Andriamialy

Du Brexit à Trump, l’échec des sondages

Depuis quelques années, les sondages prennent de plus en plus de pouvoir dans la vie politique et sociale des pays démocratiques. Pourtant, les récentes élections en Europe et aux USA nous montrent qu’ils pourraient être des prescripteurs menteurs.

Un sondage est une méthode statistique basée sur un échantillonnage afin d’évaluer les caractéristiques d’une population trop grande pour être étudiée individu par individu. Dépendant de la méthode d’échantillonnage utilisée ainsi que de la rigueur de la méthode, le sondage est fiable avec une intervalle de confiance plus ou moins grande.

Cela veut dire qu’un sondage ne reste que dans le domaine de la probabilité. Et pourtant, depuis quelques décennies, ils ont pris de plus en plus de pouvoir dans les décisions politiques. Le sondage d’opinion, par exemple, a tellement de valeur qu’il peut inciter un dirigeant à prendre des décisions aussi graves que démissionner, ne pas se présenter à une élection, changer son équipe, nommer untel au lieu d’un autre, etc.

Dans un sens, c’est une très bonne chose puisque cela permet à la population d’exprimer ses idées, ses opinions et de voir que les dirigeants sont attentifs et réagissent à ces opinions sans attendre des élections ou des référendums. Le souci c’est que, mathématiquement, les sondages ont des chances d’être dans le vrai mais peuvent aussi être totalement à côté de la plaque. Et c’était le cas lors des élections pour le maintien de la Grande Bretagne dans l’Union Européenne et plus récemment lors de la défaite d’Hillary Clinton à la présidence des États-Unis. Pour connaître la vraie opinion du peuple, les sondages sont biens mais les élections sont mieux.

Mais quand on sait qu’il est possible de frauder une élection ou de falsifier ses résultats, même dans des pays « développés », comment ne pas craindre que certains sondages puissent aussi être biaisés. Pour le croire ou non, il faut d’abord comprendre à qui sert le sondage. Normalement, c’est le dirigeant qui en a le plus besoin. C’est lui qui doit connaître l’opinion du peuple pour savoir s’il prend la bonne ou la mauvaise direction. Ce qui se passe, dans la réalité, c’est que c’est au peuple qu’on présente, qu’on crie haut et fort les différentes enquêtes d’opinion effectuées par les uns et les autres.  « Le dirigeant a autant d’avis favorable », « 50% de la population serait favorable à ceci ou cela », « 2 citoyens sur 5 ou 8 citoyens sur 10 voudrait bien qu’on fasse ceci ou cela ». Moi, quand je lis des choses de ce genre dans la presse et que je ne suis presque jamais d’accord, je me demande pourquoi je ne fais jamais partie de ceux qu’on interroge. Finalement, il me semble qu’on veuille plutôt manipuler les gens au lieu d’interpeller les dirigeants.

Le Brexit (Sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne) et l’élection de Donald Trump à la tête des USA montrent qu’on ne sait jamais ce que la population pense vraiment. Faut-il rappeler le cas de la victoire de la droite aux législatives croates ? et l’extrême droite qui est aujourd’hui au 3ème tour des présidentielles autrichiennes? Tout cela « contrairement aux derniers sondages ».  Il faut croire que soit les personnes interrogées sont un peu menteuses, soit les gens décident, au dernier moment, de faire tout le contraire de ce que les sondages disent.

Mon avis est qu’il ne faut pas se fier corps et âme aux sondages. Qui sait si en vérité François Hollande peut, bel et bien, gagner au 1er tour en 2017 en France? Et avec la victoire de la droite aux USA, comment ne pas penser que les français aussi peuvent élire Marine Le Pen au second tour contre n’importe quel républicain de gauche ou de droite? Et à Madagascar, quand on dit que notre président est « mamim-bahoaka » (aimé par le peuple) qui peut affirmer preuve à l’appui que c’est faux ou que c’est vrai? Qui peut sortir un sondage dont on sera sur à 100%?

Ainsi, les sondages sont des outils et devraient rester de simples outils. Ne soyons pas gouvernés dans nos vies par l’avis des autres, qu’ils soient majoritaires ou non, selon les derniers sondages.


Comment ça va ? Comme ci, COMESA !

Alors, quoi de neuf à Antananarivo ? C’est le sommet du COMESA qui s’y tient. Je vous rapporte ce qui se dit dans la rue à propos de ce sommet.

  • Il y en a qui pensent qu’il ne faut pas l’appeler Sommet des Chefs d’État s’il n’y a pas assez de Chef d’État. Ou faut-il dire le Sommet de 3 Chefs d’État et des autres ?
  • Le sommet est parfaitement organisé. Mais si Mugabe a vraiment dit «  Ça ne sert à rien de m’accueillir avec ces belles organisations tant que le peuple vit dans la merde « , je pense que les malgaches vont exiger un référendum pour qu’il se présente aux présidentielles de 2018 afin de devenir Président parallèle du Zimbabwe et de Madagascar. Aucun Président malgache n’a jamais dit quelque chose d’aussi « aimé » dans Facebook. Le blog Tumblr qui l’a sorti « marina sa tsy marina » fait parfois de l’intox et on connait bien les soit-disant « citations de Mugabe« , mème d’internet. Mais il a, quand même, bien été repris par des médias malgaches et étrangers. Alors, peu importe si Mugabe l’a dit, s’il l’a marmonné ou s’il l’a juste pensé tout haut, le message est passé.
  • Aujourd’hui, en centre-ville d’Antananarivo, sécurité oblige, il y a un policier tous les 10 mètres  et ce n’est pas une image. Devant l’esplanade à Analakely, le soir, ces dizaines de policiers te poussent à avancer dans l’embouteillage en sifflant dans leurs sifflets. Comme si siffler sans arrêt allait, par miracle, ajouter des voies dans les étroites rues de Tana. Mais il faut les encourager, qui sait s’il peuvent réussir ?
  • Dans d’autres quartiers, les tanks sont sortis. Alors, pour notre culture, le char de combat a été imaginé et dessiné par Léonard de Vinci au 16ème siècle en Italie. Peu après, les malgaches en ont acheté mais grâce à notre débrouillardise, ces véhicules blindées (des BDRM) fonctionnent toujours. De là à dire qu’elles sont encore efficaces, j’espère qu’elles n’auront pas à le prouver.
  • Hier soir, quelqu’un à côté de moi reçoit un appel téléphonique. Une connaissance à elle qui habite Ambatondrazaka (dans l’Est) a dû être amputée d’un bras après avoir reçu une balle pendant l’attaque de sa boutique. « Malheureusement, les tanks n’étaient pas disponibles pour appréhender les malfaiteurs » diraient les blagueurs dans les forums et les réseaux sociaux.
  • Samedi soir, la pluie, en quelques heures, a tué une personne et inondé tous les bas quartiers d’Antananarivo. Dommage que les invités et les journalistes étrangers ont dû voir et vivre ça alors que Madagascar a si bien préparé ce Sommet et le prochain Sommet de la Francophonie. Mais c’est la nature. Et il est prouvé qu’on peut très bien vivre sur des marécages. C’est pour cela qu’on continue d’octroyer des permis de remblais.
  • Après cette pluie, des images de l’autoroute (à une voie) de l’aéroport circulent dans les réseaux sociaux avec les dégâts malheureux fait par mère Nature. Beaucoup tentent de philosopher en disant que tout est normal mais il ne faut pas oublier que c’est Made in China (vita sinoa).
  • L’aéroport d’Ivato, puisqu’on en parle, est si fier avec les avions inédits qui y sont stationnés. Son tarmac a reçu une extension pour le Sommet de la Francophonie. C’est encore bien loin de la nouvelle terminale promise dans cet article du site gouvernementale. Ce n’est pas grave, on gère !
  • C’est si bien géré que personne ne se rend compte que le transporteur officiel, la compagnie Air Madagascar est en train d’accoucher aux forceps d’une entreprise de handling. Cet accouchement dure et il y a risque hémorragie ou d’éclampsie. Je pense que le gyneco pense déjà à la césarienne.  Prions pour la mère et l’enfant!
  • En tout cas, le Sommet du Comesa se déroule et il n’y a aucun doute, c’est le début de la fin de la pauvreté à Madagascar. Si si ! Ce sont les experts qui le disent ! Répandez la bonne nouvelle !

Le Sommet du Comesa, aux yeux du citoyen malgache Lambda, comme moi, c’est quelque chose qu’il ne peut pas appréhender. Tous les enjeux économiques, financiers et géopolitiques ne peuvent affecter son quotidien car il cherche aujourd’hui ce qu’il a mangé hier (expression dérivée de « on cherche aujourd’hui ce qu’on mange aujourd’hui » qui signifie que la personne est gravement endettée). Il ne faut pas le blâmer s’il ne voit que les bouleversements dans son train train habituel. Si ça devait avoir des impacts positifs, c’est, je pense ce que que le peuple attend de voir ou de comprendre. Pour le moment, l’idée qui règne c’est que les malgaches en font peut-être « trop » pour ces sommets alors qu’ils ne peuvent pas se le permettre pour eux même.

 


Fanja, Soa, Ranoasy et Ravao

Ceci est un conte pour adulte, âmes sensibles s’abstenir.

Au pays d’Odag, il y avait une femme de mauvaise vie. Elle s’appelait Fanja. Son dernier mari Rafiraha ne s’occupait pas d’elle ni de ses nombreux enfants et pour les faire vivre, elle se prostituait auprès des hommes du village. Être exploitée par les hommes, c’est ça sa malédiction.

Parmi les enfants de Fanja, il y avait la petite Soa. Soa n’avait pas encore l’âge de se marier mais elle avait un amoureux qui s’appelait Ravao. Ravao et Soa se promenaient souvent dans le village. Rasoa était parée de soie et portait les boucles d’oreilles en or de sa mère. Ravao, bien que pauvre, se prétendait magicien et fascinait ou effrayait les autres enfants des ses soi-disant sorts et envoutements. Ils étaient heureux jusqu’à ce que le plan machiavélique de Fanja ne soit mis en œuvre.

Fanja voyait d’un mauvais œil la relation entre Soa et Ravao. Elle pensait que Ravao ne pourrait pas s’occuper de sa fille et surtout qu’elle n’y gagnerait rien. Ravao ne serait pas capable de lui apporter le dot dont elle rêvait et qui la rendrait riche. Elle pensait vendre sa fille à un homme riche. Justement, le richissime Ranoasy cherchait toujours de le chaire fraiche pour son harem.

Soa et Ravao ont compris les intentions de Fanja. Il faut dire que Soa ne serait pas sa première victime. Fanja a déjà vendu d’autres enfants auparavant. Certains sont même partis aux bout de la Terre et on ne sait plus s’ils sont morts ou vivants. Et pourtant, elle est toujours aussi pauvre qu’avant et elle n’a retenue aucune leçon.

Un jour, Fanja appela Soa pour lui dire qu’elle sera marié à Ranoasy le soir même. Soa pleura, implora, cria, se démena, mais Fanja n’écoutait pas, ses yeux brillaient des reflets de pièces d’or que Ranoasy allait lui donner.

Soa allait se résigner et acceptait de rencontrer son futur mari. Mais le pire allait arriver. Ranoasy prit la pauvre fillette chez lui et lui a clairement expliqué qu’il l’avait acheté et que désormais elle devait rembourser de toute manière. En voyant l’état lamentable des autres épouses de Ranoasy, fatiguées, décharnées, dénudées, qui étaient en train de le nourrir, l’éventer, le masser, le caresser, un frisson d’horreur la parcouru. Elle pensait à son amoureux, Ravao. Elle le priait dans son cœur de venir en prince charmant la délivrer.

Mais Ravao est si pauvre, si impuissant. Il devenait la risée des enfants. – Où est ta magie? – Où sont tes sorts? Ravao consultait les dadarabe (marabout) et les anciens mais ils ne lui donnait pas de solutions. Pas de gris gris, pas de philtre, pas de poison. Dadarabe lui disait : « Ravao, c’est simple! Tu as deux choix. Tu peux te chercher une autre amoureuse mais jamais tu n’oublieras ton premier amour et tu feras des cauchemars toutes les nuits de Soa dans le lit de Ranoasy. Sinon, tu peux te battre. Si tu meurs, tu ne verras pas ta défaite mais si tu gagnes tu triompheras ».

Angano angano, arira arira!* Mais on dit que c’est depuis ce jour là que Ravao a toujours détesté Ranoasy. Certains disent que Ravao a fait tombé la foudre sur Ranoasy et celui-là a déguerpi. D’autres racontent que tous les frères et sœurs de Soa se sont rebellés contre Fanja et ses maris. D’autres légendes encore parlent de Ravao qui serait mort et enterré. Moi, j’aimerais croire qu’aujourd’hui ou un autre jour prochain, Soa, Ravao et tous les autres enfants seront quelques part, heureux pour toujours.

* angano angano, arira arira : est la formule pour finir les contes malgaches qui dit que les contes ne sont que des contes, les légendes ne sont que des légendes. Il faut ensuite ajouter : « si tout est faux, je n’ai pas menti, je ne fait que rapporter »

 


Les étrangers qui parlent malgache

Aujourd’hui, je vais vous parler d’une chaîne Youtube tenue par deux américains qui parlent malgache. Et c’est exceptionnel.

Je cherche, je cherche, mais je n’arrive pas à trouver une chaîne Youtube en malgache. Il y en a sûrement, mais elles ne sont pas assez connues pour m’être proposées en réponse à ma recherche. Des chaînes malgaches mais en français, il y en a pléthore. Faut-il rappeler l’excellent Nirina ? Voici encore un chef d’œuvre quand il met en musique des commentaires parlant du riz dans une vidéo.

 

Et les chaînes d’Histoire, de tourisme et surtout de musique sont toutes (ou presque) présentées en français. Et je comprends tout à fait car la langue malgache n’est encore rien du tout sur internet. Impossible d’espérer avoir, même en rêve, 100 000 abonné(e)s pour une chaîne totalement en malgache alors que le nombre des  « vrais » internautes (exclus les only-Facebook et ceux qui vont une fois par mois au cyber) qui comprennent la langue n’approche pas ce chiffre. Moi-même qui privilégie ce blog en français par rapport à l’autre, en malgache, j’en sais quelque chose.

Mais revenons à nos moutons. Plus précisément, Payton Hansen alias Hasina et Austin Bergera alias Tiana. Je ne les connais pas du tout mais ils sont américains et  ils parlent très bien malgache. Ils ont créé la chaîne Youtube Vazaha miteny gasy (étrangers qui parlent malgache, il y a aussi une page Facebook) où ils utilisent la langue malgache pour faire de l’humour mais aussi un peu d’éducation civique. Ils parlent un malgache de la rue, celui du côté d’Antananarivo, la capitale. Celui aux cheveux longs a un meilleur accent quand l’autre, des fois, me rappelle ces missionnaires et religieux qu’on sait si bien caricaturer. Mais c’est léger comme accent.

Qu’est-ce qui les rend bien particuliers ? Rien, à mon avis. En tous cas, pas au début. Des étrangers qui parlent malgache, il y en a. Des étrangers qui parlent malgache mieux que certains malgaches, aussi. Mais c’est pareil pour la plupart des langues vivantes. Moi-même, je pourrais me targuer de parler le français mieux que certains ayant la nationalité française. Si j’ouvre un jour une chaîne Youtube en français, je n’aurais pas à rougir de la tournure de mes phrases.

Donc, en 2 ans passés à Madagascar, nos deux lascars ont maîtrisé la langue. Ils ont commencé à faire des vidéos et ont eu des milliers d’abonnés et des centaines de milliers de vues ce qui est le top quand le contenu est en malgache. Mais là, à mon humble avis, ce qui fait qu’ils sont uniques et méritent que tous les malgaches du monde entier les suivent, c’est que, rentrés dans leur Amérique natale, ils continuent à poster des vidéos bien malgaches. C’est quelque chose que peu de pays dont la langue n’est pas internationale peuvent avoir. Mais ça existe :

Et là, je serais d’accord pour dire que ce genre de vidéo est toujours clivant. Un étranger qui nous dit qu’il faut aimer et protéger notre culture ? Soit on trouverait ça mignon, et on serait très d’accord, soit on aurait envie de lui dire d’aller se faire voir ailleurs si on y est.

Moi, je n’ai jamais été intéressé par les vidéos de « Vazaha miteny gasy », jusqu’à aujourd’hui. Tant de fois, j’ai été confronté à des « vazaha miteny gasy » dans ma vie, ici ou ailleurs, que désormais ça ne m’étonne plus.

Je vous raconte :

Une fois, dans le Sud de Madagascar, on était dans la piscine et il y avait des européens et des africains. Parmi les européens, en fait, il y en avait qui avaient des comportements bizarres. Alors, avec les malgaches qui étaient là, on allait potiner entre nous pour se réconforter mais au dernier moment, notre élan a été coupé par un européen qui a dit « Manao ahoana? » (Comment ça va ?). Avait-il senti la tension ? Je ne sais pas mais c’est après coup que j’ai remarqué combien il était bronzé et calme, un vrai malgache, du moins zanatany (fils du pays).

L’autre fois, c’était arrivé à des amis malgaches qui étaient bien jeunes à l’époque. Pour leur premier voyage en Afrique continentale, ils n’ont jamais arrêté de dire en malgache du mal des gens qu’ils croisaient. « Regarde celui-là qui a de gros trous sur ses oreilles, on pourrait y entrer un doigt » par exemple. Jusqu’au jour où dans l’ascenseur l’un d’eux a dit « celui-là qu’est-ce qu’il pue! » et où  ils allaient, presque, se faire massacrer par cet africain, noir, qui puait peut-être mais qui était aussi malgache, gros et fort.

Je disais, donc, que les meilleures vidéos de Vazaha Miteny Gasy sont sûrement celles où, aux USA, ils se mettent à faire des trucs malgaches, par nostalgie ou par fierté. Voici mes 3 préférées.

Cette vidéo qui parle des « jeux des malgaches » les montre en train de faire de la pétanque et aussi du tantara. En même temps, ils se racontent des anecdotes qui sont en fait d’autres vidéos à eux sur un vieil homme (malgache) qui fait du skate et une vieille femme (malgache) qui fait du basket. Ce qui est tout à fait absurde.

Cette vidéo qui est sur leur page Facebook (cliquer sur ce lien si elle n’apparaît pas), les montre nostalgique après leur retour aux USA, se remémorant Madagascar. Ils se disent que c’est bizarre aux États-Unis car il n’y a personne dans la rue, personne ne parle malgache et les bus ont des intervalles de 20 minutes (au lieu de 5 à Tana).

Enfin, dans ce clip de 10 minutes sur les routes américaines, presque en se cachant, ils se mettent à faire du karaoké sur des tubes malgaches. Rien ne leur fait peur. Ni le rap gasy, ni les chansons évangéliques, ni les rythmes gasy.

Bref, sans vouloir louer la volonté de ces deux compères de sauver Madagascar en parlant malgache sur Youtube, je dois avouer qu’il ont déjà réussi à atteindre les malgaches avec leurs vidéos humoristiques et qui sait s’ils seront mieux écoutés que nous autres activistes gasy du WEB. Ceci dit, si vous voulez leur venir en aide, ils font aussi une levée de fonds en ligne.


Lexique malgache du cinéma

À l’instar du foot de rue rizière asséchée pour lequel j’ai déjà fait une description dans mon ancien blog, il y a aussi des vocabulaires spécifiques issus des salles de projections à Madagascar.

Il y a eu un âge d’or des salles de cinéma à Madagascar, que j’ai eu le temps de vivre, vieux comme je suis. C’était du temps où les Ritz, Rex, Roxy, Ako et les autres jusqu’à ce que les salles de projections de vidéos, communément appelées « vidéos » ne prennent le relais.

Salles de projections de vidéos dites-vous ? Oui oui ! Ce sont de petites salles, sombres, sans aération, sales voire glauques, remplies de bancs et de chaises qui projettent des films d’actions, d’horreur ou des comédies et à l’occasion, des matchs de foot en direct. Là, on côtoie les  enfants du quartier, les jeunes désœuvrées et les vieux en manque de divertissement. Pire, il y a même des salles qui projettent des films érotiques voire pornographiques, ce que j’ai du mal à imaginer l’ambiance que ça donnerait (vu que j’y ai jamais mis les pieds).

Je n’ai jamais regardé des films pour adultes dans ces salles quoique les recommandations sur l’age des spectateurs ne sont jamais pas toujours respectées. Je me souviens bien des camarades de classes qui racontaient les films pendant les récréations et certains d’entre eux ont vite reproduit dans la réalité.

Il faut d’abord expliquer que les salles de vidéos existent encore à Madagascar mais elles ne sont plus si nombreuses grâce ou à cause des nombreuses chaines de télé gratuites et les postes tv à prix bradés.

Donc, la dernière fois où j’y ai mis les pieds, c’était il y 12 ou 13 ans, en vacances dans un village sans électricité au bord de la mer. Un soir, sans envie de dormir, on est allé dans ce sauna puant la cigarette pour regarder un film d’action et des clips de Makoma. Et pour vous dire la force de ces salles de vidéos, Makoma a ensuite fait un triomphe pendant leur tournée dans la Grande Ile, juste parce que leurs clips étaient diffusés dans des salles de vidéos.

Donc, à part divertir le peuple, propulser la carrière des  artistes et parfaire la technique des délinquants, les « vidéos » ont aussi contribuer à enrichir le vocabulaire si ce n’est pas de la langue officielle, de la langue parlée à Madagascar.

Voici quelques mots, expressions et autres concepts issus du visionnage des films à Madagascar :

Bandy sy role : C’est un FPS (jeu de tir à la première personne) mais sans console que les enfants jouent dans la cour et qui s’inspire des duels et des fusillades des westerns. « Bandy » est le bandit, « Role » est le héros qui tient le rôle principal. Bizarrement, les pistolets ne tonnent jamais. Il suffit de mettre ne joue son adversaire en criant « Haut les mains » ou « Gain ». D’où l’autre nom de ce jeu : Gain Gain!

Bandy et Role ne datent pas des « vidéos » mais  ont été perpétués par celles-ci. Ils datent des anciennes salles de cinéma. Et depuis, bandy est devenu le nom argotique pour « gars », « mec », par opposition à « sipa » (fille) dont l’origine reste un mystère comme beaucoup de choses féminines.

Deba : vient probablement de l’expression « chef de bande » pour désigner ce que les films d’actions appellent le « boss ». Devenu synonyme de « riche et puissant », mais aussi de « patron », deba est aussi le surnom de l’Amiral Didier Ratsiraka.

Shaolin : Shaolin c’est un grand maitre du Kung Fu, souvent deba du film et accessoirement vieux avec de longues barbes.

Kombaka : le combat

Akisiao : Action, intervention, cérémonie, etc. comme dans « L’action a déjà commencé »

Maosi : Le Mawashi-Geri ou coup de pied circulaire en karaté

fosazy : fauchage, c’est à dire croche pied ou une coup de pied balayant.

 

Les catégories de films dans les « vidéos »

Justement, il n’y a que 5 catégories de films projetés dans les salles de vidéos : action, horreur, comédie, western et érotique.

Les surnoms :

Pour les jeunes, fans de vidéos, et souvent sans aucune compréhension du français ou chinois du film, il n’est pas nécessaire de s’embarrasser des rôles, des personnages. Jean Claude Vandamne est toujours Jean Claude Vandamne. S’il y en a 2, ça ne s’appelle pas Double Impact mais Double van Damne. Si en plus, le nom de l’acteur est du chinois illisible et imprononçable, il sera diminué ou substitué par un surnom

Les diminutifs que vous reconnaitrez facilement : Arnold, Stallone, Bolo, Charlot, Van Damne, etc.

Les autres stars conservent leurs noms en entier comme Jackie Chan, Cynthia Rothrock, Bud Spencer sy Terence Hill. Bruce Lee, Chuck Norris

Les surnoms :

Vous entendrez souvent des personnalités malgaches affublés de surnoms de Bolo, Charlot, Stallone, Jackie Chan, Bruce Lee, Bota ou Lava Sanga, vous saurez d’où ça vient.

 

 


Lexique de malgache en Sol-Fa Tonic

Voici une liste non exhaustive de mots malgaches formés par les notes de musiques. Je vous expliquerai pourquoi c’est intéressant.

Selon le site cosmovisions, le Tonic sol-fa. est un « système de notation et d’enseignement de la musique inventé par John Curwen en 1860, et qui a pris en Angleterre un développement pratique considérable. De toutes les notations simplifiées, alphabétiques ou chiffrées, pour l’usage des chœurs, la tonic sol-fa est certainement la plus remarquable et la plus pratique.  »

Mais c’est quoi?

En fait, en sol-fa « tonic » (que les malgaches appellent solfa tout court), on utilise les initiales des notes pour désigner les notes. Ce qui permet, lors des apprentissages et des répétitions des chants de « solfier » les mélodies avec les notes. C’est à dire qu’on chante la chanson mais au lieu des paroles, on lit les notes « do-mi-sol-la-sol-mi-do ». Avec un peu de connaissance musicale, vous auriez lu « do-mi-sol-la » en chantant avec les bonnes intervalles. Si vous voulez comprendre ce qu’est le Tonic Sol-Fa, rendez-vous au dernier paragraphe de cet article de Cosmovisions, ou sur Wikipédia en anglais. Juste, il faut noter qu’on lit le tonic en appelant do le premier degré d’une gamme majeure du Ton du chant ou du morceau (exemple, si le ton est G (sol) , sol devient do, la devient ré, si devient mi, etc.).

Le Tonic Sol-fa est très utilisé à Madagascar. Héritage des enseignements musicaux prodigués par les missionnaires anglais, le Solfa prime par sa facilité d’écriture et de lecture. Sauf erreur de ma part, tous les recueils de cantiques de toutes les églises chrétiennes malgaches sont publiés en Sol-fa. La majorité des chœurs l’utilisent pour leurs partitions.

Donc, quand vous assistez à une répétition de la chorale, la plupart du temps, la méthode pour apprendre un nouveau chant est souvent la même. Le chef de chœur distribue des partitions en solfa. Les membres de la chorale commencent à chanter en lisant les notes jusqu’à maîtriser la mélodie et les ornementations et c’est à la fin qu’on chante avec les vraies paroles.

Donc, pendant des minutes ou des heures, vous entendez les sopranos, qu’on appelle 1ère voix à Madagascar, les altos, 2ème voix, ténors 3 et basses 4 y vont de leurs « do-mi-sol-la-sol-mi-do », « sol-do-mi-fa-mi-ré-do », etc. Forcément, vous entendez, par hasard, des « mots français » ressurgir comme do-do, mi-mi, ré-mi, la-mi, la-so, la-fa-mi, la-sol-do-mi…

Pour solfier en tonic, et pour mieux comprendre les prononciations, voici comment on prononce chaque note:

  • d (do) : [do]
  • di (do dièse) : [di]
  • r (ré) : [ré]
  • ri (mi bémol) : [ri]
  • m (mi) : [mi]
  • f (fa) : [fa]
  • fi (fa dièse) : [fi]
  • s (sol) : [so]
  • si (sol dièse) : [zi]
  • l (la) : [la]
  • ta ou li (si bémol) : [ta] ou [li]
  • t (si) : [si] ou [ti]

Déjà, avec les dièses et bémols, vous avez identifié d’autres mots français possibles comme ti-ti, zi-zi, so-fi, ri-do. Alors, il est temps de citer, aussi, quelques mots en malgaches et leurs significations.

mi-la (mila) : a besoin de
so-si-si (saosisy) : saucisses
fa-la-fa : maison en branches et feuilles de l’Est de Madagascar
ta-la-ta (talata): Mardi
ré-ri (‘rery): seul
mi-fa-di (mifady): éviter (comme un tabou, ou pour respecter une privation,  un régime)
di-fi (dify) : disparu de la vue, derrière un croisement par exemple
fi-di (fidy) : le choix
fa-ri (fary) : canne à sucre
fi-ri (firy) : combien
ta-ri (tar`y) : là-bas (au passé)
di-di (didy): la loi
di-mi (dimy) : cinq
do-mi (domy) : dominos
etc.

Puis, de temps en temps, au gré des mélodies, on peut même entendre quelques mots argotiques comme :

sol-la-fa (solafa) : la bonne
ta-ri ou ta-si (tary ou taz`y) : le gars
… ou peut-être d’autres qui ne peuvent pas être reportés ici.

Bien entendu, aucun compositeur n’a jamais fait exprès d’écrire une mélodie en pensant à ce que cela signifierait en Solfa-Tonic dans la langue malgache. Du genre :

|: :m.l:m.d|d:-:m.l:m.d|d:-:r.f:m.d|d:-:r:-|ri:-:-: |di:-:-:-| dia tohizo*

ou

|s:l:f|-:-:-|m:l:s|t:t:-|-:-:| dia tohizo*

*Blagues pour musiciens malgaches

 

Mais tant que les chorales malgaches l’utilisent, le Sol-Fa Tonic a encore de beaux jours devant lui. Et ce n’est pas plus mal.