Air Madagascar, les employés ont (re)pris le pouvoir

Après plusieurs semaines de grève, il semble que les employés d’Air Madagascar ont gagné leur combat.

Cette grève a été initiée par des syndicalistes parmi les employés de la compagnie aérienne nationale après la constatation, selon eux, de la mauvaise gestion de l’entreprise par ses dirigeants. Il y a eu des choix contestables sur la gestion de la flotte, par exemple, lorsque la compagnie a décidé de vendre ses appareils pour en louer de nouveaux. Est-il possible que l’exploitation des vieux (?) ATR-42 puissent être plus lourde que la location des ATR-72? Je ne sais pas. D’autre part, on sait que l’entreprise n’a pas versé des cotisations à la Caisse des retraites alors que les salaires des employés en étaient toujours prélevés. L’implication, trop forte de l’Etat dans la gestion de la compagnie a aussi été évoquée. L’Etat Malagasy est, rappelons-le, le principal actionnaire de cette société mais elle reste une entreprise privée. Ces problèmes transmis à l’opinion publique lors du bras de fer entre la direction et les grévistes sont peut-être la partie immergée de l’iceberg. On ne sait pas ce qu’il y a vraiment, à l’intérieur de cette boîte de pandore. En mettant fin aux hostilités, grévistes, Direction Générale et Etat Malagasy ont peut-être évité le pire.

Quoi qu’il en soit, il y a eu grève et pendant plusieurs semaines. Il y a eu des hauts et des bas. On tirait sur la corde qui penchait d’un côté puis de l’autre, un vrai roman. Des jours et des jours pendant lesquels les recettes ne sont pas rentrées; les clients ont été déçues, les fournisseurs n’ont pas pu être payés. Un être vivant ne peut pas sortir indemne d’un si long jeûne et une entreprise est comme un animal avec une tête pensante, des membres travailleurs et divers organes qui le font fonctionner. Mais ce qui ne tue pas rend plus fort. N’est-ce pas?

Ainsi, la grève est finie. En même temps, Madagascar se dit prête à entrer dans l’Open Sky. Ouvrir le ciel malgache à la concurrence, cela doit être bénéfique pour le client. Est-ce aussi bien pour Air Madagascar? Peut-être. Déjà, il y a les soit-disant nouvelles compagnies malgaches, des sous-marins aux torpilles activées, des oiseaux lugubres qui rôderaient autour de la compagnie nationale. Car ainsi, le complot a été présenté dans les rumeurs : Madagascar Airways, une nouvelle compagnie, voudrait détruire Air Madagascar pour se faire sa place au soleil. Alors, il faut se poser la question : Madagascar possède-t-elle un marché assez vaste pour une libre concurrence?

De manière générale, on a mis du temps avant de mettre en libre concurrence certains secteurs clés de l’économie malgache. Chez les distributeurs de carburant, cela a, semble-t-il bien marché et on ne regrette pas feu SOLIMA (ancien pétrolier monopolisant le marché à Madagascar plusieurs décennies) même si l’on sait que l’Etat continue à imposer des directives et que les pétroliers aussi font bloc pour imposer leurs idées et qu’à la fin, les hausses des prix de carburants sont toujours d’actualités.  En matière de téléphonie mobile, on a vu que la limite est actuellement de 3 opérateurs. Les autres ont coulé (Telecel, Madamobile,…) et deviennent des souvenirs. Pour la JIRAMA (Eaux et électricité) et Air Madagascar, entre autres, la question de concurrence semble toujours tabou.

Pour moi, il faut voir les deux faces de la pièce. D’un côté, la concurrence est toujours bon pour le client, moi y compris. Hum! Ne pas subir comme ça les augmentations de tarifs de la JIRAMA par exemple, puisqu’on n’a pas le choix, ce serait très bien! De l’autre côté, ces entreprises, semi-privés, sont des portes drapeaux nationales. Ce sont les fiertés de notre pays. Ils font vivre des milliers de foyers. Alors, il ne faut pas se risquer à les détruire. Et ce n’est pas la concurrence qui peut tuer Air Madagascar. Si, des compagnies aériennes nationales ont déjà fait faillite et en partie à cause de la concurrence (Sabena, Swissair, Allitalia, etc…) mais je veux dire que la concurrence doit être un moteur et non  un frein à l’expansion d’une entreprise. Madagascar Airways ne serait pas la première seconde compagnie malgache de l’histoire de Madagascar. L’Open Sky ne sera peut-être pas pire que l’exploitation intensive des destinations phares par Air France et les compagnies low cost qui jusqu’à maintenant n’a pas eu raison de la compagnie nationale. Je ne crois pas que l’on doive tuer Air Madagascar pour que  les autres puissent vivre. Ce qui peut tuer Air Madagascar, c’est elle même.

Je ne connais pas tout d’Air Madagascar. J’ai juste effectué quelques stages et travaux « occasionnels » chez eux. Et je suis aussi, de temps à autre, un client. Et oui, plusieurs membre de ma famille et des amis y travaillent. Un peu comme beaucoup de malgaches ont de la famille ou un ami chez Air Madagascar. Donc, je n’ai aucune légitimité et aucun intérêt à critiquer la manière dont les dirigeants la dirige et les employés travaillent ou ne travaillent pas. Mais les malgaches disent bien : « ny hitsikitsika tsy mandihy foana fa ao raha » (le faucon ne danse pas [ne plane pas au-dessus d’un même point] pour rien, il y a quelque chose [dessous]). Il y a eu ces dissensions parce que quelque chose clochait vraiment. Quelque chose de bien grave! Je le redis, ce qui pourrait tuer Air Madagascar, c’est bien elle même : dirigeants, employés et actionnaires ensemble.

Peut-être que c’est bien pour éviter ce suicide qu’il y a eu cette grève, comme un sursaut de lucidité devant un précipice. Le gouvernement a montré sa sagesse en écoutant les revendications des employées. Maintenant que les grévistes ont eu gain de cause, à eux de démontrer qu’ils n’ont pas été juste des enfants boudeurs. A eux et aux nouveaux dirigeants de transformer la perte de quelques semaines en essor continu. Les malgaches, enfin, moi et certains d’entre nous, on espère qu’Air Madagascar se reprenne, vraiment, et redevienne de nouveau l’une des meilleures compagnies au monde.