Madagascar : Andrebabe, le village invisible et autres Mikea

En l’an 2014 après Jésus-Christ, toute l’île de Madagascar est occupée par les Malagasy. Toute? Non! Car un village peuplé d’irréductibles vazimba résiste encore et toujours à l’envahisseur
Ce village, Andrebabe, résiste à l’envahisseur grâce à l’invisibilité.

Et arrêtons là l’analogie avec le village d’Astérix dont vous avez peut-être reconnu les phrases d’introduction. En effet, l’ambiance qui doit prévaloir dans votre tête en lisant cette article n’est pas la joie de vivre et l’humour des gaulois du village d’Armorique. Au contraire, pensez à un village où les malgaches ne voudrons jamais vous emmener en visite car rien qu’en évoquant le nom, ils seront terrifiés.. Pensez aux histoires effrayantes dans lesquelles tous sont partis … et aucun n’est revenu.

Entre légendes…

Andrebabe, c’est d’abord un montagne couverte de forêt dans l’Est de Madagascar. C’est aussi un village qui est censé exister dans cette montagne mais que personne ne peut voir car il est invisible. Beaucoup de témoignages anciens ou nouveaux alimentent cette légende. Certains parlent d’expéditions pendant lesquelles on entend de voix, de bruits, de plus en plus près sans jamais atteindre l’endroit d’où ça provient. Je me souviens aussi de notre prof qui racontait qu’ils sont montés dans la forêt par un chemin et que le guide leur a dit de retourner sur leurs pas. Soudain, au retour, le même chemin avait un autre aspect et ils virent à gauche et à droite des bornes bien rangées comme s’ils venaient de quitter une ville civilisée. On leur aurait expliqué alors que ce n’était qu’un aperçu; qu’une village existe vraiment mais n’est pas visible à tout le monde. Et puis, il y a les disparus, beaucoup de disparus qui auraient suivi des sentiers, ou des voix ou une jolie fille et ne sont plus revenus. Parfois aussi, on dit que les moteurs des camions s’arrêtent aux abords de cet endroit, que les instruments de bord des avions s’affolent.

Quant à l’origine de l’invisibilité de ce village, on parle d’un puissant sort qu’un magicien aurait prononcé. D’autres supposent aussi que ce sont les vazimba qui se réfugient là-bas. D’autres encore rapprochent cette légende avec celle du peuple de l’eau.

La première histoire (lien en français, voir la partie Analogie entre le Christ et Olivier) relate  l’histoire d’un chef de village Ratanibe qui aurait caché son village entier des colons en utilisant la magie. Il faut savoir que cette partie de Madagascar, l’Antsihanaka c’est à dire le pays des Sihanaka est réputée pour l’utilisation de la magie. Cette réputation est parfois préjudiciable pour les sihanaka car on les accuse souvent de sorcellerie. Pourtant, nombre d’entre eux revendiquent leur savoir faire dans les sorts et les potions : philtre d’amour, ambalavelona, etc.

Quand aux vazimba ou les sirènes, c’est à peu près la même histoire. C’est toujours dans le but de se cacher de la civilisation. Pourquoi les sirènes d’abord? Parce que la région est lacustre. Les hommes ont toujours été fasciné par l’eau et ses profondeurs et le malgache l’est encore plus. De ce fait, les légendes malgaches sur le peuple de l’eau ou d’autres créatures foisonnent. Donc, ce peuple de vazimba ou sirènes se cache dans ces montagnes pour fuir et se protéger des humains. Pourtant, certains interagissent avec nous de temps en temps. Dans cet article de presse( lien en malgache), par exemple, une femme se serait fait enlevée par un homme du peuple de l’eau et séquestrée à Andrebabe pendant des années. La femme raconte qu’au moment où un magicien, payé par son mari faisait son œuvre, elle a entendu un voix. Elle aurait suivi la voix et elle serait passé à travers un miroir ou une brume avant de se retrouver sur une route qu’elle connaissait pour rentrer chez elle.

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pochette du film Andrebabe III

…et réalité, il y a …

Mais voilà, personne ne l’a jamais vu, ce village. Vous me direz que c’est parce qu’il est invisible. Mais le concept d’invisibilité est d’exister sans être vu. Donc, pour moi, il faut d’abord que ça existe vraiment.
Moi, je rapprocherais cette histoire à celle des peuples invisibles de l’Amazonie. Ce sont des gens qui se cachent, qui se camouflent et qui fuient devant la civilisation et ses contraintes. Andrebabe abrite peut-être tout un village ou même une ville entière mais pas au sens de village et de ville que nous connaissons. Au pied de cette montagne il y a le village au nom similaire Andrebakely (petit Andreba, contrairement an Anrebabe, grand Andreba). Des personnes de ce village se disent en contact avec ceux d’Andrebabe, D’autres personnes témoignent qu’ils sont eux même des habitants du village invisible et qu’ils sont des être humains normaux sauf qu’ils ne doivent rien dire de leur demeure.

Je me souviens des premiers documentaires sur les Mikea dans le Sud aride de Madagascar. Les groupes, puisqu’on peut pas dire tribu ou peuple,  Mikea ont fasciné les malgaches et les étrangers. Inconnus, insaisissables…invisibles  eux aussi, ils hantent depuis toujours les forêts du Sud et se rassemblent de temps à autres pour des rites mystérieux. Moi, qui croyait que Madagascar était totalement « conquis », étais bien étonné de l’existence de ces êtres.

foret d'epinesOn les a pressenti, eux aussi,  pour être des vazimba, des pygmées, des sauvages. Et pourtant, au milieu du désert, on a vu des nomades qui utilisent des seaux, des marmites et d’autres ustensiles achetés à nous autres civilisés et qui sont habillés de nos t-shirts et nos shorts. Dans les documentaires, ils expliquent le concept de Mikea comme une rébellion contre la civilisation, une fuite devant la modernité et ses contraintes, un retour aux sources. C’est à dire que c’est plutôt une mode de vie.

…d’autres mystères….

C’est peut-être un pêché de rapprocher les Mikea et Andrebabe. Mais si je devais donner une explication rationnelle, j’irai dans ce sens que : ce sont des gens à l’écart, de gré ou par la force des choses, de notre civilisation parce ce qu’ils ont une mode de vie incompatible avec le nôtre. Les Mikea existent…enfin des mikea existent et leur existence n’est plus un mystère et peut-être que le village d’Andrebabe aussi de la même manière est réel mais qu’on attend de découvrir ce qu’il en est.

Sauf que,  les Mikea, dans leur culture ont peur du Koko, le petit nain noir poilu. Et on dit que les mikea qui sillonnent les forêts d’épines ne sont pas les vrais « mikea » et qu’ils craignent ces derniers. De la même manière, même si les reporters, les évangélistes, les étudiants et les téméraires sont déjà allés à Andrebabe sans avoir rencontrés de vrais dangers, la peur de cet endroit est toujours présente et bien forte dans l’esprit des malgaches.

Et si on s’est trompé de Mikea et d’Andrebabe?

 

1 Commentaire

  1. Bonjour,
    C’est une des raisons de dire que l’île est unique. Son histoire fabuleuse qui nous mène à discuter (…).
    Je vous remercie pour votre gentillesse de faire partager aux autres ce que vous avez.
    Andri Mami Nirina

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