Top 10 des « sauvageries » malgaches

Nous les Malgaches, nous avons déjà une civilisation plusieurs fois centenaire, peut-être même millénaire selon la définition de « civilisé ». Malheureusement, dans les films, et la trilogie Madagascar n’a pas aidé du tout. Il suffit de dire Madagascar pour remplacer « le bout du monde », « le monde sauvage ». Alors, jouons à ce jeu et découvrons ensemble nos sauvageries qui perdurent en ce XXIème siècle. Car oui, vous êtes peut-être très loin de tout savoir.

école1- La langue
Commençons en douceur. Même si Madagascar est membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et malgré le rapprochement avec l’anglais qui est de plus en plus présent, les malgaches continuent encore d’utiliser quotidiennement le malgache. Oui, c’est ce malgache incompréhensible à l’oral et illisible à l’écrit, que 99,9% d’entre nous parle tous les jours tandis que seulement 20% de la population est vraiment francophone.

 

Voanjobory_Bambara_Groundnut_Madagascar2- La nourriture

Oui, le Malgache mange de tout avec du riz.: du riz avec de la viande, du riz avec des brèdes ou du riz avec des féculents (comme sur la photo : riz avec du voanjobory, un gros pois malgache) Mais le saviez-vous ? L’un des plats nationaux est le riz, bien sûr, accompagné par du ravitoto, des feuilles de manioc pillées. C’est notre apport en cyanure, heureusement en très petite dose. Et si le plat est trop sec, il peut être accompagné de bouillon clair d’anamamy, plante de la famille de la belladone, oui, le poison, mais en moins dangereux. Aujourd’hui, quand-même, les malgaches hypertendus évitent d’en prendre. Et dans certaines régions, on en mange d’autres produits plus dangereux encore.

NDLR: Si vous entendez parler de Malgaches qui consomment de la viande de brousse  (chauve-souris, reptiles, lémuriens), c’est surtout à cause de la pauvreté, sinon, c’est une pratique marginale dans le pays.

 

640px-Antandroy_traditional_dancing3- La musique et la danse

Il y aurait plusieurs ethnies malgaches mais la génétique a démontré qu’il n’y aurait qu’une seule « origine » malgache. Et c’est aussi pareil pour la musique. Le rythme malgache fondamental est, à mon avis, le salegy. Aux oreilles de profanes, c’est juste un son rythmé et répétitifs comme partout en Afrique et c’est une musique à classer parmi toutes les autres dites « exotiques », mais nous, on l’entend. Donc, du lent Ba-gasy au très rapide kilalaky, en passant par le tsapiky, le basesa ou même le Sega des Mascaraignes (La Réunion et Maurice), il y a toujours cette syncope et cette répétition envoutante, hallucinante caractéristiques.

 

4- Le Tromba (possession)

Et justement, c’est avec cette musique qu’on invoque les tromba. Ce sont des rituels de possessions par des soit-disant ancêtres (razana) et surtout d’anciens rois que les Malgaches consultent en cas de conflits ou de projets de vie. Ce sont des rites impressionnants ou amusants pour les touristes mais, aujourd’hui encore, les plus grandes décisions sont prises par certains patrons et certains politiciens d’après les recommandations des Razana (ancêtres) élevés au rang de dieu.

 

fanasinana5- Le polythéisme

En effet, dans la mythologie malgache, le dieu Zanahary est le seul dieu créateur. Il y a aussi d’autres dieux sous forme d’idoles qui sont plutôt des dieux importés comme Ikelimalaza, par exemple. Mais le plus intéressant lorsqu’on est Malgache, c’est que lors de la mort, on pourrait, dit-on, choisir de bénir les vivants en tant que « razana », équivalent d’un petit dieu. D’où l’adage « Raha razana tsy hitahy, fohazy hiady vomanga » (Si le razana ne veut pas bénir, réveillez-le pour qu’il travaille à récolter les patates douces). Vous comprendrez alors pourquoi le catholicisme avec son culte des saints a tellement de succès dans ce pays.

 

Photo :Hery Zo Rakotondramanana

Photo :Hery Zo Rakotondramanana

6- Le famadihana (Retournement des morts)

Et donc, un razana peut se manifester à un de ses descendants dans son rêve ou dans un tromba en lui disant qu’il a froid. Il promet en contrepartie de bénir ses descendants dans leur vie quotidienne. C’est ainsi que les Malgaches rouvrent les tombeaux et remplacent les tissus qui recouvrent les restes de leurs morts. C’est l’occasion de fêtes monumentales, de danses et de beuveries. Pourtant, le fait de vouloir toucher les reliques comme porte bonheur (encore comme les catholiques) augment les risques de transmission de maladies.

 

Wikipédia Commons

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7- La tradithérapie

Passons à une autre série de sauvageries, celle des remèdes traditionnels. A part les amulettes et les incantations, il y a surtout les plantes par milliers que tout le monde, ou presque utilise pour soigner du petit bobo au pire cancer. Régulièrement, un tradipraticien a son heure de gloire après avoir soigné, selon les rumeurs, un cancéreux ou un sidéen. Je ne mets aucun lien à cette section car je ne veux pas faire de publicité à un potentiel charlatant. Pourtant, je connais deux ou trois guérisseurs qui ont réussi à curer de vraies maladies graves parmi mes proches. Et ce n’est pas un secret, les clients de ces guérisseurs viennent des quatre coins du monde.

Poison ivy, www.public-domain-image.com

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8- Sorcellerie

Mais les plantes ne servent pas qu’ à guérir. A Madagascar, l’ensorcellement est d’abord synonyme d’empoisonnement. Les malgaches connaissent tous au moins une plante mortelle. Et tout le monde connaît une personne de la famille ou des amis ou une connaissance qui est mort subitement après avoir obtenu un diplôme, un poste haut placé, un voyage à l’étranger ou la main d’un belle femme.

Sinon, plus communément, les sorciers malgaches sortiraient la nuit, tous nus, recouverts d’huiles pour faire peur au couche-tard et pour se réunir quelque part dans leur Sabbat rituel.

9- Le Hasoavana (circoncision)

Voilà les deux dernières sauvageries. Pourquoi les Malgaches se font circoncire? Personne ne peut vraiment répondre. Cette pratique, les détracteurs l’apparentent à de la mutilation génitale malgré les avantages cités en nombre par les organismes de santé : hygiène, protection partielle contre les IST et le Sida, etc.. Elle ne se fait ni à la naissance comme les juifs ni à adolescence comme chez les arabes, ni lorsque le médecin le décide comme en France. En fait, c’est un rituel de passage pour le garçon afin de quitter l’enfance. C’est aussi un rite d’intégration tant que la majorité ou presque la totalité des mâles de toute l’île est circoncis.

Poucet10 cannibalisme10- Cannibalisme

Et donc, Madagascar est un des seuls pays où l’on pratique encore le cannibalisme sans se cacher et sans utiliser le congélateur. Mais rassurez-vous et enlevez de votre tête toutes ces images sortant de Cannibal Holocaust ou du Petit Poucet qui hantent vos esprits. En effet, il ne s’agit « que » du rituel qui consiste au grand-père ou au père d’avaler le prépuce enlevé lors de l’hasoavana (circoncision) expliqué ci-dessus. Question de cannibalisme, certaines personnes en avalent plus que cela en d’autres occasions.

 

Alors, sauvageries ou non, c’est selon le point de vue de chacun. En effet, si certaines de ces pratiques peuvent être choquantes pour un étranger, de Madagascar, on aurait la même réaction vis-à-vis des rites, us et coutumes des autres pays. Le plus important est de se connaitre, se comprendre et d’être tolérants les uns envers les autres.

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