mot à mot des phrases à la Godzilla comme : « Un 4×4 roulant sur la RN7 a rencontré une crevette trop grosse pour sa bouche« .

 

Les 4 pierres pour cuire le tout

Continuons dans le bizarre. Pour mes fidèles lecteurs, j’ai déjà expliqué cette dernière partie dans mon autre blog. Il s’agit de 4 expressions autour de la cuisson mais dont 2 d’entre elles ont pris petit à petit des significations totalement à côté de la plaque (chauffante, si je puis dire). Pour mieux comprendre, le foyer traditionnel malgache est fait de 3 « toko » (pierres) disposés en triangle et au milieu duquel on allume un feu de « kitay » (bois). On met dessus une « vilany » (marmite) dans laquelle on met le « vary » (riz). Ensuite, on cuisine le  « laoka » (accompagnement) qui peut être une soupe (ro, rony).

8- Tsy toko tsy forohana = ni tas de pierre, ni braises

Donc, logiquement, on dirait que cette expression veut dire que le monsieur ne peut pas allumer son foyer puisqu’il n’a pas les matériaux pour le construire ni les restes de feu à raviver. Pourtant, personne ne sait par quelle magie, les malgaches d’aujourd’hui l’utilisent pour dire que c’est beaucoup, voire innombrable. Cela donne des expressions, insensées, comme : « Une somme d’argent, ni tas de pierre, ni braises, a été dérobée dans la banque« . Insensées, oui, mais le malgache va comprendre.

9-Tsy misy ny atokona = Rien à mettre sur le feu

fatapera : foyer métallique à charbon de bois
fatapera : foyer métallique à charbon de bois

Un peu plus logiquement, cette expression est utilisée par un étudiant qui ne trouve rien à pondre à l’examen. Cela donne comme phrase : « Lors des épreuves de Maths, je n’ai rien eu à mettre sur le feu« ; signifiant, donc, qu’il aura 0/20.

10- Tsy kitay tsy vary [maina] = ni bois, ni riz

Pour cette expression, également, la logique est respectée. Elle est même la seule qui a gardé la signification des 4 expressions mises l’une après l’autre. Mais elle n’est pas très utilisée. Elle désigne les pauvres ou les personnes en difficulté financière pour être poli. Dans le sens large, elle peut désigner le perdant, le non diplômé, celui qui ne réussira pas sa vie et à qui on interdit à sa fille toute fréquentation. « Non, tu ne dois plus revoir un garçon qui n’a ni bois ni riz comme lui! »

11- Tsy rony tsy ventiny = ni  la soupe, ni les morceaux

Donc, cette dernière aussi a pris une tournure bizarre. On croirait qu’elle est la suite de la précédente puisque le monsieur n’a pas de riz et en plus il n’aura pas de quoi l’accompagner, ni en soupe ni en sauce. Et pourtant, cette expression est aujourd’hui utilisée pour dire que quelque chose est arrivée sans raison apparente. C’est surtout lorsqu’une personne agit sans que les autres ne comprennent le pourquoi de l’action que l’on s’exclame : « Mais, sans soupe ni morceaux de viande, elle a tout de suite piqué sa crise« .

Bref, on m’a dit dans l’autre article que les expressions évoluent. Je suis d’accord qu’il se peut que les mots se transforment, que les phrases et les significations se perdent mais je dois avouer que le résultat est, parfois, tout à fait risible. Heureusement, nous aimons rire un peu de temps en temps et j’espère que vous avez apprécié ce petit plat que je vous ai mijoté.


A Madagascar, je vis dans une cocotte-minute

Antananarivo, Madagascar. Je me réveille. J’ai mal à la tête. Je n’ai pas bien dormi. Mais je me lève, je me prépare et je vais doucement prendre ma place dans le trafic.

Mais je vis dans une cocotte-minute posé sur un fatapera*. Je suis sous pression. Je suis presque cuit.

Ici, la chaleur fait monter la vapeur des étendues d’eau. Puis les nuages s’accumulent et une pluie acide et brûlante emporte tout sur son passage. On suffoque, on se noie, on se meurt sous des tas de boue, de pierres, de dettes et de malheurs. Et le vent qui tournoie fait voler les fenêtres, les toits, les projets, les espoirs. Il faut alors marcher, pendant des heures, pendant des jours en faisant attention à ces trous sur la route qui avalent les piétons, les voitures, les petits commerces, les entreprises. Cela fait longtemps qu’on a commencé cette longue marche. Mais on est juste dans une cocotte-minute, on tourne en rond.

Heureusement, il y a parfois des endroits, des moments où il fait moins chaud. C’est là qu’on se tapit, qu’on s’agglomère, qu’on établit nos chez nous. Moi, quand je suis chez moi, je me sens en sécurité. Même si les autres le qualifient de zone rouge, pour moi, elle n’est ni vermeille ni écarlate, elle est amarante et presque rose. C’est parce qu’il y a les autres. On se soutient, on se protège, on se surveille.

Je sais bien que toute cette situation est irréelle. Ce n’est pas normal. Ces clous et ces boulons n’ont pas du tout leur place dans une cocotte-minute. Combien de fois cela a failli exploser? Je ne sais plus. Ils jouent avec le feu, ces gredins! Ils font toujours monter la pression. Ils ne te laissent pas souffler. Mais, heureusement, ils surveillent la mécanique pour que cela continue, quand même, à tourner. Les soupapes défectueuses sont souvent remplacées.

On remplace les soupapes qui se bouchent. C’est comme cela qu’on fait jusqu’à ce qu’on trouve un de ces jours, peut-être, le moyen d’éteindre le feu.

Soupape, quelle noble situation. On rêve tous de devenir un jour une de ces brillantes têtes brûlées qui tournoient majestueusement et de plus en plus à mesure qu’on leur envoie la pression au derrière. On sait bien que la gloire ne dure guère, mais beaucoup se disent en les regardant que le jeu en vaut surement la chandelle. En plus, ces soupapes et les autres pièces chromées ne reviennent presque jamais dans la cocotte. On imagine qu’elles vont dans un monde meilleur. Le monde que l’on ne peut qu’entrevoir sur les miroirs magiques.

Tenez, revoilà les souffleurs. Mais arrêtez d’attiser ce feu, inconscients ! On veut de l’eau, de l’eau, de l’eau bien froide. Ne jetez pas cette huile sur le feu, assassins ! Crions plus fort, ils sont comme sourds. Mais ils sont sourds, ils sont surtout fous, c’est la fin…

Antananarivo, Madagascar. Je me réveille. J’ai mal à la tête. Je n’ai pas bien dormi. J’ai fait un horrible cauchemar. Mais je me lève, je me prépare et je vais doucement prendre ma place dans le trafic. Du courage ! Dehors, il fait encore chaud et humide.

*fatapera : réchaud à charbon de bois.