Nouveau guide humoristique pour les cybernautes malgaches non cybercriminels

photo : jinthai
Tous les Malgaches, en particulier les cybernautes malgaches, se sentent menacés par cette nouvelle loi dite : Article 20 de la loi 2014-006 du 25 mai 2014 sur la cybercriminalité à Madagascar.

L’homme est toujours effrayé par l’inconnu. Et la majorité des Malgaches redoute la prison. Madagascar n’a pas de centre pénitencier à étoiles, au contraire. Alors que le web gasy s’affole, je me permets de rassurer tout le monde en proposant ce nouveau guide pour éviter, justement, de devenir la cible de cette nouvelle loi.
Crédit photo : Jinthai

 

Voici d’abord le texte polémique : « L’injure ou la diffamation commise envers les corps constitués, les cours, les tribunaux, les forces armées nationales ou d’un État, les administrations publiques, les membres du gouvernement ou de l’Assemblée parlementaire, les fonctionnaires publics, les dépositaires ou agents de l’autorité publique, les citoyens chargés d’un service ou d’un mandat public, temporaire ou permanent, les assesseurs ou les témoins en raison de leurs dépositions, par les moyens de discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par le biais d’un support informatique ou électronique, sera punie d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans et d’une amende de 2 millions à 100 millions ar ou l’une de ces peines seulement ».

Et depuis, on devient tous paranos. Chaque article, chaque publication, chaque tweet est lu et relu avant envoi. Et les questions dans les groupes et les forums sont pléthore.

Donc, ce guide s’adresse au cybernaute gasy lambda qui n’a jamais eu de mauvaises intentions, mais qui a l’habitude de naviguer en toute liberté et sans souci. Il peut intéresser aussi le monde entier car le web est mondial. Désormais, pour éviter la prison ou l’amende de 20 à 1 000 fois votre petit SMIC à cause d’un clic malheureux, adoptez les nouvelles attitudes suivantes :

1- Changer votre mode d’expression.

Un discours trop cru ou trop direct, même s’il reflète le fond de vos pensées peut être nuisible. Adoptez la diplomatie en usant d’euphémismes et de litotes à gogo.

Exemple :

Ne dites pas : « Cette élue est une pute » mais plutôt « C’est une femme libérée ».
Ne dites pas : « C’est un gros con » mais plutôt « Il n’est pas très avisé ».

2- Adoptez l’autocensure

En effet, vous ne choquerez plus personne si vous prenez le temps de vous relire et de vous corriger vous même.

Exemples dans les textes ci-dessous :

Le gouvernement d’incapables qui est en place depuis belle lurette depuis une année déjà n’a rien foutu pas encore fait ses preuves dans le domaine économique et social. Au contraire, le fascisme les mesures de répression contre la liberté d’expression la cybercriminalité semblent aujourd’hui plus importantes dans son calendrier.

– Qu’est-ce que tu penses de la nouvelle loi sur la cybercriminalité?
– Bah, que c’est une grosse fout****!

Vous voyez, ça passe très très très bien.

3- Utilisez des codes

Pas besoin d’élaborer des algorithmes hyper compliqués ou de hacker des codes sources gouvernementaux, il suffit de se faire comprendre par son interlocuteur sans nommer quelqu’un en particulier et risquer des poursuites de sa part.

Exemple

– Tu crois que c’est une idée de Beloha? (Grosse tête)
– Je ne sais pas mais on n’aurait pas vu ça du temps de l’autre là!

4- Revoyez vos listes de contacts et ceux qui peuvent vous lire

En effet, nombreux sont ceux qui créent, transfèrent et répondent à des messages sur les réseaux sociaux pensant qu’ils sont en privé alors qu’ils sont lus et suivis par des dizaines « d’ami(e)s ». Ensuite, à coup de « j’aime » et de « partage » ils deviennent lisibles par les amis des amis et les amis des amis des amis et les amis des amis des amis des amis, soit tout le pays.

Ceci est encore excusable, mais les fautes bêtes aussi existent. Donc, si vraiment dans votre tweet vous éprouvez le besoin impérial de traiter un membre du gouvernement de noms d’animaux puants, évitez de le citer ou de mettre des hashtags évocateurs comme ça : « vous êtes des putois atteints de gastro cc @rakoto , @rasoa, #gouv #unedesministere »

5-  Apprenez le mandarin

L’avantage avec le mandarin c’est qu’il n’est compris que par quelques Malgaches.

你是真正的卑鄙。

Problème : Si vous avez, comme moi utilisé Google translate pour écrire ce presque outrage afin de frimer un peu, car en fait vous n’y comprenez rien du tout en chinois, sachez que l’opération inverse est tout aussi facile pour traduire ce que vous avez proféré. Et puis c’est une langue à la mode et avec l’immigration massive chinoise actuelle, il se peut que bientôt, il soit une langue courante à Madagascar. Dans ce cas, il reste le swahili, le wolof, le otjihimba ou à l’instar des GI du débarquement, le navajo qui n’est pas encore dans Google translate.

6- Déguisez-vous

Vous n’êtes pas armé de mauvaises intentions, mais vous n’êtes pas trop sûr que ce que vous écrivez et ce que vous faites est légal ou non, déguisez-vous! Je ne veux pas dire que vous devez surfer sur le web avec un grand manteau, un chapeau et des lunettes noires. Je veux dire que vous devez cacher votre I.P. et votre identité. Si ce n’est pas possible avec votre matériel ou votre compétence, allez dans les cybercafés hors de votre quartier et utilisez des comptes anonymes. Mais attention, les gérants de cybercafés sont des espions potentiels pouvant vous dénoncer. Combien de fois j’ai été interpellé à la sortie de ces établissements par des : « Monsieur, ne fouillez plus dans les dossiers de nos PC s’il vous plaît ». Et avec cette rumeur qui dit qu’on va les faire payer les droits d’auteurs si leurs clients visitent Youtube, ça ne va pas s’arranger.

7- Expatriez-vous

C’est facile, Madagascar est une île, donc, si vous avez fait quelque chose de répréhensible et que vous êtes poursuivi, vous pouvez difficilement vous enfuir. Les frontières aériennes sont surveillées. Celles marines sont plus permissives, mais vous ne pouvez pas facilement nager ou ramer 400 km pour atteindre l’Afrique. Alors, préparez votre coup. Expatriez-vous ou mieux, expatriez-vous et changez de nationalité. Après quand vous serez tranquillement à Blagovechtchensk en train de siroter de la  vodka, le passeport américain dans votre poche, ouvrez votre navigateur et injuriez-les comme bon vous semble. Voyez quand même un peu les accords en matière d’extradition entre Madagascar et votre pays d’adoption car on ne sait jamais, l’autre pays ne va peut-être pas rire de vos petites bêtises comme on le penserait.

8- Combinez les techniques

N’hésitez pas à combiner les différentes astuces ci-dessus et pensez à en créer de nouvelles. On compte sur vous!

Voilà, j’espère que ce guide vous sera utile. Bien entendu, je tiens à rappeler aux lecteurs, surtout s’ils sont des policiers du net, des espions du gouvernement…sans oublier la NSA bien sûr, que ceci est simplement un guide. Ne tenez pas en compte les exemples qui ne sont là que pour illustrer. Mais enfin, puisque vous êtes là, j’ai quand même un message de paix à vous transmettre : je suis contre les crimes et les délits, mais pour la liberté et l’échange entre les peuples et Internet en fait ça sert à ça.

 

12 Commentaires

  1. Cher Andry, merci pour tes consignes, j’en ai bien pris note.On ne sait jamais, ce guide (du moins en partie) peut me servir un jour sur la toile parce que la censure n’a pas de frontières. 🙂

    1. Oui, super outil.NSA cible les utilisateurs TOR mais, bien entendu, on n’est pas des cybercriminels et c’est pas grave. Merci gasynandalo d mandalova matetika.

Les commentaires sont fermés.