Débat stérile en cours : quand la peste pulmonaire ne fait pas de discrimination, c’est le cache-bouche qui prend le relais

La peste existe et persiste à Madagascar depuis des dizaines d’années. Tous les ans, une épidémie plus ou moins importante (300 cas en moyenne) a lieu mais la multiplication des cas de peste pulmonaire a changé la donne.

Quand la peste n’est plus la maladie des pauvres

J’ai habité longtemps à Anjanahary, à une vingtaine de mètres du quartier de Manjakaray. Ces 20 mètres constitués de la largeur d’une rue n’était que la frontière physique entre nos quartiers. Je vivais la vie de Manjakaray, la pauvreté, l’insalubrité, l’insécurité, les disputes familiales, les enfants qui jouent dans la rue, les fêtes traditionnelles (circoncision, retournement des morts) et leurs fanfares dans les ruelles du quartier. Et aussi les morts subites (bizarres) et les cas de maladies moyenâgeux. En 2017, la peste revient et Manjakaray est à nouveau cité.

 

On ne sait pas combien sont déjà malades ou morts de la maladie depuis le début de l’année dans tout Madagascar. C’est comme pendant les manifestations : « les organisateurs ont dénombré 1 000 000 de manifestants alors que la police parle de 10 000″. Par précaution, moi, j’applique la règle des cafards : « un cafard visible peut facilement en cacher 200« .

 

La différence pour cette année c’est d’abord les réseaux sociaux. Les malgaches sont très actifs sur les réseaux et propagent les nouvelles, vraies et fausses plus vite qu’une épidémie de grippe. La réaction de panique face à un fake news est compréhensible quand pour le malgache : « Ny hitsikitsika tsy mandihy foana fa ao raha » (le faucon danse pas pour rien, en référence au vol sur place du faucon à l’origine d’une danse des bras malgache).

 

Et surtout, la variante pulmonaire qui se transmet directement entre les humains ne fait plus la distinction si la personne est pauvre ou riche, habite un quartier pauvre au aisé, si elle est malgache ou venant de l’étranger. Maintenant, il n’y a plus question de croire ou non aux rumeurs puisque ce sont des gens qui nous sont proches qui sont touchés.

Le cache-bouche qui divise

Mais voilà, même devant la « peste pulmonaire », les malgaches ne sont pas tous égaux. Il y a ceux qui portent des cache-bouches et il y a les autres.

 

Le cache-bouche, c’est un masque chirurgical ou un masque de chantier ou n’importe quel truc à mettre sur la bouche des malgaches pour éviter d’attraper la peste pulmonaire. Est-ce que ça marche? Est-ce que c’est utile? Le débat (stérile) est en cours :

  • Non : Contre la peste, un masque ne va pas te protéger d’une piqûre de puce et la bacille n’est pas présent dans l’air à moins d’être très proche du malade (moins de 2m)
  • Oui : Mais si vraiment on est à moins de 2m, par exemple, si le malade est un voisin de taxibe, au moins on aura le masque
  • Non : Mais c’est ridicule, tu es le seul à porter un masque, tu crois qu’on est tous malades et qu’on va te refiler un truc?
  • Oui : Imaginez que vous êtes tous en bonne santé et que c’est moi qui suis malade, je le garde ou pas mon masque?
  • Non : Sur 10 personnes ici, vous êtes 2 à avoir un masque
  • Oui : Mais sur les 8 autres, combien voudraient bien en avoir une mais ne peuvent pas s’en procurer parce qu’ils n’ont pas l’argent ou qu’il ne sont pas « mahitahita »? (litt. qui trouve [des chemins], signification : a les bras longs)

Mais il faut (juste) toujours rester prudent

Et voilà comment certaines personnes arborent leurs masques tandis que d’autres rigolent ou envient. Pendant ce temps, la peste continue de faire des victimes. Le but de cet article n’est pas de statuer si oui ou non il faut porter des masques mais juste de constater que très souvent à Madagascar, il est très difficile de mettre en place quoi que ce soit sans trouver des détracteurs, des critiques et des délateurs.

Peut-être que le port du masque n’est qu’un placebo mais moi, je trouve les gens qui les portent courageux, au contraire des autres :

  • les sceptiques : « pfff, ce n’est peut-être pas de la peste, et puis, je ne pense pas que le masque est utile. Et même si c’est utile, ce n’est pas suffisant, et bla bla bla »
  • les fatalistes : « Quand c’est ton tour de mourir, tu meurs…de la peste ou d’autre chose… »
  • les illuminés (qui n’ont rien compris à ce qu’ils ont lu) : « Un enfant de Dieu ne doit pas craindre la peste…non, un bon chrétien ne peut pas tomber malade… »

Ces gens-là, même si on leur donne tous les conseils pour éviter la maladie : rester propre, surveiller l’état de santé, éviter le contact avec les malades, etc, ils ne suivront pas. Pourtant, mon avis est qu’il faut prendre toutes les précautions possibles comme dit le proverbe « Ramalina aza nifehy hazo tokana » (Monsieur Prudent a un jour fagoté une seule branche).

 

 

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