Les Malgaches, un peuple « trop » soudé pour une guerre civile?

Les Malgaches, un peuple « trop » soudé pour une guerre civile?

Tana_De_nuit

Tana est calme, un peu trop calme alors que tout le monde attend la proclamation officielle des résultats de la présidentielle. Est-ce le calme avant la tempête
Pour rappel, Hery Rajaonarimampianina a gagné selon les résultats provisoires. De son côté, Jean Louis Robinson a déposé des requêtes visant à inverser la tendance et il a dit en substance qu’il ne craint pas de mourir pour avoir gain de cause. Depuis quelques jours : rumeurs, nomination de généraux et déclarations diverses veulent tantôt chauffer, tantôt refroidir les ardeurs des uns et des autres.
C’est calme … mais la crainte existe, la crainte que la crise perdure malgré tout. Et la peur, la peur que tout ça dégénère…mais dégénère en quoi?

Mais non! on est pacifique nous

Les Malgaches ont la réputation d’être des pacifiques. Leur culture ancestrale est basée sur le « fihavanana », un mot difficile à traduire. La racine de ce mot est « havana » qui veut dire famille et tous les Malgaches font partie d’une même famille. Le fihavanana est, alors, un ensemble de codes et de rites qui règlent et dictent les relations.  Et selon le fihavanana, justement, l’esprit est plus fort que la force et la discussion prévaut au combat.

Diviser pour régner

Malheureusement, cet adage a quelque peu corrompu le fihavanana.
Durant la colonisation, on a voulu diviser les Malgaches en ethnies. Dans les livres de géographie d’aujourd’hui, on dit aux enfants qu’il y a 18 ethnies à Madagascar, mais en réalité, il y en a beaucoup plus … ou beaucoup moins, selon la définition que vous donnerez à ethnie. Notez en passant qu’ethnie, mot bien français, est si facilement appliqué aux Malgaches qui parlent, tous la même langue, ont une culture en commun, le fihavanana et ont des physiques analogues (pour preuve, les Malgaches se reconnaissent toujours à l’étranger). Par contre, on parle rarement d’ethnie en France entre les « Blancs ». Là-bas, les ethnies sont les Français noirs, kanaks, polynésiens, arabes, etc.

Pourtant, il y a toujours eu des Malgaches qui combattaient les colons. Les Français et les Sénégalais, qui occupaient le pays étaient haïs, mais faisaient aussi très peur. Généralement, le Malgache est fasciné et il est aussi méfiant de tout étranger. Aujourd’hui, les descendants de ces Français blancs et noirs sont devenus des Malgaches eux-mêmes. Mais après quelque temps, les étrangers :  Français, Anglais, Indiens, Chinois s’intègrent aussi très bien dans cette société et deviennent des membres des ethnies où ils se sont installés, ou zanatany (enfants du pays).

Après la reconquête de l’indépendance en 1960, les dirigeants ont eu aussi leurs méthodes pour diviser et régner sur les Malgaches. Quand j’étais petit, notre plus grande peur s’appelait adim-poko (guerre civile) où « ady » veut dire guerre et poko (foko) signifie ethnie. Mais, monter une guerre entre 18 ethnies officielles n’est pas très commode, c’est pour ça qu’on a virtuellement réduit la population en deux parties : les côtiers et les peuples des plateaux. Il y a eu des crises de ce genre, des côtiers qui massacrent des familles de « migrants » des hauts plateaux, ou l’inverse…mais pas de guerre.

Avec la multiplication des échanges humains, il est de plus en plus difficile de retrouver le clivage côtiers/non côtiers dans la société malgache. Par exemple, les côtiers, après quelques années passées à Tana, ce sont des Tananarivéens et les Tananarivéens après s’être installés sur les côtes, bah…ce sont des côtiers.

Mais, théorie du complot oblige, « ils » ont encore trouvé un moyen de monter les Malgaches entre eux. C’est depuis quelques années, la guéguerre entre pauvres et moins pauvres. On se donne en surnom des noms d’animaux, on se vole, on s’attaque, on se tue, mais … comment savoir qui est dans quel camp? A Antananarivo, par exemple, de grandes maisons se font braquer, mais malheureusement (pour les bandits), il n’y a souvent pas d’argent ni d’objet de valeur dans ces maisons, en fait, ce sont des pauvres. Alors, les bandits rentrent bredouilles ou se déchaînent sur ces pauvres gens et font des ravages. Au contraire, des enfants sortant des taudis se font kidnapper …contre rançon…alors on n’y comprend plus rien du tout. Alors, une guerre civile pauvres contre riches ? je n’y crois pas.

Et non! on ne se battra pas entre nous

Je récapitule, les Malgaches sont généralement pacifiques, mais de temps à autre, quand la réminiscence des réflexes du passé revient, ils se font de petites guerres entre eux ou agressent des étrangers.

Moi, je suis confiant, il ne peut pas y avoir de guerre civile chez nous…enfin … je crois… je pense… j’espère…je voudrais bien… snif…je vous en conjure mon Dieu, que ça n’arrive jamais!

1 Commentaire

  1. « Et non! on ne se battra pas entre nous ». C’est ce que les Malgaches doivent comprendre. Certains se nourrissent de leur sang et ils veulent peut-être suivre les batailles entre malgaches comme on suit un film d’action américain. Le Peuple transcender ses divergences car ils ont plus de choses qui les unifient et ils doivent garder leur réputation de peuple pacifique que tu as mentionner au début de ton billet.

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