Retour de Ravalomanana : infos, analyses et théories

Maintenant que le plat est refroidi, je peux maintenant goûter et analyser toutes les infos sur ce retour surprise de Ravalomanana du 13 octobre 2014 et de sa moins surprenante mais quand même spectaculaire arrestation. Ci-après, donc, mes théories et mes avis à ce sujet.

1- Le mystère : Comment est-il arrivé ?

Ravalomanana a cité des noms de pays qui l’auraient aidé ou qui auraient approuvé son retour. Il a aussi dit que tout le monde était au courant de son arrivée. De son côté le président Rajaonarimampianina a déclaré qu’il n’a pas été contacté ni informé. Tout cela, c’est de la politique, alors, il ne faut pas s’en étonner.

Mais matériellement, comment a-t-il fait ? Les rumeurs ont d’abord parlé d’un jet privé américain ou sud-africain ou de la SADC qui l’aurait amené à Ivato. Puis, sans confirmation de cela, on a parlé d’autres aéroports : Antsirabe, Tuléar ou même Fort-Dauphin. Et les rumeurs, vous savez comment ils sont, ont ce matin changé en « parachutage ». J’imagine le Marc Ravalomanana sauter en parachute. 🙂

Quoi qu’il en soit, comme pour son départ en exil où il aurait pris la route, déguisé avant de prendre un avion quelque part je ne sais où, son retour démontre que le pays est toujours une passoire. C’est toujours pratique pour passer en douce de l’or, des reptiles, du bois de rose ou des …ex-présidents.

2- Sa conférence de presse :

Selon le site de sa femme, Ravalomanana aurait dit ses 4 vérités. C’est ce que le président Hery Rajaonarimampianina a qualifié de  » provocation « . En effet, Ravalomanana a dit ne pas vouloir attendre 2018 pour reprendre le pouvoir. Il a cité beaucoup de pays et de personnalités qui seraient derrière lui et ne jureraient que par lui pour sauver le pays. C’est sûr que cela ne peut qu’irriter le pouvoir. Mais lorsqu’on est en démocratie, on ne peut que se féliciter d’avoir des opposants à même de faire levier à ses actions. Est-ce que Hollande, par exemple, a mis en résidence surveillée ceux qui demandent sa démission ou qui clament qu’il ne doit pas finir son quinquennat?

Mais voilà, Ravalomanana n’est pas le commun des mortels et nous le verrons mieux dans le point suivant.

3- Son « arrestation » ou « mise en sécurité »

Visiblement, il a été arrêté. L’arrestation consiste, en effet, à priver une personne de sa liberté. Ceux qui étaient présents ont décrit l »opération comme brutale avec l’utilisation d’armes de gros calibre. On ne peut pas dire que Ravalomanana a pu exprimer un refus ou quelques autres volontés. Et maintenant, il n’est pas libre de circuler.

Pour le président Hery Rajaonarimampianina :  » Marc Ravalomananana n’a pas été arrêté, n’a pas été emprisonné, mais a été mis en sécurité à l’abri des différentes menaces qui pèsent contre lui « . C’est vrai que Ravalomanana et sa famille ont été menacés et intimidés à diverses occasions. Il s’est même senti, sous menace depuis son arrivée, car il a demandé à ses partisans de le  » protéger « .

Je ne suis sûrement pas mieux informé que le président lui-même qui a estimé qu’il fallait  » protéger  » Ravalomanana de la sorte. Peut-être qu’il y avait des risques pour sa sécurité. Mais c’est logique de penser que c’est peut-être aussi une manière pour Rajaonarimampianina de se protéger de lui. Que veut-il dire lors de son discours par :  » Il est vrai qu’un citoyen malgache peut circuler normalement sur le territoire national.Le cas de Marc Ravalomanana est cependant particulier dès lors qu’il s’agit de sa sécurité personnelle et de la sécurité publique.  » Même s’il l’a nié plus tard en répondant aux journalistes, ne se sent-il pas menacé par ce retour en force de l’ancien président? Et de ce fait, est-ce qu’il n’est pas aussi une des menaces qui pèsent sur Ravalomanana?

4- L’autre mystère : où est-il en ce moment?

Je ne me fais pas spécialement du souci pour lui. Mais je ne pense pas que le régime actuel ait quelques intérêts que ce soit à en faire un martyr. Même si on le prive de son yaourt matinal, je pense qu’il lui suffira de le rapporter à ses fans et partisans pour que ces derniers fassent une émeute vite réprimée. Et personne n’en veut de ces émeutes. Sans compter sur les réactions de la communauté internationale si jamais le régime se rend coupable de quelques maladresses que ce soit.

On dit qu’il serait en résidence surveillée quelque part. Miarinarivo, Arivonimamo, Mantasoa, ou encore à Antananarivo? Madagascar est grand, comme le président l’a confirmé dans sa conférence de presse. C’est une assez grosse botte de foin pour dissimuler un gros pique comme Ravalomanana.

5- Qui est derrière Marc Ravalomanana

Pour finir, il faut poser la meilleure question :  » Qui soutient Ravalomanana? « . C’est une question à 1 million de dollars, mais je pense que je peux donner au moins 10 % de la réponse. Je n’aurais pas pour autant 100 000 $ de récompense.

Sa femme et ses enfants le soutiennent, c’est sûr. Sa famille politique, très libertine, aussi, même si elle est tellement bizarre avec ceux qui partent, ceux qui reviennent, ceux qui n’en finissent pas de retourner leur veste et les autres. L’Eglise protestante malgache, dont il a été le dirigeant est aussi  » en partie  » acquise à sa cause. On a aussi cité des militaires. Mais bon, les militaires n’ont pas le droit de faire de la politique.

Dans la population, il y a ceux qui sont venus jour après jour aux meetings du Magro ces six dernières années, de véritables « rien à foutre » ou des fans inconditionnels selon les points de vue. Il y a les autres qui, dans la rue, dans les réunions de famille, dans les bureaux ressassent tous les jours les  » glorieux jours  » du temps où Ravalomanana régnait tout en fustigeant les dirigeants qui lui ont succédé. Et dans la célèbre  » majorité silencieuse « , il y en a aussi, peut-être, qui sont de son côté, mais qui ne le disent pas, par peur de ne plus appartenir à cette  » majorité silencieuse « .

Dans la communauté internationale, le camp Ravalomanana a toujours clamé le soutien de la SADC. Dans sa conférence de presse, Ravalomanana a aussi cité, avec humour, des nations dont le nom des habitants se termine en malgache par « -anina » : Américains, Allemand, Norvégiens, Zimbabwéens, Tanzaniens…Et quand on pense à la logistique nécessaire pour faire une entrée discrète dans la capitale d’un pays, une île, comme Madagascar, oui! comme dans les films d’action, c’est légitime de croire qu’il a reçu de l’aide.

De son côté, Rajaonarimampianina a remercié tous ceux qui, à Madagascar ou à l’étranger ont exprimé leur désapprobation sur l’action et les discours de Ravalomanana, sans donner plus de détails sur qui a dit quoi exactement.

Bref, c’est peut-être ce qu’ils appellent la politique de haut niveau (avo lenta). Mais même si le président a confirmé que le cas de Ravalomanana est un cas malgache, on ne peut que craindre, qu’encore une fois, les ordres finaux soient dictés par des puissances étrangères.

Mais bon,  » qui vivra verra « , ou comme disent les Américains :  » Wait and see « .