Andriamialy

Lexique malgache sans consonne et même avec moins que ça

Pour finir cette semaine, je vais vous donner un petit lexique de quelques mots malgaches sans consonnes, pour sourire un peu. C’est un article que j’ai déjà écrit en malgache sur un autre blog mais que je revisite ici d’une autre manière. L’idée n’est pas (seulement) d’énumérer des mots sans consonnes mais surtout de partager cet étonnement quand on se rend compte combien un malgache peut s’exprimer juste avec des voyelles.

Mais même sans voyelle du tout, même avec la bouche fermée, avec un baillon et du ruban adhésif, un malgache pourrait avoir un vocabulaire de 6 mots au moins (info utile à tout scénariste envisageant de kidnapper un malgache dans son film).

Tenez ma liste des 6 sons intélligents que j’écrirai avec des nombres différents de « m » sedlon leurs longeurs. Je vais essayer de mettre entre parenthèses l’intonation mais il vous faudra peut-être un malgache de votre entourage pour bien lire):

m? (↗) = quoi?

mm (→↗) = Oui

mmm (↗↘↗) = Non

mmmm (→→→→) = euh…

mmmmm (→→→→↘) = Ah bon!

m m (→  ↘ ou → ↗, notez que c’est 2 sons distincts) = Mais non! ou Arrêtes de me charrier! ou C’est vrai ça?

C’est que le malgache est une langue assez chantante. Dans une chanson, la mélodie est plus importante que la parole et permet de mieux véhiculer l’idée, l’émotion.

J’oserais dire, également, que quelque part, il y a de la paresse dans ce vocabulaire. Combien de parents malgaches oseront dire qu’ils n’ont jamais tenu une conversation de ce genre avec un de leur progéniture pendant qu’ils lisent les journaux, repassent les linges, font à manger ou font d’autres tâches ménagères? (Si votre malgache d’ami est encore près de vous, faites le jeu en le laissant faire la réplique bouche fermée).

– Maman, Maman…Maaaman!

– m?

– Tu sais c’est où Montpellier?

– mmm

– Eh bien, c’est en France. Et tu sais c’est où Lisbonne?

– mmm

– C’est au Portugal. Tu sais rien du tout toi! Tu sais au moins c’est où Malaga.

– mmmm, mmm

– Tu ne sais pas? C’est en Espagne.

– m m

– Si, je t’assures, tu croyais que c’était un nom malagasy, avoues! Malaga, Malagasy, haha…N’est-ce pas?

– mm

– Eh bien! c’est en Espagne, regardes la carte.

-mmmmm

– je suis forte en Géo, non?

– mm

Merci Maman!

Et c’est comme ça qu’on économise notre énergie tout en restant de bons parents. C’est la philosophie du moramora (doucement) en action.

Alors, pour la suite, rassurer vous. Je ne compte pas vous énumérer les dizaines de mots malgaches sans consonnes du dictionnaire. Je vais seulement vous apprendre ceux qui avec l’économie maximale de consonnes arrivent à dire beaucoup de choses et ce ne sont pas tous des mots sortis par l’Académie.

(Souvenez vous que « o » se lit « ou » en malgache et le « e » se lit « é »)

Ay = D’accord

Ay? = Ah bon?

ie = Oui ou d’accord

Oay! = Attends un peu!

Oay a! = Tiens tiens tiens

Oooaie! = « Waoouuuh » ou « que c’est gros! », « que c’est grand! », « ouf, c’est beaucoup! »

Eeei! = Je m’en fous!

Oiaoy = Quelque chose à rapporter (à cafeter)

Oaiaoay = De gros problèmes

eeee = C’est foutu!

iii =  beurk, ou ça fait peur!

Et il y en a d’autres et de nouveaux encore mais arrêtons là.

C’était juste pour montrer la « richesse » de cette langue qui nous berce et nous fait danser depuis notre enfance (Oui, il y a des chansons malgaches qui font juste « Aia, Aia! » ou « iô, iô »). Et puis, vous savez déjà vous « exprimer » en malgache sans forcément apprendre le vocabulaire (mm). Enfin, je ne vous en veux pas si vous avez ris un peu. J’avoue, c’est singulier.

 


Non, les Malgaches ne sont pas fous

J’ai écrit dans mon dernier article que les Malgaches sont devenus fous. On m’a répondu que ce n’est pas vrai, que ce n’est pas possible ou que ce n’est pas normal. Certains ont compris. On m’a aussi contredit, on m’a même traité de « vendu » pour avoir osé dire tant de mal de mon pays. Dans tous les cas, il m’a été demandé de m’expliquer.

Mais ce que je sais, c’est que la violence n’est pas dans les coutumes malgaches. C’est bien les Malgaches qui disent « la force ne bat pas l’intelligence ». Je vais donc réutiliser les commentaires de ce précédent post pour disséquer le « pourquoi » de la situation. J’ai le droit puisque c’est la première réaction que j’ai reçue qui l’a suggéré en la personne de Wilkonfam qui a écrit :« La prochaine question, à mon avis, c’est « Pourquoi ? » Pourquoi tant d’horreur, pourquoi tant de violence ? »

Pour commencer, Judith Gniamey a mis en avant les coutumes en faisant un parallèle avec son pays le Togo et les autres pays.

« Mais n’y a-t-il pas un peu de cela dans toutes les coutumes et dans tous les pays ?  Au Togo, des jeunes filles ont été retrouvées décapitées, des voleurs attaquent l’aéroport national… Il y en a partout. Regarde la violence inouïe en Afrique du Sud, les missionnaires comboniens ont été attaqués trois fois dans la même journée… »

Renaudoss a renchéri : « Cela dit, certains aspects, le lynchage de violeur présumé, j’entends, sont aussi présents dans une moindre mesure dans mon pays le Togo ».

Et c’est vrai, en partie, comme je l’ai déjà expliqué dans l’article. Le vol de bœuf est un jeu, un rite, une initiation chez certaines tribus du sud de Madagascar. Ceci dit, il y a une grande différence entre des adolescents qui passent un bizutage et les dahalo d’aujourd’hui qui tuent, violent et pillent.

Heureusement, Renaudoss a ajouté une autre explication : « La dégradation des conditions de vie y est sans toute pour beaucoup, mais quand même! ». Ce qui est de la même veine que la réponse de Fa-tiana, une Malgache : « Je pense que les Malgaches sont à bout (la crise, la pauvreté qui envahit peu à peu l’île) et qu’ils n’ont plus ou peu confiance en l’Etat qui devrait les protéger et leur assurer la sécurité… et la justice… on sait à peu près ce que ça donne en ce moment, du coup, l’on se replie sur soi et on se défend comme on peut, et les voleurs, violeurs… se sentent invulnérables vu qu’il n’y aura personne pour les arrêter, même plus la peur du gendarme et de l’autorité! »

Pour moi, la réponse de la population par le lynchage n’a rien de sauvage ni d’endémique. Il faudrait beaucoup de sang froid pour ne pas vouloir se venger tout de suite lorsqu’on met la main sur le meurtrier de son frère, ou le violeur de sa fille ou simplement le voleur de sa poule. La loi, les droits de l’homme, la Loi divine ou la simple humanité sont « quelquefois » contre la justice populaire mais, malheureusement, elle est parfois la seule à parler et surtout la seule à qui les gens ont confiance.

Il ne faut pas, non plus, beaucoup de statistiques pour voir que le taux de criminalité a augmenté avec la crise. A Madagascar, la crise financière mondiale a été amplifiée par une crise politique longue de 5 ans et qui a laissé des traces; faisant plus de pauvres, annihilant tout semblant de progrès acquis depuis l’indépendance et plongeant la population dans un marasme constant. Alors, oui, c’est une cause plus que probable de cette amplification de la violence.

Enfin, je vais finir sur une suggestion à peine masquée de mon ami Stéphane, ancien habitant de l’île :« Après le lynchage de NB je me souviens avoir trouvé comme explication (pas une excuse) que ce sont les magouilles des politiciens qui mènent le pays vers le fond et poussent la population à commettre des actes désespérément horribles. »

Il fait référence à un certain fait divers de Nosy-Be l’île aux parfums, élue, en passant, plus belle île africaine où deux Européens ont été en 2013, accusés d’être des pédophiles et/ou des voleurs d’organes et lynchés puis brûlés vifs par la population et sans aucune forme de procès. Il y avait, par la suite, des rumeurs de complots dans cette affaire, mais je n’ai pas d’informations à ce sujet. Mais ce qui est sûr, c’est qu’une rumeur sur le vol de cœur est mortelle à Madagascar et que ce n’est jamais à répandre, même en blaguant.

Ce que je sais c’est que cette idée selon laquelle les attaques, les violences sont permises ou même commanditées en haut lieu n’est pas nouvelle. Ainsi, il est entré dans le langage courant le terme de « dahalo ambony latabatra » (dahalo derrière le bureau, ou assis à table). Il désigne ceux qui dirigeraient les dahalo dans leurs actes et qui en récolteraient aussi le plus de bénéfices.

Il n’y a pas de fumée sans feu, ou comme disent les Malgaches : « Le faucon ne danse pas en vain ». Il suffit de se poser les bonnes questions pour avoir des craintes sur l’existence réelle de ce genre de dahalo : comment les bandits font-ils pour s’acquérir d’armes de guerre : pistolet, AK-47, grenades ? Pourquoi, malgré les opérations et les arrestations, les bandits se multiplient ? A qui profitent ces crimes?

Voilà les 3 idées qu’on a pu soutirer des commentaires sur mon dernier article pour expliquer les violences à Madagascar. On a parlé d’une déviation des rites et coutumes jusqu’à un complot politico-mafieux en passant par la crise et ses conséquences. On peut trouver d’autres raisons et on peut aussi affirmer qu’il y a peut-être un peu de tout cela et que c’est l’ensemble qui fait que les Malgaches semblent s’affoler. Car, c’est vrai, les Malgaches ne sont pas fous, pas tous, pas encore. Il faut juste espérer et œuvrer pour que cela demeure ainsi.


-18, âmes sensibles, ne lisez pas : les Malgaches sont devenus fous

Fuyez, prenez vos affaires, ce que vous pouvez emporter et allez vous-en. Ce pays est devenu fou. Les Malgaches sont devenus fous. Si vous croyez encore que ce sont des gens sympathiques, accueillants, hospitaliers et dévoués, annulez votre expatriation, reportez vos vacances. Ou si vous insistez, venez et sauvez-moi, sauvez-nous de nous mêmes.

Il y avait quand même des craintes en moi. J’ai entendu parler depuis longtemps des dahalo (voleurs de zébu) qui ont changé de méthode en tuant, en prenant des otages et en violant. Mais dans ma tête, c’était parce que les victimes habitaient la brousse ou la jungle, comme dans les films. Je voyais aussi les voleurs à la tire (mpanendaka) et les pickpockets (mpangarom-paosy) comme de pauvres gars obligés de voler pour survivre, que c’est pareil partout dans le monde et qu’il faut juste faire attention. Aujourd’hui, je n’ai plus de doute, les Malgaches sont capables du pire.

Je vais vous les dire et vous les raconter, comme je les connais et à ma manière, ces faits divers, mais j’ai décidé de ne pas mettre d’illustration ni même de lien. Vous me comprendrez. Mais vous pourrez les trouver dans les journaux en ligne malgaches comme Midi Madagasikara par exemple.

D’abord, il y a les coupeurs de routes. On rapporte des histoires rocambolesques. Une fois, il y avait ce taxi-brousse. C’est comme ça qu’on appelle les bus entre 14 à 27 passagers qui transportent les gens entre des villes éloignées. Il voyageait de nuit et était à la queue d’un convoi, d’une caravane improvisée comme on fait d’habitude par peur des bandits. Dans ce journal que j’ai gardé, un des passagers raconte comment ils ont été distancés par les autres voitures et comment ils sont tombés dans l’embuscade de coupeurs de route. Ils auraient été détroussés puis sommés de sortir à tour de rôle, 4 par 4 vers les bosquets pour se faire violer, hommes, femmes et enfants.

Il y a aussi les enfants volés. Une petite fille a été retrouvée décapitée. Un petit garçon a été retrouvé sain et sauf à des kilomètres de chez lui. Un bébé de 2 mois a été arraché à sa nourrice en pleine rue puis emporté par un 4×4. Aujourd’hui, les écoles redoublent leur sécurité pour éviter qu’un enfant soit confié par erreur à un inconnu. Et puis, il y a cette personne qui a failli être lynchée par la foule car accusée d’être un voleur d’enfants.

Car oui, le lynchage des malfaiteurs avérés ou présumés, c’est aussi devenu monnaie courante. Le cas des vazaha de Nosy-Be d’il y a plusieurs mois déjà a été relayé de par le monde. Mais c’est tous les jours, ou presque que des bandits et des innocents se font massacrer sans procès dans les rues de Madagascar. Tenez, cette semaine, c’est récent, il y a eu dans les journaux le cas des bandits qui ont été brulés vifs. Dans d’autres cas, les présumés malfaiteurs sont tabassés à mort.

Apprêtez-vous maintenant à être choqués, à vomir ou à vous évanouir. Sinon, arrêtez de lire le reste. Il y a le cas de ce chauffeur, a priori, ce n’est donc pas un bandit. Mais il a renversé des gens sur la route lors d’un accident et à l’heure qu’il est ses victimes sont mortes. Mais ce chauffeur n’a pas survécu longtemps, les témoins de l’accident l’ont charcuté sur place à la machette et il n’en restait pas grand-chose après quelques minutes. Il n’a pas voulu fuir, mais faire face à sa responsabilité. Il a trouvé une mort horrible. Il y a quelques temps, il y avait aussi ce petit couple. La fille a été violée et abandonnée dans la rue et le garçon a été emmené par leurs assaillants. Son corps a été retrouvé quelques jours après, roué de coups et jeté dans le fleuve.

Car le viol aussi est devenu « à la mode » chez les bandits. On viole les femmes, les filles, les fillettes, les garçons, les vieilles, les bébés. Ce n’est pas comme dans les séries policières lorsque le profileur explique qu’un voleur est un voleur et un violeur est un violeur. Ici, les hold-up, les cambriolages, les accidents sont des « occasions » pour violer. Tenez en exemple ce que la presse locale a qualifié de sordide, c’est le cas de cette femme d’une trentaine d’années. Elle aurait été renversée par un train et en a eu une jambe arrachée. Des témoins l’ont ensuite vu se faire violer par 4 gars… sans sa jambe, donc, avant d’être achevée à coups de couteau.

Voilà, il y a deux jours, je voulais déjà écrire ce billet, mais à la place, j’ai expliqué les mots fitiavana (amour) et tia (aimer). Comme ça, la transition est plus abrupte. Je m’en fous si les meurtres, les enlèvements et les viols sont guidés par la mafia, la politique ou bien si seulement le fruit de notre pauvreté et des films à la télé. Je dois simplement en parler, comme ça, parce qu’en en faisant un billet, j’aurais contribué à les rendre plus invraisemblables, plus terrifiants, moins banals. Parce que je sais bien que les Malgaches sont censés être gentils et que tout ça n’est pas normal.

Oui, aujourd’hui, j’aimerais fuir, j’aimerais aller loin, si c’était possible. Mais je préfèrerais rester sans la peur pour ma vie, pour celle de ma famille et de mes amis. Ce pays est toujours un coin de paradis, mais il lui faut seulement moins de démons et un peu plus d’humanité.


Tia et Fitiavana – Aimer et Amour

Tia (ti-ah) est le verbe aimer en malgache. Ce sont 3 jolies lettres de l’amour qui animent la vie des malgaches et du reste du monde. Les malgaches se proclament eux-même des « olon’ny fo » (femmes et hommes du cœur).Ce consonne et ces 2 voyelles donnent également le nom célèbre qui signifie amour : « fitiavana »  ou « fitia ».

Déjà, il faut savoir qu’il y a plusieurs formes dérivées de « tia » qui est un verbe racine (sans préfixe ni suffixe). On a par exemple « mitia » (aimer),  « tiavina » (être aimé), « tiana » (aimé). Et puis, « tia » est un mot hérité du vocabulaire malayo-polynésien. Pour preuve, à la place de « tia » et « mitia », on a en malaisien et en indonésien « cinta » et « mencitai ».

« Tia » et ses dérivés sont des mots qui sont prononcés au moins une fois par le malgache dans la journée. Ceci grâce à la polysémie de ces mots mais je ne vais pas m’étaler dessus. Quoi qu’il en soit « Fitiavana » fait maintenant partie de la devise de la 4ème République de Madagasikara aux côtés de « Fahafahana » (Liberté) et « Fandrosoana » (Développement ou Progrès).

Eh bien, figurez-vous qu’un malgache peut comprendre que le mot est « tia » quand il n’y a pas 1 mais au moins 4 façon de le prononcer. C’est déjà pratique pour le poète. Il peut mettre ce mot à la fin d’un vers pour rimer avec le « i » ou le « a ». En effet, même si on comprend lorsqu’on entend « ti-a », on comprend pareillement juste avec la syllabe « ti ». Avec le mot « fitiavana », on peut soit prononcer en un seul temps « tia » : fi-tia-vane, comme dans le mot « mariage », soit séparer le i et le a de « tia » pour avoir un pied supplémentaire : fi-ti-a-vane.

Et puis, il y a deux autres façons de prononcer « tia » : te (té) ou ta. A vrai dire, ces deux variantes sont devenues dans certains dictionnaires des mots à part entières pour désigner le verbe « désirer ». Mais qu’on ne me conteste pas le fait que ce sont des contractions de « tia » puisqu’ils répondent à la question : « Inona ny tianao …? » (Qu’est-ce que tu aimerais… ?) Et même que l’on peut répondre « je désire ceci ou cela » en mettant « Tia » devant comme ça : « Ny tiako izao dia… » (Ce que j’aimerais maintenant c’est…) au lieu de la forme « Izaho te-… », « Izaho ta-… » (J’aimerais… ou je désire …).

Venons-en, maintenant, à la phrase que vous attendez tous : « Tiako ianao » (Je t’aime).  On peut la prononcer ainsi (entre autres prononciations) : Tik énaou. « Tiako » signifie « J’aime » et « ianao » c’est « toi ». Traduit mot à mot, cela donnerais en français : Ce que j’aime, c’est toi! Remarquez que sous cette forme, c’est un verbe d’état. Cela renvoie à un état subi par celui qui aime. On pourrait le rendre actif en le changeant simplement de forme « mitia anao aho » ou »tiaviko ianao » qui mot à mot donnerons bien je t’aime (je fais l’action de t’aimer) mais personne ne le dit comme ça.

Voilà, j’espère maintenant que vous avez tout compris sur le « Fitiavana ». Oui? Non? Et pourtant, je vous ai donné la racine du mot, les dérivés, l’histoire, les anecdotes, les prononciations et quoi encore…Eh oui, on ne peut pas comprendre l’amour avec ma méthode. C’est pour cela que je vais mettre après ce texte un poème de notre Rado national et deux jolies chansons de jeunes malgaches en exemple sachant que presque tous les chanteurs malgaches ont leur chanson « tiako ianao » dans le répertoire. Seuls les mots des poètes peuvent résoudre l’impossible sans avoir besoin d’éprouvettes ni de formules mathématiques.

Excusez ma traduction, très libre.

TIAKO IANAO (Je t’aime)

Tiako ianao no sady halako (Je t’aime autant que je te déteste)
Fa mangidy koa no mamiko! (Car tu es aussi amère que douce pour moi)
« Fahavaloko », « Malalako » (« Mon ennemie », « mon adorée »)
samy anaranao raha amiko. (Sont tous les deux tes noms pour moi)

Angolaiko hoe « fitiavako » (Je te parle mielleusement en « Mon amour »)
Na mbantiko hoe « Mpamitaka » (Ou je te traite de « Traîtresse »)
Mifangaro eo am-bavako (La colère et la gratitude)
ny hatezerana sy sitraka (se mélangent dans ma bouche)

Tezitra aminao ny foko (Mon cœur te déteste)
Misamboaravoara erikitra! (Et s’emballe complètement)
Kelikey indray…Misoko (Mais doucement…quelques temps après)
ilay fitiavako mamikitra. (Mon amour s’accroche)

Rado (1966)

https://www.youtube.com/watch?v=fQp47H6m0xI

 


Le truc pour voyager dans le temps

Si je pouvais me balader dans le temps. Ce rêve, tout le monde l’a déjà fait, tout éveillé. Moi aussi, j’y ai pensé : « Ce serait « cool » d’avoir ce pouvoir ». Mais je ne sais pas encore ce que je pourrais bien en faire.

Bien sûr, il y a des moments que j’aimerais revivre. Je ne donnerais pas tout pour cela, mais ce sont ces moments-là qui nous donnent envie de remercier nos parents de la bonne idée de nous avoir conçus. Donc, si c’était possible, je voudrais bien revenir quelques temps en arrière et être à nouveau heureux, surpris, comblé, fier.

Et bien entendu, il y a des moments que j’aimerais effacer. Encore aujourd’hui, je me dis : « Si j’étais allé à gauche au lieu d’à droite… si j’ai pris ma chance à ce moment précis… si je me suis retenu à cet autre moment… ». Mais voilà, il y a l’effet papillon, comme dans le film. Il y a les paradoxes temporels et tout le bazar. Alors ma demande est : « Serait-il possible de ne rien changer à aujourd’hui, mais seulement faire que toutes ces mauvaises décisions n’aient été jamais prises? »

Alors, j’entends les critiques qui pleuvent : » Toi, tu as cet immense pouvoir et tu ne penses qu’à toi et à ta pitoyable petite vie ?  » Mais que voulez-vous que je fasse? Vous voulez peut-être que je voyage un peu dans le passé pour dire à Ravalomanana de ne pas rentrer en catimini? Ou peut-être que je vais quelques années en arrière avec un de ces VCD macabres mettant en scène les tueries du 10 août 1991 et du 07 février 2009 et que je montre ça aux gosses des années 1980 pour qu’ils évitent de devenir des sacrifices humains de la politique? Non, j’ai une autre idée, est-ce que je ramène 2 AK-47 et un lance-roquettes pour défendre Antananarivo en 1895?

Bien sûr, je ne m’occuperai que du cas de Madagascar. Le reste du monde : Gandhi, Hitler, Mandela, Rosa Parks et tous les autres, je ne vais pas, non plus, en faire toute une chanson.

Mais je me réveille de mon rêve éveillé. C’est très facile parce que ce rêve, je l’ai fait en toute sobriété, rassurez-vous! ( Pas de shhht, shhht!)

Je me souviens de cette idée qui dit que l’homme voyage dans le temps par la pensée. Et c’est vrai. Lorsqu’on se laisse emporter par nos pensées et qu’on revient à nos bons moments, ne sourit-on pas du coin des lèvres? Ne rions-nous pas un peu tous seuls comme des fous et folles à la mémoire d’une bonne farce? Et ne pleurons-nous pas parfois comme si un malheur passé ne datait que d’un jour? De même, est-ce que la connaissance d’un évènement futur ne nous met pas tout de suite en joie ou en tristesse?

Je dois, donc, faire un aveu. J’ai ce super pouvoir, pour de vrai. Les plus beaux moments de ma vie passée, je peux les revivre à la faveur d’une photo qui traîne, d’un parfum qui passe ou simplement le soir en m’endormant. Et les moments d’échec, une fois que j’ai compris les leçons à prendre, une fois que j’ai demandé pardon, que j’ai donné mon pardon et que je me suis moi-même pardonné, elles s’effacent, lentement mais sûrement.

Malheureusement, c’est pas donné à tout le monde d’avoir des super pouvoirs. Il faut pour cela naître sur une autre planète, toucher une pierre magique ou être mordu par une bête spéciale. Mais j’aimerais bien que chacun ait un accès libre à son passé et puisse le modifier en bien. Alors, si vous n’êtes pas né sur une autre planète, comme moi, vous savez ce qui vous reste à faire.


Je peux tout ré-écrire en phonétique malgache

Le malgache écrit fait peur avec ses mots aux nombreuses syllabes presque illisibles pour un néophyte. Pourtant, le fait que la version écrite ait été « inventée » dans l’Histoire moderne a contribué à le rendre logique, très logique. C’est pour cela que lire le malgache pour l’initié soit si facile. Je vais démontrer qu’il est possible d’écrire n’importe quel mot en phonétique malgache.

Mais la langue en elle-même est aussi très logique. C’est pour cela que je l’ai rapproché de la LOJBAN dans un article de mon autre blog. Si on ajoute à cela le fait que les malgaches et surtout les jeunes aiment bien déformer les mots pour rire ou pour créer un code, les mots étrangers ne survivent que quelques moments sous leur formes originelles avant d’être malgachisés.

D’abord, petite leçon d’Histoire. : Même si la base de cette langue est l’Austronésien, elle s’est depuis longtemps enrichie avec l’arabe, le bantou, le portuguais, etc. L’Austronésie désigne pour les linguistes une partie de l’Asie qui comprend actuellement l’Indonésie et la Malaisie entre autres. Mais aujourd(hui, on préfère appeler les langues issues de cette partie de la terre comme Malayo-polynésiennes.

C’est le processus qui fait qu’un mot étranger intègre le malgache que, moi, j’appelle, personnellement,  malgachisation. A ne pas confondre avec certains qui veulent toujours chercher à utiliser des mots qui seraient « authentiquement » malgaches, mêmes bizarres ou impossibles à retenir,  alors que cette « authenticité » est encore à discuter.

Cette malgachisation peut être contrôlée par les intellectuels et les académiciens pour donner des mots simples comme Baiboly (Bible), ou intelligents comme Aterineto (Internet, mais signifie littéralement « on l’amène ici »).

On pourrait retracer l’âge de certains mots anciens du fait qu’ils datent de la domination anglaise ou française : Gisa (Geese), soavaly (cheval) , etc.

Certains mots ont été incorporé il y a tellement longtemps que certains malgachistes (permettez-moi le mot) se trompent en les croyant plus malgaches que les adaptations plus récentes : Voiture : ancien : Fiara (fiacre) ; nouveau : Ôtômôbilina (Automobile); Goudron : ancien : Tara (de l’anglais Tar) ; nouveau Godrao (goudron)

Bref, ce que je veux démontrer dans cet article est qu’il est facile de réécrire n’importe que mot étranger, même ton nom, avec la phonétique malgache.

Limites et contournements

Certains diront comment ce serait possible avec une langue qui n’a que 21 lettres dans son alphabet. En plus, il n’y a pas le « u », le « o », le « e », le « è », le « ê », le « c », le « ch », le  « j », et le « w », entre autres. C’est vrai. Alors, il ne faut pas espérer que la prononciation du mot malgachisé reste parfaite. Néanmoins, on a des astuces. Le « u » est remplacé par la double voyelle « io ». Le « o » est remplacé par « ao » ou « oa » selon le cas et au pire, il est accepté que le o français puisse s’écrire « ô ». Ainsi de suite, sauf pour le « ch » et le « j » auxquels on ne peut rien faire. Il y a bien des parties de l’île qui utilisent ces sons mais en lieu et place de « s » et de « z » mais ce serait inutile. Alors, ça va « zézayer » ou « Jejailler », c’est tout.

 

Règle du jeu

L’intérêt est que le mot malgache correspondant ait un sens proche du sens du mot étranger (exemple d’internet = aterineto). Mais pour notre jeu, il suffira qu’il y ait une signification littérale qu’elle soit insensée, ridicule ou drôle. Et ce ne sera pas toujours possible.

Allez, des exemples, enfin

Utilisons des mots ou des noms qui, à ma connaissance, n’ont jamais été malgachisé :

François Hollande : Farasoà Aolandy. Signification : « Belle cadette, Landy est là », Landy est un prénom qui signifie ver à soie ou tissu de soie

Barack Obama : Baraka Aobamaha . Baraka a la même signification partout, je pense. Pour le reste, ça ne veut rien dire.

Selfie    : Selify. Mmm! à creuser car déjà, fy signifie « adoré » ou « aimé » en parlant de nourriture ou d’œuvre artistique.

Biopic    : Biôpika. Pika c’est l’onomatopée d’un cliché photo…intéressant.

D’autres exemples au hasard

Bon, plus j’écris, plus je découvre des possibilités. Essayons avec d’autres noms célèbres :

Lewis Hamilton : Leohisy Hamilitaonina

Miley Cirus : May Le Sirosy

Nicolas Sarkozy : Nikaolahy Sarikaozia

Carlos Ancelotti : Karilaosy Antselaotia

Zlatan Ibrahimovic : Zilatanina Ibirahimaovitra

Ziad Maalouf : Ziady Mahalofy

Simon Decreuze : Simao Dekireozo

J’arrête le délire ici,,je sais que cet article a été beaucoup mieux comprise par un malgache francophone. Ainsi, je présente mes excuses aux autres. Peut-être, pour me faire pardonner, je pourrais malgachiser tous les pseudos des commentateurs et/ou bien le mot qu’ils proposeront.