Des malgaches aussi se noient

En cette année 2015, la crise migratoire secoue la Terre entière et, malheureusement, des malgaches en sont aussi victimes.

Mais pour Madagascar, l’histoire ne commence pas en 2015, ni en 2014 mais en 2009 et même avant. Il s’agit d’un drame qui dure depuis au moins 6 ans mais dont presque personne ne parle. Il n’y a pas de guerre dans notre pays. Il n’y a pas de persécution. Il y a juste la faim et la pauvreté. La famine, peut pousser les gens à faire tout et n’importe quoi. Mais si on leur promet, aussi, la fin de la pauvreté, beaucoup osent faire le pas, un grand pas.

Combien de Malgaches ont quitté l’île depuis les crises de 2009 ou de 2002 ou de 1990 ? Qui sait ? Même le recensement de ceux qui sont restés n’est pas aux normes alors comment savoir combien sont partis, légalement ou clandestinement. Madagascar a commencé à saigner dans les dures années 1980. Des intellectuels, des étudiants, des jeunes, des femmes, des enfants, des travailleurs partent par centaines des ports et des aéroports de l’île pour ne plus revenir. Il suffit de demander à presque toutes les familles malgaches ont un frère, une sœur, des parents partis en Europe, aux États-Unis, en Asie, en Afrique.

Mais quand je dis que certains se noient, c’est une image. Avec le prix que coûte le passage de la Méditerranée, il me paraît impossible qu’un malgache puisse se payer la traversée en plus d’un voyage jusqu’au côtes. C’est pareil pour les voyages des migrants des îles du Sud de l’Asie vers la Thaïlande ou l’Indonésie et ceux des boat people vers les États-Unis. C’est un phénomène mondial mais les Malgaches sont trop loin pour y prendre part, (mal)heureusement. En fait, le territoire occidental le plus proche de nous est Mayotte (France) et c’est vrai que des malgaches se noient, littéralement, dans des naufrages de bateaux vers cette destination mais face aux milliers de migrants qui meurent chaque mois dans la Méditerranée, il ne faut pas en faire tout un plat.

Où se noient les malgaches?

Pour la plupart, les Malgaches partent faire des travaux de sous-fifres dans les pays riches au lieu de jouir de leurs diplômes d’études supérieures chez eux. J’en ai connu des ingénieurs, des médecins, des artistes qui font des tournées (livreurs), de l’accueil, de la caisse, du nettoyage, de la garderie, etc. en France, en Italie, en Allemagne. Mais il ne faut pas les plaindre car ils gagnent bien plus et peuvent envoyer des sous au pays pour acheter des terrains, des maisons, des voitures. Et s’ils parviennent à s’intégrer, c’est le paradis pour eux et leurs enfants.

Quand je parle de noyade, je pense aux enfants, aux jeunes filles, femmes et garçons qui partent mais qui au final ne réussiront pas à enrichir leurs familles restées à Mada. A Maurice, par exemple, beaucoup sont partis pour travailler dans les zones franches. Et depuis longtemps, les soupçons d’exploitations planent. Si les médias mauriciens en parlent timidement, des articles de presse malgaches sont plus explicites. Et on sait que parmi eux, il y en a qui versent dans la prostitution. Peut-on dire que c’est leur choix?

Et puis, il y a les esclaves modernes comme le tristement célèbre cas de Lila, morte sous les coups des maîtres malgaches de sa famille, en France. Si vous avez bien suivi, les bourreaux de ces jeunes filles et garçons sont ces malgaches partis avant eux et qui ont « réussi » dans le gardiennage, la maçonnerie, le nettoyage de WC et se permettent de se faire envoyer une bonne depuis le pays. Combien sont-ils dans les familles malgaches ou non dans les pays riches? Peut-on au moins les compter?

Il y a aussi ceux qui partent travailler au Proche Orient et dans le Golfe. Pourquoi me diriez-vous? Alors je répète que c’est parce qu’on leur a promis de les sortir de la pauvreté, eux et toute leur famille au bled. Là-bas, l’esclavage est pire que du temps des français sous la colonisation et certains reviennent les pieds devant. Oui, mais ce n’est pas de trop travailler sans manger ni boire que les garçons et surtout les filles malgaches meurent là-bas mais de coups, d’eau bouillante, de sabre. Il y en aurait qui sont revenus en petits morceaux après s’être suicidés. Tôt cette semaine, une télévision locale a secoué tout le pays en diffusant la mise à mort d’une femme ligotée et bâillonnée en la présentant comme une malgache (je ne mets pas le lien vers la vidéo qui est sur la chaîne youtube de la télé). L’information serait en cours de vérification, et même si elle s’avérait fausse, je comprendrai qu’à plus de 40 décès de travailleurs malgaches dans cette région en 5 ans, il faille donner l’alarme.

Aux malgaches qui veulent partir

Oui, dans le drame de la migration, à part le ressortissant du pays riche, qui peut penser tout ce qu’il veut, il y a parmi les ressortissants du pays pauvre trois genres de personnes : celui qui reste, celui qui part, et celui qui réussit.

Celui qui a réussi sa traversée, généralement, ne va pas oublier d’où il vient. Il va envoyer de l’argent à sa famille et il va aider certains de ces compatriotes à partir aussi avec le risque que j’ai déjà évoqué ci-dessus. Mais leurs statut de « tafita » (ceux qui ont réussi) va les mettre au dessus de toute la famille et ils pèseront dans toutes les décisions : vendre la voiture, rénover la maison, changer l’école des enfants. Ils sont là-bas mais ce sont les maîtres. Le malheur c’est qu’il vont être des modèles qui vont inciter ceux qui restent à partir aussi. Mais ils ne diront (souvent) pas tout ce qu’ils ont dû traverser avant d’être tafita.

Celui qui part, c’est lui que tout le monde doit regarder. En réalité, ce n’est pas simple. Il ne faut pas croire que c’est simple. Si vous connaissez un malgache qui est parti et qui est encore dans la galère, qui rame, il faut bien lui demander si cela valait la peine ou non.

Enfin, celui qui reste, un jour il partira, malgré tout, coûte que coûte, s’il trouve une opportunité et s’il a le courage. Il partira, tant qu’il jugera que partir est toujours la meilleure solution; qu’il n’y a rien à espérer à rester ici et qu’il y a un avenir meilleur, autre part. C’est pour cela que j’ai dit un jour si on veut être heureux, vraiment, il ne faudra pas essayer d’aller ailleurs, mais faire d’ici un endroit meilleur que là-bas.

Alors, finalement, mon article ne veut pas dissuader les Malgaches qui veulent « fuir » ce qu’ils ne peuvent plus supporter sur cette petite Grande Île. Mais si vous voulez partir, il faut chercher le « poinsa » (argot; litt. « point sûr », sens : une opportunité assurée). Ne croyez pas, facilement, les agences de placements ou les douteux personnages qui promettent des salaires en or massif dans les pays de l’or noir, par exemple. Ne croyez pas, les yeux fermés, ceux qui veulent vous placer en tant que jeune fille au pair dans une chouette famille, non plus.

Voilà un article écrit en quelques minutes, un genre coup de gueule, alors mes excuses, s’il le faut…