Participez au #baoritrachallenge #madagascar

#baoritrachallenge ? C’est quoi cette folie du web gasy? Photographier un carton avec toute sa fortune dedans, c’est la nouvelle tendance des réseaux sociaux à Madagascar. Je vais vous expliquer ce phénomène.

Origine du phénomène

Le 08 juin 2015, un peu avant minuit, la voiture de la député malgache Lanto Rakotomanga, accompagnée d’une autre femme, est arrêtée par la police pour, soit-disant, un contrôle de routine. Une contrôle qui incluerait, bizarrement, une demande verbale de perquisition de la voiture. La député aurait évoqué son immunité parlementaire et aurait refusé le contrôle. Devant l’insistance des policiers, elle aurait demandé à être perquisitionnée devant un grand hôtel d’Antananarivo. Mais sur les lieux, elle serait partie en trombe et une course poursuite (pas rapide comme dans les films, hein) aurait eu lieu jusqu’à un endroit appelé Namontana. C’est là que des éléments cagoulés, fortement armés de l’EMMOREG, la force mixte de maintien de l’ordre de la région l’auraient « coincée ». La député aurait, entre-temps ameuté d’autres parlementaires de son parti ainsi que les journalistes.

Le reste de l’histoire est visible sur le net actuellement. Mais venons-en au « baoritra ». Lorsque les forces de l’ordre ont réussi à déloger les deux occupantes de la voiture, ils ont saisi 2 cartons (baoritra) contenant 200 millions d’Ariary, à peu près 58 000 Euro.A un moment, on entend le grand chef présent demander au PST présent (Police scientifique) de sortir son petit appareil photo pour prendre des photos des cartons. Mais ce n’est que dans le poste, lorsque les cartons sont ouverts que le PST ainsi que tous les journalistes présents ont pu prendre des photos de son contenu, des liasses de 10 000 et 5 000 Ariary. A Madagascar, cette somme de 200 000 000 d’Ariary représente 2 gros 4×4 neuves ou un grand villa ou 500 000 tickets de bus ou 2 000 000 beignets (mofo gasy) ou exactement 666 666 baguettes avec 200 Ariary de monnaie rendue. Et pourtant, ce ne sont que 58 000 malheureux Euro, même pas la moitié d’un appartement à Paris.

Les réactions sont diverses. Il faut se rappeler que les députés sont actuellement dans un bras de fer avec la Présidence et le Gouvernement. Et on dirait que le gouvernement se félicite d’avoir pris une député « les mains dans le baoritra ». Ce gros montant aurait pu servir à des manœuvres douteux. De l’autre côté, les députés évoquent le non-respect des lois quant à la perquisition sans mandat d’une député accompagné de l’usage de la force. De plus, pour eux, il n’y a aucun mal à avoir 200 Millions dans son coffre, à minuit, dans les rues de Tana. Je citerai même, pour sourire un peu, l’intervention à la télé du député Raholdina Naivo qui rappelle que pour faire élire Rajaonarimampianina, son parti a aussi déboursé des sous (plus que cela) et qu’il fallait, en  ce temps-là les sortir de jour comme de nuit.

Le rêve de la richesse

Mais cette politique à la malgache ne nous intéresse pas pour cet article. Les malgaches, quand ils voient ces cartons remplis de billets, en direct, à la télé, ils ne peuvent que rêver. On appelle cela « Ariary zato am-pandriana » (Cent Ariary dans les rêves) du temps où 100 Ariary valait ces 200 millions là. Cette expression désigne ces rêves éveillés que l’on fait si on était riche d’un milliards de Francs Malgache (1 Ariary=5 anciens Francs Malgaches). On s’achèterait ceci ou cela. On irait ici ou là-bas. On ferait des trucs…Ah si seulement!

Dure réalité et premières photos

Pauvres malgaches, les voitures avec des millions dans le coffre, cela ne court pas les rues de Madagascar. Les cartons, que les malgaches utilisent et réutilisent à la maison ne contiennent presque jamais de « blé ». Au contraire, beaucoup sont vides.

La première photo que j’ai vu sur facebook vient de Ta Ramses qui ironise sur le carton vidé par la police et qui ne contiendrait plus qu’une pièce.

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Photo de Ta Ramses

Mais depuis ce matin du 10 juin, d’autres photos sont visibles sur le réseau avec toujours, une ironie et un humour indéniable. Et avec elles, certains ajoutent ce nouveau mot dièse (hashtag) #baoritrachallenge (challenge du carton)

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« Ny ahy zao voanjo no ato anaty baoritra » (Pour moi, ce sont des cacahuètes qui sont dans le carton)

Celui-là est un petit carton contenant des cacahuètes que le célèbre présentateur télé Christian Ratovonony a posté.

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« …tsisy vola #baoritrachallenge » (pas d’argent)

 

Cette photo vient du profil de Dago Urban Wear dont le carton ne contiendrait qu’un peu de miel et du pain rassi.

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« izay milalao ihany no mahazo » (seuls ceux qui jouent gagnent)

Venant de Jade Legacy sur la page de Hery Serasera, celle-là est déjà ma préférée de toutes. Elle contient un bout de papier avec la phrase « Mbola ho avy ny anjaranao » (votre tour viendra ou votre jour de chance arrivera); la même que celle que l’on voit sur toutes les cartes à gratter de tous les paquets d’une certaine marque de piles malgaches alors que la pub promet depuis belle lurette des lots fabuleux.

Eh oui, peut-on rire de tout? Peut-être que oui, peut-être que non. Aujourd’hui nos cartons sont presque vides et de cela, il faut en sourire car, peuple malgache,  « Mbola ho avy ny anjaranao ».