Andriamialy

Ebola, est-ce un complot ou en a-t-il seulement l’air?

Dire que l’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement est le fruit d’un complot n’est pas nouveau. Des journaux, des sites et des blogueurs l’ont déjà fait.

Mon ami, Maurice Thatan, mondoblogueur du Bénin l’a déjà fait aussi, avec humour. Mais je pense de plus en plus que dans cette affaire, il y a trop de coïncidences, trop de questions non résolus.

 

Mais je ne peux pas affirmer que c’est un complot. Je ne peux pas prouver que les cas ont été délibérément provoqués dans le but de tuer et/ou de faire des profits. Je ne peux que relever les interrogations et les fruits du hasard qui se récoltent abondamment autour de cette épidémie.

EbolaCycle1- Le patient 0

Dans l’article de BFMTV, on décrit que le patient 0 était un enfant guinéen de 2 ans. Dans le dernier paragraphe, ils disent, je cite : « D’après les scientifiques, le garçon pourrait avoir été infecté par un fruit contaminé (…), ou par une injection exécutée avec une seringue contaminée. » Alors, il est bien probable qu’un enfant de 2 ans aurait pu croquer dans un fruit contaminé. Je ne connais pas comment sont les enfants de 2 ans au Guinée mais chez nous, ils sont encore prisonniers du berceau ou au moins de la maison. Toutefois, le seul fait que cet article dise qu’il y a une probabilité de transmission par injection imprime le doute.

2- Une propagation à vitesse exponentielleDeceased_per_day_Ebola_2014_wikipedia.org

La famille du patient 0 a été décimée en quelques jours. Mais en quelques semaines seulement, le virus atteint plusieurs pays. Comme une trainée de poudre, ou plutôt comme un feu de brousse. Ceux qui ont combattu ce genre de feu savent que le plus difficile ce n’est pas de contrôler un foyer mais surtout d’éviter de nouveaux. Le vent emporte des petites branches enflammées et les dépose au milieu de nulle part où ils créent un nouveau brasier. Alors, on peut expliquer cela par le fait qu’Ebola, dans certains cas, peut incuber pendant 21 jours et que pendant ce laps de temps,une personne infectée peut voyager loin, très loin. Mais, j’en reviens toujours au patient 0, la vitesse à laquelle la maladie s’est propagée à partir d’un seul point en Guinée est plus qu’ahurissante, c’est presque bizarre.

carte_ebola

3- Des projections alarmantes

J’admets qu’aujourd’hui, les statistiques et les modèles mathématiques sont parvenus à un niveau très supérieur. On peut prédire la météo, la bourse, et beaucoup d’autres choses. On sait même prédire le jour précis avant lequel Ebola va arriver dans un pays. Ainsi, l’arrivée de ce fléau est perçu comme une fatalité à laquelle il faut se préparer. Alors que les efforts pour contrer l’avancée du virus sont fournis, cette certitude d’une défaite future est décourageante plus qu’autre chose.

 

 

4- Des patients occidentaux qui guérissent par des traitements qui ne parviennent pas en Afriqueflacon

Pendant que les milliers d’africains attendent la mort dans les hôpitaux, dans les maisons ou des quartiers en quarantaine, les patients occidentaux reçoivent des traitements dits « expérimentaux » qui réussissent souvent des miracles. Mais, malheureusement, on ne peut pas délivrer les même médicaments aux africains malades car ces traitements miracles seraient en trop petite quantité, ou il y a des problèmes d’éthique, ou des problèmes de propriété intellectuelle.

 

 

5- Des virus cousins qui émergent autre partmalade et médecins

Déjà, la souche de virus qui infecte serait toute nouvelle. En effet, lorsqu’on l’a rapproché de l’espèce dite Zaïre, on s’est étonné qu’il ait pu parcourir autant de kilomètres afin d’émerger en Afrique de l’Ouest. Alors, cette explication selon laquelle c’est une nouvelle souche est plus réaliste. Mais ce qui l’est moins c’est qu’en même temps, Ebola Zaïre s’est manifesté en R.D.C.. Je ne sais pas combien il y avait de chances (statistiques) pour qu’une telle coïncidence se produise. Mais c’est peut-être un pur hasard. Sauf que, pendant ce temps-là, Marbourg, un autre virus de la famille décide de sévir en Ouganda. Coïncidences toujours?

 

Qui sera le messie? L’Histoire le dira

En effet, ce qui importe aujourd’hui c’est de combattre Ebola de toutes nos forces. Pour cela, il faut soigner les malades et éviter les nouveaux cas. Pour soigner les malades, il faut des traitements et la prière. S’il n’y a pas de traitements, il reste la prière. Et pour éviter les nouveaux cas, il faut informer et éduquer et se protéger.

J’espère que, bientôt, le médicament miracle arrivera. Il importera peu qu’il coûte les yeux de la tête ou la peau des fesses puisqu’Ebola prend déjà beaucoup plus cher.

Et quand on arrivera à arrêter cette maladie, ce que je souhaite vivement, on pourra avoir assez de recul pour étudier cette épidémie et prendre les mesures afin d’éviter qu’elle ne se reproduise. Mais si, réellement, elle n’est pas le fruit du hasard, le saura-t-on jamais?

 


Antananarivo, en mode Moyen Âge, le guide de survie

Avec les récentes coupures d’électricité et d’eau courante, notre mode de vie est presque bouleversé. Que fait-on lorsqu’on habite à Antananarivo et que l’on n’a plus l’électricité et l’eau courante à la maison? Est-ce qu’on doit tout faire comme au Moyen Âge ? On est quand même dans la plus grande ville de Madagascar, la capitale administrative du pays. Et pourtant, il y a des gestes qu’il faut réapprendre et réutiliser dans la vie quotidienne sans utiliser les installations modernes.

Ainsi, voilà un petit guide de survie en cas de panne générale.

1- S’illuminer à la bougie :

candle-179298_640Les bougies sont encore très disponibles dans les épiceries et les magasins. En effet, seule une petite partie de la population possède l’électricité. Ainsi, il est facile de s’en procurer en cas de panne du courant. Elles coûtent 200 ariary en moyenne (10 centimes d’euro).

A la tombée de la nuit, il faut les allumer et les mettre sur des bougeoirs, sur des boîtes de conserve ou directement sur les meubles. Pour ce faire, il faut laisser couler un peu de cire et faire tenir la bougie sur ce liquide avant qu’il ne se durcisse.

Voilà qui est plus facile à faire. Passons à l’étape suivante.

 

2- Se divertir :

Ce problème survient après environ 30 minutes de coupure du courant. Là, on se sent un peu ennuyé mais on ne sait pas quoi faire : pas de télé, pas de radio, pas d’ordinateur, la batterie du portable ne tient pas trop avec les jeux et Internet. Les enfants commencent à brailler et les grands s’énervent de plus en plus.

Dans ces cas-là, il faut se souvenir des jeux de son enfance et les apprendre aux enfants : devinettes, charades, etc. C’est quand même magique, les parties de cache-cache dans le salon le soir ou en fermant les volets. Les adultes peuvent lire des livres, en papier. Tout le monde aussi peut faire un peu de sport, sortir dans la cour si c’est possible et jardiner, bricoler ou juste regarder les passants.

En fait, le principal est d’user de son imagination.

3- Endormir les enfants :

Ceci est plus épineux. Comment endormir les enfants sans l’aide de Dora l’Exploratrice et de ses compères? De plus, la lumière mouvante et changeante de la bougie les effraie un peu quand elle projette les ombres sur le plafond.

Eh bien, il faut, justement, profiter de cette ambiance pour emmener les enfants dans le monde merveilleux des contes et des histoires à dormir debout. Enfin, certains préfèreront des histoires de la Bible pour faire d’une pierre 2 coups.

 

4- Éviter les détrousseurs, ou pire

Les bandits agissent de toute façon. Mais on sait que la seule présence d’un poteau d’éclairage réduit déjà de beaucoup les velléités de certains. Par contre, j’ai déjà entendu des cas où les faits se sont déroulés, l’action a été faite : un braquage, un vol à la tire, une agression, un viol juste parce que l’occasion s’est présentée. Alors, il faudra éviter d’être au mauvais moment au mauvais endroit. Ne sortez plus dehors dès la nuit tombée lorsqu’il n’y a pas de courant. Encore moins si vous êtes une seul(e) et sans défense.

 

5- Puiser ou chercher de l’eau

Mais le problème d’électricité n’est rien par rapport à l’absence d’eau courante.water-90781_640 En effet, l’eau, c’est la vie.

On puise de l’eau dans les puits. Mais les puits sont assez rares dans les villes comme Antananarivo. Dans la banlieue, il y en a assez mais il faut savoir les trouver et être en bons termes avec les propriétaires. On peut aussi chercher de l’eau dans les rivières, les fleuves, les lacs ou les canaux. Le problème c’est, bien sûr, la propreté de ces eaux-là. Si l’eau courante pour Antananarivo provient par exemple du lac Mandroseza, il ne faut pas croire que ce lac est tout de suite potable puisqu’on y repêche souvent des détritus, des cadavres et même des matières fécales.

Bref, le moyen le plus sûr est de remplir des barils, des seaux, des bidons, des Dames-Jeanne pendant les quelques heures où l’eau marche pour en avoir toujours sous la main.

6-Boire de l’eau

Ce problème est assez facile à résoudre. L’eau potable se vend en bouteille, mais un peu cher. Pour ceux qui ont l’habitude de boire directement à la pompe, ce qui est déjà déconseillé, il ne faut pas continuer cette habitude avec toute eau récoltée n’importe où. Heureusement, les moyens de décontamination sont pléthores :

  • bouillir pendant 5 minutes
  • mélanger avec un peu de désinfectant (utiliser les flacons de marque Sur’eau ou les pastilles vendues en pharmacie et respecter la dose prescrite)
  • mettre dans des bouteilles transparentes et laisser au soleil pendant une semaine
  • filtrer avec un bon appareil
  • etc.

7- Ne pas sentir mauvais

En effet, on sait que le matin, en se préparant, certains n’ont pas fait attention. Les plus chanceux d’entre eux sont sortis de la douche encore pleins de savon. Pour les autres, il n’est même plus possible de se laver, car il n’y a pas une goutte d’eau qui sort du robinet. Alors pour ces derniers, il est déconseillé de mettre du parfum ou même un déodorant. La pratique au Moyen Âge était, en effet, de se promener avec des herbes aromatisées sous les aisselles, mais ceux qui ont eu l’expérience dans les transports en commun peuvent l’attester : l’odeur des aisselles, c’est mauvais mais l’odeur des aisselles sublimée par un mauvais déodorant, c’est pire!

Faites au moins du nettoyage à sec, avec des lingettes par exemple ou des serviettes mouillées avec un peu d’eau comme dans les hôpitaux ou dans les avions.

Bref, il est possible de survivre sans eau ni électricité. Mais lorsqu’on habite Antananarivo, c’est quand même rageant les délestages et les coupures incessantes. Alors, même si on sait quoi faire dans ces cas-là, le gouvernement devra vite régler le problème de façon active et pérenne.

 

 


Quelques pensées…en guise de retour

Ah, ça fait longtemps! Il faut dire que je n’avais pas beaucoup de temps pour ce blog ces derniers temps. C’est comme ça quand le travail tue le travail. Mais rassurez-vous, même si je n’écris pas, dans ma tête, il y a toujours ce feux d’artifice permanent. Mes pensées continuent d’envahir mon cerveau.

C’est ce que j’ai expliqué à ma femme. Je lui ai dit que si je parvenais à vieillir, je serai peut-être un vieux fou, un peu schizo, un peu parano et très étourdi. Parce qu’aujourd’hui, si je m’écoute, dans ma tête il y a toujours au moins 3 voix, et 2 chansons qui ne s’arrêtent pas et je n’ai qu’à choisir celle que je veux entendre et partager aux autres.

Bon, je disais que je n’avais pas beaucoup de temps. Ces dernières semaines, je suis devenu chroniqueur. Et puis, j’ai acheté une certaine voiture et l’État m’a dit que désormais je suis un transporteur. Pas comme dans le film, mais c’est un bon titre quand même, je penses. Bref, avec ces deux nouvelles cordes à mon arc, je vais bientôt finir de construire la harpe de ma vie.

Côté vie de famille, on a accueilli le 5ème garçon, le petit dernier. Oui, c’est moi qui le dit : ce sera le dernier! On nous dit souvent : bravo pour l’équipe de basket! Votre château sera imprenable! Bientôt, il y aura 5 belles filles pour Maman…5 bru quoi..! Mais qu’est-ce qu’ils insinuent? C’est pas chez tout le monde que belle-fille et beaux-parents veulent s’entretuer. Et j’espère qu’on aura assez de chance pour en dégoter 5 petites gentilles.

Du Lundi au Vendredi, je suis toujours banquier. Je gère toujours des projets. Le Samedi, je vais toujours à l’église où je joue de l’orgue quand on m’y invite. Et le Dimanche est consacré à la famille et aux adidy (les choses à faire pour la société : les invitations, les naissances, les décès, les visites de courtoisies, etc.). C’est à se demander si une vie trop remplie est toujours une vie. Mais les malgaches disent « ny adidy tsy an’olon-dratsy » pour dire en quelque sorte que si on a des choses à faire, c’est qu’on est pas un « mauvais ».

Mais bon, je n’ai pas abandonné mondoblog pour autant. Même si je n’ai pas mis des articles en lignes, j’ai été actif sur la plateforme. J’ai découvert les nouveaux mondoblogueurs. Eh oui, il y en a, par centaines, tous des perles! Il y a même quelques malgaches très très bien parmi eux. Et je peux affirmer qu’en ce qui concerne mes billets : « je reviendrai… »


Mazana 2, la renaissance d’une légende automobile malgache

La nouvelle Mazana II de la marque de voiture malgache Karenjy me semble une bien gentille petite voiture. Que dis-je? une robuste machine capable de faire face à toutes les exigences de la conduite à Madagascar et en Afrique.

mazana II
Photo : Karenjy

On peut parler d’une légende. Les voitures Karenjy sont nés dans les années 1980. Même si seulement une centaine est sortie de l’usine, elles ont prouvé que c’était possible de penser, de créer et de produire une voiture malgache pour les malgaches et pour les africains.

C’était prévisible d’entendre une rumeur déjà démentie selon laquelle les députés de Madagascar auraient bientôt des Karenjy comme voiture de fonction. Mais même si une telle marché n’est pas envisageable pour la nouvelle voiture, on espère qu’elle sera une réussite pour la marque.

En fait, j’ai suivi sur internet le développement de cette voiture. J’ai même participé un peu en répondant aux enquêtes de l’entreprise afin de peaufiner les caractéristiques du modèle. Remplir les formulaires de ces enquêtes me plaisait beaucoup. Une fois, ils demandaient de choisir la fiche technique et les options que je voudrais. Ah! c’était comme si j’achetais une voiture personnalisée et comme si j’étais en train de remplir ma commande.

Mazana 2, buggy pour les tests de roulage
Mazana 2, buggy pour les tests de roulage

 

Voilà donc mon idée de la voiture idéale :

– Pour le type de voiture : bien sur ce serait un 4×4 ou une familiale. Allez, pourquoi choisir? Une familiale à quatre roues motrices donc.
– Nombre de place : 7 à 9, c’est évident aussi. Il y a moi, ma femme, mes 5 enfants, mon père, ma mère, la nourrice, ce qui fait déjà qu’on serait à l’étroit dans une voiture à 7 places.
– Transmission : 4 roues motrices, je l’ai déjà dit. On veut aller loin avec. Si vous saviez l’état des routes qui mène à la campagne ou sont restés grand-père et les autres, cela vous paraîtra aussi très évident.
– Motorisation : je crois que le choix était entre plutôt puissante ou plutôt fiable? Bah…plutôt les 2 si c’est possible, non? il faudrait au moins un bon turbo pour rendre le moteur plus performant.
– Carburant : le Gasoil, c’est toujours moins cher au litre par rapport à l’essence.
– Qu’est-ce qui vous intéresse : l’aspect extérieur ou le côté pratique? Un compromis également si c’était possible. On veut de la praticité mais c’est triste de lire et d’entendre les étrangers comparer la première Mazana à une Mehari des années 1960, un tank ou une boîte à savon.

Mazana 1 , photo : Karenjy
Mazana 1 , photo : Karenjy

Et ensuite, ils demandaient d’autres trucs dont je ne me souviens plus très bien : la climatisation, la fourchette de prix, etc. J’envoyais les dernières réponses et le rêve éveillé s’achevait aussi.

Bien sûr, une voiture neuve du standing du Mazana II ça reste encore une voiture trop chère pour mon budget. Un jour peut-être quand je serai plus riche. En plus, ce premier modèle n’a que 5 places et une petite benne à l’arrière, un compromis entre la familiale et l’utilitaire

Mais au moins, rien que d’en voir circuler dans Tana sera une fierté pour moi. La marque insiste sur le fait qu’elle est 100% malgache même si le moteur et les matières premières de bases (peintures, fibres de verre, plastiques) sont, bien entendu importées.

Bref, je souhaite bonne chance à la marque Karenjy, un des très rares fabricants de voitures africaines et fierté de Madagasikara. Il ne lui reste plus qu’à séduire les malgaches eux-même et pourquoi pas le monde entier.


Antananarivo, la patiente

– Madame Antananarivo, bonjour, prenez place et dites moi tout.

– Appelez-moi Tana, c’est plus facile. D’abord, je tiens à précise que je ne suis pas…

Photo : Macro Zanferrari

– Folle? Mais non, ne vous inquiétez pas. Je n’ai aucun jugement à faire, aucun diagnostic à établir, je suis là pour vous aider. Considérez-moi comme votre ami, votre confident.

– D’accord, j’ai l’impression que rien ne va dans ma vie. Et je ne sais pas ce qui cloche ni ce que je peux faire.

– Allons-y pas à pas, parlez moi des naissances

– Ah les naissances! Il y en a beaucoup, je n’ai pas à me plaindre. Pour la plupart, c’est très douloureux. Mais quelle idée j’ai eu de construire une maternité à Befelatanana (la grosse paume)! Sinon, c’est très cher pour une césarienne et l’utilisation de la péridurale est encore marginale. Et surtout, il y en a encore qui mettent bas à la maison, parfois toutes seules. Elles disent « miankin-drindrina irery » (adossée au mur toute seule) à cause d’une technique ancestrale pour endurer le travail. Néanmoins, le taux de natalité est le plus faible dans ma région, dans les 26% comparé aux 43% au niveau national.

– D’accord, et qu’en est-il des enfants?

– Les enfants sont mieux lotis que dans le reste du pays.  Ils ont droit à l’école primaire gratuite…ou presque. Ils ont accès aux loisirs et sont protégés. Bien sûr, il y a les enfants de la rue, on les appelle les 4’mi. Il paraît que « 4 mi »  veut dire « boire, fumer, parier et se prostituer », les 4 pêchés capitaux. Malheureusement, certains d’entre eux apprennent aussi à mendier et voler. On fait des efforts pour les réinsérer mais ce n’est pas facile du tout.

– Passons à la jeunesse maintenant

– Oui, la jeunesse c’est merveilleux. Pour moi, les jeunes sont dynamiques et entreprenants. Beaucoup de mes jeunes travaillent. Beaucoup font des études. Mais quelle idée j’ai eu d’installer l’université à Ankatso (Là ou ça bloque). Très peu d’entre eux réussissent dans les études. La plupart travaille dans l’informel ou dans des emplois très mal payés. Imaginez que des bacheliers triment pendant tout le mois pour 150 000 Ariary (50 Euro). Mais encore, je préfère mieux ça que de les voir se vautrer toute la journée sur le canapé ou en train de faire des mauvais coups.

– Très très bien tout ça. Mais je vois que vous avez des problèmes avec les noms.

– Oui, chez moi, c’est très important. Mais je sais que certains ne sont pas à propos. Par exemple, à Tsimbazaza (Pas un enfant), j’ai côtes-à-côtes mon zoo et mon parlement. Souvent ça prête à confusion lorsqu’on dit : « Je vais amener les enfants voir les animaux à Tsimbazaza » ou « La nouvelle loi sur la pêche a été adopté à Tsimbazaza ».

-Donc, vous pensez qu’il faut changer les noms?

– Euh pourquoi? C’est grave?

– Non, le nominainconueniensophobie n’est pas une maladie.

– C’est quoi?

– Je viens de l’inventer pour votre cas, « la peur des noms inappropriés ».

– Ah!…oui, enfin…non! Les noms, c’est important mais les changer ne va pas tout résoudre. Je veux dire qu’il faut surtout changer la mentalité.

– Vous voyez, vous avez trouvé la solution vous même.

– Oui mais c’est vrai que vous m’avez aidé à … sortir tout ça! Je vous dois…?

– Non, non, ce sera pour la prochaine fois. Vous revenez bien sûr, je vous donne un rendez-vous. Aujourd’hui en 8?

 


Chez moi c’est…

« Chez moi, c’est… », c’est le thème du concours mondoblog 2014 qui s’est clos le 10 août 2014. Quel beau thème! J’avais les doigts qui fourmillaient à l’idée d’écrire moi-même sur ce sujet.

Mais, heureusement, j’ai déjà réussi mon concours mondoblog en 2013. J’ai, donc, attendu que le 10 août soit révolu pour me mettre à composer aussi. En écrivant, j’ai senti que ce n’est pas si facile que cela et je me délecte déjà de découvrir prochainement (octobre 2014) les futurs mondoblogueurs qui auront passé cette épreuve. En attendant, j’ai fait 3 essais que je vous rapporte ci-après.

ESSAI N°1 , Chez moi c’est … compliqué

Comment dit-on déjà de son statut quand ce n’est ni célibataire, ni en couple ? Ah oui, c’est compliqué. Moi, je vis depuis 35 ans avec mon île, Madagascar et c’est compliqué. Mais ce n’est pas vraiment sa faute, c’est surtout moi qui suis quelques fois infidèle. Quel grand mot que ce « infidèle ». Est-on infidèle à sa patrie si on voit d’autres de temps en temps ?

J’admets que parfois ce n’est pas uniquement au téléphone ou à la télé mais bien plus. Avec la télé, ça reste des images, comme avec les États-Unis par exemple.  Avec elle, c’est l’amour à distance. Enfin, moi surtout ! Il m’arrive de chanter ses chansons, de m’habiller comme elle, de manger comme elle. Quand je regarde certaines images d’elle, je me retrouve, comme si j’ai toujours été là.

Je disais, donc, qu’il m’arrive de passer à l’acte. Je profite qu’on m’envoie en mission ou bien de quelques supposées vacances pour faire des escapades. C’est comme ça que j’ai connu la France par exemple. Ah la France ! Avec elle, c’est une longue histoire… Je la connais tellement que parfois je me demande si j’ai fait le bon choix. Combien de fois on a voulu emménager ensemble. Enfin, moi surtout ! Mais c’était toujours trop compliqué, on n’a jamais été en phase. Je n’avais pas assez d’argent, pas une bonne situation,  pas de chance ou pas le courage. Mais je sais que cette attirance est dictée par mon sang. Alors, un de ces jours, qui sait ?

Donc, je peux dire que je suis avec Madagascar et elle seule, malgré tout. Je sais qu’on s’aime mais qu’il y a souvent de l’incompréhension et de l’ingratitude. Elle tarde à accomplir ses promesses et moi je ne fais pas assez pour l’encourager. Je crois que c’est de là que viennent cette envie de partir et ce besoin de rester. Mais on rêve toujours d’un avenir meilleur. Enfin, moi surtout ! Je rêve de pouvoir lui offrir tout ce qu’elle désire et de la rendre heureuse. Et elle le sait, et moi aussi, que même si je ne suis pas là, mon cœur demeure chez elle. Et c’est justement cette joie, cette sérénité qui m’envahit lors de mes retours qui me font comprendre que quoi qu’il arrive, le vrai chez moi c’est … Madagascar.

 

ESSAI N° 2 Chez moi c’est … selon

Chez moi c’est Antananarivo. Certains s’obstinent à l’appeler Tananarive, d’autres préfèrent l’abrégé « Tana » alors que le nom n’a plus aucun sens avec ces dernières orthographes. Mais ce n’est pas difficile à prononcer, il ne faut pas marquer le « An » comme dans le mot « Antan » mais plutôt lire comme « à Tananariv ». Ce nom signifie « la ville des mille ». Et c’est bien le cas.

Mille comme les dernières nuits accordées à Shéhérazade, Antananarivo possède mille lieux, mille visages, mille histoires. Elle abrite des princes et des princesses, des pauvres et des voleurs.

Du temps des royaumes, quand le roi Andrianampoinimerina a mis en place ses mille soldats pour garder la ville, il y avait des soi-disant princes et princesses, les andriana, qui régnaient ici. Mais aujourd’hui, le roi s’appelle l’argent. Ainsi, les princes et les princesses sont ceux qui en possèdent le plus. Il ne faut pas s’étonner de les entendre parler de leur vie à Tana comme d’un conte de fées. Ils vivent dans une bulle increvable. Leurs palaces gardés par les agences de sécurités sont truffés de meubles dorés et de gadgets de haute technologie. Ils sortent de là en 4×4 pour aller dans ces lieux qui leur sont réservés : écoles américaines ou françaises, restaurants, piscines, spa,  centres commerciaux. Ils vivent comme s’il étaient des riches en Europe ou aux States avec le climat tropical en prime. Et la nuit, ils rentrent dans leur château pour regarder la télé satellitaire, surfer avec la fibre optique,  et préparer le prochain week-end au bord de la mer.

A quelques mètres de là, dans Antananarivo, l’enfer, c’est ce que vit la famille d’Ernestine. Cette femme se lève très tôt le matin afin de préparer ses enfants pour l’école : se laver à l’eau froide du bidon, manger la soupe de riz avec le bout de viande fumée et partir à pied. L’école, c’est le rêve auquel elle s’accroche. Elle croit que si ses enfants parviennent à décrocher un diplôme, n’importe lequel, ils pourront s’en sortir plus tard et ils n’auront pas à vivre un calvaire quotidien comme elle. Elle va chez les patrons, elle peut tout faire : lessive, vaisselle, ménage, porteuse d’eau, garde d’enfant, tout. Et le soir, elle revient exténuée, ses enfants dorment déjà. Elle veille sur leur sommeil à cause des rats qui peuvent attaquer. Et puis, comment avoir un bon sommeil lorsqu’on est à 4, 5 ou 6 à dormir dans une seule pièce de 2 m de largeur ?

Ernestine, ou les femmes comme elle ont de la chance de ne pas être trop malade pour travailler, ni d’être en ménage avec un ivrogne qui la battra tous les soirs, ni de devoir dormir sous les ponts ou au bord des routes, ni de devoir se prostituer pour moins d’un dollar par jour, comme une pute pauvre selon les critères de l’ONU. Elle ne voit pas les princes d’Antananarivo. Pour elle, ces gens-là n’existent pas et cette indifférence est réciproque.

Et le reste :  des gens en lévitation. En effet, les Malgaches disent des gens qui sont dans la moyenne qu’ils ne dorment ni sur le lit, ni par terre. Sur la roue de la Fortune, ils seraient à 3 ou à 9 heures, et leur rêve de monter équivaut à leur peur de descendre. Ils sont adeptes du métro-boulot-dodo. Mais leur métro c’est des taxibé toujours bondés derrière lesquels il faut courir avant d’y entrer en faisant la mêlée. Leur boulot n’est jamais très formel ou n’est jamais bien payé. Et leur dodo, comme je le disais déjà, c’est le rêve de monter et le cauchemar de descendre, du soir au matin.

Mais ce ne sont que des généralités,  je dirais que chacun à son Antananarivo. Et chacun écrit son histoire, un peu comme dans les contes de fées ou les telenovelas qu’on affectionne ici. Tout le monde rêve, tout le monde cherche sa place dans ce monde. Rien n’est jamais définitivement acquis et tout reste possible. C’est cet espoir qui fait vivre car sans elle, mieux vaut ne plus exister. Que tu sois un prince ou un esclave, l’essentiel c’est de continuer à rêver.

 

ESSAI N°3 : Chez moi c’est … plusieurs

Le psychiatre me qualifierait de schizophrène. Mais non, je ne suis pas malade ! Si quand même, un peu, on est tous malades sinon qui oserait dire qu’il est 100 % en bonne santé ? Mais je ne suis pas schizophrène, c’est juste que je n’ai jamais voulu choisir. Quand on a des passions aussi nombreuses qu’importantes et quand on est bien conscient qu’on n’ a qu’une seule vie à passer sur cette Terre, comment fait-on pour choisir? Comment peut-on laisser, abandonner une activité que l’on affectionne sans éprouver des regrets ? Alors, je ne veux pas choisir, moi !

Il y a juste des inconvénients. D’abord, lorsque je rencontre dans la rue une personne et qu’elle commence à parler en continuant une conversation d’il y a 3 ans, par exemple. Là, il faut que je me remémore le lieu, l’endroit et les circonstances afin de pouvoir comprendre ce qu’on me dit. Est-ce que ce monsieur me connaît en tant que banquier, musicien ou blogueur ? Car selon le cas, le document qu’il me demande peut désigner des trucs très différents. Où bien, est-ce qu’il me connaît uniquement en tant que traducteur ou prof de musique ? Il m’appelle Chef,  chef de chœur, chef scout? Il n’est pas de la famille de mon père ? de ma mère ? de ma femme peut-être ? « En fait, Monsieur, je ne crois pas vous connaître en fin de compte« . C’est une histoire vraie, mais je ne lui ai pas dit la dernière phrase… je l’ai dite à moi-même après avoir pris congé. Car peut-être que le monsieur me connaît mais moi je me suis un peu perdu de vue.

Ensuite, avoir plusieurs vies c’est bien sauf qu’en termes de temps, on n’en a qu’une seule : on naît une fois et on meurt une fois. Einstein a dit que le temps est flexible, mais je sais bien que pour le ralentir, il faut aller très très vite. Et ça, c’est extrêmement fatigant.

Alors, si tu me demandes comment c’est chez moi… à l’intérieur, je ne saurais pas vraiment te dire car moi aussi je me cherche. Je pourrais répondre n’importe quoi mais ça ne sera qu’un reflet plus ou moins fidèle. Par exemple, je dirais que chez moi c’est… un feu d’artifice ! C’est à toi d’en découvrir les formes et les couleurs.