Madagascar : 2018, c’est déjà demain

Ça y est, on a dépassé la moitié de 2017. Désormais, quelques mois nous séparent de 2018, année des prochaines présidentielles malgaches. Mais aujourd’hui, 2018 semble si loin et si près. Voici une petite analyse personnelle de la situation actuelle à Madagascar.

Parfois, dans la vie, quand on attend et surtout quand on prépare un évènement important : un mariage, un examen, une opération chirurgicale, une naissance, ou autre, on fixe la date prévue comme un objectif à atteindre et on a du mal à voir au delà de cette échéance. Il nous arrive de tout faire pour être prêt à cette date, comme si tout le reste n’avait plus d’importance, et comme si après on pouvait mourir tranquille. J’imagine que chez certains malgaches, versés dans la politique et autres sympathisants, l’idée de gagner les élections de 2018 est perçue ainsi, comme une opportunité à ne pas rater, coûte que coûte.

Pourtant, ce que je ressens, dans la vie de tous les jours, c’est que la population ne se rend même pas compte de l’imminence de l’échéance 2018. « Milaza miara-mahita » disent les malgaches (Raconter, commenter, dire ce que tout le monde est en train de voir) si je devais, encore, décrire la situation sociale actuelle qui prévaut dans le pays. Le Père Pedro en a fait un livre, la pauvreté à Madagascar est insurgeant. L’insécurité est chronique, c’est une folie collective. La corruption est « miharihary toy ny vay an-kandrina » (visible comme un furoncle sur le front), même le Président de la République a avoué cette situation devant le monde entier. Difficile de concerner la population à la politique qu’on appelle « politicienne » lorsque « Rehefa noana ny kibo, mivezivezy ny fanahy » (Quand le ventre est vide, l’esprit vagabonde).

2018 ou pas 2018?

Ce que l’on sait, c’est que le quinquennat de l’actuel président a commencé en 2013. Normalement, le calendrier prévoit tout (1er tour en septembre 2018) mais déjà, on a oublié les territoriales de 2017, alors, comment être sûr pour les présidentielles? Moi même, je me déclare incapable de « mahita volana alohan’i Abibo » (connaître le mois avant Abibo, un devin du roi Ralambo). Un rien peut si vite arriver. Comme le disent les malgaches : « Ny fotoam-bita tsy mahaleo ny sampona » (un rendez-vous pris ne peut rien contre un accident). Et des présidentielles, même très attendues peuvent être ajournées sine die.

De l’autre côté, 2017 aussi est encore long. Il reste 6 mois à courir et en 6 mois, voire un peu plus d’un an avant septembre 2018, tout peut arriver : un astéroïde géant, une invasion alien, la Troisième Guerre Mondiale. Je suis un peu trop pessimiste, c’est parce que les malgaches disent que « Ny hamisavisana ny ratsy hiavian’ny soa » (on récite les catastrophes pour que les bonnes choses arrivent). Pour moi, il est inconcevable qu’à une année des présidentielles, on puisse penser à un coup d’état, par exemple, ni même à une démission du Président. Même si un opposant a déjà affirmé ne pas être obligé d’attendre 2018, ou qu’un pseudo-prophète annonce déjà qu’il recevra le pouvoir des mains du Président actuel, on a du mal à y croire.

Et pourtant, aujourd’hui, plusieurs syndicats sont en grève : les douaniers, les enseignants chercheurs et les magistrats. Les faits divers et l’insécurité fragilisent l’état de droit. Le Président peut annoncer des financements de tous parts, des dettes qui s’accumulent encore plus dans les comptes du pays, mais la grogne sociale augmente sans cesse.

Et pourtant, 2018, on y est déjà

Les braves politiciens malgaches, que je comparerais à une créature reptilienne… la tortue de la célèbre fable « Le lièvre et la tortue » parce qu’ils savent, toujours, qu’il faut « partir à point », sont déjà tous en route vers 2018. Nul besoin d’attendre le début officiel des propagandes, c’est sûr qu’on les verra et on les entendra souvent derrière des initiatives de toutes sortes. Le président sortant, qui semble vouloir ré-entrer est depuis quelques mois devenu une star de sa propre chaîne Youtube dans des rendez-vous qu’il se prend avec les moins de 5% de malgaches connectés. Ravalomanana, qui est le « premier gentleman » de la ville d’Antananarivo multiplie les voyages et les apparitions. Aussi innovant qu’une chaîne Youtube, il est le héros d’un film documentaire sur lui-même. Pour finir avec le trio des favoris, Rajoelina a déjà déclaré depuis 2013 qu’il est dans la course et il fait son pré-campagne à son rythme.

Mais cette course n’est pas vraiment « Le lièvre et la tortue », c’est plutôt « Tom et Jerry ». Tom et Jerry sont un chat et une souris en dessins animés qui ne cessent de se donner des coups aussi vils que mesquins. Le Président est interpellé par le dossier Claudine. Cette femme d’affaire, prise dans les tourments de la justice anti-corruption, est étiquetée « proche du Président« . Et malgré l’effort de ce dernier pour se démarquer de l’affaire, les révélations qui se suivent semblent de plus en plus tourner la mire vers lui. Mais il n’est pas le seul. Ses adversaires voient aussi leurs « dossiers » mis à la lumière à mesure que l’année avance. D’un côté, on peut penser que c’est une tendance nouvelle qu’on a déjà vu aux USA ou en France où les candidats ont eu leurs vies décortiquées jusque dans la partie privée. Aujourd’hui, quand on traine des casseroles, il est mieux de ne pas faire de la politique. Et comme on a souvent « les dirigeants qu’on mérite », l’opinion publique est de plus en plus exigeant. Mais de l’autre côté, cela peut être perçu comme une manœuvre pour discréditer tous les candidats connus afin de servir un illustre inconnu, sauveur inattendu, sans tâche, qui orchestre déjà tout derrière le rideau. Qui sait?

Le malgache, pauvre, attend pour voir. Les propagandes, déjà, c’est une période de fêtes, qu’ils durent encore et encore. Distribuez du riz, des t-shirts, des concerts gratuits avec un an d’avance et grâce à Dieu, que cela continue après. Et si ça fait surtout vendre des journaux, toutes ces révélations glauques et repoussantes sont aussi très utiles pour alimenter les débats aux coins des rues et sur les tamboho (muret, clôture). Ce dont je rêve, c’est qu’un candidat, connu ou non puisse transformer ce ras-le-bol général en un nouvel élan patriotique. Et cela n’arrivera jamais avec du simple « kobaka am-bava » (litt. paroles de la bouche, sign. paroles en l’air).

 

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