Fanja, Soa, Ranoasy et Ravao

Ceci est un conte pour adulte, âmes sensibles s’abstenir.

Au pays d’Odag, il y avait une femme de mauvaise vie. Elle s’appelait Fanja. Son dernier mari Rafiraha ne s’occupait pas d’elle ni de ses nombreux enfants et pour les faire vivre, elle se prostituait auprès des hommes du village. Être exploitée par les hommes, c’est ça sa malédiction.

Parmi les enfants de Fanja, il y avait la petite Soa. Soa n’avait pas encore l’âge de se marier mais elle avait un amoureux qui s’appelait Ravao. Ravao et Soa se promenaient souvent dans le village. Rasoa était parée de soie et portait les boucles d’oreilles en or de sa mère. Ravao, bien que pauvre, se prétendait magicien et fascinait ou effrayait les autres enfants des ses soi-disant sorts et envoutements. Ils étaient heureux jusqu’à ce que le plan machiavélique de Fanja ne soit mis en œuvre.

Fanja voyait d’un mauvais œil la relation entre Soa et Ravao. Elle pensait que Ravao ne pourrait pas s’occuper de sa fille et surtout qu’elle n’y gagnerait rien. Ravao ne serait pas capable de lui apporter le dot dont elle rêvait et qui la rendrait riche. Elle pensait vendre sa fille à un homme riche. Justement, le richissime Ranoasy cherchait toujours de le chaire fraiche pour son harem.

Soa et Ravao ont compris les intentions de Fanja. Il faut dire que Soa ne serait pas sa première victime. Fanja a déjà vendu d’autres enfants auparavant. Certains sont même partis aux bout de la Terre et on ne sait plus s’ils sont morts ou vivants. Et pourtant, elle est toujours aussi pauvre qu’avant et elle n’a retenue aucune leçon.

Un jour, Fanja appela Soa pour lui dire qu’elle sera marié à Ranoasy le soir même. Soa pleura, implora, cria, se démena, mais Fanja n’écoutait pas, ses yeux brillaient des reflets de pièces d’or que Ranoasy allait lui donner.

Soa allait se résigner et acceptait de rencontrer son futur mari. Mais le pire allait arriver. Ranoasy prit la pauvre fillette chez lui et lui a clairement expliqué qu’il l’avait acheté et que désormais elle devait rembourser de toute manière. En voyant l’état lamentable des autres épouses de Ranoasy, fatiguées, décharnées, dénudées, qui étaient en train de le nourrir, l’éventer, le masser, le caresser, un frisson d’horreur la parcouru. Elle pensait à son amoureux, Ravao. Elle le priait dans son cœur de venir en prince charmant la délivrer.

Mais Ravao est si pauvre, si impuissant. Il devenait la risée des enfants. – Où est ta magie? – Où sont tes sorts? Ravao consultait les dadarabe (marabout) et les anciens mais ils ne lui donnait pas de solutions. Pas de gris gris, pas de philtre, pas de poison. Dadarabe lui disait : « Ravao, c’est simple! Tu as deux choix. Tu peux te chercher une autre amoureuse mais jamais tu n’oublieras ton premier amour et tu feras des cauchemars toutes les nuits de Soa dans le lit de Ranoasy. Sinon, tu peux te battre. Si tu meurs, tu ne verras pas ta défaite mais si tu gagnes tu triompheras ».

Angano angano, arira arira!* Mais on dit que c’est depuis ce jour là que Ravao a toujours détesté Ranoasy. Certains disent que Ravao a fait tombé la foudre sur Ranoasy et celui-là a déguerpi. D’autres racontent que tous les frères et sœurs de Soa se sont rebellés contre Fanja et ses maris. D’autres légendes encore parlent de Ravao qui serait mort et enterré. Moi, j’aimerais croire qu’aujourd’hui ou un autre jour prochain, Soa, Ravao et tous les autres enfants seront quelques part, heureux pour toujours.

* angano angano, arira arira : est la formule pour finir les contes malgaches qui dit que les contes ne sont que des contes, les légendes ne sont que des légendes. Il faut ensuite ajouter : « si tout est faux, je n’ai pas menti, je ne fait que rapporter »

 

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