Abidjan, top 10 d’un dépaysement presque raté

Abidjan, top 10 d’un dépaysement presque raté

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En fait, je ne pensais pas trouver tant de similitudes à propos de Madagascar et de la Côte d’Ivoire. Le premier est un pays, en l’occurrence le mien, île de l’océan Indien tandis que le second est un pays de l’Afrique de l’Ouest. C’est-à-dire qu’il m’a fallu traverser le continent africain de part en part pour venir de la Grande Île pour le pays des éléphants afin d’assister à la formation mondoblog 2014 du 02 au 12 mai. Un voyage de 8 heures en cumulé, mais qui fait plus avec l’escale obligatoire à Nairobi, car il n’y a pas encore de vol direct.

1- On me parle en français
Je viens donc de passer une nuit et un peu plus à Nairobi où les gens, guichetiers, chauffeurs de taxi, employés de l’hôtel et serveurs ne comprennent que l’anglais; une bonne occasion de pratiquer « my english is fine ». Mais cela rend compte encore une fois que si les francophones se soucient souvent de pouvoir recevoir des anglophones dans leur langue, l’inverse n’est presque jamais vrai . Mais quelle joie de retrouver la langue de Molière dès le débarquement à l’aéroport d’Abidjan avec une « Bonne arrivée! » qui me rend pourtant hésitant pendant quelques secondes avant de répondre « merci »! car c’est juste une « Akwaba/bienvenue ».

2- Les mêmes paysages
Je parle, bien sûr, de paysage urbain car je n’ai vu que cela et très peu, malheureusement. Et rassurez-vous, j’admets que, Abidjan est beaucoup plus civilisée comme ville que Antananarivo : plus de gratte-ciels, plus de routes, larges, plus de voitures, etc. Je parle plutôt de certains cadres du côté de Grand Bassam qui attirent tout de suite mon attention avec un fort air de « déjà vu ». Il s’agit des maisons coloniales, des cases en tôle ou en bois, des restaurants « maquis » qui ressemblent beaucoup à nos gargotes, les vendeurs de produits artisanaux, les garages à ciel ouvert, les petites affiches d’annonces immobilières, le minibus, les marchés, etc.

3- Le riz
Les Ivoiriens mangent du riz, quelle joie! Mais, car il y a un « mais », ils n’en mangent pas 3 fois par jour comme nous, quand même. Il y a aussi beaucoup d’autres plats ivoiriens qu’il reste à découvrir dont le fameux garba, le alloco, et le reste, mais pour un Malgache comme moi, tant qu’il y a du riz, c’est le paradis.

4- Les vendeurs malins
Un vendeur qui vient me proposer des babioles chinoises en me certifiant que c’est fait à partir de métaux extraits quelque part à l’intérieur du pays, pour moi, c’est un vendeur d’Analakely, du célèbre Zoma, qui n’a pas pris le bateau pour rentrer. Et plus encore, lorsqu’il propose un prix 10 fois plus élevé juste parce que j’ai la couleur de peau à peine plus claire, je ne suis pas du tout dépaysé car même dans mon propre pays, dans ma presque tribu, on me l’a déjà fait.

5- Pipi dans la rue
Une de mes soeurs mondoblogueuse en parlait. Moi, je ne l’ai pas fait, mais j’ai vu. C’était là, au passage de notre bus, un homme en train d’uriner sur le trottoir; comme ce que l’on voit beaucoup à Tana, oui. Une petite nuance, quand même : à Tananarive, on cacherait mieux l’arme du crime. C’est peut-être parce que les Malgaches sont un peu plus « asiatiques » à ce niveau?

6-Le système de santé
J’ai  eu la chance d’assister à l’enregistrement de l’émission Priorité Santé de RFI qui parlait du système de santé de la Côte d’Ivoire. Il y avait la ministre de la Santé, quelques médecins et responsables en plus de quelques citoyens venus poser des questions. Ça, par contre, c’est à la limite du surnaturel, tout ressemble tellement à chez moi que je me suis senti comme après avoir traversé le miroir pour me retrouver dans un monde parallèle : les médecins géniaux qui font des miracles avec peu de moyens; les moyens, justement, insuffisants par manque de fonds et d’organisation ; des soupçons, plus ou moins confirmés pendant l’émission, de racket par les médecins du public; les centres de santé privés qui sont chers, mais parfois représentent des solutions qui s’imposent, etc.

7- Les chants et les danses
On me dit que les Ivoiriens chantent et dansent beaucoup; les Malgaches aussi. Et en plus, notre île est culturellement très influençable. Je me rends compte alors que certains de nos chanteurs malgaches contemporains écoutent et copient beaucoup les rythmes africains. Mais, lorsque j’ai eu l’occasion d’écouter et de regarder de la musique et de la danse traditionnelle ivoirienne, j’ai compris que cette influence date déjà de plusieurs siècles. Donc, j’ai presque tout retrouvé dans le spectacle : des airs de notre beko dans leur zouglou, des pas de nos danses atandroy, du godogodona, du kilalaky dans leurs danses traditionnelles, un genre d’afindrafindrao rythmé (abissa) comme notre malesa, etc.

8- La plage
La plage où j’étais, à Grand Bassam, me rappelle celles de la côte Est de Madagascar au niveau d’Ambila Lemaitso. Il y a les vagues violentes et malheureusement, il y a les quelques sacs et détritus en plastiques sur le sable. Un chauffeur me raconte qu’ailleurs, il y en a encore qui font caca sur la plage. Je lui réponds que chez nous aussi, il y avait ça mais de moins en moins car ça fait fuir les touristes.

9- La télé
J’ai visité des pays, c’est vrai, et j’en ai vu des chaînes de télévision. Mais lorsque je regarde les émissions ivoiriennes, je me sens aussi chez moi : les clips, les séries et surtout le journal télévisé. Surprise ! je vois même des Malgaches à l’écran, un reportage sur Madajazzcar 2014 à la télé ivoirienne. Quelle coïncidence quand même… ou pas.

10- La fraternité
Enfin, l’hospitalité des Ivoiriens est exemplaire. D’aussi bon niveau que celui des Malgaches, sûrement, s’il n’est pas meilleur. Ici, on m’appelle, aussi, « grand frère » comme chez moi je suis « razoky ». Des gens que je croise, et que je ne connais pas encore, me saluent. Une fois, une personne que je ne connais pas, non plus, me demande quelque chose mais, franchement, comme si l’on se connaissait depuis longtemps. Ça fait chaud au coeur, ou au moins ça te déstabilise dans le bon sens du terme.
Surtout, il y avait les mondoblogueurs. Ils étaient de toutes origines, un peu comme nous les Malgaches. J’ai retrouvé les traits de mes amis et de ma famille. J’ai aussi trouvé leur amitié et je me suis senti comme chez moi.

Bref, j’ai beaucoup voyagé et c’est vrai que l’on se sent toujours mieux chez soi, là où on a ses repères, où on connaît les dangers et les pièges. Mais, en Côte d’Ivoire, les ressemblances avec Madagascar sont frappantes. Faut-il rappeler que les deux pays sont des anciennes colonies françaises, accédant à l’indépendance en 1960, en voie royale vers le développement, mais toujours freinés par des crises politiques et sociales? Et il y a, pour sûr, encore plus de points communs. C’est pour cela que je peux affirmer que oui, la multiplication des coopérations entre les deux pays serait, somme toute, logique, bénéfique et productive.

Je me suis rendu compte que mon dépaysement a quand même réussi lorsque j’ai compris que je quittais la Côte d’Ivoire pour de bon. Tout ce que j’ai vu, tous ces moments que j’ai vécus là-bas restent des moments uniques. Qu’importent le lieu et les gens, ce qu’il fallait faire c’était de le vivre intensément. Et ça, je l’ai fait, grâce à Grand Bassam, Abidjan, un peu, et Mondoblog, beaucoup.
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En tout cas, j’espère, je veux revenir en Côte d’Ivoire, un de ces jours car je sais qu’il y a encore beaucoup à découvrir. C’est possible, qui sait?

4 Commentaires

  1. A nous revoir, prochainement. Pourquoi pas Mondoblog en Mauritanie ? Nous ne sommes que deux, en plus de Awa Seydou , notre malienne à nous ! Ou à Madagascar, pourquoi pas ? En attendant, à toujours..

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