Andriamialy

Une langue malgache correcte

Depuis le temps des premiers missionnaires et jusqu’à aujourd’hui, à  Madagascar, certains vocabulaires de la langue malgache, jugés trop crus voire diaboliques sont honnis et remplacés par d’autres mots ou expressions. A y voir de plus près, on ne perd pas seulement en richesse mais on devient même ridicules, parfois.

D’abord, pour expliquer, on a le même phénomène en français. On dit rarement « chier » ou « déféquer ». On ne dit pas : « attends-moi là, je vais chier 5 minutes ». Au pire, on utilise le mot enfantin pour avoir « je vais faire caca » et souvent on dit « je vais aller aux toilettes » et que c’est la grosse commission.

En malgache, on ne dit plus « mangery » ou « mivalana« . Souvent, on fait appelle à du frangasy avec « handeha hi-caca aho« . Mais, et c’est là que je veux venir, on trouve aussi un mot sensé être un synonyme ou au moins assez proche mais finalement, c’est bizarre. On dit « handeha hivoaka aho » (Je vais sortir…).

Mais pourquoi on dit « sortir »? Mystère. Mais cela fait des conversations bien drôles aux portes des toilettes. Tu sors? Non, je rentre – Pourquoi? – Je vais sortir – Fais vite, j’ai envie de sortir aussi – etc.

Donc, ci-dessous, je vais donner 4 autres phrases ou expressions en français et en dessous l’interprétation en malgache correct puis la traduction mot à mot de la phrase malgache en français.

 

1- Il est interdit de pisser ici.

Tsy azo anaovana maloto eto.

Il est interdit de faire ce qui est sale ici.

 

2- Aujourd’hui, nous allons étudier les appareils reproducteurs chez l’Humain, à savoir, le vagin et le pénis.

Anio isika dia hianatra ny fitaovam-pananahan’ny olombelona, izany hoe ny maha-vehivavy sy ny maha-lehilahy

Aujourd’hui, nous allons étudier les appareils reproducteurs chez l’Humain, à savoir, le ce-qui-fait-la-femme et le ce-qui-fait-l’homme.

 

3- Pour se reproduire, l’homme et la femme s’accouplent.

Mba hahafahany miteraka, ny lehilahy sy ny vehivavy dia manao firaisana ara-nofo.

Pour se reproduire, l’homme et la femme font une union charnelle

 

4- A la une : Une maison attaquée, une jeune fille violée.

Matoan-dahatsoaratra : Trano iray voatafika, tovovavy iray voaolana.

A la une : Une maison attaquée, une jeune fille tordue.

 

Heureusement, je dis bien heureusement, certaines personnes osent encore utiliser les vocabulaires bien malgaches et originaux sur leurs écriteaux ou dans leurs articles.Et je dis merci à la personne qui m’a inspiré ce billet en me disant quel était son juron de tous les jours. C’est vrai que même le mot « punaise » est un bien gros mot quand on l’utilise en tant que tel. Mais quand le contexte l’exige, pourquoi ne pas utiliser le vocabulaire, malgache, ancestrale qui convient?

 


Antananarivo – 500 Ariary par heure c’est trop cher pour le parking

Les tant redoutés horodateurs vont être fonctionnels à Antananarivo. Mais le prix affiché à 500 Ariary de l’heure est vraiment exorbitant.

C’est simple, je ne sortirai plus la 205 en ville dans la semaine. Cette 205, une caisse GTI de 1986 est maintenant équipée d’un moteur diesel de moins de 2l de cylindrée. Assez bien entretenue, je peux faire l’aller et retour de chez moi, dans la banlieue Est à mon lieu de travail en centre-ville pour 5000 Ariary de carburant (1 Euro 50). Mais si je travaille 8 heures par jour et 2 heures de pause, cela veut dire que je vais payer 10 heures de parking. Si chaque heure est facturée 500 Ariary, cela fera 5000 Ariary en plus (de moins) dans mon budget. Cela va carrément doubler le budget « déplacement ».

Actuellement, le système, à la malgache, « izay tsy mbola hita ny maharatsy azy » (pour lequel on ‘na rien trouvé à redire) consiste à payer à des supposés agents de la commune 200 Ariary l’heure. Parfois, on peut payer moins, parfois c’est un peu plus.

Et puis, il y a eu ces rumeurs d’une entreprise privée qui allait prendre en charge la gestion de ces parkings. J’en ai eu la confirmation quand une enquêtrice m’a proposé son formulaire et je l’ai rapporté dans un article dans un site web malgache. En résumé, ce que j’ai pu avoir comme informations c’était que l’entreprise « privée » voulait mettre en place une gestion transparente et donnerait du travail aux « gars » qui sont en place. Je savais aussi que le prix à payer allait être élevé pour cette « transparence ».

Aujourd’hui, c’est un autre site malgache, relayant un média local, qui informe de la mise en service d »horodateurs qui permettront de comptabiliser les prix des parkings en centre ville. A ce que j’ai compris, il faudra prépayer les places dans des kiosques avant de venir les composter à l’aide de ces machines. Quand à l’organisation, je ne sais pas encore comment cela va se passer. Il y aura des contrôleurs, surement. Je ne conçois pas que les habitants d’Antananarivo puissent du jour au lendemain devenir tellement civilisés pour, d’eux-même, utiliser ces machines sans contrôle.

 

OUI….MAIS

Bien sûr, les conducteurs d’Antananarivo rêvent tous, ou presque, d’une gestion transparente des places parkings. Imaginez-vous vous approcher d’une de ces places quand tout à coup un gars surgit de nulle part et se met à vous guider pour votre créneau. « A gauche, à droite, tout droit… ». Préparez déjà les 200 Ariary pour votre départ toute à l’heure. Pire! Il se peut que vous l’ayez trouvé vous-même cette place de parking. Vous n’avez pas été aidé pour faire votre créneau. Qu’importe! Au moment de partir, vous entendez d’autres « directives ». « Alefa (Allez-y), un peu à gauche, un peu à droite, tout droit…voilà, à la prochaine Madame, Monsieur…. ». Et là, vous devez tendre les 200 Ariary et partir. Et puis pourquoi payer alors que cet énergumène n’a aucun croit de vous soutirer quoi que ce soit? Eh bien parce que cette ville est petite et que les prochaines fois, je n’aurais pas le temps ou le courage de rester dans la voiture pour voir qui viendra dégonfler mes pneus et/ou rayer ma peinture…dans les meilleurs des cas.

En payant, je me met, plutôt, au niveau du bienfaiteur, du patron ou du razoky (ainé) comme ces gars m’appellent. Après un certains temps, ces gars finissent par vous raconter leur vie, misérable, afin, c’est vrai, de vous quémander en plus de l’aide pour la femme qui a fait une fausse couche, l’enfant qui passe le CEPE, le propriétaire qui expulse, la bonne année, etc. Que peuvent-ils offrir en retour, ces pauvres gars? Rien que leur dévouement et leur amitié. La prudence, on ne doit pas l’oublier (ne pas aussi donner son adresse, le nom de sa femme, l’école de ses enfants, etc.) mais cette relation humaine amène à la fin que  la voiture, « notre voiture, à tous », je sais qu’elle est toujours en de bonnes mains.

C’est donc toujours ce même souci que j’ai dès que l’on parle d’une gestion privée des parkings de Tana. Est-ce que l’entreprise va protéger nos voitures? Faudra-t-il que je souscrive à une assurance tous risques? Si elle recrute ces gars, va-t-elle les payer assez? Je connais des agents de nettoyages qui se font encore payer 70 000 Ariary par mois (20 Euro). Même en alignant sur les agents de sécurités qui sont parfois à moins de 40 Euro par mois, cela ne va pas du tout solutionner les problèmes de  ces gars et à la fin, on se retrouvera à payer le parking et à payer les gars en sus. Oui, on sera obligés car … je l’ai déjà expliqué plus haut.

Vous me direz que je suis à côté de la plaque mais pour moi, le problème de parking à Tana est un reflet de notre pauvreté. Donc, ce ne sont pas des horodateurs qui vont tout résoudre.

Je sais déjà que des parkings chers présentent beaucoup d’avantages. Cela suppose qu’ils seront bien entretenu. C’est une supposition. Par ailleurs, 5000 Ariary par jour, vont surement décourager les gens comme moi, de pauvres bougres, à sortir quotidiennement leur vieux tacot des années 70-90 et les pousser à utiliser les transports en communs. Ah! si seulement les transports en communs d’Antananarivo méritaient qu’on les tutoie (expression malgache, explication en bas*). Moins de voitures, moins de pollutions, moins d’embouteillages.

De plus, l’argent va affluer dans les caisses de la commune. M’enfin, c’est à vérifier! J’ai fait l’analyse pour le frais du bus à 400 Ariary (dans le même site que j’ai cité plus haut). Ce qui risque de se passer, avec des frais de parkings à 500 Ariary l’heure, c’est que ces parkings ne vont pas avoir de kil (clients). Je me souviens que l’enquêtrice a fait un parallèle avec Ivato, l’aéroport, où cela marche bien même à 700 Ariary l’heure. Mais qui va à l’aéroport tous les jours? Pas le même malgache qui vient à Analakely tous les jours. On ne va à l’aéroport que si on va prendre l’avion ou si on ramène quelqu’un qui va ou vient de prendre l’avion et dans la plupart des cas, on est assez riche pour payer 700 Ariary. C’est très différent quand on parle d’Analakely et des environs. Ce qui va se passer, c’est que les places aux alentours du centre ville , privées ou encore non annexées par l’entreprise vont être très disputées. Certains trouveront mieux de laisser leur voiture quelques centaines mètres plus loin pour avoir un petit sursis.

Type d'horodateur solaire comme ceux que l'on voit fleurir dans les rues de Tana
Type d’horodateur solaire comme ceux que l’on voit fleurir dans les rues de Tana

Bref, je ne sais pas s’il y a eu une autre enquête ou une étude bétonnée qui a permis à l’entreprise qui gèrera les parkings et à la Commune Urbaine d’Antananarivo d’être surs que les conducteurs de Tana seront capables et ravis de payer 500 Ariary l’heure de parking. J’espère que tout va bien se passer. J’ai déjà vu tant d’investissements de ce genre disparaitre comme si de rien n’était.

 

* les malgaches disent de quelqu’un à qui on ne peux accorder la confiance, le respect qu’il ne mérite pas le tutoiement (tsy fanao ianao).


Le rêve-film

Aujourd’hui, je me dévoile un peu en racontant un de mes rêves; un rêve-film.

J’ai une très grande imagination et je pense que mon niveau de visualisation est aussi bien élevé. Je lis beaucoup et je visionne beaucoup de vidéos et la télévision. J’écoute beaucoup, aussi. Je pense que mon cerveau possède une base de données incommensurable d’images, de sons et de sensations. Je suis aussi adepte du RL. Ce qui fait que dans mes nuits, souvent, je visite des mondes vraiment variés mais très réalistes, je joue des rôles tantôt héroïques, tantôt burlesques, parfois inattendus. Je ferai peut-être un bon architecte dans une inception. Et chaque matin, au réveil, je me sens comme un astronaute qui revient d’une autre galaxie ou comme un bonze qui se souviens de ses vies antérieures. J’en ai, même, fait une catégorie sur mon ancien blog.

Aujourd’hui, je pense plutôt que j’ai, peut-être, juste envie de raconter des histoires. Peut-être qu’un de ces jours, je deviendrai scénariste ou écrivain. Avec mes petites expériences de montage vidéo, pourquoi ne pas envisager de faire un film, aussi? Si seulement quelqu’un me faisait une commande, ha ha ha! Pour le moment, je me contente de cette catégorie « les petites histoires » de ce blog mais un jour peut-être.

Tout ceci pour vous expliquer que l’histoire qui suit est un des rêves (un vrai rêve, j’en rajouterai à peine) que j’ai fait il y a quelques années et qui m’a tellement marqué que je me souviens toujours des moindres détails. Quand je me suis réveillé, je me demandais même si je n’ai pas voyagé dans le temps ou dans un monde parallèle. Jugez-en plutôt.

Mon rêve commence et je me retrouve sur le siège passager d’une voiture. Dehors, c’est un monde couleur terre de Sienne, aride mais couvert de buildings et de gratte-ciels en verre. Je vis dans une civilisation apparemment très avancée.

Moi et le chauffeur, mon coéquipier avons une mission périlleuse. Je le sais. Mais il me parle de tout et de rien et je lui répond. Les réponses me sortent comme ça, comme par magie. J’ai des souvenirs qui concernent tout ce qu’il dit, des personnes qu’il nomme et des autres endroits. Je me perds. Je croyais que c’était un rêve mais c’est si réel. Je perd ma lucidité et je me prend au jeu.

Il me dit qu’on arrive bientôt. Je regarde et je la vois, l’immense pyramide. C’est véritablement une montagne habitée, une tour de Babel moderne. Son sommet, qui touche les nuages est plus brillant car les fenêtres de verres n’y sont jamais ouvertes. Ces niveaux sont pressurisés.  Je sais très bien ce que je dis, ce n’est pas la première fois que je viens. Alors, on descend de la voiture et on s’avance vers l’édifice, si on peut l’appeler ainsi. On monte quelques marches et on rattrape l’ascenseur qui était prêt à partir.

L’ascenseur, c’est un véritable bus vertical qui relie les niveaux de la pyramide. Aussi grand qu’une remorque de camion, il fait des va-et vient sur de sortes de rails au milieu des faces externes. Un opérateur le fait monter et descendre. Je le trouve un peu dangereux car c’est juste un plateforme, sans mur, sans toit mais juste des gardes fous. L’opérateur s’inquiète à la vue de nos armes mais on le rassure en sortant nos badges. Quand même, on décide de se faire plus discret car on ne sait pas qui voyage avec nous. Je fais un tour rapide du coin de l’œil pour vérifier qu’il y a une dame, un homme avec des marchandises assez sales, surement des sacs de pomme de terre et quelques hommes apparemment inoffensifs.

On commence à monter. J’aime admirer les niveaux inférieurs. Il y a de grandes cours à la pelouse verte où l’on voit des enfants jouer, des mères étendre le linge, des étudiants qui sont en récré, des bureaux; tout un monde par niveau. Par réflexe, il m’arrive encore de baisser la tête quand on passe sous les poutres en béton pourtant trop hauts. Puis, la vue sur le lointain se dégage. C’est orange. Derrière les dernières maisons s’étale une terre plate et nue qui se termine au loin par des montagnes toutes aussi nues et le tout sous une couche de poussière orange, un monde sans pluie.

L’ascenseur s’arrête un fois de plus. Nous sommes au niveau H0, là où on descend. On rentre dans de jolies centres commerciaux. On n’a pas le temps de s’attarder, l’homme qu’on recherche se trouve encore dans les étages supérieurs (chaque niveau a encore plusieurs étages, par exemple H0, H1, H2…). On prend un petit ascenseur pour monter. Malheureusement, celui-ci s’arrête avant l’étage voulu car il y aurait une panne. Ce n’est pas normal. Déjà, dès que l’ascenseur s’ouvre, tout est moins beau. L’étage est surpeuplé et tout est désordonné. A mesure qu’on monte les escaliers, de grands escaliers, je me sens de plus en plus oppressé. On entre dans le domaine des mafieux. Ces étales par terre et dans ces escaliers, ces vendeurs et acheteurs nous ralentissent mais on arrive bientôt là-haut.

On vient faire notre boulot. On a un homme à ramener au bureau. On sait où il est mais ce qu’on ne sait pas c’est s’il sera oui ou non coopératif. On rentre comme ça, en trombe dans sa boutique mais on est tout de suite sous les feux des armes. On nous attendait. Bien sûr, nous ripostons et nous sommes bien mieux protégés, mieux armés et mieux entrainés que ces larcins. Mais devant la débandade générale et le nombre de nos adversaires, nous savons qu’il faudrait battre en retraite. Il faut « juste » éliminer notre cible, coûte que coûte.

Je suis confus…dans la fusillade, je suis en train de courir en descendant les marches. Mon coéquipier(…comment il s’appelle en fait? ) est avec moi et il court aussi. Il me dit des trucs que je n’entends pas, que je ne comprends pas. Je me retourne et je vois une boule de lumière sur la bouche d’un canon…si loin, si près…je sursaute…non!… c’était un rêve! Mais quand même c’était comme un film…un rêve-film.

On dit que raconter un beau rêve annule son charme et raconter un cauchemar porte malheur. Celui-là, rêve ou cauchemar, je sais qu’il n’a rien de prémonitoire ou de symbolique. C’était juste un bon film très immersif que je me suis inventé dans mon sommeil, dans mon lit. Et n’allez pas faire mon analyse et dire que je suis frustré ou traumatisé. Plutôt, je vous encourage à approfondir les techniques liés aux rêves (lucidité, induction, etc.) car chez moi, c’est ma drogue.

 


Les nouveaux anciens mots malgache

Je vous ai toujours dit que la langue malgache est une langue forte. C’est aussi grâce au phénomène des « nouveaux anciens » mots.

photo : sorabe malagasy (ancien malgache en alphabet arabe)

 

Il s’agit de mots, apparemment nouveaux mais en vérité anciens qui reviennent subitement à la mode. Aujourd’hui, par exemple, c’est le tour du mot « midoro » qui signifierait « se tenir debout sans rien faire ». Tout le monde l’utilise à tout bout de champ, dans la rue, entre amis, à la maison, sur les réseaux sociaux, dans les forums. Avant « midoro », c’était « tatasika » ou « hery jika » et je suis sur que dans quelques temps, un autre mot émergera comme cela.

C’est à dire que  ces mots, on ne les a jamais entendu auparavant. Ce ne sont pas des mots inventé par un inconnu comme « odoie ». Ce ne sont pas des mots malgachisés dans la rue comme « horera » (horreur). Ces deux moyens d’enrichir la langue malgache, l’invention et l’assimilation, ont déjà été plusieurs fois analysés et expliqués. Voici la chanson de Nanahary à ce sujet :

https://www.youtube.com/watch?v=L4pZgRpQiC8

En fait, je ne connais pas le mécanisme mais je soupçonne un effort des linguistes qui veulent faire renaître ces mots au même titre qu’ils veulent créer de nouveaux pour remplacer les mots étrangers qui polluent notre langue. En effet, l’académie malgache diffuse, de temps à autres, des mots nouveaux, intelligemment aménagés pour être vite compris, retenus et utilisés par toute la société. En même temps, il y a des émissions dans les médias qui rappellent les mots existants comme, par exemple, vahatra, de la Télévision Nationale. Mais je pense bien qu’au final, c’est l’effet de mode qui fait que tel ou tel mot fasse l’effet tâche d’huile comme cela.

Et dans tout effort d’enrichissement de la langue, je pense que c’est encore cette préservation du vocabulaire qui est le plus important. On pourra, après, avoir des synonymes mais il y aura toujours des nuances dans la signification.

Bref, je vois d’un très bon œil cette mode même si, en général, je n’aime pas suivre la mode. Je ne vais pas faire partie de ces gens qui vont dire « midorodoro » à longueur de journée. Mais si un jour j’en ai vraiment besoin, je vais choisir ce vocabulaire à la place de son équivalent en français. Le rêve, le but à atteindre est d’être capable de parler son malgache sans, une seule fois, utiliser de mots étrangers.


Madagascar : On veut éradiquer une espèce entière de « vendeur »

La scène se passe à Madagascar dans le lieu qu’on appelle « petite forêt ». Les autorités tentent de chasser par centaines des individus de l’espèce dite « vendeur de rue ».

photo : étal d’un vendeur à la sauvette

Le « vendeur de rue » est un être pensant du règne animal,  de l’ordre des primates, de la famille des hominidae, du genre homo, de l’espèce homo sapiens mais un sous-type de « vendeur ». Il est présent partout à Madagascar mais est souvent considéré comme nuisible dans la capitale et plus particulièrement dans la « petite forêt » et aux alentours.

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Petite description

Le « vendeur de rue » ou « vendeur à la sauvette » fait surement partie des premières espèces de vendeur de l’île. On l’apparente aussi avec le vendeur « itinérant », qui est un migrateur, du fait que les deux fabriquent des nids provisoires. Mais on le considère moins noble que d’autres espèces sédentaires endémiques ou importées ainsi que certaines migratrices du fait que son nid est le plus rudimentaire et le moins orné par rapport à tous les autres vendeurs. Rappelons-le, les décorations du nid, chez le vendeur, lui sert à attirer les proies ou les espèces symbiotiques qui lui fournissent l’argent, qui le fait vivre, en contrepartie des ornementations.

Le « vendeur de rue » vit en groupes à la fois hétéroclites et homogènes. En effet, individuellement, ils sont tous uniques, ont des points communs mais la répartition de ces points communs dans l’ensemble est très chaotique. Chez les autres vendeurs, par exemple, il peut y avoir une tendance à se regrouper par type : les bouchers, les quincaillers, les merciers. Il peut aussi y avoir des solitaires comme le boulanger ou le pharmacien. Un regroupement de plusieurs types de vendeurs est même possible dans des lieux qu’on appelle « marché » ou « centre commercial ». Mais un vendeur de rue peut se comporter à la fois comme un tabac et une confiserie ou à la fois comme un boulanger et un publiphone. Pire, selon les saisons, il change de mœurs et s’adapte à toutes les conditions.

Origine

Les liens du vendeur de rue avec les autres types de vendeurs est déjà prouvé. En effet, s’il est un prédateur dans les rues d’Antananarivo, il est aussi une proie des autres vendeurs, notamment les espèces importés d’Asie qui lui prend une grande partie de son argent contre les quelques ornementations qui remplissent son nid. On soupçonne alors que beaucoup de vendeur de rue sont en fait des progénitures de vendeurs de type grossiste, chinois, indo-pakistanais. Mais, bizarrement, l’ADN du vendeur de rue montre que c’est peut-être un type d’homo sapiens vraiment différent qui s’est adapté. En effet, on a retrouvé des gènes de « ouvriers de zone franche », « salariés à mi-temps » et « étudiants sans diplôme ». De la même manière, des familles homo sapiens de types diverses fournissent régulièrement de jeunes spécimens de « vendeur de rue »; phénomène courant mais encore inexpliqué à ce jour.

Un vrai danger?

Le vendeur de rue fait peur du fait qu’il se multiplie très vite et s’adapte trop rapidement. A certaines périodes de l’année, ils sont tellement nombreux qu’ils paralysent toute la petite forêt. De plus, il échappe souvent au plus gros prédateur de l’île. Cet espèce de pieuvre vampire terrestre est pourtant réputé pour sa capacité à sucer tout l’argent des homo sapiens de tout le pays jusqu’à 1/5ème de ce qu’ils ont dans les veines.

Méthode

La méthode utilisée pour tenter de contrôler, voire supprimer la population de vendeur de rue est l’introduction d’une espèce prédatrice qui s’attaque seulement aux ornementations de son nid, le grobra. On ne sait pas si cette espèce effrayante n’est pas seulement des tentacules de la grande pieuvre. En fait, les deux espèces se ressemblent mais la parenté n’est pas établie.

Mais le vendeur de rue est coriace. Nous avons observés une attaque de grobra dernièrement. A l’instar de la mangouste, sentinelle du désert, certains vendeurs de rues font le guet et à la vue de grobra approchant à pied ou en voiture, l’un d’eux donne l’alerte avec un cri ressemblant à certains primates lémuriens ou chimpanzé. Cela fait comme « aaaaaooooouuuuuhhhhh » ou « ooooouuuuuuuhhhhh » ou « reny! reny! reny! reny!. D’un coup, tous les vendeurs de rue disparaissent, un peu comme les pigeons qui s’envolent quand on s’approche, ou les cafards dans certaines cuisines malgaches quand on allume la lumière. Et quand le danger s’éloigne, ils reviennent et redéploient leurs nids en un éclair rappelant un peu la mouche qu’on n’arrive jamais à chasser complètement.

Notre avis

Nous pensons que le vendeur de rue de la petite forêt n’est pas un type réel de vendeur mais une adaptation écologique de plusieurs autres types d’homo sapiens de l’île. Nous dirions que la proportion d’entre eux qui ont vraiment la vocation de l’être est très petite, la plupart étant des individus rejetés dans leur communauté, leur troupeau  d’origine. D’où, nous préconisons plutôt les solutions suivantes :

– réintroduction de vendeurs de rues dans leurs environnements d’origine tels que : écoles, entreprises, usines, etc.

– prise en charge des populations dont les individus se transforment facilement en vendeur de rue

– aménager de nouveaux marchés pour attirer et sédentariser des vendeurs de rue

Tout ceci nécessite de l’argent. Mais si vous avez bien suivi l’écosystème de l’argent dans cet article, vous comprendrez qui  a le plus d’intérêt à trouver et appliquer la solution. Le problème c’est juste la méthode qui est inefficace. On ne pourra pas toujours lui courir derrière, le chasser et lui faire peur.; le vendeur de rue n’est juste pas un animal.


« Amina! Amina! » : la vérité sur ce buzz

Je vais vous raconter l’histoire d‘un de mes plus vieux articles de blog sur la chanson « Amina Amina »  qui continue a être partagé, copié et piraté jusqu’à ce jour.

De quoi s’agit-il?

C’était le 10 Mars 2009. Cela faisait 1 mois que je bloguais. Ce blog,  Lay andriamialy, racontait des faits sur la crise politique qui commençait à Madagascar mais, déjà, je sentais que j’avais beaucoup de sujets, faciles et intéressants, à trouver en parlant de mon pays en général. Entre les analyses et les récits des événements politiques et sociaux, j’avais créé des catégories comme, entre autres, « malgachisation », où je traitais des assimilations de mots étrangers dans la langue malgache mais aussi des relations compliquées qu’elle entretient avec le français et l’anglais. Il y avait aussi « malgachitudes » qui, contrairement à ce que son nom indique, regroupait les articles sur la société malgache. « Jeux gasy »  recensait, expliquait, parodiait les jeux d’enfants typiquement malgaches.

Le premier article de la série des « jeux gasy » avait été écrit à la va-vite. J’essayais, un peu sérieusement, un peu par hasard, un peu par malice, d’expliquer des textes de routines et des chansonnettes en frangasy parfois incompréhensibles. J’ai pris 3 chansons : « ce matin », « 1, 2, 3 zégué » et « Amina! Amina!« .

L’article a eu un certain succès. Il a été partagé sur Facebook et sur Twitter. Il a été beaucoup commenté aussi. Il m’a été rappelé, plusieurs fois ces dernier temps, par des abonnés Facebook qui, sans arrêt, se l’approprient ou le partagent sans savoir d’où viennent ces lignes.

Une petite partie des partages sur Amina dans facebook
Une petite partie des partages d’Amina sur Facebook

Mais comment ça se fait?

Je n’ai pas fait exprès. Mais, si ça se trouve, mon explication d’Amina est bien la bonne, ou peut-être que c’est juste la plus potable. Quoi qu’il en soit, les gens partagent par milliers. Il y a même un blog qui a repris la partie « Amina » de l’article (ici).

Alors, j’avoue, ce n’est pas la vraie signification « originelle » de « Amina! » mais j’ai quand même été un peu rusé dans l’écriture de l’article.

Extrait :

Amina! Amina!
Tu as donné
à Le Zimba
Cela a a
Allez matory ‘se Pascaline a! (allez dormir, chère Pascaline)
Zimbaoe (une contraction de [hoy Zimba hoe: Zimba a dit] )
Jean Claude
Sispé (Suspect)
à la ronde, à la ronde jusqu’en bas
allez matory ‘se…

Pour commencer l’article, j’ai dit que « ce matin dans ma chambrette… «   raconte l’histoire d’une fille qui, comme les paroles l’indiquent, faisait son ménage tout en jouant au piano. Grâce à cette première traduction, j’avais d’office l’approbation de mon lecteur car lui, l’avait aussi deviné comme ça. J’ai ensuite parlé de « 1,2,3 zégué » et mon explication sur le tirailleur Randria est plus que probable car c’est clairement une marche militaire. Et j’ai terminé sur Amina, une chansonnette pour laquelle personne n’a jamais eu aucune idée de sa signification. Je veux dire que de mon vivant, ni les parents, ni les ainés, ni les profs ni personne n’a jamais dit : Amina, c’est l’histoire de ceci ou cela. Pire, tout le monde ne faisait que rigoler sur un mot « suspect » qui en phonétique malgache devenait « sisi-pe » (au coin de la cuisse). Mon idée était de donner un sens, mon sens, à cette chanson mais que cela devait coller, c’est tout.

Et alors?

Déjà, les internautes gasy devraient savoir qu’il faut toujours citer sa source quand on veut partager un article du net. D’abord, par honnêteté, puis, par prudence, car si ça se trouve, vous pouvez être victime d’une arnaque ou d’un simple canular. Là, le fautif est celui qui, le premier a copier-coller le texte en ajoutant :

« hitako tany ho any dia zaraiko… » (j’ai trouvé quelque part et je partage…)

ou « ohatra ny marina kosa ity an!… » (on dirait que c’est vrai ça…)

Les autres qui se croient malins en faisant croire que la traduction est la leur sont juste des vantards qui chassent des « j’aime ». Ils sont pathétiques. Certains veulent « améliorer » la traduction initiale mais sans connaître toute la mythologie que j’ai créé dans ma tête, ça ne va pas coller.

Donc, si un article vous plaît, vous interpelle ou vous choque, donnez le lien.

Au delà de cela, j’ai une grande satisfaction. Encore une fois, j’ai pu voir l’impact possible d’un article de blog même si le buzz a mis 6 ans à se lancer, moramora. Et je le dis assez souvent, nous les malgaches avons besoin de savoir. Nous devons donner des sens à ce que nous faisons. Que signifie Madagascar? Que signifie Malagasy? Que signifie « Amina! Amina! » ?

LA VERITE

Il y a un conte africain, à chanter en tapant des main, qui dit « Amina Tolé ». Vous pouvez le voir dans cette vidéo youtube. Les paroles, dans cette vidéo, sont très contestables, « Pascalina » n’étant pas un mot africain. Dans ce lien de contes musicaux, on a les paroles en phonétique français (sans la traduction). Donc, si quelqu’un a la traduction originale, originelle, ce serait bien de la partager.

Mais nous, quand on était petits, on avait l’histoire que je retranscrivais dans l’article. « Amina » n’est pas la même partout à Madagascar. Si vous entendiez les nouvelles versions, dans certains quartiers, vous seriez pliés en 4 (de rire). Ceux de ma génération, nous parlions bien de « lettre », n’est-ce pas? On a même fait une suite qui disait : »O ry Zimba! O ry Zimba! nankaiza ny valin’ilay taratasy nomeko anao omaly maraina? » (Zimba! où est la réponse à la lettre que je t’ai donné hier matin?). C’est à partir de cela que la première partie entre Amina, Zimba et Jean Claude peut avoir lieu. Un garçon a envoyé Zimba donner une lettre à Amina mais Jean Claude, faisant la ronde, a failli surprendre Zimba. Et ça colle, parfaitement.

Je ne connais pas votre jugement. Moi je dit qu’on peut bien « malgachiser » ou « frangassiser » (nouveau mot, si vous préférez) cette chansonnette. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas donner un sens bien malgache à notre contexte? On peut faire ça avec toutes les autres expression qu’on utilise, ou les chansons qu’on chante à la manière miboeriboerika (parler en langues inconnues). On peut donner un sens. Un sens qui va éduquer nos enfants. A quoi ça servirait à votre enfant s’il se souvient, étant grand, de « Amina tiadoné alezimba, selaaa » à part un peu de nostalgie?