Les malgaches méritent d’avoir un bon président…ou non

Les malgaches méritent d’avoir un bon président…ou non

Madagascar va avoir un nouveau président et on dit que  : « On a les dirigeants que l’on mérite», ou en variante : «Un pays a les dirigeants qu’il mérite.»

D’abord, j’ai fais des recherches et je n’ai pas réussi à trouver qui a inventé cette phrase. En effet, à première vue, c’est une phrase toute faite. Certains, que je ne citerai pas, l’appellent déjà un proverbe et disent qu’il est très usité de par le monde. A y regarder de plus près, c’est juste une extension de l’expression tout à fait discutable « On n’a que ce que l’on mérite ». C’est très discutable, en effet, car, bien sûr,  l’injustice existe. L’injustice existe lorsque des civils se font tuer pendant la guerre; lorsque des enfants se font maltraiter, violer, tuer; lorsque des innocents se font emprisonner ou exécuter. On ne peut pas leur dire qu’ils le méritent, en aucun cas !

Cette expression « on n’a que ce qu’on mérite » est ce que les malgaches appellent « eso ». C’est à dire de l’ironie sur le malheur des autres. Et parfois, elle fait un effet… de qualité… lorsqu’elle est bien placée. Par exemple :

– Après la proclamation de la sentence : « Vous avez commis un délit, cette cour vous condamne à payer une amende de 1 millions d’Ariary »
– Ou en distribuant les notes : « Monsieur Zefa, vous n’avez pas donné une seule bonne réponse, je vous mets 1/20 pour la présentation »
– Ou en punissant les enfants : « Vous avez fait une bêtise, vous êtes privés de télé pendant 3 jours »

Là, on peut dire « Vous avez eu ce que vous méritez », ou « Qui sème le vent, récolte la tempête »

Mais encore, qui peut certifier qu’un délinquant mérite de payer des amendes et non d’être sermonné par le prêtre ? Qu’un cancre mérite un zéro et non pas une enquête des services sociaux ?

Si vous avez bien compris mes explications, il est difficile de placer l’expression «Un pays a les dirigeants qu’il mérite » proprement, sans ironie. Personne n’oserait dire, par exemple, que les Nord-Coréens méritent d’être sous le joug des Kim et qu’ils n’ont qu’à changer de dictateur s’ils le veulent.

L’exemple précédent est peut-être un peu trop fort, mais prenons l’exemple de pays démocratiques dans lesquels le peuple a « théoriquement » les pleins pouvoirs pour choisir leurs dirigeants. Si, par chance, ces dirigeants réussissent, dit-on que c’est le peuple qui en a le mérite ? Et si, au contraire, les dirigeants ont moins de succès, ça donne quelque chose du genre :

– «Vous, les français, vous méritez d’être dirigé par un François Hollande.»

Est-ce qu’il n’y a pas une pointe d’ironie dans cette phrase prononcée aujourd’hui comparé à ce que ça aurait donné au lendemain de son élection ?

En fait, cette expression vise à faire taire le peuple qui a élu un président en lui disant « c’est ton choix, assumes-le« .

Mais moi, je dis que le peuple fait ce qu’il peut mais que face à lui, il y a les politiciens, les lobby, la géopolitique, les intérêts des uns et des autres, et finalement est-ce vraiment son choix ?

Dans quelques jours, nous allons, peut-être, connaître le nom du nouveau président de Madagascar et si vous me dites que « Le peuple malgache aura le président qu’il mérite », je répondrai : j’espère bien ! De tout mon cœur. Car si le gagnant est un candidat qui a fraudé, qui a usé de ruses en tout genre, qui a été déloyal, ou qui a mis la pression sur les « bonnes personnes », là, je dirais que le peuple malgache en a assez d’être puni pour les fautes des politiciens et c’est lui qui risquerait d’avoir ce qu’il mérite.