Lexique malgache du cinéma

À l’instar du foot de rue rizière asséchée pour lequel j’ai déjà fait une description dans mon ancien blog, il y a aussi des vocabulaires spécifiques issus des salles de projections à Madagascar.

Il y a eu un âge d’or des salles de cinéma à Madagascar, que j’ai eu le temps de vivre, vieux comme je suis. C’était du temps où les Ritz, Rex, Roxy, Ako et les autres jusqu’à ce que les salles de projections de vidéos, communément appelées « vidéos » ne prennent le relais.

Salles de projections de vidéos dites-vous ? Oui oui ! Ce sont de petites salles, sombres, sans aération, sales voire glauques, remplies de bancs et de chaises qui projettent des films d’actions, d’horreur ou des comédies et à l’occasion, des matchs de foot en direct. Là, on côtoie les  enfants du quartier, les jeunes désœuvrées et les vieux en manque de divertissement. Pire, il y a même des salles qui projettent des films érotiques voire pornographiques, ce que j’ai du mal à imaginer l’ambiance que ça donnerait (vu que j’y ai jamais mis les pieds).

Je n’ai jamais regardé des films pour adultes dans ces salles quoique les recommandations sur l’age des spectateurs ne sont jamais pas toujours respectées. Je me souviens bien des camarades de classes qui racontaient les films pendant les récréations et certains d’entre eux ont vite reproduit dans la réalité.

Il faut d’abord expliquer que les salles de vidéos existent encore à Madagascar mais elles ne sont plus si nombreuses grâce ou à cause des nombreuses chaines de télé gratuites et les postes tv à prix bradés.

Donc, la dernière fois où j’y ai mis les pieds, c’était il y 12 ou 13 ans, en vacances dans un village sans électricité au bord de la mer. Un soir, sans envie de dormir, on est allé dans ce sauna puant la cigarette pour regarder un film d’action et des clips de Makoma. Et pour vous dire la force de ces salles de vidéos, Makoma a ensuite fait un triomphe pendant leur tournée dans la Grande Ile, juste parce que leurs clips étaient diffusés dans des salles de vidéos.

Donc, à part divertir le peuple, propulser la carrière des  artistes et parfaire la technique des délinquants, les « vidéos » ont aussi contribuer à enrichir le vocabulaire si ce n’est pas de la langue officielle, de la langue parlée à Madagascar.

Voici quelques mots, expressions et autres concepts issus du visionnage des films à Madagascar :

Bandy sy role : C’est un FPS (jeu de tir à la première personne) mais sans console que les enfants jouent dans la cour et qui s’inspire des duels et des fusillades des westerns. « Bandy » est le bandit, « Role » est le héros qui tient le rôle principal. Bizarrement, les pistolets ne tonnent jamais. Il suffit de mettre ne joue son adversaire en criant « Haut les mains » ou « Gain ». D’où l’autre nom de ce jeu : Gain Gain!

Bandy et Role ne datent pas des « vidéos » mais  ont été perpétués par celles-ci. Ils datent des anciennes salles de cinéma. Et depuis, bandy est devenu le nom argotique pour « gars », « mec », par opposition à « sipa » (fille) dont l’origine reste un mystère comme beaucoup de choses féminines.

Deba : vient probablement de l’expression « chef de bande » pour désigner ce que les films d’actions appellent le « boss ». Devenu synonyme de « riche et puissant », mais aussi de « patron », deba est aussi le surnom de l’Amiral Didier Ratsiraka.

Shaolin : Shaolin c’est un grand maitre du Kung Fu, souvent deba du film et accessoirement vieux avec de longues barbes.

Kombaka : le combat

Akisiao : Action, intervention, cérémonie, etc. comme dans « L’action a déjà commencé »

Maosi : Le Mawashi-Geri ou coup de pied circulaire en karaté

fosazy : fauchage, c’est à dire croche pied ou une coup de pied balayant.

 

Les catégories de films dans les « vidéos »

Justement, il n’y a que 5 catégories de films projetés dans les salles de vidéos : action, horreur, comédie, western et érotique.

Les surnoms :

Pour les jeunes, fans de vidéos, et souvent sans aucune compréhension du français ou chinois du film, il n’est pas nécessaire de s’embarrasser des rôles, des personnages. Jean Claude Vandamne est toujours Jean Claude Vandamne. S’il y en a 2, ça ne s’appelle pas Double Impact mais Double van Damne. Si en plus, le nom de l’acteur est du chinois illisible et imprononçable, il sera diminué ou substitué par un surnom

Les diminutifs que vous reconnaitrez facilement : Arnold, Stallone, Bolo, Charlot, Van Damne, etc.

Les autres stars conservent leurs noms en entier comme Jackie Chan, Cynthia Rothrock, Bud Spencer sy Terence Hill. Bruce Lee, Chuck Norris

Les surnoms :

Vous entendrez souvent des personnalités malgaches affublés de surnoms de Bolo, Charlot, Stallone, Jackie Chan, Bruce Lee, Bota ou Lava Sanga, vous saurez d’où ça vient.

 

 

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