Madagascar : juin, le mois festif

Depuis tout petit, j’ai toujours aimé le mois de juin à Madagascar, c’est un mois festif. Les Malgaches l’appellent même parfois Asaramanitra, le mois où l’on fête le Nouvel An. En effet, on y fête l’indépendance et comme Asaramanitra est devenu synonyme de fête, il s’applique ici aussi. Et cette année 2014, on a plus de raisons encore pour faire la fête.

Juin, d’abord, c’est le mois de l’enfance

« Les mois de… » comme quelqu’un que je connais les appelle, c’est comme la publicité. On fait de la publicité pour des trucs qui ne marcheraient pas autant sans elle. Et malheureusement, l’enfance a besoin d’un « mois de… » , car sans cela on oublierait beaucoup de choses à faire et à ne pas faire pour nos progénitures. Donc, pendant tout le mois, on va voir des annonces, des affiches, des évènements où les enfants vont exposer leurs situations et demander des améliorations. On va entendre et réentendre les slogans comme : « Non, au travail des enfants », « Stop aux abus sexuels sur les mineurs », « Non à la violence sur les enfants », « Non au tourisme sexuel », « Ose dire NON! »,  « Les enfants ne sont pas des souvenirs », « Les enfants ont le droit d’avoir une maison, de la nourriture, de l’éducation et des jeux », etc. Eh oui…on a malheureusement besoin de le répéter.

Madagascar enfant travail

Photo : Yves Picq

 

Les enfants, eux, qu’est-ce qu’ils en pensent? Ils ont surtout en tête les grandes vacances qui arrivent à la fin de ce mois pour la plupart d’entre eux. Enfin, s’ils vont à l’école, s’ils ne travaillent pas encore; s’ils sont en bonne santé ou au moins ont accès à des soins médicaux; et s’ils peuvent avoir des jouets ou au moins arrivent à les fabriquer.

Car pour les privilégiés, et même pour les autres,  la liste des jeux d’hiver est longue (l’hiver malgache est froid et sec). Il y a  les jeux en plein air comme le cerf-volant (papango), la planche à roulettes (kalesy), les pétards (tsipoapoaka), la dinette (tsikononkonona), le saut à l’élastique, le foot sur rizière asséchée. Ensuite, on a les jeux avec les pierres : tantara (récits), tanisa , tso-bato (jongleries). Puis, il y a les jeux de société : la katro (famille de l’awalé), le célèbre fanorona , le vitsiliha jeu de stratégie qui se joue grandeur nature. Ce ne sont que des exemples et ces jeux sont gratuits.

Ensuite, il y a la Pentecôte

La Bible dit que le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres le jour de la Pentecôte, c’est-à-dire le jour du Chavouot juif. Bizarrement, cette fête chrétienne n’a pas autant de succès auprès des Malgaches que Pâques et Noël, pas assez de Saint-Esprit peut-être. L’impératif que le croyant, non pratiquant s’impose c’est d’aller à l’église à Pâques et à Noël. Mais la Pentecôte c’est surtout le jour pour les sorties, les pique-niques. C’est facile, dès le début de l’année, les associations, les familles, les églises, les entreprises, tout le monde va choisir dimanche ou lundi de Pentecôte pour la sortie annuelle.

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Photo : http://adventiste-manjakaray.org

Pour vous décrire à peu près comment se déroule une telle sortie : le matin, on attend ensemble les cars pour un départ prévu à 7 h 30, mais qui va avoir lieu à 9 h, c’est le rendez-vous à la malgache (fotoan-gasy). Arrivée sur les lieux à 10 h-10 h 30, donc, il y a une petite réunion ou un petit culte où on donne les consignes : ne pas salir partout, surveiller les enfants, ne pas se baigner dans la rivière, utiliser les toilettes au fond à gauche, etc. A midi ou plutôt à 14 heures, on mange lorsqu’on a réussi à arracher les garçons du terrain de foot improvisé. L’après-midi, les chanceux auront droit à de belles animations : karaoké, jeux, saynètes, danse. Sinon, certains trouveront qu’il faut profiter de cette réunion pour débattre de sujets les plus ennuyeux avec comme animateur des débats un oncle assez bourré.

Et la fête des pères

Comme les Français, les Malgaches célèbrent leurs papas le 3e dimanche de juin. Comme souvent, le père de famille va en profiter pour se donner en cadeau un truc qui ne passerait pas dans le budget familial en temps normal. Sinon, ce jour rend un peu trop évident que dans la société malgache, la mère est beaucoup plus importante que le père. Une chanteuse le dit dans un de ses titres « Hafa ihany i Mama », … très difficile à traduire, je dirais : « Maman est quand même spéciale ». Donc, c’est la fête des pères, et papa a quand même participé à la procréation des enfants, c’est lui, souvent qui travaille pour apporter la nourriture, c’est lui qui apporte la discipline, la Cour suprême à la maison. Mais lorsqu’on compare fête des mères et fête des pères… »hafa ihany i mama ».

25 juin, il y a le réveillon.

Je vous ai parlé au début du fait que le jour de l’indépendance du 26 juin est fêté comme un jour de l’an. C’est d’autant plus vrai, car le 25 soir on fait le traditionnel réveillon avec la fête des lampions (arendrina). Les enfants sortent puis se regroupent par famille ou par quartier et font la procession avec leurs arendrina respectifs, soit vers le marché, soit vers une place publique, pour se rallier avec d’autres groupes.

lampions

Ces dernières années, les Chinois ont aussi fondu sur cette opportunité. A part les babioles clignotantes qui attirent les enfants, ils proposent même des lampions malgaches, en papier, made in China.

feux

Et c’est, donc, tout à fait normal que les feux d’artifice pour la fête de l’indépendance soient proposés le 25 juin soir. Si vous êtes à Antananarivo le 25 juin, il faudra éviter de programmer un rendez-vous entre 17 et 21 heures du soir aux alentours du lac Anosy. En, effet, il y aura, agglutinés

Puis, l’indépendance.

Le 26 juin, fête de l’indépendance, est un jour férié. C’est vrai qu’en 2013, ce n’était pas une journée exceptionnelle pour moi. Cette année, il y aura comme d’habitude le défilé militaire à Mahamasina, le stade omnisports et le président va recevoir des gens à Iavoloha, le grand palais présidentiel de la banlieue sud de Tana. Pendant ce temps, les Malgaches seront pour la majorité en famille pour être ensemble.

Ah, j’aimerais revivre ces temps où j’étais fier d’arborer les couleurs nationales dès le 26 juin au matin; où j’étais fier des militaires qui défilaient avec honneur et prestige; où je chantais l’hymne national la main sur le cœur. Qui pourrait ranimer la flamme patriotique chez les Malgaches et surtout chez les jeunes ? Je ne sais pas, et eux non plus. J’ai peur surtout qu’ils  profitent  de la journée pour se saouler et embêter les filles.

Et le Mondial 2014!!!

Cerise sur le gâteau, juin 2014 sera le début du Mondial au Brésil. Madagascar n’a jamais été qualifié pour cette compétition et ce n’est pas près d’arriver tant que les mêmes incompétents restent à leur place pour gérer le sport roi à Madagascar. Donc, les Malgaches suivent les équipes africaines qui elles, n’ont jamais dépassé les quarts de finale. Les Malgaches se rabattent, alors, sur le reste, le beau reste des demi-finalistes. Traditionnellement, ils sont fans du Brésil, de l’Argentine, des « rainiboto » (les rugueux) allemands, l’Italie, la France et l’Espagne. C’est-à-dire qu’ils vont suivre ces équipes et surtout PARIER sur leur victoire.

Les paris, que beaucoup de Malgaches aiment, iront de quelques milliers d’ariary à plusieurs millions par match. Donc, certains vont encore se faire spécialistes des pronostics et miser leur argent de poche ou leur salaire, mais ils risquent de perdre gros, car 2014 réserve peut-être des grosses surprises. A ce propos, Mondoblog avec les Observateurs mettent sur un blog tous leurs news, analyses, réactions venant de dizaines de pays.

 

Voilà, bon mois de juin à vous tous et à tous les Malgaches!