Taxi d’Antananarivo, les vieux tacos restent une solution

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Depuis plusieurs mois, la Commune Urbaine d’Antananarivo fait un bras de fer avec certains taxis qui refusent la privatisation du contrôle technique. Exprimé ainsi, on a du mal à comprendre les raisons de ce problème.

La plupart des taxis d’Antananarivo sont des voitures des années 50 à 90. On peut y voir du charme comme de la misère. En effet, parvenir à faire rouler des 2CV, des 4L ou des 204 montre, d’une part, la capacité des malgaches à s’occuper des voitures, leur débrouillardise vu que les pièces neuves n’existent plus pour la plupart de ces engins et d’autre part, ces voitures montrent que l’économie malgache peine à se moderniser.

Mais le problème est plus profond. Ma collègue Tiasy parle de gabegie. En effet, s’il y a des lois, beaucoup de taxis les enfreignent. Voici une liste non-exhaustive de ce que, moi, j’ai déjà vu faire par un taxi d’Antananarivo :

  • Pas de papiers en règles

– Taxi monsieur ?
– Oui, on voudrait aller en centre ville.
– Non, je ne peux pas… J’ai une autre course à faire
(Un autre taximan nous interpelle) Vous allez en ville ? Venez avec moi.
– Je ne comprend pas. Ce taxi était là avec le chauffeur en train de poireauter. C’est lui-même qui nous appelle et ensuite il dit qu’il ne peux pas nous emmener.
– Monsieur, tous ces taxis garés en haut sont sans papiers. Ils font juste les courses vers la colline et dans les routes secondaires tout autour ; là où il n’y a pas de policier.

  • Pas d’essence

Certains taxis n’ont que quelques « gouttes » d’essence dans leurs réservoirs et tablent sur un client éventuel pour en acheter.

– Monsieur, votre argent est en petites coupures ou en grosses ? C’est parce que j’ai besoin de faire de l’essence. (S’il y a de l’argent à rendre, il vaut mieux faire de la monnaie à la station)
-Tenez !
– Merci.
(À 100 mètres de la station, la voiture cale, plus d’essence.)
– Attendez un instant Monsieur. (Il sort avec quelques autres gouttes d’essences dans une petite bouteille, dans une poire, dans une seringue de 50CC, ouvre le capot et injecte dans le carburateur, rentre et démarre un coup pour atteindre la station)

  • Même pas de réservoir, ce qu’ils appellent « direct »

Là, il se gare près de la station, trifouille sous ses pieds, enlève un tuyau d’une bouteille en plastique, sort et court vers le pompiste pour remplir la bouteille. Il revient, remet le tuyau dans la bouteille, remet la bouteille sous sa jambe, et redémarre.

  • Le chauffeur est ivre

C’était une nuit, vers 22h30. On rentrait d’un concert sur la haute ville. On descendait dans le noir les quartiers calmes d’Andohalo en pensant rejoindre la station des taxis en bas. Un taxi dévale la pente et klaxonne. On entre soulagés, mais les ennuis commencent.

Comme souvent la nuit, le chauffeur a un compagnon qui lui tient compagnie. Le compagnon est en train de le sermonner :

– Je te dis de rouler doucement. Déjà, on devrait rentrer car tu es ivre.
– Non, je ne suis pas ivre !
– Si, même ta langue coince quand tu parles.
– Tu crois que je serais capable d’aller si vite si j’étais ivre ?

  • Et le taxi n’a pas de freins

– Non, tu es ivre et c’est pour ça que tu conduis vite, tu le sais. Après cette course, on rentre !
– Je te dis que non ! Et si tu continues à parler, je te fais descendre ici !
– Oui, tu peux me faire descendre et tu sais bien que cette voiture n’a pas de freins. Tu seras seul responsable.

Grâce à Dieu, on a survécu à cette course de la mort.

Et pour ne pas faire un article de trois pages, citons rapidement ce qu’on lit quelquefois dans les journaux avec les chauffeurs qui braquent les clients, ceux qui agressent des clients, et tout le reste.

La visite technique privatisée

Tout d’abord, on dit que Madagascar est un des pays les plus corrompus au monde. En effet, c’est la seule explication pour les choses qui sont citées plus haut. Normalement, une voiture sans frein, sans réservoir conventionnel ne peut pas circuler. La plupart du temps, la visite se fait à distance et ce n’est pas une prouesse technologique.

Plusieurs solutions ont été proposées. Et même si l’histoire de l’OMAVET n’est pas très claire, puisque d’un côté on parle d’une entreprise publique et de l’autre d’un business, elle en fait partie. Et quand on l’a proposé, beaucoup d’usagers se sont félicité sur les réseaux sociaux en pointant du doigt le non professionnalisme de certains taxi actuels et en espérant que des contrôles plus stricts vont améliorer la qualité de travail des taxis.

On ne fait pas d’un âne un cheval de course

J’ai déjà parlé des taxibe, les taxis collectifs qui ont pris la place des bus à Tana. Ce sont des minibus ou des minicars aménagés dont le ticket du trajet en ville est à 400 ariary (10 centimes d’euro) maximum. En effet, certains bus acceptent encore le tapa-dalana (parties de trajets) qui peut coûter 300 ou 200 ariary (5 centimes d’euro). A ce niveau, il ne faut pas s’étonner de la qualité de service, souvent médiocre.

Et pour les taxis, c’est pareil. On peut encore avoir une course à 5 000 ariary (1,50 euro) alors que, par exemple, la prise en charge uniquement coûte déjà 2,60 euros à Paris et le minimum est de 7 euros, 1/6 du SMIC malgache. Et la qualité de service est proportionnelle car à 7 euros, à Paris, on a de belles voitures neuves et à 1,50 euros, à Tana, c’est une vieille 2CV. C’est logique.

Il y a deux sortes de taxis. Il y a les taxis de propriétaires et les taxis de chauffeurs. Les propriétaires font ce qu’ils veulent. Certains travaillent dur mais d’autres moins. Ils veulent gagner de l’argent, ils sortent de la maison, sinon, ils restent dormir. Parfois, ils sortent et stationnent en attendant les clients intéressants et en jouant aux cartes ou à palabrer avec les collègues. Certains font cette activité en ayant déjà d’autres ressources. Le chauffeur, lui, doit faire un versement journalier au propriétaire. Il prend la voiture le matin et le soir il doit la rendre avec une certaine somme fixée d’avance (autour de 20 euros). Le reste sera son salaire. Je dirais qu’il y a des cas, que ce soit pour le chauffeur ou pour le propriétaire, où avoir un versement suffisant est une gageure. À 1,50 euro la course, pas question de faire le plein d’essence par exemple. Tous ces chauffeurs savent faire les réparations eux-mêmes quand ce sont des pannes récurrentes. Et pas question d’acheter des pièces neuves quand les occasions pullulent et qu’on peut même faire des adaptations. Donc certains trichent en utilisant ces réservoirs non conformes ou en travaillant avec des voitures en panne (sans démarreur, sans embrayage, sans frein, etc.)

Contrôle technique, oui mais…

Je suis preneur de toutes les initiatives visant à améliorer la vie des malgaches. Exiger le contrôle technique pour les voitures de transport est un minimum, mais trop souvent à Madagascar, la réalité fait que les plus pauvres doivent continuer à survivre à leur façon. C’est comme chasser les vendeurs de rues à Analakely. Si on veut juste les chasser alors qu’on ne prévoit rien pour remplacer leur gagne-pain, c’est peine perdue. Je ne sais pas si l’OMAVET parviendra à s’imposer. Mais si c’est le cas, c’est quasiment sur que certains trouveront toujours le moyen de tricher pour remplir le versement et avoir un petit salaire en plus.

De manière générale, je pense qu’il ne faut pas mettre « la charrue avant les bœufs ». Au lieu d’utiliser n’importe quelle contrainte pour inciter les gens à changer leurs habitudes, jugées mauvaises, il faut d’abord préparer l’alternative. Si une meilleure solution existe, les gens la prendront naturellement et là, on pourra dire que les récalcitrants sont de mauvaise foi. Mais, actuellement, quand on est pressé, on est toujours content de trouver un taxi qui nous emmène pour 1,50 euros.

 

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