Andriamialy

L’État malgache est la crimogène

Je n’écris plus assez, à mon goût, faute de temps. Je peux quand même vous faire cette blague de la « crimogène » à la malgache en passant.

photo : Sylvain SZEWCZYK

La faute de langue qui transforme le « lacrymogène » en la « crimogène » n’est pas une invention malgache. Vous pouvez faire la recherche sur Google pour voir que dans d’autres pays et dans d’autres circonstances, des gens ont aussi eu la chance de placer « crimogène », comme dans ce titre d’article assez marrant « on fabrique des bombes avec la crimogène » ou plus sérieusement dans « des attaques à la crimogène et des pleures« . À Madagascar, c’était pendant la crise de 2009-2012 qu’on a vu à la télévision des personnes interviewées dans la rue et racontant comment les « crimogènes » les ont étouffés. Avec la malgachisation du terme, cela donne « voan’lay krimozena izahay » (on a été atteint par la crimogène). Et depuis, le mot est resté dans le langage courant, parfois par ignorance, souvent par malice.

Aujourd’hui, la situation à Madagascar possède des similarités inquiétantes avec celle d’avant 2009. En 2008, le peuple malgache était parmi les plus pauvres du monde. C’est toujours le cas. Le président de la république était immensément riche, tout comme l’actuel. Les syndicats appelaient à la grève, comme aujourd’hui. Le président, à ce moment là, achetait un avion de plusieurs milliards. Le président actuel est accusé d’en posséder un lui-même. Il nie. Toutefois, on sait qu’il a utilisé un jet privé pour un déplacement et cela ne peut pas être gratuit. En 2008, les gens contestaient la tenue du sommet de l’Union Africaine. Aujourd’hui, des gens militent contre la tenue du somme de la Francophonie. En 2008, des menaces de coup d’état ont conduit le président à intervenir par téléphone depuis l’extérieur, jusqu’à écourter ses séjours. Le président actuel a dû le faire aussi quand on a entendu des rumeurs d’attaques contre la télévision et la radio nationales. La seule différence est qu’actuellement, aucun leader ne se montre capable de fédérer les contestataires qui manifestent à gauche et à droite ; les différents syndicats, des agents d’Air Madagascar, les habitants de quartiers délestés du courant et les autres.

Comme en 2009 , les manifestations sont réprimés à coup de gaz lacrymogène. Le gaz lacrymogène, comme son nom l’indique est un gaz qui provoque la création de larmes afin de neutraliser une personne ou un animal (entona mandatsa-dranomaso ou krimozena, donc, en malgache). Et les gens dans la rue, dans les bureaux ou dans les bars de se mettre en garde ou de plaisanter : « – Tenez-vous bien sinon on vous enverra de la crimogène »; « – L’État ne sait rien faire d’autre que nous envoyer la crimogène »; etc.

Soudain, je me souviens d’un de mes professeurs qui, pour n’importe quel terme, sortait sa définition en se basant sur le mot latin à son origine. Il dirait que, la crimogène provient du mot latin « criminalis » qui signifie « criminel » et « gignere » qui signifie « générer, engendrer » avant de conclure par  » écrivez, vous même, la définition.  » Je n’étais pas fan de sa méthode car pour moi, un définition ne s’arrête pas au sens étymologique, mais il est vrai que c’est un bon moyen pour essayer de deviner le sens d’un mot.

Imaginons que ce mot existe. Chaque phrase qu’on entend ou qu’on lit sur la situation à Madagascar prendrait un tout autre sens.

– « Les habitants d’Ambohipo ont manifesté, les gendarmes ont lancé de la crimogène, les habitants ont répliqué par des jets de pierre« .

–  » La crimogène a fait évacué des habitants du quartier et asphyxié des enfants, l’ancien commandant dit que « si c’était un combat d’hommes », il « pourrait aussi amener ses troupes ».

– » Les manifestations sont réprimées à coup de crimogène mais la grogne sociale continue de monter« .

Je soutiens le gouvernement actuel quand il affirme que, quoique l’on dise, des choses ont été faites à Madagascar depuis l’élection du nouveau président. Je n’irai pas jusqu’à dire que ce qui a été fait est positif comme il prétend. Si la démocratie garantit vraiment la liberté de parole, la liberté de manifester ses opinions ; alors plus il y a de manifestations autorisées, plus l’état montre qu’il est démocratique. À l’inverse, si les manifestations ne sont pas autorisées, car elles sont refusées par l’État, il y a moins de démocratie. Comment  savoir ? S’il y a beaucoup de lacrymogène, cela veut dire que, soit la manifestation n’a pas été autorisée, donc le droit démocratique a été refusé, soit les manifestants sont des hors-la-loi, des casseurs, des criminels. Bizarrement, les deux causes peuvent se rejoindre : quand l’état ne donne pas l’autorisation de manifester, ceux qui veulent exercer leur droit qu’ils pensent démocratique de faire des manifestations sont considérés d’office comme des criminels et on leur inflige, au minimum, la crimogène et, au final, ils iront en prison.

Finalement, le lacrymogène servirait à neutraliser des criminels afin de protéger le peuple et ses biens. La crimogène servirait à faire que le peuple soit considéré comme criminel. Heureusement, « crimogène » n’est pas encore dans le dictionnaire mais si l’état malgache continue de l’utiliser sur son peuple, ça va vite devenir le cas.


Le mois de mai stresse les malgaches

Est-ce un syndrome, une coïncidence ou une habitude? Chaque année, l’approche du mois de mai provoque la panique chez les malgaches. Entre faits réels, rumeurs, coïncidences et manipulations, il faut savoir faire preuve de discernement.

 

image : employées d’Air Madagascar effectuant un sit-in le 22/04/2016

La légende du 13 Mai

Au début, le 13 mai n’était pas une légende. Le 13 mai 1972, les étudiants descendent sur la place devant l’Hôtel de Ville à Analakely pour la poursuite de leur manifestations. Le bain de sang qui s’ensuit est considéré comme la marque de la chute de la Première République à Madagascar et la place et les fondations de l’Hôtel de Ville, ravagé par le feu, sont devenus la place du 13 Mai. L’endroit est, depuis, la place où il faut se faire voir pour être reconnu comme un vrai politicien. Devenue un symbole, la place du 13 mai est là où Ravalomanana a entériné la mort de la seconde république et où Rajoelina, 7 ans après a lancé son fameux « Je prends le pouvoir » avant de faire tomber Ravalomanana.La légende est née. C’est devenu comme : « si tu veux faire tomber ce régime, fais-le sur la place du 13 mai! »

Et même s’il n’y a pas un coup d’état par an à Madagascar, depuis plusieurs années, l’opposition essaie toujours de faire quelque chose sur cette place même si c’est devenu interdit. Comme le 13 mai est avant tout une date, elle essaie souvent de caler une manifestation, un rassemblement, un hommage ou n’importe quoi pour ce jour précis. Et comme leur demande d’autorisation est souvent refusée, tout le monde est sur le qui-vive à l’approche du 13 mai pour voir ce qu’il va se passer car, forcément, c’est un 13 mai, il va se passer quelque chose.

Coïncidences

Moi je suis d’avis que les coïncidences n’arrivent pas par hasard. Je veux dire que s’il y a coïncidences, il y a, en amont des causes, communes ou non, qui ont amené à ce que les choses arrivent précisément. Quoi qu’il en soit, c’est vrai qu’à mesure que le mois de mai approche, les contestations contre le régime et son gouvernement se multiplient. Hier, un journal télévisé d’une chaîne privée a commencé en listant les grèves et manifestations en cours actuellement. Je vais en lister moi aussi : les agents de la compagnie aérienne Air Madagascar, les transporteurs, les greffiers et pénitenciers, les ouvriers du chantier du village de la Francophonie, les enseignants, les quartiers délestés du courant, etc.

La recrudescence de ces litiges n’est pas imputable au hasard. Peut-être qu’il y a un effet mois de mai  ou un effet papillon mais, à mon avis, il y a, en amont, des causes bien précises que je ne peux pas énumérer. C’est à ceux dont c’est le travail d’analyser cette situation et d’en tirer les enseignements car le mois de mai est là.

« Mampandry adrisa »

« Adrisa » est une espèce de sauterelle comestible. « Mampandry adrisa » signifie, littéralement, endormir la sauterelle de la technique qui consiste à faire des sifflements pour immobiliser l’insecte qu’on veut attraper. Facile de deviner qu’au sens figuré, on utilise l’expression pour la langue de bois, les promesses d’ivrogne et surtout le discours politique.

Mais à Madagascar, ce qui marche le mieux, c’est la prestidigitation des informations. J’explique, lorsqu’un magicien fait un tour de magie, il attire l’attention de l’assistance d’un côté lorsque de l’autre côté, la magie, ou plutôt l’arnaque opère. Je pense que c’est ce qui se passe à Madagascar. Je ne parle pas du fait que notre président a été pris en photo inaugurant une table de ping pong. Je dis juste que c’est bizarre que c’est lorsque les affaires politiques sont les plus chaudes que les rumeurs les plus improbables alimentent les faits divers : voleurs de cœurs, sorcelleries, vampires et monstres en tous genres empêchent les malgaches de sortir la nuit. Aujourd’hui, on parle d’un bibiolona, c’est un des monstres humanoïdes des légendes urbaines malgaches, terrifiant suceur de sang, qui occupe le devant de la scène; à en oublier le délestage, les coupures d’eaux, les routes coupées, les attaques de bandits, les meurtres, les viols, les détournements de fonds, la mauvaise gestion, et le reste.

Prévoir?

On ne peut rien prévoir. On a juste des amis et de la famille qui nous disent qu’ils font des provisions, qu’il faudrait peut-être y penser car on se sait jamais ce qui va se passer au mois de mai. Mais de l’autre côté, il ne faut pas céder à la panique. Il faut être attentif et prudent. C’est valable pour nous mais aussi pour nos dirigeants. Le mois de mai n’est pas un mauvais moment à passer. Le mois de juin ne sera pas la fin des problèmes. C’est tout de suite qu’il faut prendre le taureaux par les cornes et régler les problèmes avant qu’ils ne se compliquent. Enfin, c’est ce que je ferais si j’étais au pouvoir. Je ferais des mois de mai des mois où les meilleurs décisions sont prises et je ne donnerais aucune raison pour le peuple de se souvenir de leurs ainées qui ont renversé des montagnes au mois de mai.

Bref, le mois de mai, en hémisphère nord, c’est le printemps. À Madagascar, on devrait entrer petit à petit dans le froid. Est-ce le réchauffement climatique ou est-ce qu’il y a une fièvre du mois de mai mais, actuellement, c’est chaud!?

 


Mon cours de malgache avec Henri Rahaingoson

Henri Rahaingoson, c’était notre prof de malgache à l’Université mais je n’ai assisté qu’à quelques séances. Donc, je ne peux pas en dire beaucoup mais je tenais à faire cet hommage à cet écrivain et poète qui nous a récemment quitté. Il y a des gens qui, en quelques mots, vous laissent leurs empreintes indélébiles dans votre esprit.

D’abord, je ne suis pas de ceux qui rendent des hommages aux morts. Pour moi, les morts sont morts. C’est bien de se souvenir de leurs actions et de vivre de ce qu’ils nous ont laissé comme héritage mais pour leur rendre les honneurs, ils faudrait le faire de leurs vivants. Donc, cet article hommage, je l’ai déjà écrit il y a 7 ans, quand Henri Rahaingoson était encore bien vivant et en bonne santé( lire ici, en français) sans l’avoir nommément désigné.

Je trouve que dans ce pays, qui a quand même le respect des ainés comme une des valeurs fondatrices de la société , on ne les écoute pas assez, les vieux. Moi, pourtant, j’aime bien discuter avec les personnes âgées. Je vous ai déjà parlé de ce vieux joueur de valiha rencontré au bord de la mer. Mais il y en a d’autres des personnes expérimentées, plus ou moins âgés qui ont des choses à raconter. La transmission du savoir n’est pas l’apanage des humains, beaucoup d’autres animaux et peut-être des plantes, instinctivement, éduquent leurs progénitures sur les dangers et les opportunités de la vie. Certaines espèces, de l’autre côté, abandonnent leurs petits avant ou juste après leurs naissances. L’autruche est mentionné dans la Bible pour cela. La pieuvre femelle, si intelligente, capable d’imiter ses congénères, d’inventer des techniques et d’utiliser des outils, meurt avant que ses œufs n’éclosent et on imagine bien que si elle pouvait transmettre son savoir à ses petits, elle pourrait bien fonder une civilisation intelligente. L’héritage culturelle et scientifique fait que l’Humanité est aujourd’hui la maîtresse de cette planète.

Mais bon, à part l’article que j’ai mentionné plus haut, je ne peux rien dire de plus sur Henri Rahaingoson. Je ne le connaissais pas personnellement et à l’école, j’étais un mauvais élève qui passait plus de temps à l’école buissonnière que sur les bancs. C’est pour cela que je me suis fait violence à travailler dès…25 ans. Sinon, je sais que j’aurai fini comme certains jeunes de 45 ans qui se marient à leur ordinateur. Justement, ce court passage de 6 mois à l’université, en Sociologie, (…une deuxième passage, en fait), a été le plus grand tournant de ma vie. Pour illustrer, un an après, j’étais en CDI et fiancé. Et la différence était là : les discours des profs visaient à ce qu’on se rende compte de notre valeur et celle des être humains en général. C’est tout à fait normal. La filière devait préparer les étudiants à devenir des travailleurs sociaux. J’avais plutôt l’habitude des professeurs qui étalaient leurs savoirs scientifiques et à juger nos moindres fautes. Là, c’était le contraire. Je me souviens de la prof qui m’a chaleureusement félicité devant toute la classe alors que j’étais loin d’avoir la meilleure note.

Je me dis, alors, que j’ai été chanceux d’avoir été l’élève de Henri Rahaingoson et de beaucoup d’autres super profs. Je n’ai jamais été bon élève mais il y a des mots, il y a des phrases que mes profs ont dit, comme ça, au milieu de leurs cours, mais qui , finalement, m’ont aidé dans toute ma vie. Alors… merci!



Aller à Paris, années 1980 vs 2010

Depuis 2 ans, j’ai recommencé à voyager à l’étranger pour mon boulot, avec Mondoblog et aussi avec ma famille. Paris, Port-Louis, Abidjan, Dakar…il y a des épisodes comme ça, dans ma vie où je voyages plus souvent, comme dans les années 1980, au début des années 2000 et, donc, depuis 2 ans. Je peux comparer, de mon point de vue. Mais pour mieux illustrer l’article, disons que les voyageur(se)s s’appellent Koto et Bozy.

Avant le départ

1980

Un jour, Koto a l’opportunité d’aller en France. Ah, quelle bonne nouvelle! C’est la joie, pour tout le monde : pour Koto, bien sûr mais aussi pour toute sa famille (famille proche et élargie : oncles, tantes, cousins, cousines, etc.), ses amis, ses voisins.

Des semaines avant, tout le monde se met à écrire des lettres pour la famille d’andafy (à l’étranger), des lettres de 8 pages chacune. Koto commence à remplir ses valises de voandalana (cadeaux, littéralement : fruits de la route) pour la famille et les connaissances là-bas. Koto pouvait avoir facilement le Visa, son pays étant une ancienne colonie. Il n’a pas besoin de faire le change dans les banques, le Franc Malgache (FMG) pouvait  s’échanger ici ou là-bas. Donc, Koto n’avait à penser qu’à son passeport, son billet et ses valises.

 

2010

Bozy va aller à Paris. Bozy et sa famille sont fiers mais Bozy ne confiera pas ce secret à tout le monde. Ses amis proches le sauront et les autres comprendront par le statut Facebook : « Paris-bientôt! 😉 » . Par ce moyen, Bozy peut communiquer qu’elle va partir sans le dire « officiellement ». Ce qui filtre, un peu, les gens qui vont oser demander service en envoyant un colis. Elle n’a pas que ça à faire! Avec son passeport, elle doit déposer une demande de Visa à l’ambassade 5 semaines avant le départ; elle doit trouver un hébergement; elle doit prouver qu’elle a l’argent nécessaire pendant toute la durée de son séjour; elle doit souscrire à une assurance santé; elle doit jurer qu’elle reviendra au pays après.

Le départ

1980

Le voyage commence la veille du décollage. C’est un jour de fête. Toute la famille est venue des 4 coins de Madagascar pour « hanatitra » (accompagner) Koto à l’aéroport demain. Les grands parlotent dans le salon pendant que les enfants jouent dans la cour. Koto est heureux, impatient, il a un peu peur. Aller à l’étranger c’est un évènement tellement rare.

Le lendemain, quand il fait encore nuit, Koto, sa famille, ses amis, les voisins forment un long cortège pour aller à Ivato (louent même des bus, pour certains). Le Parking d’Ivato est plein. Les gens sortent de voiture, prennent des photos pour immortaliser le moment. Après, on accompagne Koto dans le terminal. Voilà Koto qui va se faire fouiller les bagages avant l’enregistrement. C’est le moment de pleurer. Eh, Koto ne sera absent que quelques jours! Qu’importe, il faut lui donner toutes les bénédictions avant de le laisser partir vers la frontière. Koto est nerveux avec le douanier qui a posé pleins de questions sur ses bagages, avec l’enregistrement, les formalités, les fouilles au corps. Mais il se retrouve dans la salle d’embarquement et peut souffler un peu en regardant les avions sur le tarmac. Toute sa suite : la famille, les amis, les voisins sont maintenant sur la terrasse, là-haut. Au moment de l’embarquement, il sort, à pieds, du côté de la piste vers le Tolom-piavotana, le 747 de la Compagnie nationale ou vers un autre avion d’Air France et commence à regarder vers la terrasse. Il voit plein de gens qui font des signes aux voyageurs. Il répond en secouant vigoureusement sa main au dessus de sa tête même s’il n’a pas vu qui est qui parmi ces centaines de gens. Ces « accompagnateurs » vont continuer à faire des signes de la main jusqu’à ce que l’avion disparaisse dans les nuages.

 

2010

Bozy, se lève de bon matin. Son père va la ramener à l’aéroport avec une amie qui a tenu à l’accompagner. Elle dit au-revoir à son petit frère qui a école tout à l’heure et à sa maman. La voiture roule vite jusqu’aux embouteillages d’Ambohibao. Son père lui raconte les voyages dans les années 1980. Finalement, Ivato n’a pas beaucoup changé. Quand on arrive au niveau du croisement entre le village et l’aéroport, on voit toujours la queue de l’avion qui est stationné sur le tarmac.

Bozy dit au revoir à son père et fait un câlin à son amie avant d’aller déposer ses bagages. Elle a déjà fait l’enregistrement en ligne, donc, elle n’a plus que les formalités à faire. C’est là que tout se corse. Elle et ses bagages à main vont se faire scanner et fouiller au moins 2 fois; elle va devoir prouver son identité au moins 6 fois avant qu’elle ne pourra s’assoir sur son siège. A ce moment, son père sera déjà sur le chemin de son boulot ou la maison selon le jour.

 

Le voyage

1980

Assis sur le siège économique, Koto se sent comme un prince. Les hôtesses et stewards sont attentifs et serviables. Il prend le petit carton où les menus des repas et les programmes des divertissements sont inscrits. Koto insère dans ses oreilles des écouteurs qui lui soufflent un courant d’air mélodieux dans les oreilles. Lolo sy ny Tariny, Jaojaoby et les autres constituent la playlist malgache. Il attend avec impatience les films sur le grand écran, comme au cinéma, qui vont orner ce long voyage de presque 20 heures et 2 escales. De temps en temps, Koto se lève pour les WC ou pour parler aux gens. Dans la zone fumeur, la fumée des cigarettes forme un brouillard dans lequel des vazaha (européens) sont en train de discuter à haute voix. Pendant les escales, à l’aller et au retour, Koto allait faire des courses dans les duty free shops, des commandes de la famille : du whisky, des cigarettes, du chocolat surtout. Le reste du temps, Koto dort.

2010

Dans l’avion de Bozy, les gens possèdent tous un écran personnel. Tous? enfin…presque tous. Dès le départ, il y en a toujours 2 ou 3 qui se plaignent que ça ne marche pas. C’est gênant, mais bon, tant que ce n’est pas le sien. Le vol, direct, se passe vite ou presque. Il y a des gens qui se font connaissance, se donnent des adresses ou des profils Facebook. Les autres dorment ou fixent leurs écrans pendant tout le vol.

 

Le séjour

1980

Koto est attendu à l’aéroport d’Orly par un membre de sa famille. Pour lui, l’aventure commence. Pendant tout le séjour, il va se faire passer de famille en famille, de maison en appartement pour visiter les grandes surfaces, les centres commerciaux, les jardins, tout ce qui fait le charme de Paris et qui n’existe pas à Madagascar, quoi! Koto aussi s’émerveille de n’importe quoi, alors…

2010

Bozy, elle débarque à Charles-De-Gaulle. La famille d’andafy est là pour l’attendre. Cette famille d’andafy est divisée en 2 : ceux qui croit toujours que Madagascar est toujours dans les années 1980 et ceux qui pensent que Madagascar est au moins aussi bien la France. Cela fait des phrases comme :

– Viens jouer à Fifa 15 sur ma PS4 … tu connais le jeu FIFA? Ah bon? T’as aussi une PS4? Ah oui? À FIFA 16 tu joues? Bah dis-donc!

ou

– Tu veux faire des courses? Tu crois que tu vas trouver des trucs? Je veux dire… des trucs mieux mais moins cher qu’à Behoririka … des gadgets plus récents et non bridés comme au SUPREM?

 

Le retour

1980, 2010

Koto et Bozy rentrent les valises pleins de trucs que la famille d’Andafy a donné. Un malgache qui rentre à Madagascar sans valise…ça doit exister mais ce n’est pas Koto ou Bozy. La différence c’est que Koto sera reçu comme un prince et une grande fête de distribution de voandalana va être organisée mais Bozy devra, elle, appeler au téléphone portable (chose qui n’existait pas à Mada en 1980) tous les gens qui vont récupérer leurs voandalana.

 

Cette analyse est tout à fait basée sur des expériences personnelles. Peut-être que vous avez vécu ça autrement. Peut-être que vous avez remarqué les mêmes choses. A vous de les dire en commentaires.

 

 


A Ambohijatovo, Place de la Démocratie, l’alternance est de rigueur

Le jardin d’Ambohijatovo ou la Place de la Démocratie selon d’autres appellations jouxte une stèle commémorative des évènements du 29 mars 1947 lorsque les malgaches se sont soulevés contre les colons. Forcément, l’endroit est propice pour que le politicien malgache montre ses aptitudes à exercer la démocratie malgache.

Démocratie malgache

La démocratie, à la malgache ne signifie pas « seulement » que le peuple a le droit d’exprimer son choix via le suffrage universel. Il ne signifie pas, uniquement, la faculté de chacun à s’exprimer librement en faisant attention de ne pas tomber sous la loi sur la diffamation, les insultes, les rassemblements publics, la cybercriminalité et tout le reste. Justement, la démocratie malgache consiste aussi à :

– d’une part, à faire des rassemblements non autorisés comme profiter de la mémoire de nos braves et braver l’absence d’autorisation de se réunir pour se réunir place du 29 mars, par exemple.

– d’autre part, à user de son droit légitime à protéger les gens et leurs biens et à réprimer tout rassemblement non autorisés en usant de toute la force nécessaire : gaz, bâtons, balles, grenades, etc. selon les cas.

Explications et illustrations :

Avant 2009, toutes les manifestations politiques de grande envergure et de grande importance devaient se tenir, traditionnellement, sur la place du 13 mai. En effet, c’était le théâtre des affrontements ayant eu raison de la 1ère république en 1972 et c’est l’endroit choisi par Ravalomanana pour entériner la mort du second. Pourtant, pendant les premiers mois de la crise de 2009, Ravalomanana a réussi à protéger l’accès au 13 mai et les manifestants du TGV d’Andry Rajoelina se sont rabattus sur le jardin d’Ambohijatovo, rebaptisée Place de la Démocratie. Donc, pour résumer, on a :

– Manifestants : TGV

– Au pouvoir : TIM

En 2009 et pendant toute la crise, les partisans de Ravalomanana, en exil ont exigé le retour de leur leader sur la place de la démocratie avec un nouveau nom « les zanak’i Dada » (les enfants de Papa, une mouvance, c’est à dire un rassemblement de partis dont le TIM). Ces rassemblements ont été tolérés un temps (bah, c’était TGV qui l’a baptisé Place de la Démocratie, pour faire des manifestations, alors…) avant d’être interdits pour « diverses » raisons. D’où, l’utilisation des lacrymogènes et leur exil au Magro Behoririka.

– Manifestants : Zanak’i Dada (ex-TIM)

– Au pouvoir : TGV

Quand la crise est finie, suite à l’élection de Hery Rajaonarimampianina du HVM, soutenu par Andry Rajoelina, les zanak’i Dada ont continué de demander le retour de leur Papa et ont continué à demander d’utiliser  cette place. Mais très vite, ils ont du se contenter de Magro.

– Manifestants : Zanak’i Dada (ex-TIM)

– Au pouvoir : HVM (avec le TGV)

Pour les législatives, le TGV s’est mué en MAPAR et a raflé beaucoup de sièges avant de se diviser en MAPAR 1 2 et 3. C’est une autre histoire mais en bref, le HVM n’a pas eu la majorité et a du faire des alliances pour obtenir la majorité parlementaire. C’est ainsi que le TIM a rejoint la mouvance présidentielle. Et même si ce n’est pas la conséquence directe, Ravalomanana est rentré au pays et sa femme est devenue maire de la capitale. Ce qui fait qu’aujourd’hui, ce qui s’est passé le 29 mars c’est :

– Manifestants : MAPAR (ex TGV)

– Au pouvoir : HVM à la Présidence et nouveau TIM à la Mairie

C’est merveilleux, hein?

Ce qui est arrivé au Sénateur Lylison René de Roland, le 29 Mars est, donc, un simple aspect de cette démocratie à la malgache. Cette fois-ci, il était du côté des manifestants recevant les gaz lacrymogènes à la figure quand il faisait auparavant, quand il était Commandant en exercice, partie de l’autre côté. Qui sait ce qu’il fera contre les manifestants du futur quand il sera président ou maire?

Tout ça, rappelons-le, est possible grâce à la liberté que nos ainés ont su conquérir des mains des tyrans. Ils ont donné leurs vies pour que nous puissions jouir de la vraie démocratie. Et heureusement, l’Ecclésiaste (9:5) dit que les morts ne savent plus rien de ce qui se passe sur Terre, sinon, ils dirraient que ces fleurs qu’on jette sur leurs stèles et leur mausolée tous les 29 mars ne sont pas vraiment pour eux mais pour les …démocrates malgaches.