Madagascar : j’ai quand même pu voter, puis j’ai compté les voix

Le 7 novembre 2018 s’est tenu le premier tour de l’élection présidentielle malgache. Malgré des soucis d’organisation, j’ai quand même pu voter. Dans l’élan, j’ai même accepté de compter les voix.

Cette élection était décriée depuis longtemps. On a critiqué sa tenue en saison de pluie, la liste électorale, les bureaux de vote et le reste… et pourtant, dans notre quartier tout s’est à peu près bien passé.

Il faut dire que, le matin, je ne pensais pas aller voter. Pendant deux semaines, on a fait des allers-retours au bureau du fokontany (plus petite représentation territoriale dans l’administration malgache). On nous a dit qu’on n’avait pas de carte à nos noms. On nous a même dit qu’on n’était pas dans la liste. On nous a suggéré de venir tôt le jour du scrutin et de vérifier dans les bureaux de vote alentours si on était inscrits dans l’un d’eux. Je n’avais pas le courage.

On a donc passé la journée fériée à faire nos « adidy » (tâches sociales). Les bureaux de vote ferment à 17 heures, et à 16 heures, on a décidé d’aller voir même juste pour que le chef du fokontany voit combien on est frustrés.

Arrivés là-bas, dans le collège public qui faisait office de bureau de vote, le chef du fokontany nous a dit de chercher nos noms, nos cartes électorales ou les deux dans une salle, où des dizaines de gens dans notre cas farfouillaient déjà, certains depuis des heures. Heureusement, j’ai une experience de caissier et j’ai décidé de feuilleter rapidement les milliers de cartes éparpillées là sans propriétaire. Et on a rapidement trouvé nos cartes et on a voté. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde vu les milliers de cartes sans preneurs.

Après le vote, une connaissance nous aborde nous demandant si on veut faire partie des quatre compteurs de voix qui sont des témoins volontaires et citoyens nécessaires pour valider les votes du bureau. J’ai accepté car je pensais que cela faisait partie des adidy et que ce serait amusant.

Amusant, oui, fatiguant aussi. Il fallait remplir à l’identique et signer des dizaines de fiches et de procès verbaux. Pour compter les voix, il fallait d’abord être d’accord entre les membres de la commission indépendante CENI, les délégués présents et les observateurs du nombre de votants qu’ils ont vu passer toute la journée. Ce chiffre devait correspondre au nombre de bulletins dans l’urne. Et c’est après qu’on a vraiment compté les voix de chaque candidat.

Comme on a pris du temps dans cette préparation, on entendait dans les bureaux adjacents des acclamations quand les compteurs y annonçait tel ou tel candidat. Mais nous avons pu commencer doucement à la lumière d’une ampoule neuve dont la salle de classe du collège public a été équipée spécialement ce jour là.

Les résultats de ce petit bureau de moins de 400 votants sont anecdotiques. Il y avait surtout Ravalomanana en tête, Rajoelina en suivant et Dama en 3ème position. Les autres, sans en citer un(e) étaient étonnement beaucoup à 0,00%… oui, même lui. Cela invalide, pour notre bureau, la théorie selon laquelle un grand nombre de candidats allaient biaiser les choix des électeurs. Les résultats finaux montreront si cela a vraiment eu beaucoup d’influence. Attendons pour savoir.

Avec notre retard, notre bureau faisait partie des derniers à faire le comptage. Bientôt, tous les curieux, les partisans, les passionnés qui ont quitté les autres bureaux ont envahi nos bancs pour « animer » cet acte citoyen. On s’organisait de telle sorte que 2 d’entre nous sortaient les bulletins et les identifiaient pendant que j’inscrivais au tableau et qu’un dernier me surveillait. J’étais, malgré moi, au centre des attentions. Mon collègue d’un soir criait un numéro, 25 ou 13, et on entend comme dans les stades de foot des « ouéééé » ou des « ouuuuh ». Je traçais une ligne et on me disait « reste de ce côté mon grand! » ou « économise la place, ça va déborder » ou bien « Oh, on dirait que Razoky (Grand-frère) squatte cette partie du tableau ». De temps en temps, on entendait un numéro exotique et on entendait d’autres commentaires du genre : « c’est qui ça? » ou « revérifie! » ou « ça doit être sa famille qui a voté! ».

Et comme chez des supporters de foot, il y a eu des piques de part et d’autre mais dans une ambiance bon enfant. J’ai l’espoir que les Malgaches ont, désormais, assez de maturité pour accepter les résultats des urnes sans violence.

Ce qui est malheureux, c’est qu’il existe toujours des votants qui font des erreurs dans l’utilisation du bulletin unique. Il y en a qui ne cochent pas dans la case prévue. Il y en a aussi qui signent au lieu de mettre une croix. Il y a toujours le travail d’éducation et d’information à faire mais je pense que ces gens là existeront toujours.

Après avoir dépouillé, on est restés encore plusieurs dizaines de minutes pour finaliser les PV. Je pense que si un candidat a un délégué dans chaque bureau de vote, il pourra s’assurer de la véracité des résultats. Dans le notre, par contre, il n’y a eu que 4 délégués sur les 36 candidats. Ce qui nous a évité quand même 32 signataires en plus, mais, surtout, cela montrait quels candidats étaient les plus sérieux.

Donc, je suis rentré un peu tard avec le sentiment d’avoir accompli mon devoir d’électeur, malgré tout. Et même, cette fois-ci, j’ai l’impression d’avoir vraiment participé au processus.

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