Dernières pensées d’une petite mourante BAD2014

Pour ce Blog Action Day 2014 (BAD2014, #BAD2014) axé sur les inégalités, je vais faire parler une petite fille que j’ai vue quelques moments avant de mourir. Une image qui me hante toujours.

J’ai envie de dormir, j’ai trop envie de dormir. Et j’ai mal, tellement mal. Où suis-je ? …

Je suis dans la cour de cette église. J’entends ma mère qui discute avec ce couple. Ils ont l’air gentil. Quand maman parle d’eux, elle dit souvent qu’ils sont riches et qu’ils donnent toujours, mais jamais assez. A l’entendre, je ne sais plus si elle les aime ou si au contraire elle les déteste, au fond.

Aie, ma tête, j ‘ai mal à la tête!

Maman leur dit que j’ai le palu. Je n’ai pas le palu, enfin, je ne pense pas. Ils sont suspicieux. Ils demandent à Maman ce qu’on m’a fait de mal. « Rien », elle répond, elle ne sait pas ce qui m’arrive. Le docteur m’a prescrit des médicaments, mais ils sont trop chers. Elle pleure, elle n’a pas envie de perdre une autre petite fille…encore. Je sais bien que si Maman obtient quelques ariary pour mes médicaments, elle ne va pas les acheter. Elle va d’abord acheter à manger pour tout le monde : elle, moi, mes frères, mes sœurs. Puis, elle va payer pour les 3 euros du loyer sinon on devra quitter notre petite maison.

Ah ! Ils parlent méchamment à ma maman. Ils lui reprochent de ne pas bien s’occuper de moi. Ils disent qu’il fallait m’emmener à l’hôpital des enfants. Mais maman fait déjà tout ce qu’elle peut. Elle ne sait pas lire ni écrire, elle ne sait que laver le linge des autres. J’entends dire autour de moi que c’est aussi une prostituée, je ne sais pas ce que ça veut dire. Ce que je sais c’est qu’elle me rassure quand j’ai peur, qu’elle me donne à manger et qu’elle me câline. Je l’aime ma maman.

Je sais que je vais mourir, bientôt. Je n’arrive même plus à bouger, j’ai du mal à ouvrir mes yeux. Et j’ai mal.

Le couple discute à voix basse, on dirait qu’ils se disputent. Ils secouent la tête et font des gestes. Puis, ils ont donné quelque chose à Maman en lui disant de faire des choses, vite. Ils continuent à lui faire peur pour qu’elle fasse bien les choses. Maman dit oui et leur promet d’être sage.

Je crois que maman a obtenu de l’argent. Alors, ce joli couple s’en va avec leur si joli bébé. Qu’il a de la chance ce bébé d’avoir des parents si… riches. Moi, je vais mourir. Je ne les reverrai plus, jamais plus. Leur bébé va peut-être devenir un pilote ou un docteur ou un pasteur et il ne saura jamais que j’ai un jour existé sur cette Terre.

Mais la mort ce n’est pas si mal. De toute façon, ça arrive à tout le monde et à tellement d’enfants de mon entourage : mes frères, mes sœurs, mes voisins et voisines. J’aurais voulu vivre, mais pas en étant si pauvre ; pas en ayant faim, tout le temps… et froid… et peur…

 Ici pour voir mon article sur le BAD2014 en malgache sur Lay Andriamialy

2 Commentaires

  1. Doux repos à son âme. Comme certains le diront, on meurt tous de quelque chose. Mais c’est plutôt absurde qu’un enfant meurt encore… au xxième siècle de la faim, la soif, de la guerre…! Article émouvant.

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