Théorie sur la malgachisation du mot four

Four à bois (image : LUISB)

Je me suis levé ce matin et j’ai eu cette reflexion en sortant mon pain du four : « mais pourquoi? ». Pourquoi le mot four est devenu « lafaoro« ? Mais pour y répondre, il faut d’abord voir comment se sont malgachisés les autres mots français. C’est à la fin que j’exposerais ma petite théorie.

Si on se cantonne au royaume merina du 19è siecle qui s’est autoproclamé Royaume de Madagascar, il y a eu principalement deux nations européennes qui ont apporté leurs influences : l’Angleterre et la France. Il y a beaucoup d’autres européens comme les norvégiens ou les italiens ensuite et bien avant tout cela, il y a les portuguais. On pense par exemple que le nom de notre devise Ariary viendrait du Real.
Mais ce sont les langues anglaise et française qui ont apporté le plus de vocabulaires ces derniers siècles. Et il est facile, en cherchant les racines des mots, de comprendre quelle civilisation nous a apporté un objet, un animal, un nom, une idée.

Gisa = Geese

Fiara
= Fiacre

Seza
= Chaise

Rajaonisaona
= Johnson

Raserizà
= Sergent

Indrindra
= In deed

Baiboly
= The Bible

En parlant de Bible, on a d’un côté une protestante dont les noms des personnages sont inspirés de l’anglais et une catholique avec des noms français malgachisés. Exemples :

Petera vs Piera

Mosesy
vs Moizy

Jesosy
vs Jeso(Zezo)

Mais le sujet de cet article ce sont des mots français. Certains gardent leur article « la ».Cela donne des mots malgaches qui commencent par « la ». Exemple :

La table = latabatra
La croix = lakroa
La bougie = labozia
La France = Lafrantsa
La vanille = lavanilina

Il y a peu de mots masculin qui gardent leur article « le ». Le son « le » n’existant pas, il serait malgachisé en « lé » qui est déjà proche de ‘lay, l’article malgache utilisé dans le titre de ce blog. Ainsi, « le comorien » devient « lekaoma« . Cela devient bizarre si on utilise lay devant (‘lay lekaoma). La plupart du temps, le mot masculin vient sans son article.

On dit bien « le four » mais pas « la four ». Si c’était « la four », la logique aurait été d’obtenir « laforo » et garder la prononciation. Mais non, on a « lafaoro » qui sonne comme « la fort ».

Voici mon avis :  « four » n’avait aucune chance de rester comme il est dans notre langue parce que sa prononciation est trop proche du mot qui signifie « vagin ». Toutes ces expressions cuisinières seraient devenues ambigues :

– prechauffer le four
– mettre au four pendant 20 minutes
– etc.

Si je n’ai pas tort, ce serait donc la pudeur légendaire des malgaches qui a créé l’exception « lafaoro« .

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