À Madagascar, la peste fait des morts, et vice-versa

À Madagascar, la peste fait cette année 2017 plus de morts que d’habitude. Aujourd’hui, on parle d’épidémie et le nombre de morts dépasse les 70. Mais s’il y a des vérités, il y a aussi des non-dits et surtout des rumeurs.

La peste existe

La peste sévit à Madagascar depuis longtemps. Depuis les années 1980, il y a toujours des cas recensés tous les ans. Je l’ai dit dans mon précédent article que j’ai vécu longtemps dans un quartier exposé. J’en ai toujours entendu parler comme le choléra, le paludisme et la grippe, d’ailleurs. En 2014, j’ai déjà écrit un article sur la peste à Madagascar. Pour vous dire, j’ai entendu il y a des années cette anecdote anonyme. Je dirais que c’est une légende urbaine car je l’ai entendue de plusieurs personnes avec des versions différentes. Il s’agissait d’un guérisseur qui avait l’habitude d’aspirer avec la bouche le pus des plaies de ses patients pour les guérir. Cette fois-ci, il serait mort en quelques minutes (ou quelques heures) après avoir pratiqué une séance sur un malade car celui-ci avait la peste.

Et alors?

Parfois, quand on vit avec le danger, quand on est habitué, on ne sent plus sa présence. C’est vrai que l’on vit dans un pays qui abrite Yersinia Pestis, ou la bacille du choléra. On doit aussi avoir de multiples rétrovirus du VIH. Ces microscopes tueurs sont même devenus endémiques à Madagascar. Parce que tout ce qui reste un peu sur cette île devient endémique (lisez le cas du ravintsara). Mais on vit avec.

Les malgaches bénissent Zanahary, le Dieu créateur que cette île paisible ne connaisse pas de dangereux prédateurs comme le lion en Afrique, le tigre en Asie,  le loup dans les pays tempérés ou même un de ces petits serpents mortels, silencieux et sournois qui vous pique les mollets si vous vous aventurez dans les broussailles. Je suis sur qu’un habitant de Dakar, de Bangkok ou de Kamtchatka aujourd’hui dira qu’il préfère, de loin, faire face aux animaux sauvages, par habitude, que de venir à Madagascar risquer d’attraper la peste.

Même pas peur

Dans l’article précédent, les gens qui ont vraiment peur de la peste sont parfois moqués. Il y a, c’est vrai, des gens qui ont développé une phobie de la peste (pesto-phobie?), et qui font la totale :

– J’ai mis des pièges à rats partout dans la cour
– J’ai aussi traité toutes les chambres, les murs, la cours, l’intérieur des voitures avec l’insecticide
– Et je met un masque tout le temps si jamais je suis obligé de sortir
– Bonjour, pas de bises s’il te plaît…

Mais la plupart des gens continue à vivre comme tous les jours. La peur existe mais si on s’imagine que Tana devrait être une ville morte, assiégée, dans la réalité, on ne voit qu’un homme masqué tous les 500 mètres pour nous rappeler qu’il y a la peste.

Mal(heureusement), il y a des morts

Au début, même les premiers morts ne sont pas pris au sérieux. La communication du gouvernement a aidé cette phase d’incrédulité quand les mots et expressions qui se sont répétés étaient  : « saison pesteuse »,  « sous contrôle », « habituel », « maitrisé », etc. Les dirigeants et leurs politiques savent peut-être ce qu’ils font et ils sont et seront responsables de leurs décisions.

Mais les cas se sont multipliés. Quand le nombre de cas officiels dont les cas mortels était « tsy takona afenina » (impossible à cacher), il a fallu donner l’alerte, évidemment, en retard de quelques jours par rapport à ce qui est prévu par l’OMS dans ces cas. Décidément, à Madagascar, si la peste fait des morts, ce sont aussi les morts qui font la peste. Je rappelle, en passant, le principe des cafards : »un cafard visible peut facilement en cacher 200″ .

Heureusement, les mesures sont prises et appliquées. Par exemple, les écoles ont fermés pendant 2 semaines et certaines ne sont pas encore ouvertes dans plusieurs régions. Les véhicules de transport publics sont désinfectés. Des affiches sont collés et des campagnes de communications sont faites tambour battant. Les entreprises aussi, dans la peur de perdre leurs forces vives, appliquent des mesures strictes. Ce qui est vraiment bien, si on peut le dire, c’est que les parents craignent surtout pour leurs enfants et qu’ils s’ajoutent des mesures complémentaires pour les protéger particulièrement. Ce qu’on veut faire, c’est vraiment maitriser cette épidémie par tous les moyens.

NE PAS baisser la garde

C’est un avis personnel, mais comme souvent à Madagascar, les rumeurs  ont plus d’impact que la vérité. Dans le cas de la peste, l’histoire du supposé patient zéro, un voyageur entre Ankazobe et Toamasina a très vite fait le tour de la toile et des réseaux sociaux plusieurs jours avant que l’alerte officielle ait été donnée. Je dirais que quelquefois, surtout quand on ne peut pas avoir de données fiables, on doit écouter les rumeurs qui courent. Dans les cas de maladies transmissibles il vaut mieux trop avoir peur que pas du tout. L’inconvénient qu’il faut éviter c’est la panique. Il ne faut pas qu’à la moindre mauvaise nouvelle, non confirmée, tout le monde se met à vider les stations d’essences et les magasins de P.P.N.. Il faut juste se dire que les rumeurs, surtout à Madagascar cachent souvent une vérité qui peut être plus importante ou moins grave, mais qu’il ne faut pas ignorer.

 

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