Andriamialy

Nouvelle : Rija, le détective du futur

Un jour, je vais vraiment écrire des livres….enfin je pense…aujourd’hui, j’ai juste envie de mettre des trucs qui me fascinent dans un petit récit de SF. Pour essayer.

Mardi 09 Septembre 2031. Rija se lève. Il en avait assez de rêvasser sur son lit depuis 15 minutes. A 5h37, son réveil a sonné doucement alors qu’il émergeait d’un rêve lucide pendant lequel il a essayé de résoudre ce mystère qui le tiraille depuis 3 jours : qui a volé le Ranavalo?

Le Ranavalo est un diamant D de quelques 6530 carats qui a été déterré par accident en 2024 d’une mine de charbon au Sud Ouest du pays. Il a été exposé depuis sous haute sécurité au Musée National, jusqu’à son vol, bien sûr. C’est un trésor national qui a rapporté beaucoup d’argent à l’État grâce aux expositions ici mais aussi partout dans le monde. C’est quand même le plus gros gemme pur, non taillé au monde.

Rija essaie de noter tous les éléments intéressants de son rêve. Il raconte son songe à sa montre qui enregistre le tout. « La porte de derrière a été ouverte de l’intérieur, puis refermée avant d’être fracassée pour faire croire qu’elle a été forcée ». Maintenant, il en est sûr car dans son rêve, il a essayé plusieurs fois de défoncer cette porte et ce n’est qu’avec l’autre pièce volé, le « Buste de femme en bois de rose » qu’il réussi à faire cette marque sur la porte. Il faudra qu’il demande une nouvelle analyse pour trouver des traces de bois de rose à proximité de la porte mais ce n’est pas le plus importantMaintenant, il est certain au moins de l’existence d’un complice à l’intérieur du musée. Sauf si le coupable est tout simplement un employé du musée, De toute façon, il peut entrevoir une nouvelle manière de poursuivre son enquête.

Maintenant, Rija peut vraiment démarrer sa journée. Après une douche rapide dans la cabine automatisée, (d’ailleurs, peut-on toujours appeler cela une douche?), il s’assoit à table pour manger devant sa télé. Il aime bien regarder la chaîne très élitiste humanis 20 qui diffuse tantôt des clips avec des images en stéréogramme cachées et tantôt des émissions avec un message en morse à vitesse 98 en bruit de fond, Cela lui permet d’assimiler toutes les infos utiles tout en regardant, vraiment, des clips et des documentaires. Il n’y a que pour les films qu’il préfère le format S.S. (sans surcouche) comme les classiques du début du siècle. Pour le reste, c’est une habitude et aussi un gain de temps considérable qui lui permet de quitter son appartement très vite chaque matin. Avant de sortir, il s’ajuste devant son écran miroir. Il se regarde de face, de derrière et de profil. Les cheveux longs et la barbichette sont à la mode mais ils l’obligent à adopter quotidiennement ce style épuré, léger et tendance avec ce haut en tissu très fin, très lisse mais opaque qui arrive à peine à cacher la membrane pare-balle règlementaire à l’intérieur et ce pantalon moulant qui trahit son célibat.

Dans sa voiture, Rija se connecte tout de suite à son poste de travail. Quand la voiture glisse doucement et surement au milieu du traffic, Rija comprend que le trajet prendra du temps mais il se rechigne à prendre le volant et à emprunter la voie des conducteurs. Rija ne fait pas partie de ces nostalgiques qui continuent de polluer l’air avec leurs épaves à essence complètement manuelles au nom de la liberté; ceux qui se tuent régulièrement dans des accidents et qui en seraient fiers. S’il doit conduire, dans le cadre d’une course poursuite ou bien s’il est pressé, c’est forcément une voiture moderne, bien sécurisée et écologique. Et aujourd’hui, il préfère revoir tous les éléments de son enquête. C’est ce qu’il est en train de faire et en même temps, il réécoute ses enregistrements des jours précédents sur fond de musique classique.

Ne pas pouvoir désigner tout de suite le coupable le rend nerveux. Un sentiment l’obsède, la pitié. Tant de fois il a regardé les anciennes séries policières à la télé. Tant de fois il en a deviné l’issue dès le tiers de l’épisode. C’est à peine s’il trouve du plaisir à résoudre ces mystères de bas étage. En fait, ce qui l’intéresse c’est la manière dont le scénariste va faire durer l’incompréhension du héros. Jamais ces héros des films des années 00 avec leur outils rudimentaires n’ont impressionné un agent moderne comme Rija. Mais aujourd’hui, il se sent comme un de ces inspecteurs ou détective privé. En fait, il sait déjà qui est le coupable mais il ne veut pas le dévoiler. Ce n’est pas parce qu’il veut faire durer le suspens mais c’est parce qu’il ne peut pas comprendre.

Rija regarde par la fenêtre. Il lui reste 15 minutes avant de débarquer au commissariat et faire son rapport. Il sort vite son tapis à hologramme et met son casque de visualisation cérébrale. Rapidement, l’ordinateur recrée en relief toute la scène qu’il a enregistré et paramétré et qu’il est en train de peaufiner en temps réel avec ses gestes et sa pensée. Il voit les gardiens qui font des rondes et qui quittent la pièce centrale du musée pour ne revenir que dans 30 minutes. Il voit le Conservateur , M. Randria qui travaille tard,débrancher l’alarme,  entrer dans la pièce, et prendre le diamant et la statue.  Ensuite, ce dernier sort par la porte de derrière et disparaît. Et c’est là que le plus bizarre commence. Le coupable revient, vite, par le même chemin. mais cette fois les mains vides  Il rebranche l’alarme et sort par la grande porte en prenant congés auprès des gardiens. Et juste avant la prochaine ronde, le revoilà qui revient masqué avec un bélier pour forcer la petite porte. Cela fera retentir l’alarme mais avant que les gardiens n’arrivent sur place, il est déjà loin. Ah bon sang! C’est vraiment trop facile.

Rija zoome sur le malfaiteur, il lui arrache, virtuellement, le masque. Il le voit avec un sourire en coin; un vieux monsieur de 60 ans qui boitille de vieillesse et qui vient de faire croire qu’il a fait un aller retour sur 200 mètres de couloirs et de salles en moins de 2 minutes. Surement, il doit se dire qu’il a fait le coup du siècle. Et Rija sait que s’il le fait arrêter, cela va aller très vite : interrogation, détecteur de mensonge et lecteur neuronale. Ce vieux fou va passer le reste de sa vie en prison. Et pourtant, c’est un homme qui a ce petit étincelle dans les yeux. Rija aimait beaucoup lui parler même s’il a ressenti que Randria voulait le perdre dans des sujets, intéressantes, mais sans aucun lien avec l’affaire. Il parlait de manuscrits, de trésors ou d’Indiana Jones.

Et pourtant, ce serait trop classique. L’histoire d’un employé modèle qui, à la veille de sa retraite, se rend compte qu’il a raté sa vie. Rija comprend trop bien cette situation. Cela lui rappelle son père qui est quasiment mort de fatigue en travaillant. Il se souvient que son père n’a pas survécu longtemps après sa retraite et qu’il n’a pas pu en profiter. D’ailleurs, le maigre rente qu’il percevait suffisait juste pour survivre et pas pour faire le tour du monde. Rija se remémore la promesse qu’il lui a fait sur son lit de mort de devenir l’homme le plus juste de la Terre. Et c’est pour cela qu’il rend justice aujourd’hui dans les rangs des forces de l’ordre. Mais cette fois-ci, la justice ne semble pas aussi clair dans sa tête comme les fois précédentes.

L’hologramme devient flou à mesure que Rija se perd dans ses pensées. Mais un objet clignote juste à la place du diamant. C’est un papier. Un papier blanc avec un filigrane et un texte sans sens qui disait :

« Rakoto sent
Il dit : c’est quoi ce vin?
Je ne bois pas
A cause d’une main adroite »

On croyait d’abord à une coïncidence mais Rija vient de comprendre que les premières lettres des 4 lignes composaient sont prénom. Rija, le fameux détective, qui résout toutes les énigmes grâce à sa grande maîtrise des techniques nouvelles et héritées. Il ne serait pas étonnant que le voleur, l’intelligent Randria, ait deviné que ce sera lui qui prendra en charge cette affaire. Donc, c’est un message pour lui? Le filigrane, ça disait quoi? 2645. Rija interpelle sa voiture : « Appelle toutes les unités pour venir au musée avec les chiens et les scanners et fouiller aux alentours ». C’est décidé. Dès que le diamant est retrouvé, Rija va mettre dans son rapport que c’est un canular. Des plaisantins ont juste volé, puis déposé le trésor, et une statue en bois à 120 pas à l’intérieur d’un terrain vague attenant au bâtiment pour démontrer que la sécurité est dérisoire dans ce musée.

Quand Rija débarque de sa paresseuse voiture autonome, des collègues exhibent déjà le Ranavalo. « – C’était à 100 mètre par là-bas, mais comment tu as su? » lui demanda-t-on. « – Tu sauras tout dans mon rapport mais tout va bien, quand même? ». « – On aurait dit que la pierre est tombé et il manque un petit morceau d’environ 2 carats. On a retrouvé quelques débris au bord de la route. On estime que ces débris sont maintenant éparpillés sur les roues de voitures et les semelles de chaussures. » « – Surement » répondit Rija? « Surement »…


Pourquoi les migrants sont une aubaine pour l’Europe

L’Europe se tortille de gauche à droite pour pouvoir accueillir sur son sol quelques centaines de milliers de migrants. Mais, au lieu de les voir comme des boulets, les pays européens devraient plutôt, et déjà, se préoccuper du comment « rentabiliser » cet apport inattendu en capital humain.

Je suis sérieux. Ce serait, même, la décision la plus improductive que de systématiquement repousser ces gens chez eux. Un réfugié, cela coûte cher à son pays hôte, jusqu’à 12 000 euros par an. Déjà, des entrepreneurs européens font des bénéfices en prenant soin de ces migrants. Mais du point de vue européen, ce n’est pas le « profit » dont je parle ici. Si l’Europe dépense autant par réfugié qu’elle reçoit, qu’est-ce qu’elle gagnerait en les renvoyant chez eux après? C’est mon avis, les Européens ont bien le droit de penser à un bénéfice de ce qu’ils sont en train de faire maintenant, au-delà d’une satisfaction morale indéniable. Je parle de cette Europe qui fait des efforts pour prendre soin des réfugiés et non de celle qui ferme ses frontières.

Je disais que des entrepreneurs se font des sous sur la gestion des migrants. Je ne jugerai pas. Si les hôtels peuvent se remplir hors-saison, par exemple, ce n’est pas un mal même si l’État devra souvent payer plus cher les chambres. Malheureusement, d’autres entreprises, beaucoup plus condamnables ont aussi, déjà compris la manne que représentent ces pauvres réfugiés. Il s’agit, malheureusement de formes d’esclavages modernes comme le travail au noir, le travail des enfants, l’exploitation sexuelle. C’est vrai que cela crée des problèmes.

Et puis je comprends la peur que ça peut provoquer de voir des étrangers débarquer chez soi. Un de mes amis Facebook, malgache, dont je ne dirais pas le nom les a même désignés par « cheval de Troie ». Et malheureusement, il faut vraiment être prudent dans ce genre de situation. Moi, je le serais, si j’avais des frontières à garantir, à défendre.

Et pourtant

Moi, j’ai une vision de pauvre. Je vis dans un des pays les plus pauvres de la planète. Quand j’entends que le coût de la traversée est entre 1 000 et 5 000 euros par exemple, je me dis que s’il y avait la guerre chez moi, je ne ferais pas partie de ceux qui partent, car je n’ai pas cette somme. Et je regarde mes compatriotes et je me dis que ces gens-là, qui risquent leur vie en traversant la mer, s’ils étaient d’ici, ils feraient partie d’une certaine frange de la population. Le souci, c’est que lorsqu’ils arrivent, comme ça, dans des pneumatiques, déjà dépouillés par les passeurs, déjà affamés, fatigués, déshumanisés, on les voit comme du « bétail » qu’il faut diriger, parquer et nourrir. Et on a, soudain, de belles histoires comme ce pauvre père de famille que cette #@- è de journaliste a fait tomber par un croche-pied à la télé qui est en fait un bon entraîneur de foot. Et je suis sûr que parmi ces gens, il y a d’autres perles : des médecins, des mathématiciens, des poètes, des musiciens hors pair, des ouvriers qualifiés. Je parle de métiers majoritairement masculins car les migrants le sont. Ils sont en majorité des hommes, mais les femmes qui réussissent à traverser la mer, parfois avec des enfants, si ce ne sont pas déjà des super femmes…

Les enfants, c’est bien mieux. Déjà, ils ne font pas peur. Ils peuvent aussi être éduqués et on sait bien qu’investir dans un enfant c’est le mieux que l’on puisse faire dans notre existence de pauvres humains de passages. L’Europe n’est pas comme l’Afrique qui est aujourd’hui avec une population jeune et active. Au contraire, on se demande comment les jeunes européens vont s’en sortir pour vivre et faire vivre leurs retraités qui seront bientôt aussi nombreux qu’eux.

C’est vrai que ces gens arrivent sans le sou. Mais un être humain, c’est une grande richesse. Et ces migrants ne sont pas de fiers gnous juste venus pour paître l’herbe qui est plus verte en Europe. En tant qu’êtres humains, ils chercheront plutôt à travailler, à refaire leur vie.

En parquant ces gens dans des camps, sans les laisser sortir, travailler, produire, il n’y a pas de ces « bénéfices » à espérer. Et il y a un gros travail d’insertion à faire dans leurs pays hôtes respectifs. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu (qu’il y a ) une crise économique mondiale et que beaucoup de pays souffrent déjà de récession, de chômage. Alors, il faut bien diriger les migrants là où on a besoin d’eux. C’est la clé pour « rentabiliser » cet acte humanitaire d’accueil.

Moi, je pense que l’Europe sortira fortifiée par cet apport. Ce n’est pas la première fois que le continent reçoit des migrants. Je sais que je n’ai pas de leçon à donner. On n’a pas de flux de réfugiés à nos frontières. On dit que c’est parce que les réfugiés préfèrent l’Europe en pensent être mieux traités. Je n’ai pas cette logique-là. Pour moi, c’est juste que Madagascar est trop loin pour eux. Pourtant, on est moins de 20 millions sur un territoire plus grand que la France. Et je pense qu’on ne repousserait aucun migrant. Aucun de ceux qui voudront être reconnaissants envers leur pays d’accueil.


Des malgaches aussi se noient

En cette année 2015, la crise migratoire secoue la Terre entière et, malheureusement, des malgaches en sont aussi victimes.

Mais pour Madagascar, l’histoire ne commence pas en 2015, ni en 2014 mais en 2009 et même avant. Il s’agit d’un drame qui dure depuis au moins 6 ans mais dont presque personne ne parle. Il n’y a pas de guerre dans notre pays. Il n’y a pas de persécution. Il y a juste la faim et la pauvreté. La famine, peut pousser les gens à faire tout et n’importe quoi. Mais si on leur promet, aussi, la fin de la pauvreté, beaucoup osent faire le pas, un grand pas.

Combien de Malgaches ont quitté l’île depuis les crises de 2009 ou de 2002 ou de 1990 ? Qui sait ? Même le recensement de ceux qui sont restés n’est pas aux normes alors comment savoir combien sont partis, légalement ou clandestinement. Madagascar a commencé à saigner dans les dures années 1980. Des intellectuels, des étudiants, des jeunes, des femmes, des enfants, des travailleurs partent par centaines des ports et des aéroports de l’île pour ne plus revenir. Il suffit de demander à presque toutes les familles malgaches ont un frère, une sœur, des parents partis en Europe, aux États-Unis, en Asie, en Afrique.

Mais quand je dis que certains se noient, c’est une image. Avec le prix que coûte le passage de la Méditerranée, il me paraît impossible qu’un malgache puisse se payer la traversée en plus d’un voyage jusqu’au côtes. C’est pareil pour les voyages des migrants des îles du Sud de l’Asie vers la Thaïlande ou l’Indonésie et ceux des boat people vers les États-Unis. C’est un phénomène mondial mais les Malgaches sont trop loin pour y prendre part, (mal)heureusement. En fait, le territoire occidental le plus proche de nous est Mayotte (France) et c’est vrai que des malgaches se noient, littéralement, dans des naufrages de bateaux vers cette destination mais face aux milliers de migrants qui meurent chaque mois dans la Méditerranée, il ne faut pas en faire tout un plat.

Où se noient les malgaches?

Pour la plupart, les Malgaches partent faire des travaux de sous-fifres dans les pays riches au lieu de jouir de leurs diplômes d’études supérieures chez eux. J’en ai connu des ingénieurs, des médecins, des artistes qui font des tournées (livreurs), de l’accueil, de la caisse, du nettoyage, de la garderie, etc. en France, en Italie, en Allemagne. Mais il ne faut pas les plaindre car ils gagnent bien plus et peuvent envoyer des sous au pays pour acheter des terrains, des maisons, des voitures. Et s’ils parviennent à s’intégrer, c’est le paradis pour eux et leurs enfants.

Quand je parle de noyade, je pense aux enfants, aux jeunes filles, femmes et garçons qui partent mais qui au final ne réussiront pas à enrichir leurs familles restées à Mada. A Maurice, par exemple, beaucoup sont partis pour travailler dans les zones franches. Et depuis longtemps, les soupçons d’exploitations planent. Si les médias mauriciens en parlent timidement, des articles de presse malgaches sont plus explicites. Et on sait que parmi eux, il y en a qui versent dans la prostitution. Peut-on dire que c’est leur choix?

Et puis, il y a les esclaves modernes comme le tristement célèbre cas de Lila, morte sous les coups des maîtres malgaches de sa famille, en France. Si vous avez bien suivi, les bourreaux de ces jeunes filles et garçons sont ces malgaches partis avant eux et qui ont « réussi » dans le gardiennage, la maçonnerie, le nettoyage de WC et se permettent de se faire envoyer une bonne depuis le pays. Combien sont-ils dans les familles malgaches ou non dans les pays riches? Peut-on au moins les compter?

Il y a aussi ceux qui partent travailler au Proche Orient et dans le Golfe. Pourquoi me diriez-vous? Alors je répète que c’est parce qu’on leur a promis de les sortir de la pauvreté, eux et toute leur famille au bled. Là-bas, l’esclavage est pire que du temps des français sous la colonisation et certains reviennent les pieds devant. Oui, mais ce n’est pas de trop travailler sans manger ni boire que les garçons et surtout les filles malgaches meurent là-bas mais de coups, d’eau bouillante, de sabre. Il y en aurait qui sont revenus en petits morceaux après s’être suicidés. Tôt cette semaine, une télévision locale a secoué tout le pays en diffusant la mise à mort d’une femme ligotée et bâillonnée en la présentant comme une malgache (je ne mets pas le lien vers la vidéo qui est sur la chaîne youtube de la télé). L’information serait en cours de vérification, et même si elle s’avérait fausse, je comprendrai qu’à plus de 40 décès de travailleurs malgaches dans cette région en 5 ans, il faille donner l’alarme.

Aux malgaches qui veulent partir

Oui, dans le drame de la migration, à part le ressortissant du pays riche, qui peut penser tout ce qu’il veut, il y a parmi les ressortissants du pays pauvre trois genres de personnes : celui qui reste, celui qui part, et celui qui réussit.

Celui qui a réussi sa traversée, généralement, ne va pas oublier d’où il vient. Il va envoyer de l’argent à sa famille et il va aider certains de ces compatriotes à partir aussi avec le risque que j’ai déjà évoqué ci-dessus. Mais leurs statut de « tafita » (ceux qui ont réussi) va les mettre au dessus de toute la famille et ils pèseront dans toutes les décisions : vendre la voiture, rénover la maison, changer l’école des enfants. Ils sont là-bas mais ce sont les maîtres. Le malheur c’est qu’il vont être des modèles qui vont inciter ceux qui restent à partir aussi. Mais ils ne diront (souvent) pas tout ce qu’ils ont dû traverser avant d’être tafita.

Celui qui part, c’est lui que tout le monde doit regarder. En réalité, ce n’est pas simple. Il ne faut pas croire que c’est simple. Si vous connaissez un malgache qui est parti et qui est encore dans la galère, qui rame, il faut bien lui demander si cela valait la peine ou non.

Enfin, celui qui reste, un jour il partira, malgré tout, coûte que coûte, s’il trouve une opportunité et s’il a le courage. Il partira, tant qu’il jugera que partir est toujours la meilleure solution; qu’il n’y a rien à espérer à rester ici et qu’il y a un avenir meilleur, autre part. C’est pour cela que j’ai dit un jour si on veut être heureux, vraiment, il ne faudra pas essayer d’aller ailleurs, mais faire d’ici un endroit meilleur que là-bas.

Alors, finalement, mon article ne veut pas dissuader les Malgaches qui veulent « fuir » ce qu’ils ne peuvent plus supporter sur cette petite Grande Île. Mais si vous voulez partir, il faut chercher le « poinsa » (argot; litt. « point sûr », sens : une opportunité assurée). Ne croyez pas, facilement, les agences de placements ou les douteux personnages qui promettent des salaires en or massif dans les pays de l’or noir, par exemple. Ne croyez pas, les yeux fermés, ceux qui veulent vous placer en tant que jeune fille au pair dans une chouette famille, non plus.

Voilà un article écrit en quelques minutes, un genre coup de gueule, alors mes excuses, s’il le faut…

 

 


Cinq techniques de négociation via les expressions et proverbes malgaches

Les Français marchandent, les Anglais « bargain » et les Malgaches « miady varotra« . Ci-dessous 5 de ces techniques de négociation illustrées par des proverbes et des expressions malgaches.

image : Handshake – 2 men

Et si on est célèbre pour les longs et techniques marchandages dans les marchés malgaches (voir vidéo humoristique de Nirina ici), les techniques de négociation peuvent aussi être utilisées dans tous les échanges, du petit garçon qui demande une glace à son papa aux États qui signent un traité.

1- Demander moins pour avoir plus

L’expérience de demander l’heure avant l’argent explique bien cette méthode. Lorsque le scientifique a demandé une petite pièce à des gens, seule une infime partie d’entre eux a donné. Mais quand il a d’abord demandé l’heure avant de demander la pièce, une plus grande partie des gens a accepté de donner. L’explication serait que lorsqu’on demande une chose facile en premier, on ouvre la voie à l’acceptation par la personne d’une chose plus ardue, plus valeureuse. Les Malgaches désignent cette technique de négociation par l’expression « Domiko tapany mba handoa erany » (Je le cogne [l’intéresse] avec un demi pour qu’il paie un entier).

2- Demander plus pour avoir moins

L’alter ego de la technique de négociation précédente consiste à « viser la Lune pour atterrir dans les étoiles ». Mais les Malgaches visent le ciel pour atteindre une montagne (Mitifi-danitra sitrany ahay mahavoa tendrombohitra). Ce qui est plus logique, car si les étoiles sont en fait beaucoup plus éloignées que la Lune, les montagnes sont à un niveau plus bas que le ciel. Cette méthode fait appel à la culpabilité, à la gêne de la personne qui refuse en premier temps une demande tout à fait impossible à accéder pour qu’elle accepte une deuxième requête, moins contraignante. Donc, il faut d’abord demander à son père une PS4. S’il refuse, ce sera plus facile d’obtenir un tout petit 3DS.

Dans la pratique, lorsqu’on veut acheter une chose à Madagascar, le vendeur proposera toujours un prix d’au moins 2 fois le prix réel. L’acheteur négociera avec un prix de moitié le prix réel et les deux se mettront d’accord au niveau du « marimaritra iraisana » (la tiédeur qui va à tout le monde).

3- L’insistance

L’expression malgache « tsy mahaleo doika » signifie « ne pas avoir eu raison de l’insistance (de l’autre) ». Dans la parabole du juge et de la veuve, Jésus fait comprendre que parfois, par dépit, on accepte de faire quelque chose si ça permet qu’on nous « foute la paix ». Et il y a vraiment des vendeurs qui font ça ici. Ils vous suivent ou poursuivent à pied quand vous marchez ou que vous roulez dans votre voiture sur des centaines de mètres pour que vous achetiez un truc qui ne vous servira peut-être jamais.

Mais les acheteurs ne sont pas en reste. Moi-même, il m’arrive de rester devant la chose que je veux acheter à bas prix quelques minutes en posant cette question : »Tsy mety mihitsy ve? » (« ce n’est vraiment pas possible (de me la donner à ce prix)?). Des fois, on voit les vendeurs faire de basses discussions derrière le comptoir. On devine qu’ils doivent se dire : « Ce mec insiste beaucoup…il ne va pas partir si on ne le lui donne pas…il est chiant…il est peut-être armé…faut pas prendre de risque« . Parfois, cela permet de faire une bonne affaire, mais je conçois que c’est une technique agaçante. Heureusement, pour les Malgaches, « ny varotra tsy raikitra tsy maharatsy fihavanana » (une vente non conclue ne doit pas altérer le fihavanana).

4- (D)évaluer la marchandise

Le vendeur va toujours dire du bien de sa marchandise. L’acheteur tentera souvent de la dénigrer. Souvent, la rareté joue en faveur du vendeur. Pour dire que cette chose ne se trouve pas dans tous les coins de rue, les Malgaches usent de l’expression « gisa mainty » (oie noire) tiré du proverbe « tsy fahita firy toy ny gisa mainty » (rare comme une oie noire). Lors de l’achat d’un bien d’occasion, certains acheteurs utilisent une expression imagée pour dire que le produit semble très usé : « maty kapoka » (habitué ou « tué » par des coups).

Alors, il faut faire attention, car de bons vendeurs peuvent ne pas parler des défauts de leurs produits et des tricheurs peuvent même les masquer. Mais si vous êtes acheteur, en découvrant les vices, vous êtes sûrs de pouvoir dévaloriser l’article et de l’acquérir à un bon prix.

5- L’ultimatum

Cette méthode, risquée, intervient lorsque les autres techniques ne sont plus d’actualité. Cela consiste à faire peur à l’autre pour le faire plier. Le vendeur peut dire que le client regrettera de ne pas avoir acheté ce produit tout de suite car : il n’y en aura plus demain, le prix ne sera plus le même, etc.. Donc, c’est une occasion à prendre, car « Ny valala anie tsy indroa mandry am-bavahady e! » (les crickets ne dorment pas 2 fois devant votre porte).

Mais souvent, cette technique est à l’avantage des acheteurs. Il faut se montrer capable de partir en abandonnant le produit quand on veut vraiment l’avoir (à bon prix). On fait le « mody fanina » (faire semblant d’avoir le vertige, d’être sonné). La scène est aujourd’hui banale dans les marchés d’Antananarivo. L’acheteur s’en va et le vendeur lui crie un prix qui descend à mesure qu’il s’éloigne :

– 10 000, Hé, 9 000 Monsieur, 8 000, 7 500, 7 250 ARY E!
– 7 000 ET C’EST D’ACCORD (en revenant sur ses pas)
– Donnez votre argent alors!
– Merci
, bonne vente!

Voilà quelques techniques déjà bien connues que l’on peut adapter à toutes formes de négociation : pour demander un service, pour obtenir un cadeau, pour sortir une fille, par exemple. Mais il en existe beaucoup d’autres et de nouvelles. En fait, on peut, vous pouvez même en inventer.


Ratsiraka : 5 théories sur le pourquoi de son livre

J’ai regardé la conférence de presse de Didier Ratsiraka du 12/08/2015 pour la sortie de son livre « Didier Ratsiraka : Transition démocratique et pauvreté à Madagascar » au Carlton.

Je ne sais pas encore ce qu’il y a dedans mais je ne peux que me demander quelles sont les motivations qui ont poussé l’ancien président à sortir cet ouvrage.

Mais avant d’énumérer les 5 idées qui doivent venir à la tête dès qu’on voit Ratsiraka à la télé, La première chose qui m’est revenue en le regardant c’était le véritable culte de personnalité qu’on lui a voué en son temps. Slogans, chansons, photos, rumeurs, tout était fait pour, presque déifier le personnage. 25 ans au pouvoir et il était en campagne permanente. Pour moi, je dis bien, pour moi, il y avait Kim Il Sung pour les Nord coréens, et il y avait Ratsiraka pour les malgaches.

3 lignes de cette chanson : O ry vahoaka izay manatrika eto…  (Peuple présent en cette place)
Didier Ratsiraka no mampitambatra… (Didier Ratsiraka est celui qui rassemble)
Tsy maintsy mandresy ny tolom-piavotana…(La révolution doit gagner)

Et on était fier de lui. On l’est toujours. C’est un homme qui en impose. Un vrai président mais doublé d’un esprit tranchant et inusable. Il n’y a pas photo, aucun de ses successeurs ne peut rivaliser en terme de prestance, de discours et d’intelligence. En fait, après lui, en terme de classe, même si c’est le dernier critère pour être un bon président, on y va de pire en pire.

Zafy Albert, que Ratsiraka cite, lui-même, comme l’un des plus grands intellectuels de son époque a été laminé lors de leur face-à-face avant son ré-élection en 1996. Tout le monde se souvient de la partie où Ratsiraka l’accusait de ceci et de cela et Zafy répondait par de laconiques « et alors…et alors… ». Il lui avait rétorqué « Alors Alors-nao efa ho iray minitra » (Vos « alors » durent une minute, en faisant référence au temps de parole imparti). Ce face-à-face gagné, entre autres, a permis, alors, à Ratsiraka d’assurer son retour à la présidence après en avoir été chassé en 1991.

Ravalomanana, en 2002, a apporté l’espoir et un regain de nationalisme chez les malgaches. Il a été présenté comme un self-made man presque miraculeux. Il s’est imposé en se montrant à la fois intransigeant et pacifique. Vous vous souvenez peut-être que même l’immense Alpha Blondy a chanté Ravalomanana et sa sagesse. Malheureusement, ce dont beaucoup de malgache continue de parler, encore, c’est la fois où il a inauguré « la pont » ou « le pont » … peu importe puisque c’est toujours « tatezana » ou « tetezana »… peu importe. L’image du laitier à vélo, le campagnard continue de le hanter.

Enfin, Rajoelina, en se mêlant avec les plus lésés de la population, surtout de la mégalopole d’Antananarivo, est taxé de jiolahimboto (petit délinquant). Il est pourtant, à ce qu’on dit, le plus beau gosse des 5. Mais sa jeunesse et les décisions qu’il a pris et enfin avec le bilan désastreux de la transition ne jouent pas en sa faveur. Le dernier sondage, pour lui est la défaite de sa protégé à accéder à la mairie de Tana. Et je ne parlerai pas de l’actuel Président Rajaonarimampianina car ce n’est pas encore le temps pour lui de faire un bilan quoique ses débuts a été des plus chaotiques avec un discours d’investiture emprunté à un autre et qu’il est souvent comparé à un Hollande malgache.

Mais l’image que l’on donne, je le redis, ne devrait pas être le premier critère pour être considéré comme un bon président.

Revenons à notre top 5 pour les raisons, probables, de la sortie de ce livre de Ratsiraka, que je n’ai pas encore lu :

1- Pour revenir dans la politique?

Quand on lui a posé cette question. Il a d’abord répondu qu’en tant qu’officier de l’armée, il n’est jamais vraiment à la retraite jusqu’à son dernier souffle. La tenue de la réunion des 5 présidents est, quand même, la preuve qu’il reste incontournable dans le paysage politique malgache. Quand on lui a présenté la santé médiocre de son parti l’AREMA, il a dit qu’il n’est plus responsable de cette institution mais, pour, lui, l’Arema est victime d’une presque interdiction depuis 2002. Et quand on lui a demandé s’il se sentait encore capable de diriger le pays, il a dit qu’il était au crépuscule de sa vie et qu’il ne sait pas combien de temps il lui reste, alors. Il a pourtant, aussi, regretté d’avoir été disqualifié pour les dernières présidentielles pour des raisons qu’il juge inexactes.

Ces réponses sont ambiguës. On sent quelque part un tiraillement. Je ne sais pas ce qu’il y a dans le livre et s’il y donne une réponse précise. Je ne dirai pas que Ratsiraka prévoit de redevenir président mais je parierai que si on lui tend la perche, il ne repoussera pas.

2- Pour revenir dans les affaires?

Il a dit qu’il veut désormais servir le pays même sans en être le président. Il a dit, par exemple, que si on lui donnait le mandat, il connait des gens qui peuvent fabriquer une grande raffinerie, des centrales solaires, des autoroutes partout sur l’île. Il a rappelé qu’il avait cette vision, et qu’il l’a encore. Je parle de vision, dans la tête.

A ce moment, je me suis souvenu de ce mec, à Paris. C’était un français, un ami d’un ami de quelqu’un dans la famille qui nous a ramené en voiture après une fête. Il m’a demandé des nouvelles du pays car c’était, en fait, un ami commun avec Ratsiraka. Il disait des trucs, dont je ne me souviens plus pour la plupart. Vous savez bien, le genre de truc que l’on raconte 20 ans après. Il disait qu’il faisait des affaires à Mada et qu’il était, en quelque sorte, « protégé » mais quand Ratsiraka a été chassé du pouvoir, il a du rentrer car on lui menait la vie dure. La partie dont je me souviens c’était : »Vous savez, en 1996, Ratsiraka était fini, il vivait dans un appart, ici, et il n’avait plus rien, rien du tout, … et vous l’avez réélu ».

Je ne sais pas si le livre parle de cette partie de sa vie. Mais, malheureusement, depuis toujours, la politique et les affaires vont de paire à Madagascar. Alors, comme il l’a si bien conclu, Ratsiraka propose mais c’est aux dirigeants de l’écouter ou pas (Atsipy ny teny eny an-tandroky ny omby, atsipy ny teny ao am-pon’ny mahalala : on lance la corde vers les cornes du bœuf, on lance les mots dans les cœurs des connaisseurs).

3- Pour améliorer son rôle dans l’Histoire?

On se souvient bien de son « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien » chantonné lors de son retour d’exil. Maintes fois, cela a été rappelé lors de l’interview et toujours, il a défendu son bilan. Dans le livre, il se disculperait de l’assassinat de Ratsimandrava. Il donnerait aussi des explications sur d’autres affaires le concernant. Il se laverait du 10 Août 1990 où l’on a massacré le peuple venu « attaquer » le palais de Iavoloha. Un évènement qu’il a mis en parallèle avec le 07 Février 2009 à Ambohitsirohitra lors de l’entretien télévisé en expliquant qu’il ne faut jamais violer une zone rouge.

Je ne sais pas si c’est dans le livre, mais à la télé, il a aussi expliqué ses choix politiques et économiques en se défendant qu’il n’a jamais été la cause de l’endettement et de la pauvreté du pays. Pour moi, un livre, écrit par Ratsiraka ne peut être que la version de Ratsiraka. J’espère que, nous, qui avions vécu sous son ère, puissions aussi graver nos mémoires pour que l’Histoire se rappelle de tout et non pas d’un seul son de cloche.

4- Pour dire la vérité?

Si le livre contient la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, ce sera un best-seller. C’est assuré. Il y a tellement de zones d’ombres dans l’histoire contemporaine de ce pays. Mais, encore une fois, de simples déclarations ne pourront suffire. Il faudrait des preuves, aussi. Par exemple, celui qu’il désigne comme possible responsable de l’attentat meurtrier contre le Colonel Ratsimandrava est déjà mort. Il ne pourra pas se défendre. Comment pouvons-nous nous assurer que c’est vrai?

Le livre explique-t-il toutes les « affaires » de l’ère Ratsiraka? Je ne le croit pas. On sait bien que toute vérité n’est pas bonne à dire. Quels intérêts aurait-il pour tout dire, surtout s’il est responsable de quelques bavures?

5- Pour se laver de ses pêchés?

Sauf si, sentant le crépuscule venir, il décide de se confesser pour de vrai. Je n’y crois pas du tout mais pour le savoir, il faudrait lire le livre.

Mais je ne veux pas faire la promotion d’un livre. Ce n’est pas le but de ce blog. Et je ne veux pas juger qui que ce soit. Les présidentielles sont dans moins de 2 ans maintenant. L’échiquier commence à bouger et les pièces se mettent en place. Rajaonarimampianina a une majorité de maires et il peut, à tout moment, se risquer à dissoudre l’Assemblée Nationale pour avoir, peut-être une majorité parlementaire avant les élections. Ravalomanana possède, par le biais de sa femme, la mairie d’Antananarivo, tremplin reconnu pour la présidence. Rajoelina, de temps en temps, se manifeste au pays et Ratsiraka sort un livre. Je dirais que tout ça, ça promet.


Madagascar : faut-il en finir avec les Jeux des îles de l’océan Indien ?

Après ces jeux des îles 2015 de La Réunion, tellement honteux, et je parlerais bien de l’histoire du drapeau malgache arraché et presque jeté par terre, il faut se demander s’il est encore indispensable, voire utile d’en organiser davantage pour le futur.

C’est quoi les JIOI?

Les Jeux des îles de l’océan Indien est une compétition omnisports, des mini-Jeux olympiques regroupant les îles du sud- ouest de l’océan Indien à savoir Les Maldives, les Seychelles, les Comores, Madagascar, Maurice et la France de l’océan Indien (La Réunion et Mayotte). La première édition, sans Madagascar, s’est déroulée en 1979. Mayotte n’est entrée qu’en 2003 aux côtés de La Réunion sous le même drapeau français. Il y a en moyenne 13 épreuves qui changent toutes les éditions selon le bon vouloir des organisateurs. L’île hôtesse avantage souvent les disciplines où elle est forte et délaisse les autres où elle n’a aucune chance de médaille.

A quoi ça sert?

Et bien…bonne question.

Dans la page Wikipédia, il est dit qu’historiquement, c’est le Comité régional olympique et sportif de La Réunion qui en a eu l’initiative. Hum hum ! Mais ce n’est pas une réponse à ma question. Moi, je n’ai pas de réponse. A mon avis, avant d’organiser des trucs comme ça, il faut d’abord lui donner une philosophie, une âme. Et dites-moi si j’ai tort, les jeux des îles en manquent. On sait bien que nous sommes frères et sœurs des Maldives à Fort Dauphin. On flotte tous sur le même aquarium. Les Malgaches, les Indiens, les Africains, les Chinois ont peuplé ces îles et chacun a de la famille, des amis à La Réunion ,  Maurice,  Mayotte, Madagascar. Cela est naturel. Mais pourquoi, presque jamais, les jeux des îles sont une fête ?

Je vais emprunter le célèbre Dama de Mahaleo qui chante son idée des jeux des îles en 1990:

Hiaraka hanangana Érigeons ensemble
Tranobe iombonana Une grande maison commune
Firaisan-kina no hajoro Bâtissons sur la solidarité
Fa io no vato fehizoro Car c’est la pierre angulaire

Pourquoi la mayonnaise ne prend pas? (et solutions)

Je vais être franc pour cette partie de mon article, au risque de vous choquer. Je m’en excuse d’avance.

1- Beaucoup d’entre nous, Indianocéaniques sont encore racistes

Je le dis en ayant déjà passé du temps à La Réunion et à Maurice et en ayant parmi mes connaissances des Comoriens. Dans une de ces îles, pas plus tard que l’an passé, on a eu cette mauvaise expérience de gens à qui on demandé la route et qui au lieu de vous répondre vous regarde d’un air dédaigneux et vous tourne les talons. Un autre nous parle de Madagascar et dit que « votre problème à Madagascar, c’est la sorcellerie et en plus vous mangez du porc ». Le Malgache qui y habite nous racontait que lorsqu’il jouait au foot et qu’il se faisait durement tacler, on lui disait « fais attention, ici, c’est pas Madagascar ». Et à Madagascar, aussi, la question du racisme est encore posée, ceci un « basy atifi-kavana » (fusil qu’on pointe sur sa famille), il ne faut pas être hypocrite et dire le contraire. Ce n’est pas « on est tous racistes », mais on a toujours trop de racistes parmi nous.

La conséquence, c’est que les jeux perdent leur esprit olympique. Il ne s’agit plus de jouer, se mesurer pour savoir qui est le meilleur, mais plutôt de démontrer qui est supérieur à l’autre. La course aux médailles en devient une maladie pour certains alors que l’important c’est de participer. Il faut apaiser les passions autour des jeux des îles. Même si elles sont très importantes pour certaines îles, car c’est à peu près, le seul événement sportif où ils peuvent ratatiner d’autres pays, ce n’est pas, non plus, le toit du monde. Et même si en tant que fier Malgache, tu te fais botter les fesses par un Seychellois sorti de nulle part, par exemple, tu n’es pas, pour autant déshonoré à vie. Pourtant, il n’y a qu’à voir les noms des athlètes pour voir que le Réunionnais est en fait un Malgache ou un Mauricien; le Mahorais ou le Malgache est aussi un Comorien, et vice-versa.

https://www.zinfos974.com/photo/art/default/8102707-12634065.jpg?v=1438701917
Tout un symbole, 3 Mahorais qui brandissent un poing des black power pendant les jeux des iles de 2015 (cliquer pour accéder à la page)

 

2- La France de l’océan Indien, ça n’existe pas, ça ne doit pas exister dans ces jeux

La Réunion a été à l’initiative de ces jeux. Je loue cette initiative car, une fois de plus, il faut que tous comprennent qu’on nage dans la même piscine et qu’on a intérêt à jouer ensemble au lieu de faire comme dans certains bassins où les uns nagent tandis que d’autres jouent au ballon et d’autres flirtent et d’autres encore pissent dedans. La Réunion, territoire français, c’est vrai, devait bien se créer des compagnons de jeux parmi ses voisins, car la France se trouve à 10 000 km de là. Vous imaginez comment ce serait si un club de foot réunionnais accédait un jour à la Ligue 2 ? Un week-end de vacances à La Réunion par an pour toutes les équipes de L2. Pensez-y.

Et justement, on a appelé ces jeux : « jeux des îles » et non jeux de l’océan Indien parce que nous sommes toutes des îles, pas tous des pays, ni des nations. Depuis le début, La Réunion en tant que département français a posé un problème tant que l’on considérait les autres délégations comme étant des pays. Et le problème s’est complexifié avec l’entrée de Mayotte, île restée française des Comores. Il ne faut, donc, plus considérer les pays mais uniquement les îles. Si Mayotte gagne, que ce soit Mayotte et non la France. Si Madagascar gagne, que ce soit l’île de Madagascar et non le film. C’est pour y remédier, je pense, que la nouvelle règle, excluant drapeaux et hymnes a été adoptée cette année et a provoqué ces incidents dont je parlerai ci-dessous. Si on ne parvient pas à trouver la formule qui permettrait à Mayotte d’avoir sa propre délégation, même si ça devient un foutoir complet avec des délégations de Nosy-Be et de Rodrigues, après, le problème restera. Dans le cas contraire, on risquera, vraiment d’ouvrir la voie à la participation de la France aux prochaines Coupe d’Afrique des Nations de football, ce qui n’est pas un mal mais qu’est-ce qu’on va rigoler.

3- Madagascar s’en fout

Madagascar est un pays pauvre, parmi les plus pauvres du monde. Malgré un manque de moyens évident, je dirais que le sport ne va pas si mal. On sait bien qu’à participants égaux, en nombre, Madagascar disputera à chaque fois la première place de ces jeux. La preuve est la razzia de médailles malgaches à domicile en 1990 et 2007. Mais Madagascar snobe trop souvent ces jeux.  La vraie concurrence est entre les îles sœurs, presque jumelles des Mascareignes : La Réunion et Maurice. Ce qui importe pour la Réunion c’est de battre Maurice et ce qui est crucial pour Maurice c’est d’être devant La Réunion. Pour Madagascar, 1er, 2e ou 4e, ça ne veut rien dire, du tout. Tant que les jeux ne se déroulent pas à domicile, rien ne les annonce dans les médias malgaches. On a juste quelques résultats et c’est tout.

Pourtant, pour Madagascar, ce sont toujours des compétitions internationales. Elle peut les utiliser comme baromètre pour ses champions ou comme tremplin pour ses jeunes. Comme ils ne se déroulent que tous les 4 ans, on peut mieux se préparer et ne pas avoir des soucis, idiots, comme être bloqués à l’aéroport faute de visas, par exemple, puisque La Réunion est aussi la France, dans ce domaine. J’imagine que si Maurice où La Réunion ou pourquoi pas les Seychelles parviennent à battre une Madagascar complète et motivée, ce serait, vraiment, une info.

Ces incidents dont on parle, c’est juste idiot

Voici les exemples d’incidents qui ont émaillé cette édition.

Les Malgaches et les Comoriens ont d’abord eu des problèmes de visa. Il paraît que c’est souvent le cas pour déstabiliser les adversaires mais même si c’est écrit dans la page Wkipedia, je ne crois pas que ce soit mesquin à ce point.

Dès la cérémonie d’ouverture, les Comores n’ont pas apprécié de voir Mayotte défiler derrière le drapeau français comme en 2003 quand ils étaient dans la délégation France-océan Indien. En effet, selon la charte des jeux, Mayotte est un observateur. Les Comores se sont retirées des jeux. Cruels jeux pour les athlètes comoriens qui sont venus en retard et partis trop tôt.

Les organisateurs ont décidé, alors, d‘interdire hymnes et drapeaux afin d’éviter toute polémique, ce qui a agacé les athlètes et les spectateurs et quelques fortes têtes, autres malins ou peut-être non avertis ont décidé de braver l’interdiction. C’est ainsi que Mme P. Catherine, a voulu maladroitement appliquer cette règle à la lettre en arrachant le drapeau malgache des mains d’une médaillée d’or et en le mettant de côté (finalement, il sera rendu à l’athlète, voir la vidéo dans le lien suivant)). La vidéo ayant fait le tour du web gasy à la vitesse de son internet, Catherine, une autre qui ne comprend pas, se fait maintenant insulter de tous les gros mots malgaches connus. Ce tollé est parvenu jusqu’au ministre malgache des Sports qui a fait lui-même une condamnation de l’acte.

Ayant vu ce qui est arrivé à la Malgache, les 3 Mahorais de la photo ci-dessus ont quand même réussi à sortir le drapeau français sur le podium en le cachant dans le maillot. Geste qu’il ont conclu avec ce point levé de la photo, plus haut.

Conclusion

Bref, les jeux des îles, c’est compliqué. Madagascar doit vraiment se poser la question s’il lui faut toujours, oui ou non y participer. Moi, je pense que oui. Mais pour cela, que la participation soit forte. Il faut que l’on s’impose, depuis l’organisation à la participation jusqu’à la victoire dans les épreuves. Mais l’important, c’est de participer. Cela devra être la même motivation pour tout le monde. La Réunion et Maurice peuvent rester aussi rivales que fraternelles comme elles savent bien le faire. Les Comores doivent s’en inspirer. Les autres petites îles, même les lointaines Maldives sont déjà de très bons élèves. Elles ne se posent pas de questions. Peut-être parce qu’elles n’ont pas d’autres ambitions que de… participer.