Aller à Paris, années 1980 vs 2010

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Depuis 2 ans, j’ai recommencé à voyager à l’étranger pour mon boulot, avec Mondoblog et aussi avec ma famille. Paris, Port-Louis, Abidjan, Dakar…il y a des épisodes comme ça, dans ma vie où je voyages plus souvent, comme dans les années 1980, au début des années 2000 et, donc, depuis 2 ans. Je peux comparer, de mon point de vue. Mais pour mieux illustrer l’article, disons que les voyageur(se)s s’appellent Koto et Bozy.

Avant le départ

1980

Un jour, Koto a l’opportunité d’aller en France. Ah, quelle bonne nouvelle! C’est la joie, pour tout le monde : pour Koto, bien sûr mais aussi pour toute sa famille (famille proche et élargie : oncles, tantes, cousins, cousines, etc.), ses amis, ses voisins.

Des semaines avant, tout le monde se met à écrire des lettres pour la famille d’andafy (à l’étranger), des lettres de 8 pages chacune. Koto commence à remplir ses valises de voandalana (cadeaux, littéralement : fruits de la route) pour la famille et les connaissances là-bas. Koto pouvait avoir facilement le Visa, son pays étant une ancienne colonie. Il n’a pas besoin de faire le change dans les banques, le Franc Malgache (FMG) pouvait  s’échanger ici ou là-bas. Donc, Koto n’avait à penser qu’à son passeport, son billet et ses valises.

 

2010

Bozy va aller à Paris. Bozy et sa famille sont fiers mais Bozy ne confiera pas ce secret à tout le monde. Ses amis proches le sauront et les autres comprendront par le statut Facebook : « Paris-bientôt! 😉 » . Par ce moyen, Bozy peut communiquer qu’elle va partir sans le dire « officiellement ». Ce qui filtre, un peu, les gens qui vont oser demander service en envoyant un colis. Elle n’a pas que ça à faire! Avec son passeport, elle doit déposer une demande de Visa à l’ambassade 5 semaines avant le départ; elle doit trouver un hébergement; elle doit prouver qu’elle a l’argent nécessaire pendant toute la durée de son séjour; elle doit souscrire à une assurance santé; elle doit jurer qu’elle reviendra au pays après.

Le départ

1980

Le voyage commence la veille du décollage. C’est un jour de fête. Toute la famille est venue des 4 coins de Madagascar pour « hanatitra » (accompagner) Koto à l’aéroport demain. Les grands parlotent dans le salon pendant que les enfants jouent dans la cour. Koto est heureux, impatient, il a un peu peur. Aller à l’étranger c’est un évènement tellement rare.

Le lendemain, quand il fait encore nuit, Koto, sa famille, ses amis, les voisins forment un long cortège pour aller à Ivato (louent même des bus, pour certains). Le Parking d’Ivato est plein. Les gens sortent de voiture, prennent des photos pour immortaliser le moment. Après, on accompagne Koto dans le terminal. Voilà Koto qui va se faire fouiller les bagages avant l’enregistrement. C’est le moment de pleurer. Eh, Koto ne sera absent que quelques jours! Qu’importe, il faut lui donner toutes les bénédictions avant de le laisser partir vers la frontière. Koto est nerveux avec le douanier qui a posé pleins de questions sur ses bagages, avec l’enregistrement, les formalités, les fouilles au corps. Mais il se retrouve dans la salle d’embarquement et peut souffler un peu en regardant les avions sur le tarmac. Toute sa suite : la famille, les amis, les voisins sont maintenant sur la terrasse, là-haut. Au moment de l’embarquement, il sort, à pieds, du côté de la piste vers le Tolom-piavotana, le 747 de la Compagnie nationale ou vers un autre avion d’Air France et commence à regarder vers la terrasse. Il voit plein de gens qui font des signes aux voyageurs. Il répond en secouant vigoureusement sa main au dessus de sa tête même s’il n’a pas vu qui est qui parmi ces centaines de gens. Ces « accompagnateurs » vont continuer à faire des signes de la main jusqu’à ce que l’avion disparaisse dans les nuages.

 

2010

Bozy, se lève de bon matin. Son père va la ramener à l’aéroport avec une amie qui a tenu à l’accompagner. Elle dit au-revoir à son petit frère qui a école tout à l’heure et à sa maman. La voiture roule vite jusqu’aux embouteillages d’Ambohibao. Son père lui raconte les voyages dans les années 1980. Finalement, Ivato n’a pas beaucoup changé. Quand on arrive au niveau du croisement entre le village et l’aéroport, on voit toujours la queue de l’avion qui est stationné sur le tarmac.

Bozy dit au revoir à son père et fait un câlin à son amie avant d’aller déposer ses bagages. Elle a déjà fait l’enregistrement en ligne, donc, elle n’a plus que les formalités à faire. C’est là que tout se corse. Elle et ses bagages à main vont se faire scanner et fouiller au moins 2 fois; elle va devoir prouver son identité au moins 6 fois avant qu’elle ne pourra s’assoir sur son siège. A ce moment, son père sera déjà sur le chemin de son boulot ou la maison selon le jour.

 

Le voyage

1980

Assis sur le siège économique, Koto se sent comme un prince. Les hôtesses et stewards sont attentifs et serviables. Il prend le petit carton où les menus des repas et les programmes des divertissements sont inscrits. Koto insère dans ses oreilles des écouteurs qui lui soufflent un courant d’air mélodieux dans les oreilles. Lolo sy ny Tariny, Jaojaoby et les autres constituent la playlist malgache. Il attend avec impatience les films sur le grand écran, comme au cinéma, qui vont orner ce long voyage de presque 20 heures et 2 escales. De temps en temps, Koto se lève pour les WC ou pour parler aux gens. Dans la zone fumeur, la fumée des cigarettes forme un brouillard dans lequel des vazaha (européens) sont en train de discuter à haute voix. Pendant les escales, à l’aller et au retour, Koto allait faire des courses dans les duty free shops, des commandes de la famille : du whisky, des cigarettes, du chocolat surtout. Le reste du temps, Koto dort.

2010

Dans l’avion de Bozy, les gens possèdent tous un écran personnel. Tous? enfin…presque tous. Dès le départ, il y en a toujours 2 ou 3 qui se plaignent que ça ne marche pas. C’est gênant, mais bon, tant que ce n’est pas le sien. Le vol, direct, se passe vite ou presque. Il y a des gens qui se font connaissance, se donnent des adresses ou des profils Facebook. Les autres dorment ou fixent leurs écrans pendant tout le vol.

 

Le séjour

1980

Koto est attendu à l’aéroport d’Orly par un membre de sa famille. Pour lui, l’aventure commence. Pendant tout le séjour, il va se faire passer de famille en famille, de maison en appartement pour visiter les grandes surfaces, les centres commerciaux, les jardins, tout ce qui fait le charme de Paris et qui n’existe pas à Madagascar, quoi! Koto aussi s’émerveille de n’importe quoi, alors…

2010

Bozy, elle débarque à Charles-De-Gaulle. La famille d’andafy est là pour l’attendre. Cette famille d’andafy est divisée en 2 : ceux qui croit toujours que Madagascar est toujours dans les années 1980 et ceux qui pensent que Madagascar est au moins aussi bien la France. Cela fait des phrases comme :

– Viens jouer à Fifa 15 sur ma PS4 … tu connais le jeu FIFA? Ah bon? T’as aussi une PS4? Ah oui? À FIFA 16 tu joues? Bah dis-donc!

ou

– Tu veux faire des courses? Tu crois que tu vas trouver des trucs? Je veux dire… des trucs mieux mais moins cher qu’à Behoririka … des gadgets plus récents et non bridés comme au SUPREM?

 

Le retour

1980, 2010

Koto et Bozy rentrent les valises pleins de trucs que la famille d’Andafy a donné. Un malgache qui rentre à Madagascar sans valise…ça doit exister mais ce n’est pas Koto ou Bozy. La différence c’est que Koto sera reçu comme un prince et une grande fête de distribution de voandalana va être organisée mais Bozy devra, elle, appeler au téléphone portable (chose qui n’existait pas à Mada en 1980) tous les gens qui vont récupérer leurs voandalana.

 

Cette analyse est tout à fait basée sur des expériences personnelles. Peut-être que vous avez vécu ça autrement. Peut-être que vous avez remarqué les mêmes choses. A vous de les dire en commentaires.

 

 

6 Commentaires

  1. Je n’ai pas toujours le temps de suivre toutes les publications ici, mais je reviens de temps en temps…et je me demande toujours à chaque fois pourquoi je ne viens pas plus régulièrement. En d’autres termes, tu as cette façon d’écrire qui fait qu’il est 22:10, que j’étais sur le point d’éteindre mon ordinateur, que j’ai tellement envie de ramper jusqu’à mon lit pour être enfin au chaud…mais je me suis dis, pas avant la fin de ce billet 😉 J’aiiiiime ta plume

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